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vendredi, 25 avril 2008

Sur la route, de Jack Kerouac

Sur la route, écrit en 1947, en seulement trois semaines (sous drogue, dit la légende), puis publié dix ans plus tard aux Etats-Unis, est certainement l’œuvre majeure de la Beat Generation, ce courant littéraire américain du milieu du siècle composé d’écrivains battus, foutus, perdus, en manque de sens et de repères et refusant de se fondre dans la morale, dans la culture puritaine de l'époque.

Ce roman autobiographique connaîtra un fort succès que l’auteur, Jack Kerouac, aura beaucoup de mal à gérer. Il en mourra même, à 47 ans, à la suite d’une longue dépression où tous les abus s’étaient invités.

 

 

L’auteur, parlons-en : Jack Kerouac, né en 1922, des origines bretonnes, grand sportif au niveau universitaire, destin brisé par une blessure ; se retrouve à faire des études et se met à écrire, dans un style très personnel et spontané, sans détours ni artifices ; devient contre son gré le leader de toute une génération littéraire marquée par la recherche de sens ; ce sens, Kerouac le touchera du doigt par la philosophie, puis par le bouddhisme, sans jamais le maîtriser pleinement.

Sur la route est un roman autobiographique : l’auteur y joue son rôle, derrière un pseudonyme (Sal Paradise) ; ses amis de l’époque sont aussi très présents : Neal Cassady (Dean Moriarty dans le livre : jouisseur aventureux et turbulent, vivant dans l’instant sans jamais penser au lendemain, conducteur d’exception : il est le héros du livre, celui autour de qui tournent tous les personnages, et surtout Sal), Allen Ginsberg (alias Carlo Marx : amateur de philosophie et d’écriture, puis jazzman dans un club à la fin de l’histoire) et William Burroughs (nommé Old Bull Lee : prof déjanté, fan de gros calibres, détestant les gens de gauche et les flics, les bras pleins de piqûres de junky).

L’histoire tourne principalement autour des destins, entrecroisés, de ces quelques amis. Le roman raconte leurs virées, sur les routes, à travers les Etats-Unis puis jusqu'au Mexique, où ils vécurent comme des vagabonds, faisant du stop ou volant des voitures, abusant d'alcool et de thé (marijuana), se livrant à des aventures d'un soir aux quatre coins du pays, dormant et mangeant là où ils en avaient l'occasion, et vivant follement tous les instants. Des vagabonds. Des orphelins de l'industrialisation et du rêve américain. Des chercheurs de sens. Des hommes sans repères, sans bornes, sans morale. De simples jouisseurs de l'instant en attente du nirvana. Des anachroniques qui vivaient dans leur bulle, avec leurs codes et leur philosophie. Des pré-soixante-huitards peut-être.

Ce roman, c'est 430 pages de voyage à travers ces destins américains abandonnés, solitaires, déconnectés. Des anti-système qui ont, petit à petit et sans vraiment le vouloir, lâché leur routine pour une vie irresponsable à la recherche d'un peu de douceur et de plaisir. Des instantistes (ou hédonistes), guidés par leurs seules envies.

Ce roman, c'est donc une grande bouffée d'air, venant de loin, pour nos vieilles sociétés ultra-structurées, hierarchisées, codifiées. A lire si notre système vous pèse ou si vous voulez voyager, dans le temps, dans l'espace et dans la manière de vivre.

dimanche, 20 avril 2008

Hommages, sincères

Ces temps-ci, l'actualité est chargée. Parfois futile, souvent grave. Je m’abstiens de faire la liste de ce qui est révoltant et injuste, mais sachez que la France n’en est pas exclue, bien que les principales victimes se trouvent au Sud.

L’actualité est triste aussi.

Aimé Césaire. Germaine Tillion.

L’un poète, penseur, député de la Martinique, homme de cœur et de conviction, qui n’hésitât pas à dire non à la barbarie communiste et à l’attitude de Maurice Thorez, en démissionnant en Octobre 1956 de son poste de député communiste.

L’autre ethnologue, spécialiste de l’Algérie, résistante puis déportée à Ravensbrück, militante pour les droits des femmes, et les droits de l’homme en général, et contre la clochardisation des Algériens dans les années 1950-60.

Deux passionnés, deux révoltés, que j’ai découvert par le triste hasard des lectures.

