mardi, 30 juin 2009
La politique ? ça nourrit.
Généralement, les hommes politiques disent faire de la politique pour faire bouger les choses, améliorer le sort du plus grand nombre, servir l'intérêt général. Mais la politique est aussi un immense marché attirant des opportunistes à la recherche d'un poste, d'un pouvoir, d'une visibilité médiatique... Ceux-là n'ont que peu de convictions, ne s'intéressent guère à la justesse de leurs idées, mais sont simplement dans la perpétuelle maximisation de leur utilité personnelle : comment gagner plus ? comment obtenir plus de pouvoir ? comment devenir plus populaire ? ou comment résister le mieux possible ? La meilleure stratégie de l'opportuniste , du carriériste, du politicien, est probablement d'agir en douce, dans les coulisses, sans que cela ne se voit trop. Mais quand ça se voit, ça fait tâche. Exemples :
-Rachida Dati : depuis plusieurs décennies, elle consacre sa vie à infiltrer des réseaux, à tisser des liens, pour monter dans la sphère politique (elle ne s'en cache pas, elle en est fière). Avec Nicolas Sarkozy, elle a atteint des sommets avec le ministère de la Justice, les couvertures de magazine, les paillettes. Elle a profité de cette popularité pour prendre la mairie du très-UMP VIIème arrondissement de Paris. Et puis, elle est devenue députée européenne, c'est toujours ça de pris. Seulement, ces deux postes qui demandent chacun beaucoup de temps et d'investissement personnel (et qui rapportent aussi beaucoup) ne lui suffisent pas, elle veut plus. Elle rejoindra donc bientôt un cabinet d'avocats américain (info Les Echos). On se demande bien comment elle pourra, techniquement, remplir toutes ses fonctions (sans même parler de sa compétence, qu'on peut questionner) mais elle devrait pouvoir continuer à s'habiller chic.
-Christine Boutin : après sa sortie surprise du gouvernement, elle en veut à Fillon et ne semble pas prête à pardonner : en effet, elle aurait été "jetée de façon inhumaine" -la bêtise de cette déclaration parait proportionnelle à sa déception. Le Figaro explique que Christine Boutin a reçu "un certain nombre de propositions intéressantes" de la part de Claude Guéant, mais qu'elle voudrait en fait obtenir le poste d'ambassadeur au Vatican, auprès de ses amis catholiques, alors qu'un nouvel ambassadeur vient juste d'être nommé. Si elle n'obtenait pas ce qu'elle désire, elle menace de devenir une députée rebelle en reprenant son poste à son suppléant.
-Roger Karoutchi : l'ancien secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement sera bientôt ambassadeur de la France auprès de l'OCDE, à Paris. Ainsi, il pourra toujours occuper son poste de maire-adjoint dans une ville des Hauts-de-Seine et de président du groupe UMP au Conseil régional d'Ile-de-France, mais devra abandonner son siège de sénateur. Apparemment, le gouvernement lui réservait une place au soleil (une ambassade au Maghreb) mais Roger voulait rester en métropole pour conserver ses autres postes. Une autre option était de rester au Sénat et de ravir la présidence du groupe UMP au Sénat, mais ce n'était pas gagné d'avance. Roger Karoutchi a donc fait le choix de la sagesse en acceptant l'OCDE. Comme on le comprend.
-Christine Albanel : alors qu'elle aurait pu prendre la place de Frédéric Mitterrand à la Villa Médicis à Rome, Albanel semble plutôt se diriger vers les locaux d'Arte, où elle deviendrait Présidente de la chaîne. Jérôme Clément, qui occupe actuellement le poste et dont le contrat vaut encore pour deux ans, pourrait se voir offrir une jolie promotion par le gouvernement pour laisser sa place à l'ancienne ministre de la Culture, vaincue à plate couture dans la bataille d'Hadopi.
Quatre ministres remaniés. Quatre carrières qui changent légèrement de direction, avant de revenir sur le devant de la scène. Quatre pions d'un jeu de chaises musicales. Quatre licenciés qui ne passeront pas par la case chômage. Quatre privilégiés vivant d'un système pourri.
15:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, opportunisme, carriérisme, gouvernement, france
vendredi, 19 juin 2009
A quoi servent les sciences sociales ? Quelques exemples
- Comment expliquer les différences de développement économique en Afrique ?
La période coloniale a aussi eu un impact sur les performances économiques de l'Afrique via le commerce triangulaire qui a privé le continent de main d'oeuvre (déportation, massacres, etc). En fait, il semblerait selon plusieurs études que certaines régions très enclavées d'Afrique (des zones montagneuses par exemple, que les colons n'ont pas pu atteindre) aient moins souffert du commerce triangulaire que les régions accessibles car elles n'ont pas subi autant de pertes de leur main d'oeuvre. Selon une étude de Nathan Nunn en 2006, plus il y a eu d'esclaves nationaux déportés par le passé, plus le pays a aujourd'hui des difficultés économiques. Ainsi, les désavantages liées à la géographie, à la topologie d'une région auraient finalement joué un rôle globalement positif sur la croissance économique de ces régions. Pour en savoir plus sur les nombreuses études à ce sujet, ne pas manquer ce billet de l'universitaire Fabien Candau.
- Comment expliquer l'écart démographique entre hommes et femmes en Inde ?
- Comment lutter contre le trafic de drogues ?
- La lutte contre l'immigration est-elle fondée économiquement ?
