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mardi, 26 février 2008
Quelques microlectures à ne pas rater
Vu que je n'ai rien à dire de constructif sur la politique française ou un quelconque autre sujet, je vous livre un petit billet pour vous balancer quelques liens qui méritent le détour.
Paul Krugman
Le célèbre économiste américain, progressiste et libéral (au sens américain), vient de pondre un essai politique : "The Conscience of a liberal". Krugman explique notamment que les Etats-Unis sont à un niveau d'inégalités très élevés, largement supérieurs aux dernières décennies, qui est le fruit d'une politique bushiste libérale, de réductions des impôts notamment. Il donne aussi son avis sur le parti républicain, très influencé par les néoconservateurs, et donc très passéiste sur les enjeux sociétaux tels que l'IVG. Krugman aborde aussi les failles de la démocratie américaine, et explique pourquoi les Américains votent majoritairement républicain quand leur intérêt réside en majorité ailleurs, à gauche. Il apporte aussi son soutiens au plan santé d'Hillary Clinton, plus ambitieux que celui de Barack Obama. Il dit en quoi la victoire des démocrates en novembre 2008 lui semble accessible.
Le résumé complet du livre se trouve dans cet article de Thomas Mélonio.
Au sujet des élections US toujours, ne manquez pas les derniers billets d'un expatrié aux US, Avelmor, puisqu'il confronte les programmes des deux candidats démocrates sur les grands enjeux de la campagne.
Les magasins Lidl de l'intérieur
Politis.fr nous offre un joli cadeau, puisque le site vient de diffuser gratuitement un excellent article, déjà ancien, où il est question de Lidl. Comment Lidl propose-t-il des prix si faibles aux clients ? La réponse est à gerber : en exploitant les salariés, à un point inimaginable pour les non-initiés comme moi. Salaires de misère, pression folle, cadences insoutenables, intimidations, précarisation stratégique, pièges, licenciements abusifs... Tous les moyens sont bons pour tirer les salariés vers le bas et leur faire comprendre qu'ils ne valent rien.
DSK le social-démocrate
Pour ceux qui se sentent proches des idées socialistes, les trois tribunes pour la refondation de DSK ne sont pas inutiles (publiées dans l'été 2007 dans Le Nouvel Obs, puis sur le blog du socialiste il y a quelques mois). L'ex-candidat aux primaires de 2006, nouveau Directeur du FMI, nous donne sa vision du socialisme du XXIeme siècle, un socialisme qui ne se bat plus contre le capitalisme mais contre les injustices sociales, bref, une social-démocratie. Cette vision est intéressante, et plaisante pour ma part.
Quand les femmes de l'UMP sont viriles
Deux UMP women ont retenu mon attention dernièrement : l'inarrêtable Nadine Morano, et la télégénique Sylvie Noachovitch. Nadine Morano se fait joliment remettre à sa place après ses propos sur le PS et les "assassins' par Radicalchic. Quant à la célèbre avocate de Sans Aucun Doute, le bloggeur Luc Mandret nous apprend qu'elle a fait pression sur lui pour retirer un billet à son sujet. Il nous explique cette affaire ici. Ca en dit long sur sa conception du débat politique et de la critique.
Bonus vidéo
Après tant de lectures, rien de mieux qu'un petit Best-of 2007 de LaTéléLibre qui fête son premier anniversaire.
Bonne soirée
23:23 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 23 février 2008
"Casse-toi alors pauvre con"
Voilà comment réagit celui qui porte le titre de Président de la République Française lorsqu'un visiteur du Salon de l'Agriculture lui dit, tranquillement : "Touche moi pas ! Tu me salis".
La vidéo est signée LeParisien.fr
La crise des valeurs ? Nous l'avons devant nous.
La disparition de la morale et du civisme ? Elle est sous nos yeux.
Nicolas Sarkozy n'est pas Président de la République. Il n'en est pas digne.
Il n'est que Nicolas Sarkozy, un homme, irrespectueux, immature, immodéré, qui aura dirigé la France pendant quelques années, suite à un malheureux vent d'espérance qui souffla naïvement en mai 2007.
23:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Casse-toi alors pauvre con, insulte
Tarass Boulba et le régal du roman historique
Nicolas Vassiliévitch Gogol, le père artistique de Mikhaïl Boulgakov, est un Voltaire ukrainien. C'est en tout cas l'idée que j'en ai après la lecture d'un de ses romans, Tarass Boulba, écrit dans les années 1830.
En voici un bref résumé tiré de Wikip :
"Tarass Boulba est un cosaque ukrainien fort et belliqueux. Ses deux fils, Andreï et Ostap, rentrant de Kiev, après avoir fini leurs études, sont très vite conduits à la setch, le campement militaire cosaque. Une rumeur circulant dans le camp constitue un motif suffisant pour entrer en guerre contre les Polonais, au nom de la défense de la foi orthodoxe.
La campagne féroce est marquée par le passage à l'ennemi d'Andreï, pour retrouver la fille du gouverneur. Pour sauver cette fille, Andreï devra apporter de la nourriture à la ville assiégée. Au court du combat, Tarass découvre son fils dans l'uniforme polonais. Tarass, humilié, le tue lui-même d'une balle dans la tête. Après l'arrivée de renforts polonais, la déroute des troupes cosaques est inévitable. Tarass Boulba finit par être capturé, puis est brûlé vif."