Je dis triste hasard car le hasard ne devrait pas opérer lorsqu’il s’agit de tels personnages. Pourquoi, en cours d’Histoire, ne nous a-t-on jamais, ou presque, parlé de la traite négrière opérée par la France et qui s’est peu à peu transformée en un bien triste paternalisme? Pourquoi n’a-t-on jamais entendu le nom d’Aimé Césaire dans les cours sur la colonisation? Ces textes sont pourtant très instructifs, sur la France, sur son passé, sur son présent. Lisez :

« Une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte ». [Longs extraits]

« Il y a deux manières de se perde : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l’ « universel ». Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers. Alors ? Alors il nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait ; la force d’inventer au lieu de suivre ; la force « d’inventer » notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent. En bref, nous considérons désormais comme notre devoir de conjuguer nos efforts à ceux de tous les hommes épris de justice et de vérité pour bâtir des organisations susceptibles d’aider de manière probe et efficace les peuples noirs dans leur lutte pour aujourd’hui et pour demain : lutte pour la justice ; lutte pour la culture ; lutte pour la dignité et la liberté ; des organisations capables en un mot de les préparer dans tous les domaines à assumer de manière autonome les lourdes responsabilités que l’histoire en ce moment même fait peser si lourdement sur leurs épaules. » [En intégralité]

De même pour Germaine Tillion : pourquoi ne la connaissons-nous pas ? Elle organisât l’un des premiers réseaux de résistance (le réseau du Musée de l’homme). Elle fît d’énormes recherches sur l’Algérie, sa population, berbère, et réfléchît à l’avenir de ce pays fraichement décolonisé. Aussi, elle fut l’une des rares femmes à recevoir la Grand-croix de la Légion d’honneur. Alors pourquoi est-elle si peu connue par les Français? [Les grands moments de "ses vies" sont chez lemondediplo]

Bref, j’en veux un peu à l’Education Nationale et à ceux qui décident des programmes, qui ont sans doute oublié de nous parler de deux figures marquantes du militantisme et des idées du XXème siècle. Deux omissions qui seront, on l’espère, vite corrigées.

Quant aux hommages que rendent nos chefs politiques, opportunistes (je pense notamment à notre Président), à ces deux-là qui viennent de quitter la partie, je vous laisse le soin de les commenter, ici ou ailleurs.

dimanche, 13 avril 2008

Quelques immanquables (2)

Il y a quelques mois, je vous balançais des incontournables du web tournés sur la politique, les médias, l’actualité, avec LaTélélibre.fr, Arrêt-sur-Image.net, et d’autres. Ce soir, je vous propose une nouvelle liste d’immanquables, découverts récemment ou non par la magie des liens externes. Le seul lien entre ces quelques bijoux du web: ils se font d’images et non de texte. Des images figées ou animées, en couleur ou N&B.

Photos pour le plaisir des yeux
-L’excellent portfolio Flickr d’un GI passionné de photo. Les clichés sont magnifiques et donnent une autre image de l’Irak, des gens qui y vivent et des hommes qui s’y battent.
-Le site-expo de James Nachtwey, photographe globe-trotter. Ses splendides clichés en N&B nous montrent crûment des drames humains, survenus un peu partout dans le monde et souvent liés à la guerre, à la famine, au sida. A voir.
-Le site-expo Contrefaits est la galerie de quatre photographes aux styles différents. Ils nous offrent de belles prises de la France d’aujourd’hui, en se concentrant surtout sur le social et la politique. Des photos souvent fortes, pleines de sens et de vérité.

Vidéos et web-reportages
-Les excellents blogtrotters sont bien des immanquables puisque ces bloggeurs fous voyagent dans différentes régions du monde, armés d’une petite caméra, pour enquêter sur un sujet. Au fur et à mesure de leur enquête, ils nous envoient des vidéos de ce qu’ils voient. Dernière expédition en date : le Kirghizstan pour une enquête sur les déchets radioactifs hérités de régime soviétique.
-Un grand cadeau vient d’être fait à tous les fans de South Park puisqu’un site gratuit (et officiel) vient de voir le jour et met en accès libre tous les épisodes de la série : toutes les saisons sont disponibles !
-En bonus, je vous conseille le dernier Point Rouge de la Télélibre. Ce débat citoyen, tourné au pied de la Tour Eiffel le jour du passage de la flamme à Paris, porte sur les Jeux Olympiques : les sujets du Tibet, des droits de l’homme, de la désinformation en Chine sont abordés grâce aux interventions de nombreux citoyens (français, chinois, tibétains, québécois, américains). Intéressant, et houleux.

Bonnes visites.

mercredi, 02 avril 2008

Triomphe de l'image et mort des idées

Ci-dessous un billet sur la déception, la lassitude que m’inspirent nos élites, politiques et intellectuelles, des élites qui donnent à l’image une prééminence qu’elle ne mérite pas, et qui laissent tomber les idées nobles pour mieux affirmer les dogmes et faire oublier leur manque de convictions.

Le triomphe de l’image

Quoi de plus flagrant depuis quelques mois que le triomphe de l’image ? Nicolas Sarkozy, premier homme de France, est une collection d’images : l’image d’un jet setter (Fouquet’s et yacht), l’image d’un winner matérialiste (signes extérieurs de richesse comme preuves de réussite), l’image d’un bosseur (hyperactivité assumée), l’image d’un homme moderne (jogging les matins et look soigné les soirs),  l’image d’un homme comme les autres (qui ne contrôle pas toujours ses nerfs ni ses sentiments amoureux), bref une collection d’images souvent contradictoires et purement fictives.

