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vendredi, 22 février 2008

L'école selon Xavier Darcos : plaisirs et déplaisirs

Ce billet est long, je m'en excuse par avance. Il y a tellement de choses à dire.

Xavier Darcos semble très actif dans le domaine des réformes. Petit aperçu de ce qu'il propose (propositions rendues publiques lors de deux conférences de presse, l'une en Décembre, l'autre en Février) suivi de mon  point de vue d'ancien élève de l'école publique.

Pour l'instant, peu d'annonces pour le collège et le lycée

Xavier Darcos s'attèle pour l'instant avant tout sur la question de l'école maternelle et primaire, mais a déjà donné quelques pistes concernant les collèges et lycées.

-La carte scolaire : le ministre a précisé ce dispositif :   les élèves de CM2 seront inscrits dans  le collège de leur secteur, mais toutes les dérogations seront désormais acceptées dans la limite des places disponibles. Lorsqu'un collège recevra trop de demandes, une étude des dossiers sera faite en fonction de critères sociaux : les boursiers sociaux verront leurs demandes acceptées prioritairement, suivis des boursiers au mérite. Cette idée veut promouvoir la mixité sociale dans les collèges.

--> Cependant, on peut se demander si beaucoup d'élèves des quartiers défavorisés pourront accéder aux collèges les mieux lotis (souvent dans les centre-villes) compte tenu du  grand nombre de places réservées aux élèves du secteur. On peut aussi penser que cette réforme va susciter un gonflement (certes modéré) du nombre d'élèves dans les meilleurs collèges, tandis que les collèges défavorisés perdront des effectifs (et notamment les meilleurs d'entre eux), ce qui au final pourrait entraîner un accroissement des disparités.

-Pour les collèges en difficulté : Xavier Darcos veut développer dans tous les collèges en ZEP l'accompagnement éducatif : entre 16h et 18h, tous les élèves volontaires auront accès à du soutien scolaire et à des activités que j'appellerais péri-scolaires (culturelles, sportives, ...). Les professeurs volontaires qui s'investiront dans ces missions le feront en heures supplémentaires. Xavier Darcos veut aussi que le mois de Juin redevienne un mois de réel travail : la fin des cours se situe au 3 Juillet, et d'ici là, les cours doivent être poursuivis, et les programmes terminés.

--> sur l'idée de l'accompagnement éducatif, je pense que c'est très positif pour les jeunes, et les professeurs y trouveront certainement des avantages (pas uniquement financier). Sur le travail jusqu'au début du mois de Juillet, j'ai bien peur que cette idée ait du mal à rentrer dans les têtes. Les beaux jours résonnent comme des synonymes de bon temps pour les élèves (et les profs!) et il serait peut-être plus intelligent de réflechir à des manières de mettre le mois de Juin à profit sans pour autant en faire une punition pour les élèves : pourquoi ne pas inventer des méthodes plus ludiques d'apprendre (ou de revoir des points du programme) en toute fin d'année ?

-Pour les collèges en très grande difficulté : Xavier Darcos veut mettre le paquet sur les 30 collèges les plus en difficulté. Le paquet, c'est le dédoublement de toutes les classes (passer par exemple de classes de 30 élèves à des classes de 15 élèves), et donc le doublement du taux d'encadrement.

--> Cette idée m'est sympathique : tout élève remarque clairement qu'il progresse plus lorsqu'il travaille en plus petits groupes. Des classes plus petites, c'est l'assurance que chaque élève est mieux pris en main. C'est aussi celle d'un rapprochement des élèves et du professeur, et d'une meilleure ambiance de travail. On peut regretter que cette disposition (très coûteuse évidemment) ne concerne que 30 collèges. Ce chiffre montre bien les limites (budgétaires) de ce ministère.

Beaucoup de changements pour l'école

Face au constat plutôt négatif que nous donne le rapport 2007 de l'OCDE sur l'éducation en France et dans le monde (des résultats très moyens alors que les petits Français travaillent 100h par an de plus que la moyenne des pays de l'OCDE, et un tiers de plus que les meilleurs, les petits finlandais), Xavier Darcos propose de nombreuses réformes, dont l'axe principal est de recentrer l'école sur les fondamentaux : la lecture, l'écriture et le calcul.

