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samedi, 19 janvier 2008
Le vieil homme et la mer
La littérature américaine, de ce que j'en sais, est intéressante pour connaître et comprendre l'esprit, la diversité, la beauté, et la force intérieure des Etats-Unis. Or, je connais très peu cette littérature-là: 2008 sera donc pour moi une année de lecture dédiée, en partie, aux grands auteurs américains du début du XXIeme et de la Beat-generation. J'essayerais de lire Faulkner, Miller, Mailer, Melville, London, Scott Fitzgerald, Capote, Kerouac... Je crois que c'est un passage obligé quand on veut découvrir les fondements de la société américaine, chose intéressante compte tenu de notre incompréhension, nous français, devant le spectacle de cette société, devant son immense foi chrétienne et son rejet de l'athéisme, devant ses excès et ses mises en scène, devant son american way of life, devant sa grande ouverture économique qui contraste avec son flagrant autocentrisme; bref, l'American Vertigo.
Donc hier, j'ai commencé par un classique, écrit en 1951 par un amoureux de la mer : Le vieil homme et la mer, d'Ernest Hemingway.
Il s'agit de l'histoire d'un vieux et pauvre pêcheur cubain, qui sort chaque jour en mer, mais ne prend plus rien depuis plusieurs mois. Son seul vrai compagnon est un jeune garçon, pêcheur lui-aussi, dont les parents ne veulent plus qu'il pêche avec le vieillard, car il ne prend plus rien. Un matin, le vieil homme part donc, seul, à la force de ses bras, dans le courant du Gulf stream. Il décide d'aller très loin, là où les autres pêcheurs ne vont jamais. Un gros poisson s'accroche à son hameçon: c'est le début d'un combat de 3 jours, durant lequel le vieil homme et son petit bateau se font tirer par l'énorme poisson, un espadon de 6 mètres. Ce duel se joue sur l'endurance, la ténacité, la force spirituelle aussi. <spoiler à partir de maintenant> Le vieillard arrive à en finir avec ce poisson, exceptionnel par sa force, sa grandeur, sa détermination. Le vieux attache sa prise sur un flanc de son petit bateau. Mais sur la chemin du retour, il est attaqué par des dizaines de requins, attirés par le sang de l'espadon. Malgré son courage, le vieil homme ne peut lutter, et les requins emportent une grande partie de son gros poisson, n'en laissant que le squelette. Le vieux est abattu, le sort s'est encore acharné sur lui. Sa vie ne changera pas, un ordre naturel semble conservé, malgré tous ses efforts et son courage.
L'incroyable de ce roman, c'est sa grande simplicité. Hemingway se concentre sur ce vieillard et son interminable lutte contre le poisson. L'auteur porte sur le vieillard un regard simple et sans apparat, vidé de tout préjugé, tout jugement, toute actualité même. Hemingway va ainsi à l'essentiel de cet homme, son coeur et son courage.
Ce qui est frappant dans ce personnage, c'est qu'il n'en est pas un: c'est seulement un homme qui vit sa vie, dans toute sa simplicité, qui ne joue pas un personnage. Cet homme est désuni du monde, il est seul et ne cherche pas à s'intégrer au monde pour en tirer du positif. En ce sens, il est spectateur du monde, comme le serait un paysan du Moyen-Age, qui sent qu'il n'a aucun moyen de changer le cours des choses, et accepte donc son sort de simple paysan aliéné, soumis aux ordres d'un seigneur, et sans avenir. Désuni du monde, mais très uni lui-même: cet homme ne fait qu'un. Il est au plus proche de sa personne, de ses sentiments. Il vit en harmonie avec lui-même. Son unique but semble être de continuer à vivre comme il le fait depuis toujours, vivre dans l'indifférence, à la marge de la société, en spectateur plutôt qu'en acteur. Se dégage ce ce portrait la sensation que cet homme ne connaît pas grand-chose du monde, mais qu'il connaît tout de lui-même.
Ce livre explore donc la vie humaine, les sentiments, les déceptions, les souffrances, le courage, le coeur et l'espérance. Il nous interroge aussi sur le poids, l'influence que peut avoir une vie sur le monde et notre capacité à changer, même faiblement, l'ordre des choses.
11:40 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hemingway, Le vieil homme et la mer, lecture, littérature, Etats-Unis









