mardi, 13 mai 2008
Ces vieux qui ne comprennent pas la culture jeune
La récente polémique (qui va certainement désenfler) autour du clip Stress de Justice me rappelle les vieux débats sur "Est-ce bon pour nos enfants?", avec d'un côté les jeunes, les inconscients, les prêt-à-tout lobotomisés par les images violentes, bref les barbares en puissance à éduquer, à encadrer ; et de l'autre côté les parents, les responsables, les savants, les censeurs, les moralisateurs, les Sarko-Morano-Boutin-and-co, bref ceux qui veulent décider si un produit, un film, une image, un texte est bon ou non pour leur enfant. Dernièrement, la mode est de taper sur le dernier opus du célèbre jeu vidéo GTA : trop de sang, trop de sexe, trop de violence gratuite, trop de réalisme. Outre les jeux vidéo, cinéma et musique sont souvent la cible des réacs, intellectuels ou hommes politiques, qui prônent un précepte simple : "soyons responsables, préservons nos enfants de toute cette violence". Cible favorite de ces censeurs : le rap et ses textes parfois (rarement) violents ou rétrogrades.
D'une, ces censeurs, qu'ils soient hommes politiques, intellectuels ou simples parents apeurés, ne connaissent bien souvent rien ou presque de ce à quoi ils s'attaquent. Taper sur GTA, c'est aller contre un des jeux vidéo les plus vendus, les plus joués et les plus appréciés parce qu'il offre une totale liberté aux joueurs dans un environnement réaliste. GTA est un divertissement, un jeu, et non une simulation. Le joueur y est incarné par un héros universel (le même pour tous les joueurs) auquel il est très difficile de s'identifier. Outre l'environnement urbain magnifiquement réalisé, rien ou presque dans ce jeu ne se confond avec la réalité : pas d'identification au personnage, pas de codes ni de règles dans le jeu, pas d'attaches culturelles, morales ou familiales, pas d'idées ni de personnalité... Seulement un personnage qui parcourt les villes pour y accomplir diverses missions. Bref, ce jeu, bien que comportant des scènes réalistes et choquantes, n'est pas une simulation de la vie réelle. Il est et restera un divertissement déconnecté de la réalité pour l'immense majorité des joueurs. Quant à ceux qui ne voient pas la frontière entre le jeu et le réel et qui pourraient être tentés de reproduire les agissements de leur personnage dans la vraie vie, le jeu n'est pas responsable de leurs maux, il ne fait que les mettre en lumière comme pourrait le faire n'importe quelle image. Le massacre de Columbine est l'oeuvre de deux jeunes sans aucun repère qui ont franchi la frontière entre fantasme et réalité, désir fou et réalisation sanglante. Pas besoin de GTA pour déclencher cette folie meurtrière. La violence des images et des jeux peut certainement agir comme catalyseur, mais non comme déclencheur de la violence concrète.
De plus, rien ne prouve qu'un film, une chanson ou un jeu vidéo ait un effet direct sur la violence des jeunes ou sur leurs sentiments. Le film, la chanson ou le jeu violents ne sont pas là pour copier la réalité mais plutôt pour la représenter sous un angle différent de celui des médias traditionnels. Comme GTA, qui ne fait pas l'apologie de la violence mais en montre plutôt l'immoralité et la froideur, le rap violent dénonce plus qu'il ne consacre. Le meilleur moyen de dénoncer une situation de haine et de violence est certainement de la montrer crûment, comme on montre aux élèves les cadavres des victimes des génocides. Montrer pour mieux condamner, pour ne jamais rester insensible.
Enfin, la violence dans la culture ou dans le ludique n'est pas une chose nouvelle qui serait apparue avec les consoles de jeu ou le gangstarap. A-t-on oublié "Quand on arrive en ville" de Starmania, "Orange Mécanique" de Kubrick, "J'irai cracher sur vos tombes" de Vian ? Qui peut aujourd'hui affirmer que ces oeuvres, parmi tant d'autres, font l'apologie de la violence et de la haine ? Personne, parce qu'on connaît le message qui se cache derrière ces différentes oeuvres. C'est justement ce qui manque aujourd'hui à bons nombres d'intellectuels, d'hommes politiques ou de parents, qui ne connaissent pas la culture jeune actuelle et qui y voit une forme inédite de violence dont il faudrait prémunir la jeunesse. Or, la jeunesse d'aujourd'hui qui écoute NTM et joue à GTA est la même que celle qui hier écoutait Starmania et regardait Kubrick. Pas de fracture générationnelle. Juste une évolution des formes culturelles.
Pour conclure, la culture jeune actuelle, très vaste et pleine de contradiction (du rap à la tektonik, de La Haine à Astérix, de Beigbeder à Djian) ne peut et ne doit être interprétée comme une sous-culture, ou une promotion de la haine, de la violence ou de la médiocrité en général. C'est une culture moderne dans ses formes mais qui ne change finalement pas vraiment de la culture jeune des générations précédentes. Hier, les jeunes révolutionnaires écoutaient les Stones ou Iron Maiden, ils écoutent aujourd'hui NTM ou la Dub Inc. Hier, ils balançaient des pavés, aujourd'hui ils niquent la police. Hier, les vieux, et De Gaulle en tête, ne les comprenaient pas, et aujourd'hui, c'est la même chose.
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vendredi, 25 avril 2008
Sur la route, de Jack Kerouac
Sur la route, écrit en 1947, en seulement trois semaines (sous drogue, dit la légende), puis publié dix ans plus tard aux Etats-Unis, est certainement l’œuvre majeure de la Beat Generation, ce courant littéraire américain du milieu du siècle composé d’écrivains battus, foutus, perdus, en manque de sens et de repères et refusant de se fondre dans la morale, dans la culture puritaine de l'époque.
Ce roman autobiographique connaîtra un fort succès que l’auteur, Jack Kerouac, aura beaucoup de mal à gérer. Il en mourra même, à 47 ans, à la suite d’une longue dépression où tous les abus s’étaient invités.

L’auteur, parlons-en : Jack Kerouac, né en 1922, des origines bretonnes, grand sportif au niveau universitaire, destin brisé par une blessure ; se retrouve à faire des études et se met à écrire, dans un style très personnel et spontané, sans détours ni artifices ; devient contre son gré le leader de toute une génération littéraire marquée par la recherche de sens ; ce sens, Kerouac le touchera du doigt par la philosophie, puis par le bouddhisme, sans jamais le maîtriser pleinement.