Ce roman nous plonge dans un monde, une époque, un style de vie, une philosophie inconnus, ou méconnus. Cette immersion se fait en douceur : l'auteur nous accompagne, nous fait part de ses remarques, de ses jugements. Il n'est pas question dans ce roman de juger, mais simplement de montrer. Montrer ce qu'étaient le XVIIeme siècle. Montrer ce qu'étaient les cosaques. Montrer ce qu'étaient les guerres de religion. Montrer ce qu'était la barbarie à visage humain comme dirait l'autre.
Finalement, c'est à un voyage dans le temps, dans l'espace, dans l'esprit, dans les valeurs, que nous invite Gogol. Dans le même genre, j'ai envie de citer Candide et Zadig de Voltaire. Le style en est proche. Le regard aussi. Le message enfin. Gogol, comme Voltaire, fait le portrait d'un monde où les hommes sont animés par les passions et les haines. Des hommes immodérés, des hommes belliqueux et inquisiteurs. En un mot, des barbares. Face à ce monde impitoyable et primaire (vide d'idées humanistes ou universalistes), Voltaire nous proposait Candide comme homme actuel, évolué, vertueux (bien que dépassé, naïf) ; Gogol nous propose quant à lui Andreï, le subversif, le romantique, prêt à trahir, prêt à mourir, prêt à renier son héritage cosaque, prêt à sacrifier sa foi, par amour.
Le roman historique en général me plaît car il est intemporel, il est délié de toute actualité, de tout préjugé. Il est un témoignage de ce qu'ont été l'homme et le monde à une époque. Ainsi, il remet tout en cause : nos valeurs, notre identité, notre nature, nos idées... L'homme a-t-il une seule nature ou nous éloignons nous chaque jour un peu plus de nos ancêtres ? Avons-nous une identité, durable et non évolutive ? Et quelles sont les plus grandes valeurs ? Autrefois le courage et le dévouement à la communauté, maintenant... Quelle est la pertinence de nos valeurs, de nos conceptions de l'homme, de la vie ? Beaucoup de questions pour peu de réponses absolues. Les romans historiques sont donc l'occasion de nous remettre en question, et de mesurer un peu mieux combien le présent est une poussière, un rien dans l'histoire, et combien le monde évolue vite : un jour cosaque, le lendemain tradeur ou astronaute. Dans ce mouvement qu'on pourrait appeler progrès, chaque génération a son lot de révolutions.
Pour lire ce roman en ebook, c'est ici.
01:55 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Tarass Boulba, Gogol, roman historique, lecture
vendredi, 22 février 2008
L'école selon Xavier Darcos : plaisirs et déplaisirs
Ce billet est long, je m'en excuse par avance. Il y a tellement de choses à dire.
Xavier Darcos semble très actif dans le domaine des réformes. Petit aperçu de ce qu'il propose (propositions rendues publiques lors de deux conférences de presse, l'une en Décembre, l'autre en Février) suivi de mon point de vue d'ancien élève de l'école publique.
Pour l'instant, peu d'annonces pour le collège et le lycée
Xavier Darcos s'attèle pour l'instant avant tout sur la question de l'école maternelle et primaire, mais a déjà donné quelques pistes concernant les collèges et lycées.
-La carte scolaire : le ministre a précisé ce dispositif : les élèves de CM2 seront inscrits dans le collège de leur secteur, mais toutes les dérogations seront désormais acceptées dans la limite des places disponibles. Lorsqu'un collège recevra trop de demandes, une étude des dossiers sera faite en fonction de critères sociaux : les boursiers sociaux verront leurs demandes acceptées prioritairement, suivis des boursiers au mérite. Cette idée veut promouvoir la mixité sociale dans les collèges.
--> Cependant, on peut se demander si beaucoup d'élèves des quartiers défavorisés pourront accéder aux collèges les mieux lotis (souvent dans les centre-villes) compte tenu du grand nombre de places réservées aux élèves du secteur. On peut aussi penser que cette réforme va susciter un gonflement (certes modéré) du nombre d'élèves dans les meilleurs collèges, tandis que les collèges défavorisés perdront des effectifs (et notamment les meilleurs d'entre eux), ce qui au final pourrait entraîner un accroissement des disparités.
-Pour les collèges en difficulté : Xavier Darcos veut développer dans tous les collèges en ZEP l'accompagnement éducatif : entre 16h et 18h, tous les élèves volontaires auront accès à du soutien scolaire et à des activités que j'appellerais péri-scolaires (culturelles, sportives, ...). Les professeurs volontaires qui s'investiront dans ces missions le feront en heures supplémentaires. Xavier Darcos veut aussi que le mois de Juin redevienne un mois de réel travail : la fin des cours se situe au 3 Juillet, et d'ici là, les cours doivent être poursuivis, et les programmes terminés.
--> sur l'idée de l'accompagnement éducatif, je pense que c'est très positif pour les jeunes, et les professeurs y trouveront certainement des avantages (pas uniquement financier). Sur le travail jusqu'au début du mois de Juillet, j'ai bien peur que cette idée ait du mal à rentrer dans les têtes. Les beaux jours résonnent comme des synonymes de bon temps pour les élèves (et les profs!) et il serait peut-être plus intelligent de réflechir à des manières de mettre le mois de Juin à profit sans pour autant en faire une punition pour les élèves : pourquoi ne pas inventer des méthodes plus ludiques d'apprendre (ou de revoir des points du programme) en toute fin d'année ?