17:09 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sciences sociales, économie, politique, sociologie, afrique, colonisation, drogue, immigration, inde
dimanche, 14 juin 2009
Black Boy, un Noir chez les Sudistes
Cette lente maturation de la question raciale dans la société américaine, et plus particulièrement dans les Etats du Sud racistes, est bien perceptible dans l'oeuvre de l'écrivain noir-américain Richard Wright (1908-1960), et notamment dans son roman autobiographique Black Boy publié en 1945. L'auteur y raconte son enfance dans les années 1910-1920 dans le sud des Etats-Unis, à Jackson dans le Mississipi puis légèrement plus au Nord à Memphis. Ce livre fut l'un des premiers à raconter et décrire les conditions de vie des Noirs américains et la façon dont ils étaient traités par les Blancs au Sud à cette époque, et on dit de Wright qu'il a libéré la parole des Noirs américains.L'enfance de Richard Wright fut assez malheureuse et fondamentalement marquée par les conflits raciaux. Sa famille (sa mère, sa grand-mère, ses oncles et tantes, son petit frère) est pauvre, religieuse, et n'a pas les moyens de lui permettre d'aller convenablement à l'école. De plus, sa mère est malade ; Richard doit tdonc ravailler pour aider le foyer et pour combattre sa faim permanente, soit dans des usines soit chez des particuliers (pour accomplir des petites tâches ingrates, pour quelques centimes par semaine), avec bien souvent des patrons racistes qui le traitent comme le veut la tradition sudiste : comme un animal, ou au mieux comme un homme de race inférieure. Richard, contrairement à la plupart de ses jeunes amis Noirs, n'accepte pas la façon dont les Blancs le traitent et réclame l'égalité et la justice. Il ne comprend pas d'où vient la haine que cultivent les Blancs à l'égard des Noirs et tente avec sagesse d'éviter l'affrontement violent avec les racistes.
Richard s'oppose aussi au fondamentalisme religieux de sa famille, incarné par sa grand-mère et sa tante Addie, qui veut absolument faire de lui un bon petit chrétien, quitte à lui forcer la main. Lors de son baptême non-désiré, Richard décrypte la supercherie de l'Eglise qui met en place toute une manigance poussant les enfants à accepter de se faire baptiser pour éviter une humiliation de leurs familles. Plus globalement, Richard s'oppose à ce qui est arbitraire, imposé, sans raison : les passages à tabac et les assassinats de Noirs par des Blancs, le bourrage de crânes des jeunes non-croyants, les violences injustifiées des anciens sur les plus jeunes de la famille...
Le climat raciste du Mississipi conduit Richard à partir au Nord en 1925 (il à 17 ans), à Memphis, dans l'optique de trouver une vie meilleure dans une région où il sera mieux accepté. Son passage à Memphis est l'occasion d'étranges rencontres (notamment cette femme noire chez qui il loue une chambre et qui veut qu'il épouse sa fille du même âge) mais ne lui permet pas de rompre complétement avec les discriminations fondées sur sa couleur. Cependant, c'est à Memphis que Richard découvre la littérature, en empruntant des livres dans une bibliothèque au nom de son patron blanc -les Noirs n'en ont pas le droit. Cette découverte sera un élément fondamental dans sa vie puisqu'il veut alors devenir écrivain et qu'il prend conscience que la vie est plus belle, plus enrichissante , plus attirante que ce à quoi la sienne se limite. Richard décide donc de partir encore plus au Nord, à Chicago cette fois, une ville que tous les Noirs Américains du Sud espèrent connaitre, pour comprendre ce que sont vraiment la vie, la liberté et la justice.
Ce témoignage de 440 pages est un très beau récit de l'enfance d'un Noir dans les régions racistes des Etats-Unis au début du XXème siècle. Il nous montre le chemin qu'a parcouru l'Amérique entre cette période (où le pays était divisé en deux, avec un Sud ségrégationniste où régnait l'injustice et le racisme) et aujourd'hui (les Noirs ont les mêmes droits que les Blancs, sont présents dans les médias, dans les universités, dans la politique, etc). Bien sûr, l'Amérique raciste et très conservatrice n'est pas morte avec Obama, mais l'actualité nous montre qu'une masse d'électeurs Américains a su imposer un modèle de société nouveau dans lequel l'ordre n'est plus une affaire de couleur. Lecture très conseillée.
22:06 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 09 juin 2009
Sur La Princesse de Clèves
L'étudiant Nicolas Sarkozy n'a guère aimé La Princesse de Clèves, ce livre anonyme écrit en 1678 (très certainement par Madame de Lafayette) et considéré comme l'un des premiers romans de la littérature française. Il dit avoir "beaucoup souffert sur elle". Pour notre Président, il ne se passe rien dans ce livre : on attend, on attend, et puis rien. En effet, cette histoire est lente et l'action y est plutôt rare. Mais on ne peut pas dire qu'il n'y en ait pas.Le livre raconte les rapports (amours, haines, passions, jalousies) entre différents nobles (fictifs) de la cour du roi Henri II, au milieu du XVIème. Les deux personnages principaux sont la Princesse de Clèves, jeune, très belle mais déjà mariée, et le duc de Nemours, un courtisan qui l'aime passionnément et dont elle tombe amoureuse malgré sa résistance de femme mariée, dévouée et aimante. Le mari de la Princesse a un amour, une fidélité, un respect irréprochables vis-à-vis de son épouse, ce qui interdit à cette dernière le moindre faux pas, la moindre infidélité avec le duc de Nemours. Le roman raconte la lente évolution de l'attraction entre la Princesse de Clèves et le duc de Nemours, et la relation entre l'épouse et son mari qui sent sa femme courtisée lui échapper.
Ce roman de 300 pages est assez lent et précis, l'auteure n'hésitant pas à introduire d'autres histoires dans l'intrigue principale et à développer en longueur les sentiments et états d'âme des différents personnages. Mais l'histoire n'est pas aussi ennuyante que le laisse croire Nicolas Sarkozy, et le cheminement de la relation amoureuse n'est pas un long fleuve tranquille se terminant comme le veut la tradition des romans à l'eau de rose. L'autre élément intéressant de ce livre est son style, qu'on peut juger ancien, pompeux ou désuet, mais qui est surtout beau, classique et qui correspond parfaitement à l'environnement royal de l'histoire (il ne faut pas avoir peur de l'imparfait du subjectif pour lire ce texte).
