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vendredi, 30 novembre 2007
Sarko : amalgames, mensonges, démagogie et répression
Voilà les mots qui me viennent en premier à l'esprit quand je lis, vois, ou écoute, les déclarations de Nicolas et ses amis au sujet des évènements de Villiers-le-Bel.
Cette affaire contient beaucoup de zones d'ombre :
-le choc entre la voiture de police et la moto a-t-il été frontal (énormes dégradations à l'avant de la voiture de police, et aucune sur l'avant de la moto) ou latéral ?

-les policiers sont-ils partis après l'accident (ce qui aurait permis à des casseurs de saccager le pare-brise de la voiture, comme le dit la version officielle) ou sont-ils restés un moment pour apporter les premiers secours aux victimes (comme le révèle un témoin de la scène) ?
-les marques sur le pare-brise sont-elles dues à des cassages avec des barres de fer (version officelle) ou plutôt au choc ? Et pourquoi donc les casseurs auraient-ils fracasser [EDIT : fracassé pardon] le pare-brise, et pas le gyrophare ? les fenêtres ?
-s'agissait-il d'une simple patrouille (donc à 30-40 km/h) ou d'un accident à beaucoup plus vive allure, comme le suggère le témoin pré-cité ? En effet, comment expliquer de telles dégradations à 30 km/h ? Et comment expliquer qu'à cette faible vitesse, la moto ait été projetée à 40m du lieu d'impact ?
Voilà les grandes zones de flous qui font de cette tragédie une affaire complexe et encore irrésolue.
Mais malgré ces flous aberrants, voilà ce que nous dit le Directeur Général de la Police Nationale : il ne s'agit que d'un "banal accident".
Côté gouvernement, on évite de trop parler des circonstances de ce drame, mais tout le monde s'accorde à dire qu'il s'agit d'un accident malheureux et que la voiture de police était là par hasard.
Quant à Nicolas, il ne refait pas le coup de 2005, où il avait dit très serreinement que les deux jeunes décédés dans un transformateur n'étaient pas poursuivis par la police (l'enquête révèlera le contraire), et étaient des cambrioleurs (mensonge dégueulasse). (merci à Vive le Feu de le rappeler)
Là où s'engage vraiment Nicolas, c'est dans son analyse des violences qui ont suivi le drame. ("violence inacceptable" comme le dit Fillon, et il a raison, rien ne justifie la violence). En effet, Nicolas l'a bien compris, il fera plus parler de lui en allant à la chasse à l'émeutier qu'en allant à la chasse à la vérité.
Nicolas nous dit notamment ceci :
-les émeutiers sont une "bande d'enragés". Comme le souligne Guy Birenbaum, ce vocable (normalement réservé aux chiens ou aux victimes de morsure) n'est ni juste, ni respectueux, ni digne d'un Président de la République.
-les émeutiers constitue une sorte de grande mafia. Comme nous le rapelle @SI, Cette thèse de grandes mafias structurées tenues par des grands caïds faisant la loi dans les cités a été largement critiquée par le sociologue Michel Wieviorka, et même par un rapport confidentiel de la direction centrale des RG (les violences urbaines dans les banlieues n'étaient "pas organisées" selon ce rapport).
-dans les cités règne la "voyoucratie". D'accord, mais, comme le rappelle là encore Guy Birenbaum, qu'en est-il de M Gautier-Sauvagnac qui retire des valises pleines de billets (600 millions d'euros, alors que le budget du MEDEF n'est que de 20 millions d'euros!). Pas de voyoucratie là ? Pas de voyoucratie pour le nouveau secréatire d'Etat Bernard Laporte ? Pas non plus pour Charles Pasqua ? Ah bon.
-"Ceux qui ont pris la responsabilité de tirer sur des fonctionnaires se retrouveront devant la cour d'assises."Les faits commis "portent un nom, c'est tentative d'assassinat". Nicolas n'a bien lu la DDHC, ni même Montesquieu : il a oublié la séparation des pouvoirs, éxectutif, législatif et judiciaire. Ce principe républicain implique qu'un Président n'a pas à tenter d'influencer d'une quelconque manière les décisions d'un magistrat. Or, parler de tentative d'assassinat, c'est tenter d'influencer les magistrats. D'ailleurs, on peut s'étonner que Nicolas l'ancien avocat ne maîtrise pas le BAba du métier. (Au passage, les magistrats ont retenu tentative d'homicide volontaire, et pas tentative d'assassinat comme le proposait Nicolas.)
-Hier pour sa longue interview sur TF1 et France 2, Nicolas a même dressé un lien de cause à effet entre "l'immigration" et les violences urbaines. Les étrangers sont une menace pour l'identité nationale, on commence à le savoir par coeur ce dicton xénophobe. Mais en plus de ça, ils sont une menace pour notre sécurité. Jean-Marie doit jubiler, il se retrouve au pouvoir par l'intermédiaire de Sarko.
-Enfin, Nicolas et Fadela parlent d'une même voie en disant que ces violences urbaines ne sont pas l'expression d'une "crise sociale". Ah bon. Etonnant quand même quand on sait que le taux de chômage des jeunes est de 34% à Villiers-le-Bel, quand on sait aussi que l'ONU fait la chasse au racisme en France, qui exclut des populations entières de la société française et les met dans des "ghettos".
Ces quelques éléments montrent bien que Nicolas Sarkozy a le même raisonnement en tant que Président de la République que lorsqu'il était Ministre de l'Intérieur.
1. REPRESSION, c'est facile, c'est spectaculaire, c'est violent, ça fait de l'audimat sur TF1, et ça pique l'électorat de Le Pen.