Sur la route est un roman autobiographique : l’auteur y joue son rôle, derrière un pseudonyme (Sal Paradise) ; ses amis de l’époque sont aussi très présents : Neal Cassady (Dean Moriarty dans le livre : jouisseur aventureux et turbulent, vivant dans l’instant sans jamais penser au lendemain, conducteur d’exception : il est le héros du livre, celui autour de qui tournent tous les personnages, et surtout Sal), Allen Ginsberg (alias Carlo Marx : amateur de philosophie et d’écriture, puis jazzman dans un club à la fin de l’histoire) et William Burroughs (nommé Old Bull Lee : prof déjanté, fan de gros calibres, détestant les gens de gauche et les flics, les bras pleins de piqûres de junky).
L’histoire tourne principalement autour des destins, entrecroisés, de ces quelques amis. Le roman raconte leurs virées, sur les routes, à travers les Etats-Unis puis jusqu'au Mexique, où ils vécurent comme des vagabonds, faisant du stop ou volant des voitures, abusant d'alcool et de thé (marijuana), se livrant à des aventures d'un soir aux quatre coins du pays, dormant et mangeant là où ils en avaient l'occasion, et vivant follement tous les instants. Des vagabonds. Des orphelins de l'industrialisation et du rêve américain. Des chercheurs de sens. Des hommes sans repères, sans bornes, sans morale. De simples jouisseurs de l'instant en attente du nirvana. Des anachroniques qui vivaient dans leur bulle, avec leurs codes et leur philosophie. Des pré-soixante-huitards peut-être.
Ce roman, c'est 430 pages de voyage à travers ces destins américains abandonnés, solitaires, déconnectés. Des anti-système qui ont, petit à petit et sans vraiment le vouloir, lâché leur routine pour une vie irresponsable à la recherche d'un peu de douceur et de plaisir. Des instantistes (ou hédonistes), guidés par leurs seules envies.
Ce roman, c'est donc une grande bouffée d'air, venant de loin, pour nos vieilles sociétés ultra-structurées, hierarchisées, codifiées. A lire si notre système vous pèse ou si vous voulez voyager, dans le temps, dans l'espace et dans la manière de vivre.
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dimanche, 20 avril 2008
Hommages, sincères
L’actualité est triste aussi.
Aimé Césaire. Germaine Tillion.
L’un poète, penseur, député de la Martinique, homme de cœur et de conviction, qui n’hésitât pas à dire non à la barbarie communiste et à l’attitude de Maurice Thorez, en démissionnant en Octobre 1956 de son poste de député communiste.
L’autre ethnologue, spécialiste de l’Algérie, résistante puis déportée à Ravensbrück, militante pour les droits des femmes, et les droits de l’homme en général, et contre la clochardisation des Algériens dans les années 1950-60.
Deux passionnés, deux révoltés, que j’ai découvert par le triste hasard des lectures.
Je dis triste hasard car le hasard ne devrait pas opérer lorsqu’il s’agit de tels personnages. Pourquoi, en cours d’Histoire, ne nous a-t-on jamais, ou presque, parlé de la traite négrière opérée par la France et qui s’est peu à peu transformée en un bien triste paternalisme? Pourquoi n’a-t-on jamais entendu le nom d’Aimé Césaire dans les cours sur la colonisation? Ces textes sont pourtant très instructifs, sur la France, sur son passé, sur son présent. Lisez :
« Une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte ». [Longs extraits]
« Il y a deux manières de se perde : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l’ « universel ». Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers. Alors ? Alors il nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait ; la force d’inventer au lieu de suivre ; la force « d’inventer » notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent. En bref, nous considérons désormais comme notre devoir de conjuguer nos efforts à ceux de tous les hommes épris de justice et de vérité pour bâtir des organisations susceptibles d’aider de manière probe et efficace les peuples noirs dans leur lutte pour aujourd’hui et pour demain : lutte pour la justice ; lutte pour la culture ; lutte pour la dignité et la liberté ; des organisations capables en un mot de les préparer dans tous les domaines à assumer de manière autonome les lourdes responsabilités que l’histoire en ce moment même fait peser si lourdement sur leurs épaules. » [En intégralité]
De même pour Germaine Tillion : pourquoi ne la connaissons-nous pas ? Elle organisât l’un des premiers réseaux de résistance (le réseau du Musée de l’homme). Elle fît d’énormes recherches sur l’Algérie, sa population, berbère, et réfléchît à l’avenir de ce pays fraichement décolonisé. Aussi, elle fut l’une des rares femmes à recevoir la Grand-croix de la Légion d’honneur. Alors pourquoi est-elle si peu connue par les Français? [Les grands moments de "ses vies" sont chez lemondediplo]
Bref, j’en veux un peu à l’Education Nationale et à ceux qui décident des programmes, qui ont sans doute oublié de nous parler de deux figures marquantes du militantisme et des idées du XXème siècle. Deux omissions qui seront, on l’espère, vite corrigées.
Quant aux hommages que rendent nos chefs politiques, opportunistes (je pense notamment à notre Président), à ces deux-là qui viennent de quitter la partie, je vous laisse le soin de les commenter, ici ou ailleurs.
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dimanche, 13 avril 2008
Quelques immanquables (2)
Il y a quelques mois, je vous balançais des incontournables du web tournés sur la politique, les médias, l’actualité, avec LaTélélibre.fr, Arrêt-sur-Image.net, et d’autres. Ce soir, je vous propose une nouvelle liste d’immanquables, découverts récemment ou non par la magie des liens externes. Le seul lien entre ces quelques bijoux du web: ils se font d’images et non de texte. Des images figées ou animées, en couleur ou N&B.
Photos pour le plaisir des yeux
-L’excellent portfolio Flickr d’un GI passionné de photo. Les clichés sont magnifiques et donnent une autre image de l’Irak, des gens qui y vivent et des hommes qui s’y battent.
-Le site-expo de James Nachtwey, photographe globe-trotter. Ses splendides clichés en N&B nous montrent crûment des drames humains, survenus un peu partout dans le monde et souvent liés à la guerre, à la famine, au sida. A voir.
-Le site-expo Contrefaits est la galerie de quatre photographes aux styles différents. Ils nous offrent de belles prises de la France d’aujourd’hui, en se concentrant surtout sur le social et la politique. Des photos souvent fortes, pleines de sens et de vérité.