La Princesse de Clèves n'est pas un roman contemporain, rapide et rempli d'action. Ce n'est pas non plus un livre accessible au style facile. C'est plutôt un beau texte qui montre au lecteur d'où vient la littérature et comment elle peut incarner, mimer, montrer une époque. Nicolas Sarkozy gagnerait donc à se replonger dans ce texte, comme le font en masse des lecteurs engagés depuis quelques mois.
00:35 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lectures, livre, sarkozy, la princesse de clèves
mardi, 26 mai 2009
Européennes : pourquoi voter ? pour qui ?
Le 7 juin, nous élirons 72 députés européens, qui nous représenteront au Parlement de Bruxelles et de Strasbourg pendant 5 ans. Cette élection ne passionne qu'une petite partie de la population, personne ou presque ne parle du fond, les médias ne s'intéressent qu'à l'abstention attendue (cette prophétie ne manquera pas de s'auto-réaliser si on ne parle que de ça). Mais ce n'est pas une raison pour ne pas parler de cette élection, ne serait-ce que le temps d'un billet expliquant pourquoi il faut voter et quel sera mon choix.
Il faut voter
L'élection de députés européens peut paraître inutile compte tenu de la complexité du système français (territoire divisé en 8 régions) et de la part réduite des députés français au sein du Parlement Européen (72 députés sur 736, soit moins de 10%). Cependant, 72 députés français, c'est en fait beaucoup comparé aux 5 députés de Malte ou aux 7 députés de Slovénie. Les députés européens français ont donc finalement un vrai poids sur les décisions votées par le PE.
Il est d'autant plus important d'élire nos représentants européens que le PE est la seule institution européenne démocratiquement élue, contrairement à la Commission Européenne et au Conseil. Si on peut faire un procès à l'Europe pour son manque de démocratie (notamment dans sa négation des votes français, néerlandais et maintenant irlandais sur le TCE ou mini-traité), ce procès s'applique aux Etats, au Conseil, et non au Parlement Européen.
Au sujet de la démocratie et de la représentativité, le PE, en plus de voter les lois qui s'appliqueront ensuite dans les 27 pays de l'Union, décide du Président de la Commission Européenne. Or, le mandat du portugais José Manuel Barroso arrive à échéance dans quelques mois : l'élection de nos députés européens est donc cruciale dans l'avenir européen du très contesté Barroso (très faiblard face à la crise, très libéral, pro-Bush et pro-guerre en Irak, etc.). Quand on sait que toutes les droites européennes, et notamment l'UMP en France, soutiennent Barroso pour sa réélection, les électeurs voient leurs choix possibles se réduire à l'alternative centre ou gauche, à condition bien sûr d'être opposé à la politique actuelle de la Commission qui détient seule, rappelons-le, le pouvoir d'initiative.
Mon vote
Le vote aux Européennes n'est pas évident puisqu'on peut voter selon différentes logiques : voter pour soutenir un parti national, voter pour des idées plus larges sur l'Europe, voter contre un parti national, voter contre l'Europe telle qu'elle est... Personnellement, je ne vote contre personne, je vote pour quelque chose. Je n'aime pas trop l'idée d'un vote sanction car il va contre le principe du vote (on vote toujours pour un candidat, jamais contre, le seul vrai vote sanction était le vote blanc).
Je ne voterai pas pour la droite : les partis souverainistes ne me font pas plus rire que ceux d'extrême-droite ; quant à l'UMP, ce parti n'a aucune raison d'obtenir mon vote, aussi bien sur ses idées européennes que sur la politique intérieure menée par son chef Nicolas Sarkozy.
Je ne voterai pas pour la gauche noniste : LO, NPA, Front de Gauche sont des partis nonistes qui sont plus dans la dénonciation perpétuelle de l'Europe que dans la construction d'une autre Europe. De plus, je ne partage pas leurs idées et leurs analyses de la situation actuelle (la crise actuelle vue comme une crise du capitalisme appelant à son effondrement, par exemple).
Je ne voterai pas pour le MoDem : outre les messages souvent populistes et pas toujours très sincères de François Bayrou sur le plan national (c'est un ressenti personnel, je verrai s'il se confirme en lisant "Abus de pouvoir"), le MoDem siège dans le groupe ALDE des libéraux-démocrates au PE, un groupe dont les positions ne sont pas les miennes et que le MoDem lui-même n'assume pas bien.
Le choix restant est le suivant : Europe écologie ou Parti socialiste ? Ce sera Parti socialiste, mais après quelques hésitations qui s'expliquent par deux choses : les Verts sont un parti véritablement européen, très intégré et travailleur au PE (dans l'absolu, le PS l'est aussi, mais relativement moins) ; la tête de liste socialiste de la région Sud-Est (où je vote) s'appelle Vincent Peillon. C'est un socialiste que j'apprécie, notamment parce que c'est un universitaire (philosophe) en léger retrait de la petite vie politicienne (ça a peut-être changé depuis Reims) qui s'intéresse avant tout au débat d'idées (en témoignent ses livres peu vendeurs sur la révolution française ou l'histoire du socialisme français). Son problème, c'est qu'il est député européen sortant et qu'il n'a visiblement pas fait un bon travail dans son mandat précédent (ses statistiques de prise de parole ne sont pas bonnes du tout). De plus, son intérêt pour la chose européenne ne semble pas phénomènal, comme en atteste sa candidature aux législatives en 2007 alors qu'il était encore député européen, ce qui n'est pas très joli. Malgré ces deux points, je voterai socialiste le 7 juin, parce que ce parti a besoin de voix à un moment où il hésite, où il doute, parce qu'il a toujours été très lié à la construction européenne et parce qu'il peut vraiment peser au PE au sein du groupe PSE, deuxième plus gros acteur du Parlement après le parti conservateur PPE.