2. si on a le temps, réflexion et prévention.
Réflexion au sujet des causes de cette violence : à cause des problèmes sociaux, du chômage, de la pauvreté ? Bien sûr. A cause des flous de cette affaire ? Evidemment. A cause d'une superposition de trop de problèmes, comme les mauvais rapports avec la police, ou le manque de justice ? C'est certain.
Prévention, pour éviter au mieux l'éclatement des violences, en réduisant au maximum les causes potentielles de violence. Donc en mettant plus de justice dans les quartiers, en y ramenant les services publics, en y soutenant les associations, en y déployant une police de proximité qui connaît les jeunes par leur prénom, qui connaît les familles, et qui connaît les problèmes de celles-ci. Bref, rien de bien télégénique, rien de bien spectaculaire. Juste de la vraie politique, sans démagogie ni provocation.
20:15 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Villiers-le-Bel, violences urbaines, police
mardi, 27 novembre 2007
"Le meilleur des mondes" de Huxley
Aldous Huxley écrit en 1931 Le meilleur des mondes, l'un des chefs d'oeuvre de la littérature de Science-Fiction, aux côtés de 1984 ou de La Guerre des mondes.
Lecture exigeante car elle demande au lecteur de tenter, à chaque phrase, de trouver un lien entre la fiction et la réalité, entre le meilleur des mondes et notre monde réel.
Ce livre nous plonge dans une société nouvelle,
-où les bébés naissent dans des tubes à essai par bokanovskification (une sorte de clonage),
-où les enfants grandissent dans des centres de Conditionnement néo-pavlovien et y apprenent de grandes maximes par ectogénèse et hypnopédie (apprentissage par diffusion de messages sonores dans les dortoirs des enfants),
-où les individus n'ont aucun sentiment, n'ont ni père ni mère ni époux, et ne rescente que peu de choses pour l'immense majorité d'entre eux,
-où les individus sont divisés en groupes, en castes sociales, déterminés par les conditions de leur bokanovskification. Dès leur création dans les tubes à essai, certains sont déterminés pour devenir des Alphas (les meilleurs individus, les plus beaux, les plus grands, les plus intelligents...), d'autres des Bêtas, d'autres des Deltas, d'autres des Gammas, d'autres des Epsilons (des individus petits, laids, ayant tous le même physique et accomplissant des tâches ingrates).
Ce grand système qui régit le monde entier a pour devise "Identité, Communauté, Stabilité", le bonheur étant le but suprême accessible par la séparation des individus en groupes, les uns dominants, les autres dominés (une société de classes) et par la restriction des individus dans leurs connaissances (ils sont exclus de la science, notamment la biologie, de l'Art, notamment de Shakespeare. Ils ne savent que ce que l'Administration veut bien leur apprendre, et ne peuvent en douter, excéptés quelques rares spécimens qui sont exilés pour éviter qu'ils ne déstabilisent le monde).
Ce conditionnement des âmes et des esprits est efficace puisque, dans ce nouveau monde, les individus ne désirent plus la liberté, l'autodétermination, la démocratie. Ils ont la sensation d'être heureux (bien qu'ignorants) dans ce modèle totalitaire dont le maître à penser ne s'appelle pas Dieu mais Ford! (clien d'oeil direct de Huxley à la domination du modèle capitaliste)
On pourait se demander à quoi un roman aussi irréaliste peut être utile ?
Parce que ce roman est largement basé sur l'étude du réel. Parce qu'il constitue une vision extrêmement pointue de notre société et de ses dérives. Parce qu'il critique avec force notre système mondial, nos modes de penser trop normés, nos conditionnements, notre attirance (consciente ou non) pour le groupe, qui nous amène à nous fondre dans un moule, à nous intégrer à la société globale par peur de découvrir la solitude, la ségrégation et le rejet, ou l'inconnu.
Ce roman nous invite aussi à nous interroger sur la bioéthique, sur la place de la science, ou sur l'homme en général. Quelles pratiques sont acceptables en matière de clonage ou de cellules souches par exemple ? Jusq'uù doit-on aller dans la recherche ? Doit-on tenter de tout décrouvrir, y compris les moyens de cloner les individus, les moyens de contrôler leurs comportements, de réguler leurs désirs, etc ? Ou enfin, on est amené à s'interroger sur l'importance qu'on accord au bonheur. Doit-on préférer le bonheur à la conscience ? à la connaissance ? à la vérité ?19:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : huxley, le meilleur des mondes
lundi, 26 novembre 2007
Quand Sarkozy défilait dans les rues de Paris
Et oui, il fut un temps où Nicolas était jeune, téméraire, prêt à tout pour défendre ses idées, prêt à descendre dans la rue, prêt à manifester sa colère, prêt à chanter des slogans en choeur avec la foule de manifestants enragés.
Oui, en ces temps reculés, Nicolas était jeune, et avec sa bande de potes, il...

...il manifestait contre les grévistes.
Oui, à cette époque déjà, Nicolas était de droite.
Et déjà il criait (ou chantait, vous êtes juges) sa "grévophobie", son rejet viscéral des fainéants grévistes, de la racaille socialisante, des pseudo-étudiants qui ne sont en fait qu'une bande de bloqueurs communistes.
Aujourd'hui, à la tête du pays, il a un peu plus de retenue, il n'a pas défilé avec les antigrèves. Mais il a longuement souligné dans un récent discours sa compassion envers les pauvres Français qui ont été pris en otage par la racaille gauchiste, et les malheureux étudiants qui ont été privés de la connaissance par de jeunes staliniens.