-Pour les collèges en très grande difficulté : Xavier Darcos veut mettre le paquet sur les 30 collèges les plus en difficulté. Le paquet, c'est le dédoublement de toutes les classes (passer par exemple de classes de 30 élèves à des classes de 15 élèves), et donc le doublement du taux d'encadrement.
--> Cette idée m'est sympathique : tout élève remarque clairement qu'il progresse plus lorsqu'il travaille en plus petits groupes. Des classes plus petites, c'est l'assurance que chaque élève est mieux pris en main. C'est aussi celle d'un rapprochement des élèves et du professeur, et d'une meilleure ambiance de travail. On peut regretter que cette disposition (très coûteuse évidemment) ne concerne que 30 collèges. Ce chiffre montre bien les limites (budgétaires) de ce ministère.
Beaucoup de changements pour l'école
Face au constat plutôt négatif que nous donne le rapport 2007 de l'OCDE sur l'éducation en France et dans le monde (des résultats très moyens alors que les petits Français travaillent 100h par an de plus que la moyenne des pays de l'OCDE, et un tiers de plus que les meilleurs, les petits finlandais), Xavier Darcos propose de nombreuses réformes, dont l'axe principal est de recentrer l'école sur les fondamentaux : la lecture, l'écriture et le calcul.
-De nouveaux horaires pour un programme recentré : Xavier Darcos a donc dernièrement proposé de nouveaux programmes pour l'école primaire recentrés sur le Français et les Mathématiques, avec des horaires en baisse : on passera de 26h à 24h hebdomadaires (l'école le samedi disparaît), avec l'appartition de 2h de soutien hebdomadaire de la part des professeurs (ce qui maintient identique leur nombre d'heures hebdomdaires : 26h + 1h de réunion pédagogique). En CP, les élèves auront désormais 8h de Français hebdomadaires, et un programme enrichi en Mathématiques (apprentissage de l'addition, la soustraction et la multiplication). A partir du CE2, les élèves auront 10h de Français hebdomadaires, 5h de Mathématiques, 4h de Sport, 1h30 de langue vivante, soit déjà 20h30 sur un total fixé à 24h. Il ne restera donc plus que 3h30 hebdomadaires pour travailler les sciences, l'histoire-géographie, l'histoire de l'art (qui apparaît dans les programmes), l'initiation à l'informatique, et l'instruction morale et civique (qui fait son grand retour dans les programmes officiels)
--> Diminuer le nombre d'heures de travail pour les élèves me semblent être une bonne chose, d'autant que les études montrent que ce n'est pas la quantité d'heures qui fait les résultats. Les élèves en difficulté seront mieux aidés grâce aux heures de soutien, et le recentrage sur les fondamentaux (même s'il est dommageable pour les autres matières, la culture, le ludique, la sensibilisation, etc) me parait nécessaire compte tenu de la grande difficulté de certains élèves (20% environ). Cela dit, on pourrait aussi se demander si les méthodes pédagogiques sont adaptées : le modèle scandinave (qui donne de bons résultats) semble donner beaucoup d'importance au travail à partir de dessins, schémas, supports vidéos, et moins sur des supports plus formels comme les textes. Je suis très incompétent en la matière, mais c'est sûrement une piste à méditer, d'autant que les élèves retiennent souvent mieux les dessins que les mots (enfin, je dis ça pour moi!). Au sujet deux matières nouvelles (histoire de l'art et instruction morale et civique) et sans rentrer dans la polémique et dans des préjugés dogmatiques, ça me semble un peu démodé et compliqué : l'histoire de l'art, je vois mal ce qu'on pourrait en apprendre aux jeunes élèves sans aller trop dans des détails artistiques, stylistiques, historiques complexes ; l'instruction morale et civique à base de "maximes illustrées" me paraît très XIXeme. Je ne crois pas que les élèves aient besoin de ce type d'apprentissage, en tout cas pas sous la forme d'un cours magistral : "respecte ton camarade", "ne mords pas ton instituteur", etc. L'apprentissage des valeurs élémentaires passe avant tout par la pratique. Il s'agit de créer un déclic chez l'enfant, et la poésie de de la Fontaine paraît plus pertinente que les "maximes" de je ne sais quel conseiller ministériel.
-Le service minimum : Xavier Darcos veut que les élèves puissent être accueillis les jours de grève dans les villes qui le décident. L'Etat verserait des aides, sous forme de subventions, aux municipalités qui veulent mettre en place un accueil des élèves les jours de grève, ses fonds provenant des salaires non payés par l'Etat des fonctionnaires grévistes.
--> Que les grévistes ne soient pas payés, c'est évidemment normal. Que l'Etat encourage les mairies à prendre en charge les enfants, c'est atténuer grandement l'effet de la gréve en prétextant un service rendu à la population (et notamment aux parents, "pris en otage" selon la bonne opinion réactionnaire). Sur la forme, on peut aussi se demander en quoi la municipalité est habilitée à prendre en charge des enfants : quel protocole ? quel personnel ? Face à ces vices de forme et à l'esprit de fond de cette mesure (vider la grève de tout son intérêt : son influence), on peut légitimement s'opposer à cette loi.
Voilà, nous avons fait le tour des principales mesures que préconisent Xavier Darcos pour faire de l'école le lieu du savoir et de l'excellence. De nombreuses idées semblent pertinentes (comme le plus fort soutien aux élèves ou la diminution, mesurée, des heures de travail) mais l'école semble reculer de quelques décennies dans le sens où elle laisse de côté des tâches pourtant utiles (comme la prévention, la sensibilisation, la formation à l'informatique, le ludique, la culture) et où elle renoue avec un enseignement moral et civique peu actualisé : la morale et la citoyenneté d'aujourd'hui ne sont pas celles du XIXeme, la pédagogie doit s'adapter à son époque et à son public.
