« Quelques immanquables (2) | Page d'accueil | Sur la route, de Jack Kerouac »

dimanche, 20 avril 2008

Hommages, sincères

Ces temps-ci, l'actualité est chargée. Parfois futile, souvent grave. Je m’abstiens de faire la liste de ce qui est révoltant et injuste, mais sachez que la France n’en est pas exclue, bien que les principales victimes se trouvent au Sud.

L’actualité est triste aussi.

Aimé Césaire. Germaine Tillion.

L’un poète, penseur, député de la Martinique, homme de cœur et de conviction, qui n’hésitât pas à dire non à la barbarie communiste et à l’attitude de Maurice Thorez, en démissionnant en Octobre 1956 de son poste de député communiste.

L’autre ethnologue, spécialiste de l’Algérie, résistante puis déportée à Ravensbrück, militante pour les droits des femmes, et les droits de l’homme en général, et contre la clochardisation des Algériens dans les années 1950-60.

Deux passionnés, deux révoltés, que j’ai découvert par le triste hasard des lectures.

Je dis triste hasard car le hasard ne devrait pas opérer lorsqu’il s’agit de tels personnages. Pourquoi, en cours d’Histoire, ne nous a-t-on jamais, ou presque, parlé de la traite négrière opérée par la France et qui s’est peu à peu transformée en un bien triste paternalisme? Pourquoi n’a-t-on jamais entendu le nom d’Aimé Césaire dans les cours sur la colonisation? Ces textes sont pourtant très instructifs, sur la France, sur son passé, sur son présent. Lisez :

« Une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte ». [Longs extraits]

« Il y a deux manières de se perde : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l’ « universel ». Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers. Alors ? Alors il nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait ; la force d’inventer au lieu de suivre ; la force « d’inventer » notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent. En bref, nous considérons désormais comme notre devoir de conjuguer nos efforts à ceux de tous les hommes épris de justice et de vérité pour bâtir des organisations susceptibles d’aider de manière probe et efficace les peuples noirs dans leur lutte pour aujourd’hui et pour demain : lutte pour la justice ; lutte pour la culture ; lutte pour la dignité et la liberté ; des organisations capables en un mot de les préparer dans tous les domaines à assumer de manière autonome les lourdes responsabilités que l’histoire en ce moment même fait peser si lourdement sur leurs épaules. » [En intégralité]

De même pour Germaine Tillion : pourquoi ne la connaissons-nous pas ? Elle organisât l’un des premiers réseaux de résistance (le réseau du Musée de l’homme). Elle fît d’énormes recherches sur l’Algérie, sa population, berbère, et réfléchît à l’avenir de ce pays fraichement décolonisé. Aussi, elle fut l’une des rares femmes à recevoir la Grand-croix de la Légion d’honneur. Alors pourquoi est-elle si peu connue par les Français? [Les grands moments de "ses vies" sont chez lemondediplo]

Bref, j’en veux un peu à l’Education Nationale et à ceux qui décident des programmes, qui ont sans doute oublié de nous parler de deux figures marquantes du militantisme et des idées du XXème siècle. Deux omissions qui seront, on l’espère, vite corrigées.

Quant aux hommages que rendent nos chefs politiques, opportunistes (je pense notamment à notre Président), à ces deux-là qui viennent de quitter la partie, je vous laisse le soin de les commenter, ici ou ailleurs.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://1-100-c.hautetfort.com/trackback/1583165

Commentaires

je me dois de me mettre a débattre avec toi sur ton blog puisqu'on débat rarement IRL alors autant le faire ici.
Pour réagir à ton commentaire, il est sur que l'histoire étudiée en cours n'est pas celle qi devrait normalement être notamment sur des sujets comme la décolonisation est le rôle de la France dans pas mal d'atrocité du passé mais il faut pas oublier que des personnages comme Césaire ou Tillion ne sont que des exemples parmi tant d'inconnus. Et si les programmes devaient introduire tout les personnages qui ont fait ou font la France, on s'en sortirai pas. Plus que les personnages à mon avis, il faut retenir ce qu'il incarnent et l'inculquer dans l'éducation nationale. Les grands principes qui ont fait la France et la République continuent à se diluer dans la bêtise ambiante et il s'agirait plus de remettre en place ces principes plus que de réhabiliter les personnes.

Ecrit par : damien | lundi, 21 avril 2008

Réaction à retardement, désolé.
Je vois bien ce que tu veux dire : le plus important en matière d'histoire reste le fond, les idées, les principes et non les personnes.
Mais ces deux personnages ne sont pas de simples exemples à mon avis. Césaire a fait un travail, littéraire et politique, incroyable au sujet du colonialisme et de l'esclavage. Il serait très simple, en histoire ou en français, de faire lire ses écrits pour comprendre ce sujet comme on peut faire lire Voltaire ou Rousseau.
Quant à Tillion, elle a inscrit son nom aux côtés des plus grands résistants, or, personne ne la connaissait.
Mais bon, sur le fond, et sur la nécessité d'aller plus loin dans l'enseignement de l'histoire, on est d'accord.

Ecrit par : Zelittle | jeudi, 24 avril 2008

Ecrire un commentaire