Petit retour historique en 1976 : contre quel grève Nicolas et ses amis du centre ville de Paris manifestent-ils ?
Les grévistes de l'époque, parmi lesquels Jean-Christophe Cambadélis, Julien Dray, et d'autres (à l'époque communistes et aujourd'hui socialistes), manifestent contre la réforme du 2eme cycle, qui tentent de professionnaliser l'université et d'accroître la sélection.
La grève dure 3 mois, entre mars et mai 1976! Du coup, Nico et ses amis en ont vite marre, et décident à la mi-avril de manifester eux-aussi, mais contre les Rouges! Les anti-réformes échoueront, Nicolas pouvait être fier et heureux, il tenait là une belle victoire.
Mais en 1881, Mitterrand le Rouge arrive au pouvoir, Pierre Mauroy est a la manoeuvre... Et en 1883, celui-ci décide de supprimer la sélection à l'entrée de l'université. Inadmissible! La droite et l'extrême-droite, enragées, descendent dans la rue pendant deux semaines contre cette attaque à l'élitisme des universités bourgeoises. Que nenni, Mauroy ne cédera pas. On imagine l'amertume de Nico et ses amis.
Et puis, en 1986, Chirac devient Premier Ministre après la défaite des socialistes aux élections législatives, c'est la première cohabitation. Chirac s'empresse de demander le retour de la sélection à l'entrée de l'université, on imagine Nicolas en train de fêter ça avec ses potes au bar du coin. Mais la racaille gauchisante descend par dizaines de milliers dans la rue avec la ferme intention de faire reculer Chirac. Alors qu'il sort vers minuit de son club de jazz favori, Malik Oussekine, 22 ans, d'origine algérienne, est coursé par la moto de deux policiers qui ont pour mission de calmer les manifestants et disperser les "casseurs". Malik court et se réfugie dans un hall d'immeuble. Là, il est roué de coups par les deux policiers, et mourra à son arrivée à l'hôpital. Les policiers seront reconnus coupables : l'un sera muté; l'autre, âgé de 53 ans, sera mis à la retraite. Cette tragique affaire rendue publique, Chirac recule. On imagine encore l'amertume de Nicolas après cette défaite et la profonde déception qu'il en retient.
Voilà un petit rappel historique des grands mouvements estudiantins de l'époque, qui a le mérite de montrer que l'histoire se répète, que la droite a toujours les mêmes idées en tête, et que Nicolas n'a pas oublié ses luttes d'adolescent.
Déçu quand il était jeune, il se fait donc un devoir de prendre sa revanche sur les anarcho-communistes, en mettant en application les lois qu'il désirait dans sa jeunesse.
Et comme on dit, il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis.
PS: pour la photo, merci à La lettre de Jaurès, et à Jacques qui relaye l'information.
00:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, manifestation, gréve, étudiants
dimanche, 25 novembre 2007
Sarko et les libéraux n'aiment pas les impôts
Voilà le message de la droite, et notamment du Président Nicolas : il faut baisser les impôts, car c'est à cause de nos impôts élevés que la France va mal, que le chômage baisse si peu, que l'investissement est si faible, que la croissance a tant de mal à atteindre les 2% par an. Inutile de vous dire que je rigole quand j'écoute ça, et je peux vous donner quelques arguments.
-Premier argument qui met à mal les idées libérales en matière de fiscalité : les pays nordiques.
Par les temps qui courent, on aime à venter les mérites des économies des pays nordiques. Il faut néanmoins rappeler, comme le fait Liem Hoang-Ngoc dans Vive l'impôt, que les prélèvements obligatoires y sont supérieurs à ceux de la France, et les performances économiques meilleures. En chiffres, le total des prélèvements obligatoires en pourcentage du PIB est de 43% en France, contre 53% en Suède, 48% au Danemark, 46% en Finlande, et beaucoup moins pour l'Allemagne et surtout la Grande-Bretagne. Or, pour 2006, la croissance au Danemark était de 3,5%, celle de la Finlande de 5,0% et celle de la Suède de 4,3%, bien loin devant la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne (2,6%) (chiffres OCDE).
-Deuxième argument : les IDE.
La France est le 4eme pays du monde recevant le plus d'Investissements Directs Etrangers, derrière les Anglais, les Américains, et les Japonais. Et ces IDE reçus augmentent de 15% chaque année depuis plus de 10 ans, quelques soient nos politiques fiscales. Les investisseurs, malgré notre dévorante fiscalité, n'hésitent donc pas à investir dans nos entreprises. Sont-ils fous ? Non, ils connaissent simplement les avantages de la France, notamment en matière de qualité de main d'oeuvre et d'infrastructures.
-Troisième argument : une fiscalité trop faible est néfaste pour l'économie.
Notre Président a quasiment supprimé les droits de succession : ceci a un effet très désagréable, cela contribue à la reproduction sociale. Or, l'économiste Thomas Piketty l'a montré, la déconcentration des patrimoines permet d'avoir des entreprises moins familiales, et plus managériales : et on voit dans les faits que les entreprises managériales (donc pas dirigées par le fils à papa) ont de bien meilleurs résultats que les entreprises familiales, de l'ordre de +20 à +40% selon l'économiste Thomas Philippon, dans Le capitalisme d'héritiers, que je vous conseille. Il est évident que dans l'esprit des libéraux, et de facto de l'ami Nicolas, cette baisse des droits de succession va de paire avec une baisse de l'impôt sur le revenu pour les revenus les plus élevés. En témoigne dans la politique sarkozyenne le tout nouveau bouclier fiscal à 50%.