Vidéos et web-reportages
-Les excellents blogtrotters sont bien des immanquables puisque ces bloggeurs fous voyagent dans différentes régions du monde, armés d’une petite caméra, pour enquêter sur un sujet. Au fur et à mesure de leur enquête, ils nous envoient des vidéos de ce qu’ils voient. Dernière expédition en date : le Kirghizstan pour une enquête sur les déchets radioactifs hérités de régime soviétique.
-Un grand cadeau vient d’être fait à tous les fans de South Park puisqu’un site gratuit (et officiel) vient de voir le jour et met en accès libre tous les épisodes de la série : toutes les saisons sont disponibles !
-En bonus, je vous conseille le dernier Point Rouge de la Télélibre. Ce débat citoyen, tourné au pied de la Tour Eiffel le jour du passage de la flamme à Paris, porte sur les Jeux Olympiques : les sujets du Tibet, des droits de l’homme, de la désinformation en Chine sont abordés grâce aux interventions de nombreux citoyens (français, chinois, tibétains, québécois, américains). Intéressant, et houleux.
Bonnes visites.
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mercredi, 02 avril 2008
Triomphe de l'image et mort des idées
Le triomphe de l’image
Quoi de plus flagrant depuis quelques mois que le triomphe de l’image ? Nicolas Sarkozy, premier homme de France, est une collection d’images : l’image d’un jet setter (Fouquet’s et yacht), l’image d’un winner matérialiste (signes extérieurs de richesse comme preuves de réussite), l’image d’un bosseur (hyperactivité assumée), l’image d’un homme moderne (jogging les matins et look soigné les soirs), l’image d’un homme comme les autres (qui ne contrôle pas toujours ses nerfs ni ses sentiments amoureux), bref une collection d’images souvent contradictoires et purement fictives.
L’une des dernières images de Nicolas Sarkozy est celle de sa nouvelle femme, véritable perle de beauté et de classe selon tous les commentateurs britanniques. Cette image n’est qu’une publicité, bien mise en avant : du marketing au service du politique et/ou de l’égo présidentiel. Carla Bruni, les rolex, l’entourage de milliardaires créent du rêve, de l’inaccessible, donc du désir, autour de Nicolas Sarkozy. Ce qu’espère Nicolas Sarkozy, c’est que les Français l’aiment, l’idolâtrent, lui vouent un culte. Cette volonté présidentielle ne se réalise pas pour l’instant : la France, de tradition catholique, a un problème avec l’argent, avec l’ostentation, avec les excès, et est donc très froide face au comportement actuel de Nicolas Sarkozy.
Le tragique de ce triomphe de l’image dans la politique réside dans sa généralisation : comme Nicolas Sarkozy, de plus en plus de personnalités politiques endossent des rôles d’acteurs (comédiens), adoptent des postures, créent des images autour de leur personne : c’est le cas notamment de Ségolène Royal, qui a fait campagne en insistant lourdement sur sa condition de femme, de mère de famille, sur son apparence aussi. C’est aussi le cas de François Bayrou, qui a joué de son image « France traditionnelle » en posant sur son fameux tracteur rouge et sur son image d’homme simple, honnête, posé.
Depuis les élections de 2007 au moins, le principal enjeu politique pour les candidats est devenu le choix stratégique, le contrôle et la vente de leur image : pour se faire élire, il faut se faire aimer des Français. Les idées, les programmes sont devenus secondaires. Ce qu’il faut avant tout, c’est créer une proximité, une adéquation, une amitié (fictives) avec les électeurs. Nicolas Sarkozy a gagné pour de nombreuses raisons, mais la principale me semble être qu’il a su se créer un personnage aimé de la majorité des Français.
La mort des idées
Ce marketing politique qui consiste à se vendre en tant que personne pour accéder au pouvoir montre actuellement toutes ses limites dès lors qu’il faut d’agir, lorsque le pouvoir est conquis. On le voit clairement aujourd’hui : Nicolas Sarkozy ne sait pas où il va, il gesticule, agite des concepts creux (« laïcité positive » par exemple), des idées rarement réfléchies (fin de la pub sur le service audiovisuel public)… De même sur sa politique économique, Nicolas Sarkozy oscille au gré de l’actualité et des sondages entre libéralisme (sur les services publics notamment) et protectionnisme économique (récemment, sur le sort de Mittal par exemple). Bref, Nicolas Sarkozy n’a pas de convictions profondes, n’a pas une « certaine idée de la France ». A propos de ce vide d’idées, certains disent que c’est la preuve que Nicolas Sarkozy est un homme pragmatique et non dogmatique. Cela montre surtout qu’il est l’archétype même de la démagogie, de la « pop politique » pour paraphraser Paul Krugman (pop economy).
Là encore, Nicolas Sarkozy n’a pas l’exclusivité dans la démagogie, dans le vide d’idées et dans la promotion de faux rêves, de faux espoirs. Ségolène Royal avait un projet peu cohérent : elle n’a pas fait un choix clair entre social-démocratie et socialisme historique (plus à gauche). Elle a surfé sur des propositions parfois démagogiques, a fait (et fait toujours) des boulettes monumentales qui montrent son manque de compétence dans de nombreux domaines (l’économie avant tout). Elle a vendu un profil (celle d'une femme simple mais compétente, prête), elle a aussi formulé un espoir (« un ordre juste »), sans en donner des clés explicites et suffisamment convaincantes. De même, François Bayrou a proposé un projet basé sur un espoir (un nouveau souffle démocratique, avec de nouvelles institutions, plus de citoyenneté et d’ouverture politique…) mais avec trop peu de choix clairs, en matière d’orientations économique et sociale notamment.
Dans ce système où le gagnant a été celui qui était le plus convaincant (grâce à son aisance orale, grâce à sa rhétorique, et non grâce à ses arguments, bien souvent infondés en réalité), tout compte sauf la vérité. Il faut parler aux Français avec simplicité, quitte à faire des sophismes terribles, quitte à dire des âneries colossales… « Plus c’est gros mieux ça passe » disait Chirac.
Le tournant (personnification du politique ; débats d’idées au second plan) qu’a pris la politique française, sous l’impulsion de Sarkozy depuis 2002 à mon avis (mais qui remonte peut-être au Général de Gaulle), est une terrible nouvelle pour la démocratie française car elle nous condamne, nous citoyens-électeurs, à être déçus et trahis. En effet, est élu celui qui promet le plus, qui manie le mieux la rhétorique et qui se façonne au mieux une image positive : bref, le meilleur imposteur. Face à cette situation et alors que nos élites intellectuelles sont en décomposition (voir tous les pseudo-intellectuels qui racontent quotidiennement des bobards sur les ondes ou dans certains journaux), la solution viendra des citoyens.