Quelques liens intéressants au sujet des Européennes :
-la liste des principaux candidats de chaque parti pour les 8 régions
-le nombre de députés européens pour chacune des 8 régions (13 pour le Sud-Est)
-un billet pro-Europe-Ecologie sur le blog d'un élu socialiste lyonnais qui hésite
-un billet sur les choix qui se présentent à un socialiste français qui vote en Grande-Bretagne
-une charge d'utilité publique contre Barroso
23:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, élections européennes, parlement européen, politique
mardi, 12 mai 2009
Les liens du soir, pour ne pas dormir tranquille (8)
» La grande classe de Besson : le ministre de l'immigration Eric Besson s'est empressé de signer dimanche le marché des Centres de Rétention Administrative, alors que le juge lui avait demandé de patienter quelques jours pour qu'il puisse étudier la légalité de ce contrat. Triste manœuvre, qui montre bien que l'intention gouvernementale est bien d'écarter au plus vite les associations les plus respectables (CIMADE en tête) des CRA (quitte à placer d'autres associations, sorties de nulle part) pour éviter qu'elles n'informent l'opinion publique sur les conditions de vie des personnes retenues.
» Un ministre, combien ça dépense ? : Grâce à l'acharnement du député PS René Dosière, nous avons accès au détail des dépenses des différents ministères (logements, voitures, communication, réceptions, etc). L'accumulation des chiffres peut donner le vertige, surtout de la part d'un gouvernement qui se fixe comme objectif de réduire les dépenses publiques. Sur le sujet voisin des salaires des députés, vous pouvez lire l'avis de l'économiste anglais Chris Dillow sur les rémunérations très élevées des parlementaires anglais.
» "Comme un poisson, l'Europe pourrit par la tête" : On atteint des sommets dans le Barroso-bashing, avec notamment un article assassin dans le Financial Times contre l'actuel Président de la Commission européenne, très critiqué pour son inactivité et son manque de courage. Le pire dans ce lynchage, c'est qu'il semble parfaitement mérité. Delors reviens! Et pour élargir un peu le débat sur l'action de l'Europe, ne manquez pas ce billet de l'économiste Alexandre Delaigue sur la mauvaise réaction de l'Europe face à la crise, notamment à cause de la faiblesse de la Commission version Barroso.
» The White House Correspondents Dinner Party : Vanity Fair consacre un article et de nombreuses photos au dîner des correspondants de la Maison Blanche où était présent un grand nombre de stars américaines. La particularité de cette soirée : elle se déroulait dans la magnifique résidence de l'ambassadeur de France aux Etats-Unis, Pierre Vimont. Quelques précisions sur les modalités de facturation de cette soirée ne seraient pas inutiles.

22:00 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 07 mai 2009
Recessions are full of opportunities for companies
Allez, j'optimise mon travail scolaire en le diffusant un peu online.
Ce billet était à l'origine un travail à rendre en cours d'anglais, mais ça serait dommage que ma prof d'anglais (qui ne s'intéresse probablement pas du tout à l'économie) soit la seule personne à lire ce piece of work qui m'a quand même demandé une bonne heure et demi. Le papier est en réaction à un article de l'éditoraliste financier du New Yorker James Surowiecki qui avait un conseil à donner aux entreprises sur la meilleure stratégie à adopter en temps de crise économique. Et oui, il y aura sûrement des fautes et des choses mal dites.
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This paper is a reaction to an article I read a few days ago in The New Yorker, written by the journal's financial columnist James Surowiecki. His column is about the economic downturn and how companies should react in tough times like now. Surowiecki's thesis doesn't sound very orthodox: in his opinion, companies should run aggressive, expansive strategies in hard times, investing money on advertising, research and development, acquisitions...
In the current economy, many signals infer that Surowiecki's message is not taken seriously by managers and decision-makers. Indeed, many companies are now laying off (that's what we all can see in the newspapers, on TV, every day, all around the world and especially in modern economies such as ours) and cutting spending. It's clear for instance that many companies are now cutting their ad expenses (as we know, TV channels and newspapers suffer from it for a few months).
In his paper, Surowiecki suggests that companies are wrong and that the current recession actually is a great opportunity for many companies. The columnist gives several examples of companies (Kellogg, Hyundai, and many others) which got stronger in periods of recession, getting larger market shares and making more money by taking risks and keeping investing when the others adopted defensive strategies (typically cutting spending).
Even though failures happen, these aggressive strategies in hard times usually pay because investments are cheaper and make a big difference. With the same amount of advertising expenses, an ad campaign in a recession will touch a lot more clients and raise a lot more money than in a normal economy (where everyone is aggressive), because it won't face any competition and ad prices will be lower. The mechanism also works for R&D and acquisitions of other companies, real estate, financial assets, etc. To broaden what the author says, everyone who can should make good investments right now, not only companies. With stocks, bonds, houses at low prices, people have interesting investment opportunities to seize without taking too much risk: that's the message, since the beginning of the financial collapse, of the famous American investor Warren Buffet who made his great fortune by buying low (when everybody is afraid) and selling high, making huge benefits thanks to shy markets.
Political leaders usually see the consequences of economic downturn on R&D spending, for example. That's why, French government and others have decided to lend money at low interest rates to push companies to do some research and to innovate. Another political response to the crisis should be to help entrepreneurs with good ideas, innovative projects, to create new companies, by giving them financial and technical support for example.