-Quatrième argument : le bouclier fiscal ne fait pas revenir les expatriés.
Sarkozy espérait que Johnny et les quelques 650 fortunes qui partent chaque année à l'étranger pour payer moins d'impôts reviendraient en France après son élection. Et bien non! C'est même Le Figaro qui nous le dit! Excepté Johnny, aucun de nos riches expatriés ne compte revenir en France. Je rappelle au passage que c'était l'objectif principal du bouclier fiscal, qui a tout de même coûté la bagatelle de 15 milliards d'euros (soit 1/3 du déficit public de notre beau pays!), et a supprimé dans les faits l'ISF (non pas l'Impôt Sur la Fortune, mais l'Impôt de Solidarité sur la Fortune, c'est différent).
Seulement, ces quelques arguments ne sont pas suffisants aux yeux de nos amis libéraux, qu'ils s'appellent Sarkozy, Fillon, ou Parisot. Du coup, ils campent depuis plusieurs dizaines d'années sur leurs positions, et notamment en France.
Exemple : l'impôt sur la Bourse et les bénéfices boursiers.
-En France, dans les années 1995, un dénommé François Fillon supprimait l'imposition sur les bénéfices tirés de placements boursiers vieux de plus de 8 ans, contre une imposition de 11% auparavant si je me souviens bien.
-L'histoire se répète : pas plus tard qu'il y a deux semaines (le 16 Novembre), le même François Fillon, par l'intermédiaire du projet de loi des finances 2008, mettait fin à l'impôt de Bourse. On le comprend, car cet impôt, vous allez le voir, était terrible pour les grands boursicoteurs! Regardez ça :
- transaction comprise entre 7 830 et 152 449 euros : 0.3% du montant de la transaction.
- transaction supérieure ou égale à 152 449 euros: 0.15% du montant de la transaction, plafonné à 610 euros.
610 euros d'impôt maximum pour des transactions de plus d'un million de francs ! Cet impôt était vorace ! Merci messieurs les députés d'avoir mis fin à ce pillage des profits financiers de la part de l'Etat Français, communiste pour le coup!
Cet entêtement sans fin pour une baisse de la fiscalité en France relève du dogmatisme économique. En effet, qu'espèrent Sarkozy et sa bande libérale en baissant les impôts ?
Oui les caisses de l'Etat sont de plus en plus vides, c'est logique!
Oui il va donc falloir que les Français se serrent la ceinture et disent adieu à leur modèle social.
Mais non la France ne gagnera pas vraiment en compétitivité internationale!
Non ce n'est pas en faisant du dumping fiscal ou social qu'on progressera et qu'on retrouvera une balance extérieure positive, surtout quand on sait que la majorité de nos importations/exportations se font en Europe, là où intervient le plus gravement la concurrence des modèles sociaux.
Non on ne grappillera pas de parts de marchés à la Chine (dont les salaires sont 40x plus faibles) sur les secteurs industriels simplement en baissant notre fiscalité.
NON. Notre seul avantage, c'est justement notre modèle social et nos services publics! A savoir notre capacité à éduquer et former les jeunes, notre capacité à assurer d'excellents soins aux travailleurs, notre capacité à former des élites innovantes, notre capacité à investir dans la recherche, notre capacité à offrir d'excellentes infrastructures et services aux entreprises, notre capacité aussi à toujours rester au top de la connaissance.
Mais ce n'est là que mon humble avis.
01:05 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, fiscalité, Sarkozy, Parisot, Fillon, impôts
mercredi, 21 novembre 2007
"J'ai très mal au travail", mais je me tais et je marche
Bonjour. Je m'excuse déjà pour la longueur de ce post, comme d'habitude!, mais j'arrivais pas à faire court!
Il y a quelques temps, je vous parlais de Nouvelles sous ecstasy de Frédéric Beigbeder, et je disais que ce livre nous confrontait au vide sidéral vers lequel tend notre société, une des dimensions de ce vide étant l’avènement d’une société de totale consommation (consommation de drogue, de sexe, d’émotions, de rêves,…). Je disais aussi à propos de ce livre : « Ces nouvelles mettent mal à l'aise car elles montrent avec sauvagerie, et exagération?, les excès de notre société occidentale. C'est un crachat sur un monde de corruption, de l'âme et des esprits. Un monde sans foi ni loi, un monde de dérives hypocrites et arrogantes sur fond d'hédonisme. »
Ce soir, en voyant J’ai très mal au travail, je pense avoir découvert une autre dimension, très proche de celle parcourue par Beigbeder, de ce vide sidéral vers lequel nous tendons : c’est la croyance au bonheur par le matériel, c’est la croyance dogmatique qu’on nous dicte depuis notre enfance, sur les écrans de télé, dans les cours de récré, que le bonheur passe par le matériel, par la possession des choses, et par l’image que cette possession nous donne.
Je pense avoir retrouvé dans ce film le même portrait du monde, mais d’un angle de vue un peu différent : Beigbeder nous montrait ce monde irréaliste, incompréhensible, robotisé, orwellien, en se mettant dans la peau d’une icône de ce monde, un homme sans repère, sans limite, sans conscience, sans rationalité, sans projet, sans conscience des autres… bref, un homme vidé.
Dans ce film, l’angle de vue est différent : on montre ici le vide du monde par le travail, l’entreprise, l’homme dans l’entreprise, la pression subie par le travailleur, le besoin psychique de reconnaissance, la volonté de s’intégrer, l’envie de se lier aux autres, le rejet taylorien de l’humain en dehors du travailleur (par la mise en place du travail à la chaîne, ou le travailleur devient un automate, un capital physique avec une productivité, une usure, un prix…), bref la souffrance et la déshumanisation du travailleur.