Le nouveau souffle viendra d’en bas ou ne viendra pas.
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mardi, 25 mars 2008
Coups d'oeil sur l'étranger
Le Monde Diplomatique et Courrier International, deux lectures (l'une mensuelle, l'autre hebdomadaire) fort intéressantes et complémentaires pour mieux connaître et comprendre le monde actuel. Avec ce duo très ouvert sur l'extérieur, finis les débats franco-français pré-mâchés et le malheureux autocentrisme de nos médias très tricolores qui n'aiment pas trop voyager. Petit aperçu de ce que j'ai retenu de ce mois de Mars.
En Chine, le journaliste Pu Shaling explique que les médias chinois traitent de dossiers futiles et que les débats publics y sont de mauvaise qualité. Selon le journaliste, la censure n'est pas en cause dans ce phénomène. En fait, et c'est une bonne nouvelle, les opinions commencent à se libérer dans certains médias Chinois mais la place est laissée aux opinions les plus triviales et les plus caricaturales : aucun sujet de fond n'est abordé avec sérieux et dans toute sa complexité. Du coup, les rares questions importantes qui sont posées dans les médias (sur un salaire minimum, sur le pouvoir d'achat, sur la recherche...) trouvent comme seules réponses des simplifications et des débats "oui-non" qui tournent en dérision le camp adverse. "Préoccupant", selon Pu Shaling. Autre info : les Chinois, conscients que le pouvoir les écoute peu, utilisent beaucoup les pétitions pour se faire entendre à propos du non-respect de leurs droits les plus élémentaires : ainsi près de 10 millions de Chinois auraient déjà pétitionné. (Courrier International du 13 au 19 Mars)
Chine encore, une petite info sur l'idée d'un boycott des JO : la population chinoise ne comprendrait pas du tout que des pays étrangers boycottent les JO en raison des violences au Tibet. En effet, la population chinoise, massivement influencée par les médias de propagande, ne voient que des images de violences anti-chinoises au Tibet, et non la répression anti-tibétaines que l'on connaît, si bien que les Chinois se sentent agressés par les Tibétains, et non l'inverse. A noter une info que les médias français ont totalement oublié (sauf @si et Rue89 à ma connaissance) : ces violences anti-chinoises ont réellement lieu en ce moment au Tibet, où vivent de plus en plus de Chinois.
Au Japon, une nouvelle ère littéraire est en train de naître : celle du roman SMS, ou keitai shosetsu.
Courrier International du 13 au 19 Mars : "Le succès des romans sur téléphone portable est sans doute l’un des phénomènes culturels les plus étonnants de ces dernières années au Japon. Sur les dix meilleures ventes de fiction en 2007, cinq sont en effet des keitai shosetsu, diffusés d’abord sur mobile puis édités sous forme de livre, ce qui est leur consécration."
En Pologne, les questions sociales sont au devant de la scène publique depuis la mi-2007 et les vastes mouvements de grève qui ont touché le pays. Les Polonais réclament le fruit de la bonne conjoncture économique : croissance élevée, chômage en baisse (notamment grâce à l'émigration de nombreux travailleurs à l'ouest, en Allemagne et ailleurs). Dariusz Zalega, journaliste polonais, explique que les travailleurs polonais ont largement montré leur hostilité à la politique conservatrice libérale des frères Kaczynski : des grèves nombreuses et massives ont éclaté, surtout à l'ouest du pays, la région la plus riche et la moins touchée par le chômage. Infirmières, douaniers, professeurs et mineurs sont notamment descendus dans la rue et ont stoppé le travail pendant plusieurs jours pour réclamer de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. La plus grosse grève, celle des mineurs, était largement soutenue par la population (70% des polonais soutenaient les grévistes) et par des personnalités étrangères dont Ken Loach et Olivier Besancenot. Ces vastes mouvements sociaux se sont traduits par des résultats variables mais positifs dans l'ensemble : les travailleurs de certaines mines de charbon ont par exemple obtenu une augmentation des salaires de 15%. (Le Monde Diplomatique du mois de Mars)
Aux Etats-Unis, après les nombreux carnages dans des universités américaines (Columbine, Virginia Tech, Northern Illinois), certains conservateurs défendent l'idée d'autoriser le port d'armes sur les campus universitaires et même dans les écoles. Objectif : lutter contre les tueries en se défendant mieux. Certains états envisagent d'autoriser le port d'armes par les enseignants, d'autres états comme l'Arizona veulent même autoriser le port d'armes pour les étudiants : c'est déjà le cas dans l'Utah. Banaliser les armes pour lutter contre la violence ou l'art d'être illogique. Les grands gagnants de cette affaire : encore et toujours les lobbies pro-armes à feu. (Courrier International du 13 au 19 Mars)
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mercredi, 19 mars 2008
Espoirs de banlieusards
La banlieue, immense enjeu.
Première victime du chômage, de la discrimination, de la violence, du racisme, de la peur, de la caricature, de la méconnaissance, de l'oubli.
Réussir avec la banlieue, c'est en finir avec de vieux démons (l'extrême-droite, les sentiments d'abandon et d'impuissance, le désespoir, le clash social, le communautarisme, la crise identitaire...), c'est renouer avec l'espoir. Et l'espoir, il existe, il tente de survivre, en attendant des jours meilleurs.
Clip de "Banlieusards", Kery James. A voir.
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mardi, 18 mars 2008
Pathétiques gesticulations
La France peut souffler, un peu. Nicolas Sarkozy vient de mettre fin au marasme actuel (crise de confiance, impopularité, déception, défaite aux municipales, crise financière et ralentissement économique mondial, etc.). Comment ? En remaniant l'équipe gouvernementale, comme le prévoit une triste tradition depuis des années : quand ça va mal, changeons deux trois intitulés ministériels, appelons au gouvernement deux trois nouvelles têtes plus ou moins compétentes, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Pour justifier de telles sottises, Sarkozy nous dira que le gouvernement, par ce remaniement, redeviendra tout neuf, tout beau, tout frais, avec un bilan vierge, une légitimité totale, et un volontarisme retrouvé. C'est évidemment faux. Mais bon, jugeons sur les faits. Voyons ce qu'on nous propose.