However, aggressive strategies are a solution for only a limited number of companies and they won't save the entire economy. In fact, Surowiecki's advice can't really apply to small companies because they don't have any fund, they don't have the “deep pockets” that big companies have, to invest in any way. Moreover, it's very difficult for these small companies to get loans from banks (or from the financial markets) at this time, because banks also face huge financial problems (and costly banking system bailouts put in place by governments in the last months didn't succeed for now to restore credit, so that the current situation can be described as a 'credit crunch'). More generally, small companies can't really impose their own strategy because of their limited reserves, their tiny market share and the pressure they face on prices.
To conclude, I think James Surowiecki makes an interesting point in this column : in the current crisis where uncertainty is everywhere, companies should not apply too shy, pessimistic, defensive strategies; if they are financially able to, they should make bets on future and keep investing while their competitors hesitate. Unfortunately, we can't expect too much from this new kind of risky-capitalism or intuitive-management. The upturn of the world economy we need won't come from it and will demand a lot more efforts.
23:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, stratégie, crise, etats-unis, new-yorker, surowiecki
lundi, 04 mai 2009
Cadeau à gagner: une garde à vue
Qu'importe votre réponse. Le simple fait d'avoir lu cette question peut vous valoir une convocation au poste et de la garde à vue. C'est ce que vient d'apprendre à ses dépens un jeune menuisier picard de 29 ans qui avait reçu un SMS de la part d'un collègue lui posant la même question. Résultat : il a passé 24h en garde à vue, pour non-dénonciation de crime. La justice lui reproche en effet de ne pas avoir prévenu les autorités après avoir reçu ce SMS qui, convenons-en, fait froid dans le dos, d'autant que le plan Vigipirate n'est pas encore passé au niveau "Ecarlate" malgré l'imminence de la menace.
Pour avoir une explication juridique plus précise de cette affaire, ne manquez pas le billet de Maître Eolas à ce sujet.
Et surtout, pour éviter les ennuis et la garde à vue, je vous conseille d'alerter toutes les autorités compétentes de la dangerosité de ce twit et du présent billet : la Police Nationale, la Brigade de Lutte AntiTerroriste, la DGSE, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (fusion de la DST et des RG) et pourquoi pas directement le ministère de l'Intérieur. On est jamais trop prudent, surtout en ce moment.

samedi, 25 avril 2009
Des revenus inégalement répartis
L'économiste français Emmanuel Saez, professeur à l'université de Berkeley, vient de se voir attribuer la prestigieuse John Bates Clark Medal qui récompense (chaque année désormais) l'économiste de moins de 40 ans ayant apporté la contribution la plus significative à la science économique. Ses travaux, qui ont beaucoup porté sur la distribution des revenus dans le temps (en collaboration avec Thomas Piketty) et le taux d'imposition optimal (plus d'infos sur ses apports disponibles dans ce pdf), représentent aujourd'hui des matériaux importants pour la compréhension des inégalités dans le monde (Paul Krugman avoue s'en servir beaucoup). Pour voir le genre d'informations/commentaires qu'on peut tirer des travaux de Saez sur les revenus, reportez-vous par exemple à ce billet des Econoclastes.
Je ne connais pas assez ses travaux pour en faire un résumé complet. Cependant, un des points particulièrement intéressants de ses recherches porte sur un sujet qui m'intéresse : les inégalités de revenu, ou l'inégale répartition des richesses. Ci-dessous, quelques graphes et tableaux intéressants, issus des travaux de Saez et Piketty (2003), Piketty et Landais, et du rapport mondial sur le développement humain du PNUD (2005). (cliquez sur les images pour agrandir)
Lecture : En 2000, les 0,1% d'Américains les plus riches captent plus de 7% des revenus totaux des Etats-Unis, contre environ 2% des années 1950 à la fin des années 1970.
Lecture : En France et au Japon, environ 2% des revenus sont captés par les 0,1% les plus riches, part quasi-constante depuis 1945.
Lecture : en 2000 aux Etats-Unis, la moitié de la richesse nationale est captée par les 10% les plus riches, contre environ un tiers des années 1940 à la fin des années 1970.
Lecture : En France en 2004, 33% des revenus sont captés par les 10% les plus riches.
Lecture : les revenus de la Suède sont relativement bien repartis dans la population (coefficient de Gini faible) tandis qu'ils sont très inégalement répartis en Afrique subsaharienne (coefficient de Gini très fort).
De quoi donner envie aux amoureux de l'égalité de s'expatrier en Suède.
(Note : un coefficient de Gini de 0 implique que la droite de distribution des revenus suit parfaitement la droite de distribution parfaite (10% de la population capte 10% des revenus ; 20% de la population capte 20% des revenus ; etc.) tandis qu'un coefficient de Gini de 1 implique que tous les revenus sont captés par une infime partie de la population.)
17:56 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, économie, france, etats-unis, impôts
mardi, 21 avril 2009
Les liens du soir (7)
» Freaky Sarkonomics : Thomas Melonio signe un long et intéressant papier à propos du livre d'économie politique "Les réformes ratées du président Sarkozy" de Cahuc & Zylberberg. Ces deux économistes (pas particulièrement à gauche) expliquent que le gouvernement s'est trompé sur de nombreuses réformes (grande distribution, professions réglementées, heures supplémentaires, bouclier fiscal...) et n'a rien mis en place d'efficace pour lutter contre le chômage et favoriser la croissance et le pouvoir d'achat. Ce premier bilan de la politique économique gouvernementale paraît bien documenté et honnête.
» Hanging tough (eng) : Intéressant papier de James Surowiecki dans le New Yorker à propos des opportunités qu'offre la récession actuelle : l'auteur explique que dans toutes les récessions, les entreprises malines peuvent sortir gagnantes en profitant de la frilosité de leurs concurrents qui investissent moins dans la pub, la recherche, les acquisitions, etc. Le tout est de savoir prendre des risques quand les autres n'en prennent pas.