Ce film nous met devant un chaos, celui du monde du travail, qui humilie, qui blesse, qui corrompt, qui exacerbe les caractères, qui soutient l’individualisme et l’égoïsme, qui entraîne la compétition et l’écrasement de l’autre, qu’il soit à l’autre bout du monde ou dans le bureau d’en face… Sociologues, psychologues, travailleurs ouvriers, cadres, se relayent dans ce film-documentaire pour tenter de décrypter cette tyrannie du travail.
Alors pourquoi nous levons nous chaque matin ? Pourquoi continuons-nous de marcher dans cette direction apparemment décadente ?
Parce que l’on croit que, comme le travail mène parfois au malheur, à la maladie, à la souffrance morale ou physique, le travail peut aussi mener au bonheur. Et ce n’est probablement pas faux : en effet, le travail est un intégrateur social, il est une structure pour les relations sociales, il est le lieu où l’on fait, où l’on produit, où l’on créé, un lieu où l’on se civilise.
Mais ce qu’on croit aussi, c’est que le travail permet la consommation (via le salaire perçu), et que la consommation apporte satisfaction et bonheur. Et c’est sûrement là qu’on fait erreur. On associe encore trop richesse, opulence économique et matérielle, et bonheur.
Aussi, on s’interroge trop peu (enfin, c’est mon cas) quant au cercle vicieux du travail : des hommes travaillent pour gagner de l’argent pour consommer plus. Leur consommation nécessite le travail d’autres individus, dans d’autres entreprises, ce qui permet à ces derniers de consommer plus eux aussi… et ainsi de suite. Travailler plus pour s’enrichir, pour consommer plus, pour se rapprocher du bonheur. Est-ce là une judicieuse équation ? Je ne sais pas.
Pour politiser un peu ce billet, je dirai qu’on touche ici l’essence même du capitalisme, à savoir l’accumulation de richesses, avec pour objectif plus de consommation et plus de travail…
J’ai du mal à voir quel est l’objectif, la fin, de ce modèle, jusqu’où ira-t-on dans la production toujours plus intensive, quelles seront les limites, quand freinera-t-on, quand décidera-t-on qu’on s’est suffisamment gavé, quand le modèle et les hommes s’essouffleront-ils ?
A vrai dire, je n’ai pas de réponse certaine. Pas même de réponse espérée tellement je navigue là dans l’inconnu… A-t-on jamais connu un modèle qui ne soit pas basé sur l’accumulation et la consommation sans fin ?
Pour finir, quelques chiffres donnés dans le film et que je reprends de Rue89 :
• En dix ans, les troubles musculo-squelettiques sont passés de 1000 à 35 000 par an.
• En 2005, il y a eu 760 000 accidents du travail en France. Deux personnes par jour meurent dans des accidents du travail.
• Deux millions de salariés subissent du harcèlement mental et des maltraitances, 500 000 sont victimes de harcèlement sexuel.
• Le coût annuel des accidents du travail, des maladies professionnelles et de la maltraitance s'élève à 70 milliards d'euros pour l'Etat et les entreprises.
• Sur cinq ans, on a constaté plus de 1000 tentatives de suicide sur les lieux de travail en France, dont 47% ont été suivies de décès.
• 10% des dépenses de la sécurité sociale sont directement liées aux maladies professionnelles.
• Eczéma, insomnies, alertes cardiaques, troubles musculo-squelettiques, ulcères, cancers, dépressions, tentatives de suicide sont les conséquences les plus fréquentes des maltraitances sur les lieux de travail.
• Durant la dernière année juridictionnelle, les tribunaux aux prud'hommes ont traité 250 000 litiges.
01:10 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : j'ai mal au travail, travail, beigbeder, capitalisme
mardi, 20 novembre 2007
La gauche et l'argent
Bonjour à tous.
Jeudi dernier, Danielle Mitterrand (oui, la veuve de François) déclarait dans le Parisien que les dirigeants actuels du PS "n'ont pas l'esprit socialiste", et qu'"ils ont un regard trop attendri pour l'argent". J'aurai aimé savoir ce qu'elle entend précisément par "l'argent", mais bon, ce n'est pas grave.Dans le même temps, et ça, ça dure depuis des mois, l'extrême gauche accuse le PS d'être un UMP Light (on parle même d'UMPS), d'être trop complaisant à l'égard de "l'argent" et du grand capital... bref, d'être de droite en matière d'économie.
A croire qu'ils ont oublié les propos de François Hollande, n°1 du PS, qui disait pendant la campagne qu'il n'"aime pas les riches"! Si ça c'est être "trop attendri pour l'argent"... (Je cite cette phrase de Hollande, ça ne veut pas dire que je partage son point de vue sur la question, enfin passons).
Je comprends l'origine de ces critiques, bien que je ne sois pas du même avis. Je pense que ces critiques viennent d'un sophisme qui est fait à la gauche du PS et qui consiste à dire, "le PS accepte le marché, accepte le fait même de la concurrence, accepte parfois de privatiser en partie certaines entreprises, le PS cherche l'efficacité économique, donc le PS est économiquement de droite, est libéral". Je crois que c'est foncièrement faux.
Faux parce que le PS n'a rien de commun à la droite quant à son projet de société, quant à la place de l'économie, quant aux réformes à mener : il existe des milliers d'exemples, prenons celui de la fiscalité (le PS aurait-il alléger les impôts des plus riches ? Aurait-il supprimer l'effet de l'ISF ?), mais on pourrait aussi parler du rôle de l'Etat (l'Etat doit-il contrôler et réguler, ou laisser faire ?), du soutien à la recherche et à l'éducation... Tant de points qui montrent que le PS est très loin de la droite en matière d'économie.