15:45 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : école, éducation, collège, lycée, primaire, maternelle, xavier darcos
mardi, 19 février 2008
Le mystère Rama Yade
Je l'aime bien, Rama Yade, pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, je suis convaincu qu'elle est animée de bons sentiments et qu'elle est libre (je veux dire : idéologiquement libérée d'un quelconque mode de pensée, victimiste par exemple, et de tout dogmatisme).
Je suis convaincu aussi de son envie de bien faire, d'être un exemple, d'incarner un espoir pour tous ceux qui n'en ont plus.
Je pense aussi qu'elle peut apporter beaucoup au débat politique et culturel en France (avec beaucoup, beaucoup d'autres évidemment), et à la nécessaire rétrospection de l'histoire française, et notamment l'histoire que la France partage avec l'Afrique.
Je l'aime aussi pour son esprit, sa jeunesse, sa liberté de ton : je suis heureux de l'entendre critiquer avec force la diplomatie du portefeuille, qui reçoit Khadafi. Je suis heureux aussi quand elle va voir personnellement les squatteurs d'Aubervilliers menacés d'évacuation.

De même, lorsqu'elle qualifie de "charognards" les journalistes français, tels des chasseurs de tête, Rama est évidemment dans l'excès, excès de victimisation, excès de défense de son maître. Cet excès-là, qui est plus le fruit d'une sarkophilie (pleine et assumée) que de malhonnêteté, est dangereux, car il touche à un des fondements de la république, la presse. Accuser la presse de se comporter comme un chasseur de tête quand c'est évidemment faux, ce n'est pas sain quand c'est improvisé, et c'est détestable quand c'est calculé (espérons que ça ne soit pas le cas avec Rama).
Enfin, sa sarkophilie pleine et assumée (le fait qu'elle voue une véritable admiration pour Nicolas Sarkozy qu'elle trouve plein de charisme) me dérange. Déjà car je ne la comprends pas, mais ça, ça n'est pas très grave. Ensuite parce que ce n'est pas souhaitable dans le cadre professionnel, surtout quand on est à un tel niveau de responsabilité. Où est la liberté de ton et d'action de Rama si elle est sous l'influence morale de son supérieur ?
Ensuite, ce sont ses pétages de plomb difficilement admissibles : aujourd'hui par exemple, lors d'une réunion publique à Colombes (Hauts-de-Seine) où elle est candidate sur une liste UMP, elle n'a pas hésité à parler de la gauche locale en ces termes : "cette gauche (...) qui s'en prend à moi parce que je suis noire". Que viennent faire de telles accusations dans une réunion publique ? Cette vicitmisation-là ("ils m'attaquent car je suis noire") est assez dégueulasse et elle cache certainement un tempérament instable, teinté peut-être du refus d'être remise en cause.
Ces deux interrogations font de Rama Yade un mystère pour moi. Inconstante : excessive puis silencieuse, droite et respectueuse puis insultante et victimiste.
Je pense que cette inconstance est la manifestation d'une fragilité qu'elle éprouve à se positionner politquement et psychologiquement dans ce gouvernement, où elle représente à la fois un symbole (de l'intégration réussie) et un alibi (d'une politique qu'elle ne cautionne pas toujours).
Si vous avez un avis, ça se passe en dessous, ou ailleurs.
19:35 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rama Yade, Sarkozy, politique, gouvernement, droits de l'homme
dimanche, 17 février 2008
Sarkocentrisme
C'est une triste réalité : presque toute l'actualité tourne autour d'un seul homme, Sarkozy. Ce sarkocentrisme ambiant est le résultat de plusieurs éléments (j'ai pu en oublier) :
1 - Nicolas Sarkozy espère que cette stratégie sera payante. En attirant toute l'attention médiatique sur lui, il porte personnellement toute les réformes menées actuellement et espère qu'elles seront mieux vu parce que sarkoziennes. En ce sens, la stratégie réussit car les réformes sont dans l'ensemble bien acceptées par les Français, comme en témoigne la bonne popularité de l'horloger Fillon ;
2 - Nicolas Sarkozy est parfaitement égocentrique et adore qu'on l'observe, qu'on le suive, qu'on le traque. Il fait d'ailleurs tout pour qu'on en sache le plus possible sur son intimité, fait publiquement des allusions à sa vie amoureuse, affrète des avions pour les journalistes lors de ses voyages personnels, etc. Ce penchant là est très mauvais en terme de popularité pour Sarkozy, et le mariage n'a rien arrangé ;
3 - Les Français sont gloutons, ils veulent être dans l'intimité de ce Président, ils aiment le côté people du politique, ça les intéresse, ça les fait rêver, et ils le montrent en achetant la presse politique pipolisée. Les Français font donc tourner cette machine médiatique, et s'en offusquent pourtant en critiquant la surexposition de Sarkozy (les Français sont pleins de contradiction) ;
4 - Les médias y trouvent leur compte : leurs ventes et audiences augmentent, leur travail de journalisme politique recule ce qui leur donne moins de travail et de critiques, ils surfent tranquillement sur la vague du people, comme le montre les exemples récents des bonnes ventes du Point et de l'Express.