» Que dire de Maurice Druon ? Billets assez violents des critiques Pierre Assouline et Frédéric Ferney après la mort de Maurice Druon qui, selon eux, ne mérite pas tous ces hommages publiques, que ce soit sur le plan personnel, politique ou littéraire. En effet, Druon a peut-être fait de belles choses dans sa jeunesse, mais il a mal vieilli : c'est ce que disait Laurent Joffrin dans un édito de Libé.
15:29 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, politique, littérature, web
lundi, 13 avril 2009
L'adolescence, la littérature, Salinger et tout
Agé de 90 ans aujourd'hui, l'américain J.D. Salinger est l'auteur de nombreuses nouvelles (souvent parues dans le New-Yorker) et d'un merveilleux livre sur l'adolescence, ayant marqué de nombreuses générations : The Catcher in The Rye (L'attrape-coeurs dans sa traduction française). Après le succès mondial de son roman dès les années 1950 (60 millions d'exemplaires vendus dans le monde jusqu'à aujourd'hui), Salinger quitta le monde de la foule, de la gloire et des médias, et vit aujourd'hui caché dans les bois du New Hampshire, entretenant ainsi le mystère.
Le roman de l'adolescence
"Si vous avez réellement envie d'entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir c'est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie et ce que faisaient mes parents et tout avant de m'avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça."
Comme il l'explique dès la première page, J.D. Salinger ne donnera pas à son lecteur ce qu'il attend. Il écrit ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. C'est-à-dire qu'il raconte, à la première personne et dans un style oral et familier, trois jours de la vie de Holden Caulfield, un adolescent américain de 16 ans qui se fait virer de son école (Pencey, en Pennsylvanie) et part pour New-York où il doit retrouver ses parents quelques jours plus tard pour les vacances de Noël.
Durant ces deux ou trois jours d'errance, Holden fait la pleine expérience de ce que sont l'adolescence, la liberté, la solitude, le bonheur. Holden coupe les ponts avec son école (qu'il n'aime pas comme toutes les autres écoles qu'il a pu faire, viré à chaque fois) et quitte sa chambre sans prévenir quiconque (ni ses profs, ni son colocataire Stradlater, ni son con de voisin de couloir, Akley, que personne n'aime et qui n'aime personne). Il prend le train pour New-York, où vivent ses parents et sa petite soeur Phoebe, mais ne veut pas aller directement à leur appartement pour éviter qu'ils ne comprennent tout de suite qu'il s'est encore fait virer de l'école. Holden décide donc d'errer seul dans New-York, aux quatres coins de Manhattan, et de dormir les soirs dans un hôtel minable (le Edmont Hotel).
Jours et nuits, Holden fait un peu ce qui lui plaît : il va dans des bars pour boire un coup, il rencontre des filles, en appelle d'autres ; il pense à son amie d'enfance Jane Gallagher et veut lui téléphoner ; il va à la patinoire de Central Park avec sa copine Sally Hayes et lui propose de partir très loin, pour toujours, après quoi il l'insulte et la jette ; il se fait tabasser par Maurice, un proxénète amateur, pour ne pas avoir payer une passe ; il pense à sa soeur Phoebé qu'il aime tant et à ses deux frères, D.B. scénariste à Hollywood et Allie qui lui manque depuis sa mort à cause d'une leucémie ; il rend visite à un prof qu'il aime beaucoup, Mr Antolini, et se barre de chez lui en courant dans la nuit après une caresse bizarre ; il va à Central Park et se demande où vont les canards quand le lac gèle l'hiver ; il se faufile dans l'appartement de ses parents un soir et va voir Phoebé sans se faire remarquer, parce qu'il a envie de la voir ; il rêve d'une vie solitaire dans une cabane dans la forêt, loin de tout, et se décide à partir après avoir dit adieu et rendu son argent à Phoebé...
L'attrape-coeurs raconte tous ces moments, ces évènements, ces expériences, dans un langage très familier, presque injurieux. A chaque page, on peut lire des "ça me tue", des "et tout" qui donnent une vraie crédibilité au discours. En racontant son histoire, Holden s'adresse souvent à quelqu'un, lui disant "vous". Ce quelqu'un peut être compris comme le lecteur, mais les dernières pages nous révèlent que c'est aussi quelqu'un d'autre, ce qui donne une portée nouvelle au texte.
Au-delà du parcours de ce jeune Holden, L'attrape-coeurs raconte la vie complexe des adolescents, leurs problèmes, leurs envies, leurs sentiments. L'incroyable, c'est que ce roman date de 1951 et qu'il est toujours aussi actuel, aussi moderne, aussi juste ce qui donne une sacrée leçon aussi bien aux nostalgiques qu'aux adeptes du jeunisme.
La légende Salinger
Par ce roman monumental écrit quand il avait 30 ans, J.D. Salinger a touché des générations entières de jeunes mal compris par les adultes, ce qui a suscité une incroyable passion autour de sa personne. A cette attente, à la célébrité, Salinger a préféré l'exil et le silence, dans sa cabane de bois du New Hampshire. Il n'a plus donné d'interview ou publié de texte depuis environ 40 ans. Il semblerait qu'il écrive encore et qu'il ait même écrit des livres complets sans vouloir les publier malgré l'incroyable attente de lecteurs amoureux.
Sa fille Margaret Ann a écrit un livre à son sujet L'attrape-Rêves mais son témoignage paraît plus cruel qu'intéressant. Par passion plus que par voyeurisme, de nombreux fans ont tenté d'aller le rencontrer à Cornish, New Hampshire, où il vit. Récemment, c'est Frédéric Beigbeder qui a voulu aller voir son auteur favori. Cette aventure a donné un documentaire intéressant intitulé L'attrape-Salinger (bande-annonce), qui se finit sur des images de Beigbeder dans les bois de Cornish, sur un chemin qui doit mener à la maison de Monsieur Salinger. Le film ne dit pas s'il a pu le rencontrer ne serait-ce qu'un instant ; après tout, c'est probablement pour le mieux tant Salinger mérite d'être respecté dans son intimité.