Mais cette critique de la part de l'extrême gauche marque une profonde division (je le crois malheureusement) entre le PS (tout au moins une partie du PS) et la gauche de la gauche. Et cette division réside, à mes yeux, dans le classement d'importance que l'on fait entre création et répartition des richesses:
-ceux qui considèrent que le plus important en économie est la répartition des richesses sont à la gauche du PS. Pour eux, il est plus important de mieux répartir les richesses que d'en créer plus. Cela signifie que les premières mesures seront en matière de fiscalité (un impôt sur le revenu élevé pour les salaires élevés, un impôt plus élevé sur les bénéfices, ou encore des taxes sur les stock-options et autres profits financiers, etc...), et non en matière de création de richesses (aide publique aux PME innovantes, soutien à l'investissement en capital physique et humain...)
-ceux qui considèrent que plus on aura de richesses, plus il sera aisé de bien les répartir à l'ensemble des Français, appartiennent au camp majoritaire du PS. Ce discours un peu plus centriste je l'admets n'en reste pas moins de gauche. Il ne s'agit pas comme l'UMP ou le MoDem de créer soi-même sa propre richesse, dans son coin, à la seule sueur de son front! Il s'agit de créer plus de richesses collectivement (donc de travailler plus efficacement, et pas plus longtemps comme le propose la droite) pour pouvoir distribuer plus de richesses à chacun des Français. C'est donc un combat qui vise avant tout l'efficacité économique, avec comme indice de performance le PIB et le PIB/hab.
C'est à mon avis ici que se joue la division entre le PS et la gauche de la gauche, disons-le, la gauche communiste. Et c'est à mon avis cette division que mettent en lumière les propos de Danielle Mitterrand sur le PS, "trop attendri pour l'argent". En réalité, je pense que le socialisme d'aujourd'hui, ce n'est pas la lutte contre l'argent ou contre le capital en général, c'est plutôt la lutte pour une plus grande création de richesse, avec pour objectif final une meilleure répartition de celle-ci.
Pour finir, voilà ce qui pourrait être la réponse socialiste au "Travailler plus pour gagner plus" des libéraux, et au "Taxer plus pour redistribuer plus" des communistes : "Travailler mieux pour vivre mieux".
(ce n'est pas de moi, ce slogan a émergé pendant la campagne, malheureusement, Ségo ne l'a jamais repris... du coup, on l'a accusé de ne pas avoir de réponse au slogan choc de Sarko)
00:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : gauche, PS, argent, Mitterrand, richesse, répartition
vendredi, 16 novembre 2007
Facs bloquées, France coupée, Sarkozy enchanté
Sarkozy l'attendait avec impatience : les universités réagissent enfin à la loi sur l'autonomie made by Pécresse. De nombreuses facs sont bloquées, les cours sont perturbés, des dégâts matériels sont causés, des CRS sont appelés, les médias sont gâtés, Sarkozy est satisfait!
Ces regrettables évènements ont, je crois, été prémédités par Nicolas. En effet, la loi sur l'autonomie des universités a été votée en plein été, quand les français sont sur les plages, quand les journaux tirent peu, et surtout quand les étudiants sont au camping ou dans les fourneaux de Mc Do! Du coup, la réaction étudiante a lieu en ce moment, plusieurs mois après le vote de la réforme, ce qui décrédibilise le mouvement.
Alors bien sûr, quand il n'y a pas de concertation, pas de débat, pas de négociation entre les représentants des étudiants, les syndicats, les profs, les Présidents d'université, et la Ministre Pécresse, eh bien il s'ensuit des mouvements assez radicaux : les blocages, parfois contre l'avis majoritaire des AG. Pas très étonnant que les bloqueurs soient surtout des jeunes très militants, d'extrême gauche.
-> Nicolas et ses amis peuvent donc mettre en marche leur rouleau compresseur anti-anarcho-comunistes-révolutionnaires-grèvistes-glandeurs.
-> Devant toute cette violence de gauchos totalitaires, les médias (ils sont très très très nombreux) et idéologues (Alain Finkielkraut par exemple) mettent donc en place le bourrage de crâne : "la racaille estudiantine occupe les facs, c'est un scandale! Les vrais étudiants, les gentils, sont pris en otage", "la réforme est nécessaire et va dans le bon sens", "la réforme sera bénéfique pour l'université et ceux qui ne pensent pas cela sont des cons"! Tout est bon pour faire passer les jeunes opposants pour des rebelles ignorants et pathétiques.
-> Les tensions entre pro et anti-réforme s'exacerbent, au point qu'à Nanterre, les pro-réforme anti-blocage exultent (oui, oui, exultent!) lorsque les anti-réforme pro-blocage sont délogés à coup de matraques par les CRS. Belles scènes de guerre idéologique civile : cette affaire montre bien à quel point la France a été coupée en deux le 6 mai 2007, des étudiants venant à jouir des coups de matraques que subissent d'autres étudiants.
Alors moi, au-delà de la réforme en elle-même, qui, je vous le dis, ne me convient pas pour de nombreuses raisons, je tire quelques conclusions sur Sarkozy, la méthode Sarkozy, et sur la France en général.