Parmi les plus alléchantes nouvelles, il y a :
-Nadine Morano, spécialiste des polémiques et des dérapages lexicaux, mais aussi maman de trois enfants, obtient le joli titre de Secrétaire d'Etat à la Famille. Un Secrétariat d'Etat existentiel vous en conviendrez. D'autant que la Famille fait partie des attributions de Xavier Bertrand : ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. Un bel intitulé, qui ne manque pas de cohérence. On espère juste que Xavier Bertrand saura trouver la relation entre le Travail et la Famille.
-Roselyne Bachelot, déjà spécialiste reconnue du Sport et de la Santé, devra maintenant prendre en charge, en plus, la Vie associative. Espérons qu'elle en trouvera le temps, car entre les tribunes officielles aux stades et les débats ultra-complexes sur l'avenir de l'hôpital et de la santé, elle ne doit pas chômer Roselyne.
-Jean-Marie Bockel, l'ex PS devenu Gauche Moderne, et accessoirement hôte de M. Khadafi en Décembre, reçoit en récompense de sa réélection le poste de secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants. Les anciens combattants ? Il n'y en a plus de la "Grande Guerre". Donc JMB n'aura pas trop de boulot on présume. Quand à la défense, on se demande comment pourra s'occuper l'excellent Hervé Morin, notre ministre de la Défense, si Bockel lui fait tout le travail. Mais bon, j'imagine que deux VRP ne sont pas de trop pour vendre des armes aux nombreux guerriers de la planète.
-Anne-Marie Idrac, l'ancienne présidente de la SNCF, a été remerciée pour sa fermeté durant les grèves de cheminots et se voit confier le secrétariat d'Etat au commerce extérieur. On imagine déjà sa ferme volonté, remettre la balance commerciale à l'équilibre, et son slogan : rendre de la compétitivité aux entreprises françaises, en allégeant les charges. Espérons que Mme Idrac fera preuve de plus d'originalité.
Voilà pour les quelques perles de ce remaniement, ou "réajustement" selon Sarkozy. A ne pas négliger non plus les promotions attribuées aux plus loyaux : Yves Jégo, qui passe à l'Outre-mer, quelle chance!, et le jeune Laurent Wauquiez qui passe à l'Emploi.
Ces gesticulations présidentielles sont bien la preuve qu'on se fout de nous : on créé 6 nouveaux postes dans un gouvernement qui en comptait déjà trop et alors que Sarkozy candidat nous promettait une équipe "resserrée". On ne change rien aux postes clés, si ce n'est quelques syllabes dans les intitulés.
Bref, rien. Juste assez pour faire dire aux Français les plus niais : "ah oui, ils ont tenu compte de notre vote... ils ont changé, et ça va aller mieux." En vérité, rien n'a changé. Et rien ne changera.
Je ne blâme pas Sarkozy pour cela : une élection locale perdue ne doit pas provoquer des changements majeurs, simplement pour faire plaisir aux électeurs déçus. L'exercice du pouvoir nécessite parfois d'assumer un certain mécontentement de la part des Français.
Ce qui est pathétique, c'est cette gesticulation, cette mascarade de communication. La supercherie est grosse comme une maison, et c'est vraiment prendre les gens pour des cons. L'opinion des Français dans les prochaines semaines permettra donc de voir s'ils se sont laissés prendre à ces pathétiques gesticulations communicationnelles ou s'ils sont lucides.
Mais cette mascarade n'est pas le plus grave, elle ne durera qu'un temps, et puis, on savait déjà que ce gouvernement était un organe de communication jouant sur les effets d'annonce. Ce qui est grave, c'est et ça restera le fond, les idées, les projets. Dans ce qui est annoncé pour les prochaines semaines, rien ne semble aller dans le bon sens, notamment au niveau social et économique.
Quant au politique, il est malade, phase terminale. Il n'y a qu'à voir tous ces ministres qui sont devenus maires il y a quelques jours, tous ces cumulards au service de leurs intérêts particuliers. Justement, à propos de "servir", ne manquez pas ça.
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jeudi, 13 mars 2008
Les municipales, le stress au travail, l'euthanasie et Monsanto
Ce long billet fait le point sur tout ce que je n'ai pas pu dire sur l'actualité récente, municipales, stress au travail, euthanasie, Monsanto, etc.
Les municipales : quelques leçons
La carte de la France a globalement rosi. Le rouge a très bien résisté. L'orange a souffert. Le bleu a laissé quelques plumes. Le bleu foncé est à la renverse.
Dans les grandes villes, le rose sort grand vainqueur (Paris, Lyon, Nantes, Lille...), mais des incertitudes planent toujours, notamment à Marseille, Toulouse et Strasbourg.
Les parachutés sont tombés de haut. Le jeune socialiste (ex-MJS) Razzye Hamadi a du jeter l'éponge à Orly après son mauvais score. Jean-Marie Cavada, qui avait lâcher le MoDem pour une liste UMP dans le 12eme à Paris, s'est pris une veste et ne sera pas élu face à la socialiste Michèle Blumenthal. A Villiers-le-Bel, Sylvie Noachovitch a obtenu un résultat très généreux de près de 40%, mais n'aura pas droit à un second tour face au socialiste Didier Vaillant. Evidemment, certains parachutés s'en sortent, c'est le cas de Rachida Dati dans le 7eme par exemple. Mais bon, la droite et le 7eme, c'est une longue histoire d'amour, ... et d'intérêts partagés. Ces mauvais résultats pour les parachutés sont une bonne nouvelle : n'est pas maire qui veut. Bien administrer une ville, c'est avant tout bien la connaître, et savoir comment on y vit.
Ma déception vient du fait que les ministres et secrétaires d'Etat s'en sortent bien au niveau local à de rares exceptions près, comme Xavier Darcos à Périgueux. En fait, on observe que les célébrités politiques s'en sortent très bien, qu'elles soient de droite ou de gauche. Pourquoi ? Parce que les Français croient qu'un maire qui est écouté au niveau national sera un meilleur maire, capable d'aller chercher des subventions et des crédits, d'attirer des entreprises... Ce n'est peut-être pas complètement faux, mais c'est oublier que les maires d'envergure nationale ont tendance à être plus souvent à Paris que dans leur commune.
Stress au travail
Après la médiatisation de nombreux cas de suicide de salariés, chez Renault notamment, Xavier Bertrand commence à comprendre qu'il y a un problème dans les entreprises françaises. Le ministre du Travail vient de recevoir un rapport sur le stress au travail et indique qu'il prendra les mesures qui lui ont été proposées : la création d'un indicateur national de santé mentale et sociale des travailleurs, le recensement des suicides sur le lieu de travail, des "autopsies psychologiques", une campagne nationale de prévention contre le stress au travail, etc...