Ce sarkocentrisme est observable chaque jour. Il est le fruit de la volonté (consciente et inconsciente) de presque tout le monde, pas seulement de Sarkozy. Quelques exemples :
-Carla Bruni-Sarkozy, pour sa première interview de 1ère dame de France (exclu réservée à l'Express, compte tenu de la grande complicité entre Carla et le directeur de la rédaction Christophe Barbier), fait une sale et ridicule analogie entre la presse française actuelle (qui ferait la chasse à Sarkozy, tels des "charognards" selon les propres mots de Rama Yade) et la presse vichyste et antisémite de la seconde guerre mondiale. Elle s'excuse. Ca ne suffit pas. Le mal est fait. L'incomparable est comparé.
-L'Obs et Airy Routier provoquent un séisme médiatico-politico-déontologique avec le fameux SMS. Sarkozy porte plainte au pénal, une première, peu importe. L'info est-elle vraie ? Et est-elle vérifiable ? Fallait-il la publier ? Si c'est faux, quel gâchis pour l'Obs. Si c'est vrai, qu'en penser ? Sarkozy est-il fou ? Se marie-t-il simplement pour son image ? Est-il doué de sentiments ? Trop de questions dans cette affaire surmédiatisée pour peu de réponses.
-Feuilleton à Neuilly : le chouchou de Cécilia, David Martinon, se fait trahir par ses colistiers (dont le fabuleux Jean Sarkozy) sous prétexte de mauvais sondages. L'UMP investit alors un candidat qui n'est même pas adhérent à l'UMP ! Nicolas Sarkozy, maire pendant 19 ans de la ville la plus riche de France, a évidemment tenu un rôle de décideur. (à voir ce reportage de LaTéléLibre)
-La faute d'orthographe : grand séisme, Sarkozy aurait fait une faute d'orthographe dans une phrase d'un discours qui traitait justement de l'importance de l'orthographe pour les élèves. C'est fun, c'est à voir, mais ca n'est pas très intéressant, d'autant que le plus grave reste quand même sa non-maîtrise de la syntaxe. Enfin passons.
-La mémoire des déportés en CM2 : cette idée stupide appelle évidemment la condamnation et la résistance. D'autres l'ont fait clairement et brillamment (Birenbaum, Fontenelle, Versac, Radical Chic, Vincent Peillon, Simone Veil, Dominique Vidal, Infocrate, etc), donc je n'y reviens pas. Je veux simplement dire que je partage parfaitement l'avis de Daniel Schneidermann : cette annonce est un enfumage stratégique, comme l'était l'annonce de la suppression de la pub sur le service public. Deux annonces faites pour donner de la matière aux médias et aux Français, pour les occuper. Deux annonces qui permettent aussi de combler un vide d'idées.
Face à ce climat ambiant de sarkocentrisme, certains s'organisent, avec retard il est vrai (de nombreux vigilants-résistants sont au travail depuis des années). Ainsi a été lancé par des personnalités de mouvements divers "l'appel à la vigilance républicaine". Rien de menaçant, ni de révolutionnaire, juste un rappel : face à l'exercice du pouvoir de Sarkozy, la République veille.
Cette simple pétition républicaine a pourtant été accueillie par les plus ridicules et sales réactions de la part des sarko-défenseurs.
-Ainsi, le député UMP Yves Jégo déclare tranquillement le plus vilain mensonge :"On en revient aux méthodes staliniennes." Heureusement pour lui, le ridicule ne tue pas. La diffamation non plus.
-Pour Jean-Pierre Raffarin, qui réagit sur son blog, "c'est [...] grave." Bien lancé JP.
-Le sénateur UMP des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi estime quant à lui que cette jolie pétition témoigne d'un "fascisme rampant" et d'un "déni de démocratie". Fascisme rampant ? Déni de démocratie ? Ah bon. Je ne savais pas que le fascisme, c'était le fait de lancer un appel à la vigilance. Et je ne savais pas que la démocratie, c'était "après le vote, tais-toi pendant 5 ans". Enfin, Roger Karoutchi fait de la politique depuis 25 ans, donc il doit s'y connaître en matière de démocratie.
Pour finir, un petit billet caustique de Fontenelle où il est question de cet homme qui a été condamné à une amende de 800 euros (+ 1 € pour Sarkozy en personne) parce qu'il avait comparé notre Président à Pétain. Qu'en est-il par exemple d'Yves Jégo qui compare les signataires de l'appel à des "staliniens" ? La diffamation est pourtant du même genre.
19:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, sarkocentrisme, Carla, Jégo, Karoutchi, Raffarin, UMP
jeudi, 14 février 2008
Serve your country
On vit dans une sale époque disent certains, où l'indécence, la violence, la haine deviennent banales. Oui, en effet. J'ajouterai cependant que ce sont toutes les époques qui furent sales, l'histoire des guerres et des barbaries en est le témoin.
Hier et aujourd"hui
Aujourd'hui comme hier, la doctrine la plus barbare, celle de la promotion de la haine et de la guerre, s'attaque aux plus faibles, les enfants.
Hier, on rassemblait les jeunes dans des grandes communautés très encadrées, lesquelles agissaient comme des moules sur eux : c'est le cas des Jeunesses Hitlériennes par exemple.
Aujourd'hui, l'endoctrinement des plus jeunes existe toujours, dans des formes peut-être différentes, mais avec la même volonté de former des individus vides de toute conscience et prêt à faire ce qu'on leur demande. On peut notamment penser à l'exemple de certaines madrasa (les fameuses écoles coraniques), ou à l'utilisation par Al Qaida d'enfants-bombes.