C'est d'ailleurs ce respect qui faisait dire à Nicolas Sirkis d'Indochine, dans la chanson "Des fleurs pour Salinger" qu'il consacre à l'écrivain américain :
Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Le rencontrer / Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Sans le contrarier
Mais laissez-lui un peu ses secrets à garder / Son intimité / C’est pour se protéger, il est fatigué / De toutes vos stupidités.
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vendredi, 10 avril 2009
Les liens du soir (6)
» An IMF we can love (eng) : Très intéressante tribune de l'économiste américain Dani Rodrik sur la nécessaire réforme du FMI, qui devient aujourd'hui avec le G20 une institution essentielle dans l'économie mondiale. Rodrik espère que le FMI va changer ses habitudes (arrogance, dirigisme, idéologie très libérale) et se rapprocher des réalités locales des régions en difficulté, notamment en envoyant plus d'économistes sur le terrain et en embauchant des jeunes connaissant bien le contexte économique des zones à aider. Espérons que DSK entendra ces bonnes idées.
» Pourquoi le prétendu "délit de solidarité" va prospérer en 2009 : le juriste Jules décortique la lettre de mission de Nicolas Sarkozy au Ministre de l'immigration, Eric Besson, dans laquelle le Président formule des objectifs quantitatifs d'expulsion de sans-papiers (28000) et d'interpellations de personnes les aidant à venir en France ou à y séjourner (5000). Autre point d'importance : le renforcement de la lutte contre l'immigration familiale, alors que la Convention Européenne en fait clairement un droit. Beau programme politique et belle réponse argumentée de juriste.
» L'élection sur un plateau : Sauf accident, Jean Sarkozy devrait bientôt débarquer à l'Assemblée Nationale, en prenant le siège de l'UMP Joëlle Ceccaldi-Raynaud candidate aux Européennes (si elle est élue au Parlement Européen, son siège à l'Assemblée sera de nouveau soumis au vote) grâce à un prochain abaissement à 18 ans de l'âge minimum pour être élu au Parlement (contre 23 ans auparavant, proposition déposée par une autre député UMP).
» Economics in Desperate Housewives (eng) : l'économiste anglais Chris Dillow nous montre que Desperate Housewives est un moyen ludique de comprendre l'économie. Exemples dans la saison 5 diffusée actuellement aux Etats-Unis : un mariage heureux vaut beaucoup d'argent (Gaby et Carlos) ; le salaire permet de faire un classement d'importance/d'utilité entre les salariés, ce qui peut peut blesser les égos (Bree et Orson).
» Le syndrome de Shanghai : Pierre Assouline s'attaque aux obsédés du benchmarking et au célèbre classement de Shanghai qui fait la liste des meilleurs universités du monde selon des critères très imparfaits -voire totalement déraisonnables.
22:03 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 06 avril 2009
Le G20, vraiment historique ?
Tripler les moyens du FMI pour aider les Etats qui en ont besoin ? Ce n'était pas gagné d'avance et ça sera certainement utile à de nombreux pays en grande difficulté pour se financer, au point que Paul Krugman s'étonne et apprécie. Lutter un peu plus activement contre les paradis fiscaux ? Ca ne peut pas faire de mal, même si ce système de listes (blanche, grise, noire) et de sanctions oublie beaucoup de paradis fiscaux (les plus puissants en fait) et ne sera probablement pas efficace. Réglementer les bonus des traders ? Si ces règles les incitent à prendre un peu moins de risques inconsidérés et à ne recevoir que quand ils gagnent, d'accord. Enregistrer les hedge funds ? Pourquoi pas, mais enfin, les hedge funds ne sont pas des clandestins des marchés financiers et le rôle de perturbateur qu'on leur prête souvent n'est finalement pas évident. N'oublions pas que, dans cette crise, ce sont des géants de la finance qui ont sombré (Lehman, Fannie, Freddie, AIG, etc.) et beaucoup moins les petits hedge funds.
En réalité, si le G20 marque des avancées incontestables, cela reste très insuffisant pour une raison simple : rien de ce qui a été décidé à Londres n'empêchera qu'une nouvelle grave crise financière ne se repète dans quelques années et ne contamine à nouveau l'économie réelle. Or, c'est bien le plus insupportable dans la récession actuelle : elle vient de la sphère financière et non de la sphère réelle ; pour caricaturer, elle vient de Wall-Street et impacte toutes les économies du monde, y compris les plus pauvres. C'est à ce niveau-là que le G20 est un échec : après Londres, les marchés financiers seront toujours aussi imparfaits avec autant d'aléa moral (aussi bien au niveau des géants too big to fail qu'à l'intérieur même des banques), autant d'asymétrie d'information, autant de titrisation et donc de dilution dangereuse des risques, bref, autant de facteurs d'instabilité qu'auparavant.
Finalement, le G20 s'est bien plus intéressé à l'aval de la crise (comment sauver ce qui peut encore l'être ?) avec un vaste plan coordonné et de nouvelles marges de manoeuvre pour l'aide aux pays en difficulté. L'amont de la crise (comment l'éviter ?) n'a pas été suffisamment traité, et les quelques mesures sur les hedges funds, les paradis fiscaux ou la rémunération des traders n'y changeront rien : une nouvelle grave crise financière éclatera tôt ou tard et touchera avec la même violence l'économie réelle. Reste à savoir quand.
Pour compléter, vous
- L'américain Dani Rodrik pour qui le verre est à moitié plein
- Le doctorant C.H. qui a un avis contrasté
- Jacques Attali pour qui rien ne change fondamentalement

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mardi, 31 mars 2009
Le sagouin, de François Mauriac
Mon avis rapide sur Le Sagouin, une nouvelle assez noire, premier contact avec l'oeuvre de Mauriac.