-De nouveaux horaires pour un programme recentré : Xavier Darcos a donc dernièrement proposé de nouveaux programmes pour l'école primaire recentrés sur le Français et les Mathématiques, avec des horaires en baisse : on passera de 26h à 24h hebdomadaires (l'école le samedi disparaît), avec l'appartition de 2h de soutien hebdomadaire de la part des professeurs (ce qui maintient identique leur nombre d'heures hebdomdaires : 26h + 1h de réunion pédagogique). En CP, les élèves auront désormais 8h de Français hebdomadaires, et un programme enrichi en Mathématiques (apprentissage de l'addition, la soustraction et la multiplication). A partir du CE2, les élèves auront 10h de Français hebdomadaires, 5h de Mathématiques, 4h de Sport, 1h30 de langue vivante, soit déjà 20h30 sur un total fixé à 24h. Il ne restera donc plus que 3h30 hebdomadaires pour travailler les sciences, l'histoire-géographie, l'histoire de l'art (qui apparaît dans les programmes), l'initiation à l'informatique, et l'instruction morale et civique (qui fait son grand retour dans les programmes officiels)

--> Diminuer le nombre d'heures de travail pour les élèves me semblent être une bonne chose, d'autant que les études montrent que ce n'est pas la quantité d'heures qui fait les résultats. Les élèves en difficulté seront mieux aidés grâce aux heures de soutien, et le recentrage sur les fondamentaux (même s'il est dommageable pour les autres matières, la culture, le ludique, la sensibilisation, etc) me parait nécessaire compte tenu de la grande difficulté de certains élèves (20% environ). Cela dit, on pourrait aussi se demander si les méthodes pédagogiques sont adaptées : le modèle scandinave (qui donne de bons résultats) semble donner beaucoup d'importance au travail à partir de dessins, schémas, supports vidéos, et moins sur des supports plus formels comme les textes. Je suis très incompétent en la matière, mais c'est sûrement une piste à méditer, d'autant que les élèves retiennent souvent mieux les dessins que les mots (enfin, je dis ça pour moi!). Au sujet deux matières nouvelles (histoire de l'art et instruction morale et civique) et sans rentrer dans la polémique et dans des préjugés dogmatiques, ça me semble un peu démodé et compliqué : l'histoire de l'art, je vois mal ce qu'on pourrait en apprendre aux jeunes élèves sans aller trop dans des détails artistiques, stylistiques, historiques complexes ; l'instruction morale et civique à base de "maximes illustrées" me paraît très XIXeme. Je ne crois pas que les élèves aient besoin de ce type d'apprentissage, en tout cas pas sous la forme d'un cours magistral : "respecte ton camarade", "ne mords pas ton instituteur", etc. L'apprentissage des valeurs élémentaires passe avant tout par la pratique. Il s'agit de créer un déclic chez l'enfant, et la poésie de de la Fontaine paraît plus pertinente que les "maximes" de je ne sais quel conseiller ministériel.

-Le service minimum :  Xavier Darcos veut que les élèves puissent être accueillis les jours de grève dans les villes qui le décident. L'Etat verserait des aides, sous forme de subventions, aux municipalités qui veulent mettre en place un accueil des élèves les jours de grève, ses fonds provenant des salaires non payés par l'Etat des fonctionnaires grévistes.

--> Que les grévistes ne soient pas payés, c'est évidemment normal. Que l'Etat encourage les mairies à prendre en charge les enfants, c'est atténuer grandement l'effet de la gréve en prétextant un service rendu à la population (et notamment aux parents, "pris en otage" selon la bonne opinion réactionnaire). Sur la forme, on peut aussi se demander en quoi la municipalité est habilitée à prendre en charge des enfants : quel protocole ? quel personnel ? Face à ces vices de forme et à l'esprit de fond de cette mesure (vider la grève de tout son intérêt : son influence), on peut légitimement s'opposer à cette loi.