Be a patriot and serve your country
Les Etats-Unis ont eux aussi des moyens (certes moins directs, moins extrêmes) pour attirer les jeunes dans leurs rangs. Il suffit d'aller sur le site de la Maison Blanche pour s'en apercevoir.
La Maison Blanche propose notamment un site spécial pour les enfants : White House Kids. Là sont disponibles des quizs, des jeux, des coloriages, des dessins animés, des sondages... En voici un :

Ce sondage est insupportable. On demande aux jeunes américains leur méthode pour savourer leurs vacances. La dernière proposition : "volunteer", autrement dit s'engager, dans l'armée évidemment.
Je rappelle que ce site est dédié aux "kids", c'est-à-dire aux gamins, aux enfants, même pas aux adolescents.
Ce sondage est indécent. Tenter de faire passer l'engagement militaire pour une manière de passer du bon temps, c'est simplement dégueulasse, surtout quand le public visé est si jeune.
Rubrique Jeux, la Maison Blanche propose aux jeunes internautes des coloriages pour leur faire apprendre l'histoire des Etats-Unis, et notamment les 43 Présidents. Le dernier coloriage de la liste est naturellement celui de George W. Bush.
Au delà du portrait peu ressemblant de Bush, un détail choque : "USA Freedom corps" sur le pull de la jeune fille du milieu. USA Freedom Corps, c'est un peu le bureau de recrutement de l'armée américaine.
Ici encore, on dépasse les limites de la décence. L'utilisation de l'image d'un enfant pour soutenir l'armée et attirer de nouveaux jeunes "volunteers" est scandaleuse. L'armée américaine fait son marché sur le site de la Maison Blanche.
Preuve que ce marketing répond à une demande effective de futurs loyaux soldats, George W. Bush est le seul des 43 Présidents à être représenté avec des enfants, et le seul où figure cette publicité pour le recruteur de l'armée américaine. Cette image a donc un but précis : attirer les jeunes vers l'armée. Susciter en eux un désir. Le désir de "servir son pays", comme le dit la bonne morale. Le désir de se battre pour pour son pays, pour la liberté, pour la démocratie.
Ces méthodes de recrutement assumées sont la preuve d'un esprit malsain, d'une morale belliciste, d'un sentiment de supériorité naturelle.
-Esprit malsain, car attirer des jeunes enfants dans les rangs de l'armée en utilisant leur jeunesse, leur intérêt pour les jeux, les coloriages, c'est malsain.
-Morale belliciste, car inciter par tous les moyens les jeunes à s'engager, et notamment en leur expliquant la bonne morale du "Be a patriot", "Serve your country", cette morale là ne mène qu'à l'exacerbation des identités nationales et des sentiments xénophobes.
-Sentiment de supériorité naturelle, car cette campagne institutionnelle de recrutement témoigne d'une assurance, d'une confiance totale en le bien fondé de la domination états-unienne. C'est la preuve que les Etats-Unis croient à la réalité de leur rôle naturel et inébranlable de "gendarmes du monde", de "libérateurs des peuples opprimés", d'"opposants aux régimes dictatoriaux".
L'actualité irakienne, autant que l'histoire ancienne, nous montre chaque jour qu'il s'agit là de graves erreurs de jugement. Enfin, il ne s'agit pas pour les jeunes "patriots" qui s'engagent de servir leur pays, mais plutôt de servir les intérêts particuliers d'une administration, d'une élite conservatrice, et de lobbies industriels et militaires.
00:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Bush, Etats-Unis, USA, armée, guerre, soldats, GI
mardi, 12 février 2008
Une oeuvre totale
Mikhaïl Boulgakov, né à Kiev en Mai 1891, mort à Moscou en Mars 1940.
Génie ? Je ne sais pas. Je ne peux pas juger, je ne suis pas expert en la matière.
Mais supérieur, intellectuellement, oui.
Il faut bien le reconnaître. Lire Le Maître et Marguerite, c'est se prendre une gifle dans la figure : comme certains sont doués dans l'art de frapper sur les touches de piano, Mikhaïl Boulgavok a le don littéraire, et plus globalement artistique, de rendre une poussière sublime, d'en faire un univers nouveau et envoûtant, bref d'en créer un chef d'oeuvre.
Supérieur donc par son intelligence, par son style hors du temps, par son aisance à cadencer et à harmoniser la cacophonie, par l'acuité de son regard, par l'immensité et la profondeur de son oeuvre.
Sa poussière de départ, c'est le monde, c'est le Moscou des années 30 sous le régime soviétique, c'est le froid, la nuit, la peur, la corruption, la xénophobie, c'est la société, c'est la nature humaine, c'est la vie d'hommes et de femmes au début du XXeme siècle avec leurs histoires, leurs problèmes, leurs chagrins, leurs peurs et leurs bonheurs.
Au début, c'est une histoire étonnante, incompréhensible, repoussante. On a le sentiment que l'auteur de ces lignes part dans un délire imaginaire qui n'aboutira à rien et qui nous perdra en route, entre Moscou et Jérusalem, entre la rue Sadovaïa et le Mont des Chauves.
Et puis, les pages se tournent (il y en a 530 au total), l'histoire de Boulgakov prend de la cohérence, même dans l'irrationnel, dans le flou, dans l'incompréhensible, dans le mystique. On comprend les personnages (notamment Satan, un grand chat noir, Ponce Pilate, Jésus, le Maître, un poète suicidaire, et Marguerite son amante), qui ils sont, ce qu'ils pensent, pourquoi ils agissent si étrangement...