Ces quelques mesures (il y en a 9) vont dans le bon sens, mais elles ne vont pas assez loin. Il faudrait étudier les problèmes structurels qui sont un facteur prépondérant de ces suicides au travail. Ces problèmes sont liés à l'organisation du travail en entreprise, aux rapports humains entre les travailleurs, aux méthodes des managers et des GRH aussi (pressions, objectifs, menaces, harcèlement, mise en compétition...). Ainsi, c'est tout le modèle qu'il faut revoir en observant le monde du travail tel qu'il est, cru, brutal, violent, incertain. Faire du suicide au travail un fait purement particulier, lié à la fragilité psychologique de certains salariés ou à leur manque d'efficacité, ce serait minimiser un phénomène pourtant croissant et très alarmant.
A ce sujet, il faut voir ce film de 2007 : J'ai (très) mal au travail.
Euthanasie
Le droit de mourir. C'est ce que demande Chantal Sébire et beaucoup d'autres malades incurables à l'Etat Français. En réponse, Nicolas Sarkozy propose à cette patiente une nouvelle expertise médicale. La loi Leonetti de 2005 nous dit que "l'intervention des médecins ne saurait en aucun cas mettre fin à la vie du patient".
Oublions les jugements moraux sur l'euthanasie et parlons concret. Un individu a le droit, juridique, (la liberté civile pour être exacte) de se jeter par la fenêtre. S'il s'en sort, il ne sera pas poursuivi par la justice. On accorde donc à cet individu la liberté de mourir. Il choisit la date, le lieu, les conditions de sa mort dès lors qu'elles ne mettent pas en danger la vie d'autrui. Là où la loi dit non, c'est à l'intervention de l'autorité qualifiée (les médecins) dans le but de la mort.
Cette loi me semble injuste car elle discrimine les citoyens devant la mort. Certains peuvent exercer leur liberté de mourir, ce sont les valides, tandis que d'autres ne peuvent l'exercer du fait de leur handicap, de leur invalidité. L'Etat, garant des libertés, a donc à mon sens le devoir de donner la capacité à chacun des citoyens d'exercer leurs libertés, et notamment celle de mourir. Comme pour toute autre liberté, l'Etat doit en assurer l'effectivité et doit donc permettre aux invalides, aux malades, de mourir dès lors qu'ils en font une demande très ferme, répétée et explicite.
Au-delà de l'aspect purement juridique, je crois que l'aspect philosophique pourrait aussi servir la cause de l'euthanasie. Tout individu est maître de son corps, maître de sa vie et de sa mort. Ainsi, le devoir moral de tout citoyen (et notamment du médecin) est de respecter et de faire respecter ce pouvoir, donc d'aider le citoyen invalide à concrétiser sa volonté.
Les Français et la lecture
Selon un récent sondage TNS-Sofres, 69% des Français disent lire au moins un livre par an, contre 66% en 1981. Cependant, on remarque que le nombre de grands lecteurs (qui lisent plus de 20 livres par an) diminue : 9% des Français lisent plus de 20 livres par an, contre 13% en 1981. En revanche, les petits lecteurs (entre 1 et 5 livres par an) augmentent, et représentent aujourd'hui 35% de la population.
Ce sondage montre aussi une évidence : plus on est riche et diplômé, plus on lit. Certains prendront cette relation en sens inverse et expliquera que plus on lit, plus on devient intelligent et cultivé, donc riche. Je n'y crois pas du tout. Je pense plutôt que ceux qui lisent sont ceux qui en ont les moyens. Les livres coûtent très (trop) chers : ce sont donc les populations aisées qui lisent le plus. L'enquête TNS-Sofres nous indique aussi que les internautes lisent plus que la moyenne nationale. L'Internet n'est donc pas une menace pour les livres, bien au contraire. C'est une bonne nouvelle qui devrait faire pâlir tous les détracteurs d'Internet, dont M. Finkielkraut.
A propos de littérature, Libération propose pendant quelques jours à de nombreux écrivains à succès d'écrire des articles pour le journal. C'est une idée très intéressante je trouve. Les lecteurs du journal pourront ainsi retrouver leurs auteurs favoris dans un genre et dans un style très différents. Et puis, ça ne peut pas faire de mal à certains écrivains de revenir un peu dans des sujets plus crus, plus vrais, plus essentiels.
Les OGM et Monsanto
Pour ceux qui ont du mal à peser le pour et le contre des OGM dans agriculture (c'était mon cas, même si je penchais plus du côté des anti-OGM), il faut absolument voir ce document extraordinaire, réalisé par Marie-Monique Robin et diffusé mardi sur Arte. Que sont les OGM ? Quels dangers sur la santé ? Quels avantages et désavantages pour les paysans ? Monsanto, qui commercialise 90% des OGM dans le monde : quelles méthodes ? Quels produits ? Quelles ambitions ? Quelle éthique ? Ce documentaire est décapant.
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lundi, 10 mars 2008
Ouvrez les frontières, ou 20 minutes avec les Peuls
Ce documentaire sur les Peuls du Burkina Faso est à voir.
20 minutes de bonheur, de dépaysement, de sagesse, d'harmonie. Splendide reportage, datant de 1994, de Laurence Kirsch et Henry Marquis, diffusé sur Arte et Planète, et aujourd'hui sur LaTéléLibre.
Pour prolonger ce magnifique voyage en terre africaine, il ne faut pas passer à côté des mémoires du "Sage d'Afrique", le malien Amadou Hampate Bâ. J'ai lu le Tome 2, Oui mon commandement : c'est juste splendide.
Pour ceux qui préfèrent les mots chantés à ceux couchés sur le papier, il y a l'embarras du choix, mais ne manquez pas le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly, citoyen africain engagé, et "Plus jamais ça", un reportage où l'on suit l'artiste en tournée en Afrique et ailleurs.
Ces quelques recommandations répondent à un unique précepte : Ouvrez vos frontières.
vendredi, 07 mars 2008
Apologie de la douce démocratie
En voila un titre angélique. Apologie de la douce démocratie. Il s'agit en fait d'un appel à la responsabilité de chacun, et notamment de nos élites.
Depuis quelques semaines, il y a en France comme une odeur de fumée, des cris de guerre et des bruits d'épées qui s'entrechoquent. Il y a des mots, des insultes, de la diffamation, de la violence. Il y a comme de la barbarie moyenâgeuse chez nos élites.
