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mardi, 12 février 2008

Une oeuvre totale

Mikhaïl Boulgakov, né à Kiev en Mai 1891, mort à Moscou en Mars 1940.

Génie ? Je ne sais pas. Je ne peux pas juger, je ne suis pas expert en la matière.

Mais supérieur, intellectuellement, oui.

Il faut bien le reconnaître. Lire Le Maître et Marguerite, c'est se prendre une gifle dans la figure : comme certains sont doués dans l'art de frapper sur les touches de piano, Mikhaïl Boulgavok a le don littéraire, et plus globalement artistique, de rendre une poussière sublime, d'en faire un univers nouveau et envoûtant, bref d'en créer un chef d'oeuvre.

Supérieur donc par son intelligence, par son style hors du temps, par son aisance à cadencer et à harmoniser la cacophonie,  par l'acuité de son regard, par l'immensité et la profondeur de son oeuvre.

Sa poussière de départ, c'est le monde, c'est le Moscou des années 30 sous le régime soviétique, c'est le froid, la nuit, la peur, la corruption, la xénophobie, c'est la société, c'est la nature humaine, c'est la vie d'hommes et de femmes au début du XXeme siècle avec leurs histoires, leurs problèmes, leurs chagrins, leurs peurs et leurs bonheurs.

Au début, c'est une histoire étonnante, incompréhensible, repoussante. On a le sentiment que l'auteur de ces lignes part dans un délire imaginaire qui n'aboutira à rien et qui nous perdra en route, entre Moscou et Jérusalem, entre la rue Sadovaïa et le Mont des Chauves.

Et puis, les pages se tournent (il y en a 530 au total), l'histoire de Boulgakov prend de la cohérence, même dans l'irrationnel, dans le flou, dans l'incompréhensible, dans le mystique. On comprend les personnages (notamment Satan, un grand chat noir, Ponce Pilate, Jésus, le Maître, un poète suicidaire, et Marguerite son amante), qui ils sont, ce qu'ils pensent, pourquoi ils agissent si étrangement...

L'auteur nous plonge dans un conte digne des Mille et Une nuits, un mythe, un univers qui n'a rien de commun au monde réel, hormis certaines apparences, qui au fond n'ont pas d'importance. Ce dépaysement total (spatial, culturel, temporel, intellectuel, rationnel) nous fait voyager dans un monde parallèle qui vit au plus près du réel sans en subir les règles et les lois universelles (notamment celles de la pesanteur, de la finitude, de la vie et de la mort). Ce monde est celui de la magie, de l'irrationnel, de l'inconnu. Celui où, selon les dogmes qui ont fondé nos esprits, vit Satan et où règne le Mal. Celui qu'il faut fuir, combattre. Celui duquel le Bien doit triompher.

Mikhaïl Boulgakov s'attaque de la plus belle des manières aux dogmes bien-pensants qui opposent le Bien au Mal, le juste à l'injuste, Dieu à Satan, le blanc au noir, le beau au laid, le pur à l'impur, le saint au profane,... Il dresse un portrait assez pathétique d'un monde austère -le notre- qui s'accroche, par peur, par docilité, par soumission, par conformisme, à des symboles, à des dogmes, à des croyances, à des superstitions, comme par exemple notre défiance irrationnelle à l'égard des chats noirs ou notre peur de l'inconnu. Enfin, il nous ouvre les portes d'un monde différent, fantaisiste, qui n'est pas fondé sur la morale -morale chrétienne, morale orthodoxe, morale soviétique- mais qui n'en est pas moins vertueux pour autant. Preuve en est que ceux qui sont happés par ce monde parallèle (le Maître et Marguerite) n'en sont que plus heureux, et ont le sentiment de s'être approché de la Vérité.

Cette oeuvre, que l'on pourrait qualifier de totale tellement elle est immense et indépendante du monde réel, est donc une forte critique du monde, et notamment du pouvoir soviétique, des dogmes et des modes de pensée uniformisés. A lire, à condition d'être prêt à se sentir dépassé et soumis par le poids de l'oeuvre.

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Commentaires

wow...

Ecrit par : D. | mardi, 12 février 2008

Et ouais^^

Ecrit par : Zlt | mardi, 12 février 2008

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