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samedi, 23 février 2008
Tarass Boulba et le régal du roman historique
Nicolas Vassiliévitch Gogol, le père artistique de Mikhaïl Boulgakov, est un Voltaire ukrainien. C'est en tout cas l'idée que j'en ai après la lecture d'un de ses romans, Tarass Boulba, écrit dans les années 1830.
En voici un bref résumé tiré de Wikip :
"Tarass Boulba est un cosaque ukrainien fort et belliqueux. Ses deux fils, Andreï et Ostap, rentrant de Kiev, après avoir fini leurs études, sont très vite conduits à la setch, le campement militaire cosaque. Une rumeur circulant dans le camp constitue un motif suffisant pour entrer en guerre contre les Polonais, au nom de la défense de la foi orthodoxe.
La campagne féroce est marquée par le passage à l'ennemi d'Andreï, pour retrouver la fille du gouverneur. Pour sauver cette fille, Andreï devra apporter de la nourriture à la ville assiégée. Au court du combat, Tarass découvre son fils dans l'uniforme polonais. Tarass, humilié, le tue lui-même d'une balle dans la tête. Après l'arrivée de renforts polonais, la déroute des troupes cosaques est inévitable. Tarass Boulba finit par être capturé, puis est brûlé vif."
Ce roman nous plonge dans un monde, une époque, un style de vie, une philosophie inconnus, ou méconnus. Cette immersion se fait en douceur : l'auteur nous accompagne, nous fait part de ses remarques, de ses jugements. Il n'est pas question dans ce roman de juger, mais simplement de montrer. Montrer ce qu'étaient le XVIIeme siècle. Montrer ce qu'étaient les cosaques. Montrer ce qu'étaient les guerres de religion. Montrer ce qu'était la barbarie à visage humain comme dirait l'autre.
Finalement, c'est à un voyage dans le temps, dans l'espace, dans l'esprit, dans les valeurs, que nous invite Gogol. Dans le même genre, j'ai envie de citer Candide et Zadig de Voltaire. Le style en est proche. Le regard aussi. Le message enfin. Gogol, comme Voltaire, fait le portrait d'un monde où les hommes sont animés par les passions et les haines. Des hommes immodérés, des hommes belliqueux et inquisiteurs. En un mot, des barbares. Face à ce monde impitoyable et primaire (vide d'idées humanistes ou universalistes), Voltaire nous proposait Candide comme homme actuel, évolué, vertueux (bien que dépassé, naïf) ; Gogol nous propose quant à lui Andreï, le subversif, le romantique, prêt à trahir, prêt à mourir, prêt à renier son héritage cosaque, prêt à sacrifier sa foi, par amour.
Le roman historique en général me plaît car il est intemporel, il est délié de toute actualité, de tout préjugé. Il est un témoignage de ce qu'ont été l'homme et le monde à une époque. Ainsi, il remet tout en cause : nos valeurs, notre identité, notre nature, nos idées... L'homme a-t-il une seule nature ou nous éloignons nous chaque jour un peu plus de nos ancêtres ? Avons-nous une identité, durable et non évolutive ? Et quelles sont les plus grandes valeurs ? Autrefois le courage et le dévouement à la communauté, maintenant... Quelle est la pertinence de nos valeurs, de nos conceptions de l'homme, de la vie ? Beaucoup de questions pour peu de réponses absolues. Les romans historiques sont donc l'occasion de nous remettre en question, et de mesurer un peu mieux combien le présent est une poussière, un rien dans l'histoire, et combien le monde évolue vite : un jour cosaque, le lendemain tradeur ou astronaute. Dans ce mouvement qu'on pourrait appeler progrès, chaque génération a son lot de révolutions.
Pour lire ce roman en ebook, c'est ici.
01:55 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Tarass Boulba, Gogol, roman historique, lecture
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