Les uns attaquent la Présidence et sa noblesse, critiquent, pamphlétisent, attisent le feu, organisent la résistance, préparent armes et munitions. Certains sont honnêtes et font leur travail avec sagesse et justesse. D'autres le sont moins et usent de facilités, d'exagérations, pour convaincre le peuple indécis qui ne sait quoi penser de ce nouveau régime. Ce camp-là ne se satisfait pas des sondages et de la chute de la popularité de la Président. Non, il attend le soutien concret de la masse, lequel devra se manifester dimanche à 20h, lorsque la sentence tombera, lorsque le rouge se propagera sur la carte de France, lorsque les bastions bleus tomberont. Et là, il se pourrait que ce soit l'explosion. Pas l'explosion de joie, plutôt l'explosion des rancoeurs et des clivages. Ce sera le début de plusieurs mois de guerre de tranchée, avec des offensives suicides pour gagner la tranchée d'en face et faire plier l'ennemi. Ce sera la concrétisation de plusieurs mois de divergences politiques et morales, de déceptions, de bafouement de la Vérité et des principes élémentaires du débat démocratique.
De l'autre côté, la garde rapprochée défend son maître. Elle fait même plus, elle contre-attaque : "Staliniens!", "fascisme rampant", "déni de démocratie", la gauche créé "un climat de quasi-guerre civile", "on va les défoncer"... Tous les coups sont bons : accusations infondées, diffamation, insultes, dénigrement, victimisation... L'enjeu est grand : l'adhésion ou le désaveu du peuple. Si la sanction est trop lourde dimanche soir, le gouvernement sera en feu, les mairies UMP vaincues sonneront la révolte contre ce gouvernement qu'elles aiment moyennement et qui les fait tomber. Les déceptions individuelles des uns et l'esprit revanchard des autres mettront la Présidence dans une situation délicate, attaquée sur deux fronts.
Si cette explosion a lieu, la démocratie aura mal, pendant longtemps.
Je suis déçu de ce jeu dangereux qui est pratiqué par nos élites politiques et intellectuelles, surtout à droite il faut bien le dire. La démocratie n'est pas un jeu. Les mots ont un sens, un poids. Les enjeux, aussi grands soient-ils, ne doivent pas faire oublier les règles simples du civisme et de la démocratie, et le futur proche qui attend la France. Qu'on déstabilise le régime, la Présidence, le gouvernement à coup de mensonges et de sophismes, ou qu'on conchie la gauche en la traitant des plus infamantes injures, c'est bas, c'est malsain et ce n'est pas responsable. C'est succomber aux passions, c'est tomber dans des dogmatismes, c'est couper la France en deux. France "une et indivisible" comme le dit notre vieille et sage Constitution.
Un peu de responsabilité et de sagesse.
Faisons l'apologie de la douce démocratie.
20:25 Publié dans Opinion, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 03 mars 2008
La fausse crise de la valeur travail
Depuis le début de la campagne présidentielle, et c'est encore le cas aujourd'hui, Nicolas Sarkozy se positionne comme le défenseur de la valeur travail, valeur en crise selon lui. Les Français ne travailleraient pas assez, ne se donneraient pas assez, et se contenteraient trop de ce qu'ils ont. D'où le manque de croissance et de pouvoir d'achat. Son ambition est donc de redonner aux Français le goût du travail et de l'effort, objectif qui passe notamment par la défiscalisation des heures supplémentaires.
La plus grande erreur de Nicolas Sarkozy, c'est son modèle, son constat, son état des lieux : non, il n'y a pas de crise de la valeur travail en France. Une large étude mondiale de la WVS (Wolrd Value Survey) nous le montre :
-Les Français répondent à 69% que le travail est "très important" dans leur vie, la France occupe le 1er rang sur les 24 pays les plus riches.
-Les Français répondent à 37% que les loisirs sont "très importants" dans leur vie, ce qui place la France en 17eme position sur 24 pays.
-Les Français répondent à 68% qu'il est important d'apprendre aux enfants à "travailler dur", la France est 7eme sur 24 pays.
Les Français ne sont donc ni feignants ni désintéressés par leur travail.
En réalité, les études montrent que le problème français vient de la vie dans l'entreprise : mauvaises relations manager-salariés, faible promotion interne, manque de liberté d'action et de pouvoir de décision pour les salariés, etc.
-Selon une enquête du GCR (Global Competitiveness Report) menée auprès d'entrepreneurs du monde entier, la France se classe 99eme sur 102 pays pour la qualité de ses relations sociales dans l'entreprise, juste devant le Venezuela, le Nigeria et Trinidad.
-La France se caractérise aussi par le peu d'autonomie qui est laissée aux salariés, et par le manque de promotion interne: dans les entreprises à actionnariat familial, qui sont souvent des entreprises à management familial, les enfants reprennent l'affaire de leurs parents. Dans les entreprises managériales de grande taille (notamment les entreprises publiques), les dirigeants s'échangent les postes entre eux. Ce jeu des chaises musicales ne profitent pas aux salariés (et aux cadres) ce qui limite les évolutions de carrière et la mobilité sociale.
Bref, la crise de la valeur travail est un mythe. Les travailleurs Français sont même dans les premiers de la classe en terme d'intérêt et de dévouement à leur travail. Les problèmes de l'économie française sont donc à chercher ailleurs et notamment dans les catastrophiques relations sociales dans l'entreprise. Cette triste réalité s'explique notamment par une place prépondérante du management familial en France et à un très mauvais dialogue social, héritage du XIXeme siècle et du paternalisme comme force conservatrice.
Pour aller plus loin, une lecture s'impose : Le capitalisme d'héritiers, de l'économiste Thomas Philippon.
22:41 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 01 mars 2008
En finir, vite
En finir avec cette dégueulasse omerta qui règne au Medef et à l'IUMM : un homme, M. Gautier-Sauvagnac, qui a avoué avoir transporté des mallettes pleines de billets (pour un montant total largement supérieur au capital du Medef) et qui refuse toujours de dire à qui il les donnait et pourquoi, reçoit un golden parachute de 1,5 millions d'euros (somme qu'un Français moyen gagne en 100 ans de travail) de la part du Medef, conserve un poste rémunéré 20 000 euros par mois pendant au moins un an encore, et reçoit du Medef la garantie qu'il n'aura rien à payer si la Justice venait à l'inquiéter. Il faut en finir avec ces méthodes mafieuses dignes des régimes les plus corrompus. Mais il faut aussi en finir avec ce puant mensonge qui consiste à dire : "Ah bon ? Il a fait ça ? Je ne sais rien de cette affaire" quand on est à la tête du Medef. Assumer ce qu'on fait, ce qu'on voit, ce qu'on entend, voilà ce qui devrait être fait par Mme Parisot, M. Sauvagnac et tout ceux, trempés jusqu'au cou, dont on tait le nom.