L’une des dernières images de Nicolas Sarkozy est celle de sa nouvelle femme, véritable perle de beauté et de classe selon tous les commentateurs britanniques. Cette image n’est qu’une publicité, bien mise en avant : du marketing au service du politique et/ou de l’égo présidentiel. Carla Bruni, les rolex, l’entourage de milliardaires créent du rêve, de l’inaccessible, donc du désir, autour de Nicolas Sarkozy. Ce qu’espère Nicolas Sarkozy, c’est que les Français l’aiment, l’idolâtrent, lui vouent un culte. Cette volonté présidentielle ne se réalise pas pour l’instant : la France, de tradition catholique, a un problème avec l’argent, avec l’ostentation, avec les excès, et est donc très froide face au comportement actuel de Nicolas Sarkozy.

Le tragique de ce triomphe de l’image dans la politique réside dans sa généralisation : comme Nicolas Sarkozy, de plus en plus de personnalités politiques endossent des rôles d’acteurs (comédiens), adoptent des postures, créent des images autour de leur personne : c’est le cas notamment de Ségolène Royal, qui a fait campagne en insistant lourdement sur sa condition de femme, de mère de famille, sur son apparence aussi. C’est aussi le cas de François Bayrou, qui a joué de son image « France traditionnelle » en posant sur son fameux tracteur rouge et sur son image d’homme simple, honnête, posé.

Depuis les élections de 2007 au moins, le principal enjeu politique pour les candidats est devenu le choix stratégique, le contrôle et la vente de leur image : pour se faire élire, il faut se faire aimer des Français. Les idées, les programmes sont devenus secondaires. Ce qu’il faut avant tout, c’est créer une proximité, une adéquation, une amitié (fictives) avec les électeurs. Nicolas Sarkozy a gagné pour de nombreuses raisons, mais la principale me semble être qu’il a su se créer un personnage aimé de la majorité des Français.

 
La mort des idées

Ce marketing politique qui consiste à se vendre en tant que personne pour accéder au pouvoir montre actuellement toutes ses limites dès lors qu’il faut d’agir, lorsque le pouvoir est conquis. On le voit clairement aujourd’hui : Nicolas Sarkozy ne sait pas où il va, il gesticule, agite des concepts creux (« laïcité positive » par exemple), des idées rarement réfléchies (fin de la pub sur le service audiovisuel public)… De même sur sa politique économique, Nicolas Sarkozy oscille au gré de l’actualité et des sondages entre libéralisme (sur les services publics notamment) et protectionnisme économique (récemment, sur le sort de Mittal par exemple). Bref, Nicolas Sarkozy n’a pas de convictions profondes, n’a pas une « certaine idée de la France ». A propos de ce vide d’idées, certains disent que c’est la preuve que Nicolas Sarkozy est un homme pragmatique et non dogmatique. Cela montre surtout qu’il est l’archétype même de la démagogie, de la « pop politique » pour paraphraser Paul Krugman (pop economy).

Là encore, Nicolas Sarkozy n’a pas l’exclusivité dans la démagogie, dans le vide d’idées et dans la promotion de faux rêves, de faux espoirs. Ségolène Royal avait un projet peu cohérent : elle n’a pas fait un choix clair entre social-démocratie et socialisme historique (plus à gauche). Elle a surfé sur des propositions parfois démagogiques, a fait (et fait toujours) des boulettes monumentales qui montrent son manque de compétence dans de nombreux domaines (l’économie avant tout). Elle a vendu un profil (celle d'une femme simple mais compétente, prête), elle a aussi formulé un espoir (« un ordre juste »), sans en donner des clés explicites et suffisamment convaincantes. De même, François Bayrou a proposé un projet basé sur un espoir (un nouveau souffle démocratique, avec de nouvelles institutions, plus de citoyenneté et d’ouverture politique…) mais avec trop peu de choix clairs, en matière d’orientations économique et sociale notamment.

 


Dans ce système où le gagnant a été celui qui était le plus convaincant (grâce à son aisance orale, grâce à sa rhétorique, et non grâce à ses arguments, bien souvent infondés en réalité), tout compte sauf la vérité. Il faut parler aux Français avec simplicité, quitte à faire des sophismes terribles, quitte à dire des âneries colossales… « Plus c’est gros mieux ça passe » disait Chirac.    

Le tournant (personnification du politique ; débats d’idées au second plan) qu’a pris la politique française, sous l’impulsion de Sarkozy depuis 2002 à mon avis (mais qui remonte peut-être au Général de Gaulle), est une terrible nouvelle pour la démocratie française car elle nous condamne, nous citoyens-électeurs, à  être déçus et trahis. En effet, est élu celui qui promet le plus, qui manie le mieux la rhétorique et qui se façonne au mieux une image positive : bref, le meilleur imposteur. Face à cette situation et alors que nos élites intellectuelles sont en décomposition (voir tous les pseudo-intellectuels qui racontent quotidiennement des bobards sur les ondes ou dans certains journaux), la solution viendra des citoyens.

Le nouveau souffle viendra d’en bas ou ne viendra pas. 

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