Voilà, nous avons fait le tour des principales mesures que préconisent Xavier Darcos pour faire de l'école le lieu du savoir et de l'excellence. De nombreuses idées semblent pertinentes (comme le plus fort soutien aux élèves ou la diminution, mesurée, des heures de travail) mais l'école semble reculer de quelques décennies dans le sens où elle laisse de côté des tâches pourtant utiles (comme la prévention, la sensibilisation, la formation à l'informatique, le ludique, la culture) et où elle renoue avec un enseignement moral et civique peu actualisé : la morale et la citoyenneté d'aujourd'hui ne sont pas celles du XIXeme, la pédagogie doit s'adapter à son époque et à son public.

Trackbacks

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Commentaires

Bon, assez d'accord ac toi dans l'ensemble, mais quelques soucis tout de même avec certaines mesures qui visent le primaire...Il est tout a fait normal de chercher des solutions afin de venir en aide aux élèves qui sont en difficulté, cependant, on présente ces programmes remaniés comme une grande nouveauté, sans blague, ils sont tout fiers comme si ils avaient inventé la poudre...j'ai entendu dire que les enfants en primaire devaient mettre en pratique l'orthographe et la grammaire dans l'écriture de textes( ils le font déjà efficacement, j'ai plein de preuves pr ceux qui ont envie de polémiquer!), développer leur créativité en privilégiant les arts plastiques (mine de rien le pinçeau ils le manient presque tous les jours), enfin savoir leurs tables de multiplications (il me semble que de mon tps on chantait même des chansons pour les retenir, menfin jsui vieille aussi!)...enfin bref, tout un tas de petits détails de ce genre qui semblent dire aux gens que leurs enfants n'apprennent plus rien, pour les instits c'est assez agaçant, ils ont un peu l'impression qu'on dénigre leur boulot. Cependant, je suis tout a fait d'accord pour dire que l'échec scolaire est un réel problème...
Pour les fotes d'ortografe en tout ka jé la solussion...les jens au lieu de metre une télé dans la chanbre des enfents, fetes les lire!

Ecrit par : D. | vendredi, 22 février 2008

LoL pour la fin!

Ouais on est d'accord. C'est sur qu'on travaille beaucoup nos tables de multiplication, c'est sur qu'on écrit des rédactions, poèmes, etc et qu'on travaille orthographe et grammaire, mais ca n'empêche pas que de nombreux élèves ont des grosses lacunes dans ces travaux là.
Xavier Darcos veut donc mettre les paquets sur ces choses simples mais essentielles, et le plus tôt possible : avec ces nouveaux programmes, les élèves commenceront un peu plus tôt les multiplications par exemple.

Très honnêtement, je ne pense pas qu'il cherche à dénigrer le travail des instits, qui feraient mal leur boulot. Il veut plutôt dire que les programmes se sont probablement trop diversifiés au fil des années, qu'on a voulu toucher à tout, et qu'on en est venu à moins travailler les choses les plus essentielles.

Je prends la défense de Darcos car je pense que, sur ce sujet-là, il est honnête et bien intentionné. Mes mots seraient plus durs vis-à-vis de Sarkozy, qui décide de choses qu'il ne devrait pas décider et qui adopte un ton stigmatisant et moralisateur envers les profs.

Ecrit par : Leptitbenji | vendredi, 22 février 2008

Je n'ai pas dit que Darcos dénigrait le travail des instits ce serait bien mal le juger étant donné que les mesures prises semblent moderées et assez adaptées dans l'ensemble, je dis simplement que la manière de présenter ces nouveaux programmes au grand public qui ne connait pas forcément le métier d'enseignant donne parfois l'impression que tout ca n'était pas mis en place auparavant. Ce n'est pas les dires de Xavier Darcos qui m'ont choquée mais la manière dont ils ont été repris par la suite...

Ecrit par : D. | samedi, 23 février 2008

Le SMA ne me parait pas du tout etre un probleme, bien au contraire; les enseignant peuvent toujours aller manifester si ca leur chante sans pour autant enmerder les familles dont les parents bossent et qui n'ont pas envie que elurs enfants trainent toute la journée.

Ecrit par : gabriel | jeudi, 15 mai 2008

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