L'auteur nous plonge dans un conte digne des Mille et Une nuits, un mythe, un univers qui n'a rien de commun au monde réel, hormis certaines apparences, qui au fond n'ont pas d'importance. Ce dépaysement total (spatial, culturel, temporel, intellectuel, rationnel) nous fait voyager dans un monde parallèle qui vit au plus près du réel sans en subir les règles et les lois universelles (notamment celles de la pesanteur, de la finitude, de la vie et de la mort). Ce monde est celui de la magie, de l'irrationnel, de l'inconnu. Celui où, selon les dogmes qui ont fondé nos esprits, vit Satan et où règne le Mal. Celui qu'il faut fuir, combattre. Celui duquel le Bien doit triompher.
Mikhaïl Boulgakov s'attaque de la plus belle des manières aux dogmes bien-pensants qui opposent le Bien au Mal, le juste à l'injuste, Dieu à Satan, le blanc au noir, le beau au laid, le pur à l'impur, le saint au profane,... Il dresse un portrait assez pathétique d'un monde austère -le notre- qui s'accroche, par peur, par docilité, par soumission, par conformisme, à des symboles, à des dogmes, à des croyances, à des superstitions, comme par exemple notre défiance irrationnelle à l'égard des chats noirs ou notre peur de l'inconnu. Enfin, il nous ouvre les portes d'un monde différent, fantaisiste, qui n'est pas fondé sur la morale -morale chrétienne, morale orthodoxe, morale soviétique- mais qui n'en est pas moins vertueux pour autant. Preuve en est que ceux qui sont happés par ce monde parallèle (le Maître et Marguerite) n'en sont que plus heureux, et ont le sentiment de s'être approché de la Vérité.
Cette oeuvre, que l'on pourrait qualifier de totale tellement elle est immense et indépendante du monde réel, est donc une forte critique du monde, et notamment du pouvoir soviétique, des dogmes et des modes de pensée uniformisés. A lire, à condition d'être prêt à se sentir dépassé et soumis par le poids de l'oeuvre.
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vendredi, 08 février 2008
De la xénophobie en Amérique
Les Etats-Unis ont un problème, commun à peu d'autres pays, c'est leur démesure.
Démesure dans la super-puissance de leur armée, démesure dans le gigantisme de leur économie, démesure dans le patriotisme de son peuple, démesure dans son amour du show, démesure dans sa volonté de fabriquer l'Histoire,... et démesure dans certaines idéologies.
John Mc Cain, prochain candidat répulicain à la Maison Blanche si tout se passe comme prévu, vétéran de la guerre du Viet-nam et héros national, tient ici un discours qui symbolise bien une des démesures de ce pays et d'une partie de son peuple.
"To secure our borders first" martèle-t-il avec passion sous les acclamations des militants républicains.
Voilà le thème où s'exprime selon moi le plus la radicalité des Républicains : l'immigration, et l'étranger en général. Leur vision est manichéenne : d'un côté des étrangers qui tentent d'entrer clandestinement sur le territoire américain, et de l'autre un pouvoir qui doit tout faire pour contrer cette immigration. Quite à tout surveiller, chasser, cloisonner. Quite à construire un mur de 1500 km sur la frontière avec le Mexique. Quite à faire parler la poudre dans le désert.
Mais John Mc Cain tient là un discours sage, qui n'a rien d'extrême aux yeux des Républicains les plus durs. En réalité, les conservateurs le considèrent même comme un gauchiste qui serait arriver par hasard au Parti Républicain! Certains disent même qu'il a été "rendu fou" par les tortures qu'il a subi au Viet-nam.
Ce sont donc les conservateurs qui symbolisent le mieux l'extrême xénophobie outre-atlantique, xénophobie au sens propre : rejet de l'étranger, par méconnaissance, par méfiance, par peur.
Ce qui suit provient principalement d'un excellent article de Johann Hari pour le Monde Diplomatique de ce mois. Le journaliste a infiltré un grand rassemblement d'une semaine de la droite conservatrice américaine, sur un paquebot spécial, 6000 euros la semaine, où les participants échangent leurs idées, leurs points de vue, et leurs peurs.
Les conservateurs ont viscéralement peur des musulmans : "Ils sont partout, rien ne pourra les arrêter" disent-ils. "Cette fois, les Français n'ont pas intérêt à compter sur nous pour leur sauver la mise." Ils expliquent que l'Europe, et notamment la France et l'Angleterre, est en passe de devenir un grand "califat", où les idéologies islamistes finiront par triompher. D'ailleurs, ils prévoient "une évacuation à grande échelle vers 2015" des Européens blancs vers les Etats-Unis, lorsque Al-Quaida aura pris le contrôle de l'Europe. Aussi, "les races européennes [les Blancs] sont devenus trop narcissiques pour procréer en quantités suffisantes", quantités suffisantes pour garder la supériorité numérique sur les musulmans! Les conservateurs sont là en plein dans le mythe ténébreux de Samuel Huntington, la guerre des civilisations, religions contre religions, races contre races.
Quant à la guerre en Irak, c'est pour eux une guerre sainte, une guerre contre le Mal, et un total succès : "On veut donner l'image d'un pays plongé dans le chaos, mais c'est faux. C'est un triomphe, ça n'aurait pas pu se passer mieux." Une participante affirme qu'elle "prie tous les jours pour remercier Dieu d'avoir créé Fox News", la chaîne conservatrice et pro-Bush par excellence. Mais d'autres critiquent la chaine au sujet de l'Irak, dont ce juge connu aux Etats-Unis, Robert Bork : "La manière dont les médias traitent de cette guerre est scandaleuse. Même Fox News en parle de manière scandaleuse. A les entendre, il n'y a que nous qui mourons là-bas. Ils ne disent jamais rien des pertes ennemies, alors que nous en tuons des quantités tous les jours".