Romancier, essayiste, polémiste, François Mauriac fut membre de l'Académie Française (élu avec facilité avec 29 voix sur 32) puis obtint en 1952 le prix Nobel de littérature. Un an avant Galigaï, il publia Le sagouin (1951).
Difficile de se faire un avis tranché sur cet auteur sans se plonger dans ses biographies. En effet, on ne sait trop où placer ce polémiste tant il a dit et écrit des choses dérangeantes dans son Bloc-Notes et ailleurs (dont Thierry Savatier parle ici) : sur le Deuxième Sexe de Beauvoir, essai fondateur du féminisme : "pornographique" et "abject" ; sur Sartre l' "excrémentaliste" et Camus le "penseur n°2" ; sur l'érotisme et la décadence de l'époque ; sur la religion, la morale ; sur la politique, anti-communiste proche de la droite nationaliste puis de De Gaulle et d'autres. Bref, on ne met pas facilement Mauriac dans une case, mais disons qu'il ne se trouvait pas souvent du côté des bien-pensants et autres progressistes. Qu'importe, Mauriac était avant tout romancier.
Le Sagouin, un court roman de 120 pages se situant au début du XXème siècle dans une famille noble, raconte l'histoire de Guillaume, un enfant disgracié, mal-aimé et rejeté par sa mère (Paule de Cernès) laquelle s'est mariée avec un baron, Galéas de Cernès, non par amour mais pour en obtenir le titre. Au milieu de ces parents qui ne s'aiment pas, l'enfant ne connait presque personne (il ne va pas l'école, n'a pas d'amis) et subit en permanence le désamour et la méchanceté de sa mère tandis que son père reste impassible, absent, en dehors de la vie de famille. La seule opposition à Paule de Cernès vient de la belle-mère, la Baronne de Cernès, et de la gouvernante Fraulein : les femmes de la maison se livrent un combat. Un jour, Guillaume est envoyé chez l'instituteur de l'école pour éviter qu'il ne reste trop bête. Cette expérience permet à Guillaume de prendre conscience qu'il mérite du respect et de l'attention et qu'il n'est pas complétement idiot comme le prétend sa mère, mais elle ne peut durer, l'instituteur étant socialiste et donc pour la lutte des classes. La fin de l'histoire est à la fois surprenante et tragique.
C'est une histoire touchante sur la violence psychologique dans la famille et la déshumanisation de l'enfant. La famille y est montrée non comme un rempart mais comme un terrain de violences et de rapports de force, l'enfant en étant la première victime. De façon plus radicale, Le Sagouin raconte peut-être aussi l'histoire de la médiocrité morale d'une femme, la mère, opportuniste et n'aimant personne, qui a tout raté dans sa vie (son mariage, son enfant qu'elle n'aime pas, son rapport aux autres) et qui détruit avec elle la vie de sa famille. Le style est simple et l'auteur semble même s'effacer au profit de la narration, ce qui en fait un texte très facile à lire.
16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 23 mars 2009
En attendant quelque chose, avec Samuel Beckett
Il est toujours plaisant pour nous français de voir des artistes étrangers choisir de s'exprimer dans notre langue. C'est le cas de nombreux écrivains, parmi lesquels l'irakien Atiq Rahimi (Goncourt 2008), l'américain Elie Wiesel (prix Nobel de la Paix 1986) ou l'irlandais Samuel Beckett, prix Nobel de littérature en 1969.Beckett (1906-1989) est connu dans le monde entier pour sa pièce En attendant Godot (1948), jouée pour la première fois en 1953, illustration du "théâtre de l'absurde".
Une intrigue mystérieuse
Cette pièce en deux actes est assez courte dans sa version écrite (120 pages). Elle raconte, dans un décor composé d'une route et d'un arbre seulement, l'attente de deux hommes, Vladimir et Estragon, deux amis vagabonds d'une cinquantaine d'années. A plusieurs reprises, à la tombée de la nuit, ils attendent Godot, un personnage mystérieux qu'ils ne connaissent pas mais qui pourrait semble-t-il les aider. Les deux amis s'ennuient dans cette attente malgré leurs longs dialogues absurdes, si bien qu'ils envisagent tantôt de partir de ce lieu de rendez-vous, tantôt de se pendre à l'arbre. Mais comme le dit Estragon, "Ne faisons rien. C'est plus prudent." Au cours de leur attente, Vladimir et Estragon font la rencontre d'un homme étrange et autoritaire, Pozzo, toujours accompagné par son esclave Lucky, un homme qui parait simple et soumis, attaché au cou par une corde, qui marquera la pièce par un long monologue incompréhensible et sans ponctuation lorsque son maître lui ordonne de "penser". La pièce est également marquée par des répétitions, comme si aucun des personnages n'avait conscience du temps qui passe et des situations qui se répétent : ainsi, l'acte II est une répétition courte et altérée de l'acte I.
Un sens à chacun
En attendant Godot fit scandale lors des premières représentations dans les années 1950, le public partant massivement avant la fin du premier acte, les derniers restants huant les acteurs jusqu'au bout.En effet, il est difficile de dégager un sens clair de cette histoire et ses dialogues équivoques. Difficile aussi de comprendre l'identité de ce mystérieux Godot qu'on ne verra jamais, ou ce qu'il représente (certains y virent l'incarnation de Dieu, God, mais Beckett démentit). L'auteur lui même ne proposait pas d'interprêtation particulière à cette pièce, comme il le dit dans une lettre au journaliste littéraire Michel Polac, en 1952 : "Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais cela doit être possible." Trouver un sens serait sans intérêt : c'est peut-être ça le théâtre de l'absurde.
21:42 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : beckett, théâtre, en attendant godot, lectures