En finir avec le terrible gâchis qui se produit en ce moment et depuis trop longtemps dans la forêt colombienne, où sont détenus Ingrid Betencourt et des milliers d'otages. Le récit des ex-otages libérés est terrible, notamment celui de Luis Eladio Perez, qui explique qu'Ingrid va de plus en plus mal, et qu'il a tenté de s'enfuir avec Ingrid en 2005, qu'ils ont couru pendant 5 jours ensemble dans la forêt, sans rien boire ni manger, et que c'est sa faiblesse physique (à cause d'un problème de diabète notamment) qui les a conduit, tous deux, à retourner au camp de détention, pour se rendre aux FARC, et au final être attachés à un arbre pendant plusieurs heures en guise de punition, d'humiliation.
En finir avec les raids aériens et les rockets assassins qui tuent des deux cotés de la frontière entre Israël et Gaza. Quatre gamins palestiniens qui jouaient au football sont morts aujourd'hui sous les obus d'une attaque aérienne. "Incident" lié à des problèmes "techniques" selon les autorités israéliennes. Ou comment oublier le drame humain, l'immense gâchis, que représente la mort d'innocents. Représailles, suivies de représailles de représailles... Cycle de la mort, mort des civils, mort des innocents, mort de l'espoir. Ces affrontements durent depuis cinquante ans. Ne faudrait-il pas aujourd'hui en finir, en tentant de mettre de côté les inoubliables souffrances et humiliations que s'infligent les deux camps, en cessant les tirs. Que chaque nouveau tir soit une terrible nouvelle pour le camp d'où il provient et non seulement pour celui qui le reçoit. Ca s'appelle l'empathie, ou le rapprochement des peuples, et ça n'est pas qu'un joli mot. C'est aussi un plan de paix et de coexistence pacifique.
01:24 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 26 février 2008
Quelques microlectures à ne pas rater
Vu que je n'ai rien à dire de constructif sur la politique française ou un quelconque autre sujet, je vous livre un petit billet pour vous balancer quelques liens qui méritent le détour.
Paul Krugman
Le célèbre économiste américain, progressiste et libéral (au sens américain), vient de pondre un essai politique : "The Conscience of a liberal". Krugman explique notamment que les Etats-Unis sont à un niveau d'inégalités très élevés, largement supérieurs aux dernières décennies, qui est le fruit d'une politique bushiste libérale, de réductions des impôts notamment. Il donne aussi son avis sur le parti républicain, très influencé par les néoconservateurs, et donc très passéiste sur les enjeux sociétaux tels que l'IVG. Krugman aborde aussi les failles de la démocratie américaine, et explique pourquoi les Américains votent majoritairement républicain quand leur intérêt réside en majorité ailleurs, à gauche. Il apporte aussi son soutiens au plan santé d'Hillary Clinton, plus ambitieux que celui de Barack Obama. Il dit en quoi la victoire des démocrates en novembre 2008 lui semble accessible.
Le résumé complet du livre se trouve dans cet article de Thomas Mélonio.
Au sujet des élections US toujours, ne manquez pas les derniers billets d'un expatrié aux US, Avelmor, puisqu'il confronte les programmes des deux candidats démocrates sur les grands enjeux de la campagne.
Les magasins Lidl de l'intérieur
Politis.fr nous offre un joli cadeau, puisque le site vient de diffuser gratuitement un excellent article, déjà ancien, où il est question de Lidl. Comment Lidl propose-t-il des prix si faibles aux clients ? La réponse est à gerber : en exploitant les salariés, à un point inimaginable pour les non-initiés comme moi. Salaires de misère, pression folle, cadences insoutenables, intimidations, précarisation stratégique, pièges, licenciements abusifs... Tous les moyens sont bons pour tirer les salariés vers le bas et leur faire comprendre qu'ils ne valent rien.
DSK le social-démocrate
Pour ceux qui se sentent proches des idées socialistes, les trois tribunes pour la refondation de DSK ne sont pas inutiles (publiées dans l'été 2007 dans Le Nouvel Obs, puis sur le blog du socialiste il y a quelques mois). L'ex-candidat aux primaires de 2006, nouveau Directeur du FMI, nous donne sa vision du socialisme du XXIeme siècle, un socialisme qui ne se bat plus contre le capitalisme mais contre les injustices sociales, bref, une social-démocratie. Cette vision est intéressante, et plaisante pour ma part.
Quand les femmes de l'UMP sont viriles
Deux UMP women ont retenu mon attention dernièrement : l'inarrêtable Nadine Morano, et la télégénique Sylvie Noachovitch. Nadine Morano se fait joliment remettre à sa place après ses propos sur le PS et les "assassins' par Radicalchic. Quant à la célèbre avocate de Sans Aucun Doute, le bloggeur Luc Mandret nous apprend qu'elle a fait pression sur lui pour retirer un billet à son sujet. Il nous explique cette affaire ici. Ca en dit long sur sa conception du débat politique et de la critique.
Bonus vidéo
Après tant de lectures, rien de mieux qu'un petit Best-of 2007 de LaTéléLibre qui fête son premier anniversaire.
Bonne soirée
23:23 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 23 février 2008
"Casse-toi alors pauvre con"
Voilà comment réagit celui qui porte le titre de Président de la République Française lorsqu'un visiteur du Salon de l'Agriculture lui dit, tranquillement : "Touche moi pas ! Tu me salis".
La vidéo est signée LeParisien.fr
La crise des valeurs ? Nous l'avons devant nous.
La disparition de la morale et du civisme ? Elle est sous nos yeux.
Nicolas Sarkozy n'est pas Président de la République. Il n'en est pas digne.
Il n'est que Nicolas Sarkozy, un homme, irrespectueux, immature, immodéré, qui aura dirigé la France pendant quelques années, suite à un malheureux vent d'espérance qui souffla naïvement en mai 2007.
















