Qu'importe leurs crimes reconnus, les dictateurs libéraux et anti-communistes sont adulés : "Pinochet est un héros, il a sauvé le Chili." "Et il a privatisé les retraites". Le dogmatisme ultra-libéral est ici plus fort que toute considération rationnelle et objective de ce qu'a été la barbarie de la dictature de Pinochet. Il était pro-américain, libéral, donc héros. Bush lui aussi est un "héros", d'autant que "personne n'a été torturé à Abou Ghraib et à Guantanamo".
Enfin, la xénophobie se révèle science, puisqu'un participant, le célèbre auteur Dinesh D'Souza, a inventé une loi, un théorème : "la qualité d'un immigrant est proportionnelle à la distance parcourue pour arriver jusqu'aux Etats-Unis". Manière de gerber sa haine et son dégout des nombreux immigrants mexicains.
Ces fanatiques ultra-conservateurs (xénophobes, racistes, anti-musulmans et ultra-croyants, pro-vie et anti-contraception, ultra-libéraux, pro-Bush et pro-Pinochet, pro-guerre en Irak et en Iran, pro-loi martial, etc) exercent une forte influence historique sur les idées républicaines en général.
Pour obtenir la grâce des militants, tout candidat républicain doit être en conformité avec les grandes idées conservatrices, et doit faire preuve d'excellence en matière de promotion du conservatisme, du passéisme, et du nauséabond.
Voilà comment marche la moitié droite de la plus grande démocratie du monde.
12:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Etats-Unis, Mc Cain, xénophobie, étrangers, Irak, conservateurs, Bush
mercredi, 06 février 2008
Celle qui pue l'racisme
J'aimerais vous parler, même maladroitement, d'un sujet qui me tient à coeur puisqu'il dépasse largement les simples questions politiques et qu'il se positionne sur le terrain des valeurs. Je veux parler de la question du racisme, de la xénophobie, du rejet de l'étranger, de l'intolérance, de la discrimination.
Pourquoi en parler ?
Parce que ce thème -historique- marque encore aujourd'hui l'actualité. Rien n'a profondément changé depuis les années 70 de "l'immigration zéro" giscardienne, ni depuis les grands défilés "Touche pas à mon pote" des années 90. Et la période black-blanc-beur de promotion des différences (via la Coupe du Monde de 1998 notamment) est terminée depuis bien longtemps : le 21 Avril 2002 n'est qu'un témoin parmi tant d'autres.
Le thème de notre rapport à l'étranger montre assez bien à quel point on a peu évolué dans les esprits ces dernières décennies.
Pour une part des Français, et encore plus pour la droite dure actuelle -fille de Maurras et cousine de Le Pen-, l'étranger n'est pas chez lui en France, n'a pas de légitimité à y être et n'a donc pas vocation à y rester durablement. Le radicalisme xénophobe va plus loin encore, puisqu'il fait de l'étranger un indésirable, un feignant, un pompeur d'allocations, un polygame, un égorgeur de moutons, un lève-tard, un comploteur communautariste, un terroriste en puissance, un voleur,...
Tous ceux qui s'apparentent (physiquement, culturellement) à l'étranger, à savoir les immigrés "beurs", "blacks", "noich", etc., sont aussi discriminés. Qu'importe qu'ils soient Français (40% des immigrés ont la nationalité française), fils de la République, symboles vivants de l'histoire (parfois belle, parfois sale) de notre pays, avatars de l'esprit tolérant et universel issu des Lumières.
Non. Les indésirables immigrés ne seraient qu'un chiffre, un chiffre énorme, un chiffre dangereux, un chiffre criminel : 5 millions.
On pourrait combattre la xénophobie à coup de slogans, mais les slogans ne touchent que ceux qui les écoutent, et ce n'est pas le cas des dogmatiques xénophobes.
On pourrait écraser les thèses xénophobes à coup de chiffres, en montrant par exemple qu'ils sont un moteur pour la croissance (comme le suggère actuellement l'exemple espagnol), ou que la part des immigrés dans la population totale est stable dans le temps (autour de 8%).
On pourrait tenter de leur faire comprendre que la différence est une force pour une nation, et que les pays qui ont fait le choix (même à retardement) de la tolérance en sont sortis gagnants, comme le montre l'exemple américain.
Personnellement, je me contenterais de leur dire qu'ils font fausse route, qu'ils sont dans l'erreur, et qu'on est tous l'étranger de quelqu'un. Savoir qu'un homme vient d'ailleurs ne nous dit pas qui il est, et vouloir le rejeter pour sa simple différence, c'est de l'absolutisme, c'est de la suffisance, c'est la preuve d'un esprit refermé, apeuré, fragile. C'est la preuve de sa faiblesse.
Ainsi, j'en conclus gravement que la France est faible (car tiraillée par les dogmatismes xénophobes) et qu'elle vit dans l'ignorance et dans l'erreur. Quand à l'élite politique qui la fait vibrer à coup de slogan raciste, elle est un symbole de la petitesse et de la haine humaines. Une relique du passé à enterrer. Une trace du monde ancien à effacer.
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