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dimanche, 01 juin 2008

Poutine à Paris

Vladimir Poutine, pour sa première visite à l'étranger en tant que président du Conseil des ministres russe, a choisi la France et Paris. Il y a notamment rencontré Nicolas Sarkozy, François Fillon, son ami Jacques Chirac, ou encore l'académicien Maurice Druon.


Sur la forme
L'accueil parisien -et notamment élyséen- a été chaleureux, Nicolas Sarkozy allant même jusqu'à inviter le Premier ministre russe à un dîner à l'Elysée. Il est bien loin le temps des promesses de campagne où Nicolas ne voulait pas serrer "la pogne de Poutine".

Vladimir a aussi rendu visite à son "ami" Jacques Chirac, "homme très agréable" doté de "connaissances encyclopédiques". En 2006, Jacques remettait à Vladimir la Légion d'Honneur. Quelques mois plus tard, c'est Vladimir qui décore Jacques d'une haute distinction russe, le Prix d'Etat, pour "l'importance de son action en faveur de la coopération franco-russe". Et Jacques de répondre, ravi : "Ces dix années ont été incontestablement de grandes années pour la Russie. Je tiens à rendre hommage à ton action".

N'y a-t-il pas là, dans les éloges de Chirac, dans la courtoisie de Sarkozy, une terrible hypocrisie ? des silences bienveillants ? Rien sur l'élection triomphale de Medvedev. Rien sur la Tchétchénie. Rien sur Anna Politkovskaïa. Rien sur les opposants au régime. Rien sur la liberté d'expression en Russie. Juste de "grandes années pour la Russie".


Sur le fond
Le Monde a longuement interrogé l'ancien chef du Kremlin (l'interview intégrale est ici). Poutine y dit des choses intéressantes bien qu'il faille les prendre avec distance compte tenu d'où elles sortent.
 
Sur l'Iran, il s'oppose à la prolifération de l'arme nucléaire quel que soit le pays, et veut réglementer le nucléaire civil pour le rendre plus sûr. Au sujet de l'entrée probable de pays d'Europe de l'Est dans l'OTAN, il exprime sa crainte de voir s'élargir cette organisation née avec la Guerre Froide, élargissement qui pourrait menacer le multilatéralisme et renouveler une logique de blocs. En clair, les boucliers anti-missiles en Europe de l'Est, il n'en veut pas. De façon plus globale, le Premier minsitre russe dénonce la tentation impérialiste américaine, et notamment en Irak : "Il ne peut y avoir de monopole dans les affaires internationales. Il ne peut y avoir de structure monolithe dans le monde, ni d'empire ou de maître unique."
Vladimir Poutine tente aussi de mettre au clair son rôle d'"humble serviteur" aux côtés du Président Medvedev : "il décide, j'exécute" dit-il en substance.
 
 
Vladimir Poutine se donne une image toute neuve d'homme bien intentionné, dévoué, raisonnable, démocrate, pacifiste. L'opération séduction est lancée. Si Vladimir cherche à remonter dans l'estime des Européens, il lui faudra beaucoup d'énergie car il part de très bas.

Si ce petit jeu est avant tout diplomatique, il servira certainement les intérêts politico-économiques communs aux deux pays, mais n'effacera ni les forfaits du passé, ni les divergences du futur.
 
(Si la géopolitique Etats-Unis-Europe-Russie vous intéresse, le Monde Diplomatique d'Avril 2008 est instructif, cet article notamment) 

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