-Sarkozy montre ici sa méthode, bien qu'on la connaisse depuis pas mal de temps maintenant : la division et la stigmatisation. Diviser pour mieux régner. Et il commence à être bon à ce jeu là : il a déjà stigmatisé les "racailles des cités", les prostituées (c'était en 2003), les musulmans qui égorgent le mouton dans la baignoire (!), les étrangers (test ADN et immigration choisie), les sans-papiers (ca a commencé par Sangate), les chômeurs, les lève-tard, les cheminots trop faignants, les juges trop laxistes, les policiers qui jouent aux assistantes sociales, les vieux coco de Mai 68, les garants de la mémoire (à bas la repentance nous dit-il), etc...
-2eme leçon de ces évènements, la France est en train petit à petit de se couper en deux. Je ne dis pas de conneries, même Christophe Barbier de l'Express nous dit dans son édito-vidéo de faire attention à la "guerre civile"! En effet, les Français, sur chaque dossier, se divisent sous l'influence de Sarkozy, mais cette division n'est pas le jeu normal de la démocratie, elle est violente, viscérale, dogmatique : ainsi, les Français s'insultent, se rejettent, se battent entre eux au sujet du sort des sans-papiers, des tests ADN, des régimes spéciaux de retraite, de la réforme des universités... Avant l'arrivée de Sarko à l'Elysée par exemple, aurions-nous envisagé que la majorité des Français soient favorables à des tests ADN pour s'assurer que les candidats au regroupement familial ont bien le bon sang ? Aurions-nous imaginé qu'une majorité de la population tolère des rafles devant les écoles maternelles ou les Restos du Coeur par exemple, pour attraper tous les dangereux sans-papiers ? Aurions-nous pensé un seul instant à aller cirer les bottes de Bush, sans rien lui dire sur la guerre en Irak, sur Guantanamo ou je ne sais quoi encore ? Non, bien sur que non ! Et pourtant, avec Sarkozy, c'est chose faite. Et seule une partie des français réagit! L'autre partie est concquise, aveuglée, en adoration pour ce Président hyper-actif et hyper-moderne.
Sarkozy fait donc tout pour diviser, et ca marche. Il faudrait donc rapidement penser à rejoindre les deux bouts du pays parce que sinon, on va bien finir coupés en deux comme les Belges!
00:00 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, loi autonomie, universités, blocages
lundi, 12 novembre 2007
Sale Rupture
Rappels :
la France est la 5eme puissance économique mondiale.
La France est le pays de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.
La France est la pays des Lumières.
Et pourtant...

(Photo : Contre-faits.org)

(Photo : Diane Grimonet)


Alors qu'est-ce qu'on fait ? On continue ?
On continue de laisser vacants des milliers de logements disponibles à Paris ? c'est bien ça Christine ?
On continue de remplir les charters ? On continue de rafler à la sortie des écoles ? n'est-ce pas Brice ?
On continue de casser le modèle social ? On continue de diminuer les impôts des plus riches ? c'est ça Nicolas ?
Sale Rupture.
PS: pour plus de photos, visitez le site de Diane Grimonet et celui de Contre-faits. Merci à eux.
22:30 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photos, France, exclusion, pauvreté, rafles, sans-papiers, sans-logements
dimanche, 11 novembre 2007
"J'irai cracher sur vos tombes"
Boris Vian publia en 1936 ce roman sous un pseudonyme anglophone (Vernon Sullivan) pour tenter de toucher au plus près les américains. Son roman sera interdit en 1949 pour pornographie et immoralisme, mais n’en a pas moins été un best-seller.
Si vous en avez le temps et la force (il en faut beaucoup), lisez ce livre. Pourquoi faut-il le lire ?
Parce que ce roman est dur, horrible, terrible.
Dur. Car il s'attaque avec une incroyable puissance destructrice au puritanisme, à l'intolérance, au racisme. Sont visés ici les puritains américains (du Sud des Etats-Unis, du XIXeme et du début du XXeme), les racistes par nature ou tradition, ceux qui salissent, tuent et détruisent l'autre au nom de sa couleur, noire. Et, dans ce roman, les racistes sont désignés : ils sont les dominants, les riches, les exploiteurs, mais aussi dans une moindre mesure les citoyens, les villageois, les fermiers... Bref, une grande partie des contemporains blancs.
Horrible. Car ce roman est d'une violence sans nom. Les derniers chapitres sont à la limite du "lisible". Et cette violence est sanguinaire, animale, impitoyable, charnelle, savourée, jouissive, démoniaque. Cette violence est animée par un désir fou de vengeance de la part du narrateur, un homme noir de 26 ans qui n'en a pas la couleur, seulement les racines, et dont le jeune frère (lui bien noir) a été tué, pendu, par le père, blanc et raciste, d'une jeune fille qu'il aimait. Le narrateur veut donc prendre sa revanche, en choisissant pour victimes deux soeurs, jeunes, belles, attirantes, issues d'une même famille riche et puritaine, et déjà racistes.
Terrible. Car cette innommable violence est précédée de longs moments d'érotisme, souvent crûs et passionnels, entre le bourreau et ses futures victimes. Le sexe est ici un moyen de séduction, de domination, d'emprisonnement de la future victime. Par le sexe, le bourreau s'assure de la soumission morale, sentimentale, et physique de sa victime : son sort est alors entre ses mains ; il devient le maître et la victime son esclave, son jouet, sur lequel il peut cracher sa haine et son désir de vengeance.
Ce roman est une critique absolument terrible du racisme et de l'intolérance, instaurés en véritable tradition dans le Sud des Etats-Unis à cette époque.
Pour le lire en ebook, cliquez ici. Une garantie : ce livre ne vous laissera pas indifférent.
16:15 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : boris vian, j'irai cracher sur vos tombes, lecture, racisme, intolérance, USA
samedi, 10 novembre 2007
L'industrie des consciences
Bonjour à tous.
Je m'excuse d'ores et déjà pour ce titre qui vous intrigue sûrement, vous rappelle probablement l'odeur de la science-fiction et de George Orwell, et vous fait peut-être même un peu peur.
A vrai dire, vous faire peur, c'est un peu mon but, car moi j'ai un peu peur d'un truc : l'avénement de l'industrie des consciences. Si je n'étais pas un être complexe, j'aurais simplement écrit : le bourrage de crânes organisé.
Pourquoi je dis ça ?
Parce que depuis quelques jours se développe une laide unanimité quant à la réforme des universités, vous savez, ce bijou signé Valérie Pécresse qui vise à donner aux universités plus d'autonomie.
Tout le monde salue cette réforme qui va permettre (aucun doute possible, nada!) de redonner de la couleur à nos universités, ces espaces désertiques, infertiles, ou vagabondent des jeunes lève-tard, décérébrés et sans avenir professionnel...
Rien que pour vous, un petit échantillon de tous ceux qui défendent ce projet corps et âme et considèrent ses détracteurs comme la pire des espèces, la racaille gauchisante et anarcho-communiste.
-Pour l'Express, c'est le rédacteur Chritophe Barbier, dans son édito-vidéo quotidien, qui va au front de la lutte contre la racaille estudiantine revancharde qui organise grèves et blocus : selon Barbier, il s'agirait pour ces jeunes grévistes "d'empêcher la mutation de l'université vers l'excellence, l'efficacité, la capacité de l'intelligence française à participer à la compétition mondiale." C'est tout Christophe ? Bah merci pour ces belles pensées, à la fois pragmatiques et impartiales. Quel sens aigu du journalisme d'information et d'investigation!
-Pour prendre un autre exemple (il y a plus qu'il n'en faut) des tenants de la vérité, Versac, 1er bloggeur politique de France. Il n'y va pas par 4 chemins ; il y va par la voie moralisatrice, en se mettant habilement du côté des bloqueurs-grévistes pour les ridiculiser au plus haut point. Lisez ça, c'est du grand art! Alors bien sûr, je m'insurge, et je réponds à Versac pour lui dire qu'il ne peut pas considérer les étudiants grévistes comme des idiots gauchistes décérébrés. Il me répond ceci :"Leptitbenji : je ne dis pas que l'université française va mal, est nulle, et à jeter avec le bébé, l'eau du bain et tout le reste. Cette réforme évolue sur des points essentiels, dans un sens à mon avis pas assez poussé (au global, hein, parce qu'il y a quelques éléments à discuter sur l'autonomie du pdt d'univ). Elle n'est pas la solution ultime aux enjeux de l'enseignement supérieur (elle est même un peu bancale), mais il me semble assez essentiel qu'elle passe." Il recule donc un peu après mon rappel à l'ordre, émet quelques réserves, mais le mal est fait... Lui aussi a délivré la bonne parole, avec arrogance en plus.
Mais la réforme des universités n'est pas tout. Il y a aussi la réforme des régimes spéciaux. Là aussi, tout le monde est unanime, médias, journalistes, éditorialistes... et surtout l'"écrasante majorité des français".
Parmi les pourfendeurs des grévistes de la SNCF (vous savez, ces profiteurs, ces privilégiés), il y a par exemple ceci :
Dans le Point (pas étonnant, c'est le journal du triste Franz-Olivier Giesbert), l'économiste Jacques Marseille nous signe un beau pamphlet réactionnaire, et nous dit à propos de cette réforme: "Soit ce mardi marquera le premier jour de l'an I d'une République nouvelle plus équitable et plus solidaire. Soit il sera le jour de grisaille d'une société d'ancien régime où la « rue », comme ils disent, aura imposé sa loi, non pas seulement à un gouvernement légitime, mais aussi, et surtout, à une majorité écrasante de Français littéralement abasourdis, sinon indignés, par une telle coalition d'égoïsmes." Que c'est tragique! La "rue" tente d'imposer sa loi, "attention, tous aux abris et lâchons les CRS, la mère patrie est en danger"!
Dans le même genre, et surtout dans le même journal, Claude Imbert ne mâche pas non plus ses mots : "Que la grève et la rue abolissent une réforme approuvée par le vote, c'est le but proclamé des grévistes de novembre. Qu'ainsi la démocratie française soit violentée dans un principe essentiel, c'est la vérité toute nue que les politiques font semblant d'ignorer." Hilarant! Parce qu'un texte a été voté, personne ne doit défiler et faire grève! Car c'est un déni de démocratie! Mais alors à quoi sert la grève Monsieur Imbert ?
Voilà, ces quelques exemples montrent avec quelle virulence peut s'affirmer la "bonne parole". Cette unanimité marque selon moi l'avènement de l'industrie des consciences, c'est-à-dire qu'on tente de façonner les idées des Français en les manipulant, comme la matière première dans n'importe quelle industrie. Le pire, c'est que cette grande manipulation s'opère sans aucun contre-pouvoir, sans la moindre prise de conscience... L'intelligentsia (médias, pseudo-experts, et pseudo-journalistes qui ne sont en fait que des anti-gauchistes réactionnaires) entreprend depuis quelques jours, sur ces deux sujets d'actualité, un macabre bourrage de crâne.
C'est l'avénement de l'industrie des consciences, et ce n'est pas de la science-fiction.
19:39 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : pecresse, université, reforme, autonomie, industrie des consciences, bourrage de crane, FOG







