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jeudi, 03 juillet 2008

L'actualité internationale vue par les mass-médias français

Long billet, désolé.

Chaque fois qu’un grand évènement survient à l’étranger, et c’est encore le cas aujourd’hui avec l’heureuse libération d’Ingrid Bétancourt, on peut remarquer une chose : les mass-médias français ont une vision très particulière de l’étranger et de son actualité.

L’international au compte-goutte

Les mass-médias, peu nombreux mais informant des dizaines de millions de français –je parle des grandes chaînes, des grandes radios, et des grands journaux-, adoptent une ligne éditoriale très centrée sur la France qui laisse peu de place à l’information internationale.

Lorsqu’une information arrive de l’étranger, elle peut subir au moins trois traitements différents de la part des mass-médias français : les gros titres (une guerre, un attentat meurtrier, un grand évènement : télés et journaux en font leur Une et expédient des envoyés-spéciaux sur place), les brèves (en milieu de JT ou dans les colonnes des journaux, ce sont des informations de moyenne importance, ou dont on pense qu’elles n’intéresseront pas grand monde), et le silence (les rédactions ne jugent pas utile de donner l’information pour diverses raisons : manque de temps ou de place, manque d’intérêt de la part du public pour la région du monde concernée, etc.).

Ainsi, les mass-médias accordent à la rubrique « International » une importance très mouvante, selon la densité de l’actualité française à ce moment et l’intérêt porté à l’information étrangère (fonction de sa localisation, de sa gravité, de sa visibilité médiatique), telle une variable d’ajustement : lorsque l’actualité française est dense, l’actualité étrangère est reléguée aux brèves ; à l’inverse quand l’actualité française est moins abondante, l’étranger passe au premier plan.

Une géographie sélective : un pays en chasse un autre

Les mass-médias accordent au final peu de place à l’International. En réalité, ils se concentrent bien souvent sur un évènement étranger qu’ils traitent abondamment, en parallèle de l’actualité française : on obtient ainsi, pour chaque édition, un quota d’International, variable selon les rédactions (le JT de 13h de TF1 accorde moins de temps à l’étranger que les JT de France 3).

Pour Noël 2004, caméras et stylos des mass-médias étaient tournés vers l’Asie du Sud-est après le passage du tsunami ; puis vinrent le tour de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans en Août 2005, et du Darfour. Plus récemment, c’étaient les violences au Tibet et la situation en Chine qui occupaient les pages International ; en début de semaine, toute l’attention allait aux élections au Zimbabwe ; et aujourd’hui la Colombie avec la libération d’Ingrid Bétancourt.

On voit bien que les mass-médias sont très sélectifs dans leur choix de l’information étrangère. Rares sont ceux qui traitent abondamment de deux sujets internationaux dans la même édition. Tout le bruit médiatique se concentre, pendant une courte période, sur un évènement précis. Puis, survient un autre évènement, dans une autre zone du globe, et caméras et micros se détournent de l’endroit où ils étaient. Peu de retours sur les lieux. Peu de suivis de la situation, ou sous forme de courtes brèves seulement. Peu de bilans chronologiques sur l’évènement et ses conséquences. Bref, un journalisme de l’instant, sélectif quant au sujet qu’il traite. Lorsque l’information concerne un pays lointain et peu connu, l’actualité est publiée sous forme de brève ; quand le pays concerné est proche ou allié, on réserve à l’information une place de choix dans les titres. De même, si l’information est susceptible de fournir de bonnes images (médiatiquement parlant : une bonne audience, une grosse vente), cet évènement sera privilégié par rapport à d’autres, peut-être plus graves ou urgents, mais moins efficaces.

Mass-médias, narcissisme et nationalisme

On pourrait penser que les mass-médias, en accordant si peu d’espace à l’actualité étrangère savamment sélectionnée, nous montrent là un penchant nationaliste voire xénophobe de leur rédaction.

Mais en vérité, si les mass-médias ont cette si particulière vision du monde (la France, en grand et au milieu du monde, et quelques 200 petits pays satellites autour), c’est en réponse à une attente du public, réelle ou supposée. Le francocentrisme des mass-médias français répond à une stratégie industrielle, commerciale, qui semble malheureusement fonctionner : le JT de 13h de TF1, présenté par Jean-Pierre Pernaut et très recentré sur la France et sa ruralité, obtient de très bonnes parts de marché ; à l’inverse, le journal Le Monde Diplomatique –quasi-intégralement tourné vers l’étranger- (et que je lis chaque mois avec plaisir) ne me parait pas être l’objet préféré de la majorité des Français, et c’est un euphémisme.

Si les mass-médias ont un problème avec l’actualité internationale, c’est donc probablement un symptôme de la maladie qui touche les Français, maladie pas encore clairement déterminée mais qui pourrait s’appeler cécité, nombrilisme, narcissisme, patriotisme, nationalisme, voire peut-être même xénophobie.

Trois remarques pour finir

-cette maladie (qu’elle soit un simple nombrilisme ou un dangereux nationalisme) ne touche qu’une partie des Français. En effet, nombreux sont ceux qui s’ouvrent à l’étranger à travers la presse tournée vers l’International (Le Monde Diplomatique et Courrier International n’en sont que des exemples), le net (seul véritable moyen de communiquer avec le monde entier en direct et sans limites) et les voyages.

-si des évènements internationaux, urgents et inattendus, font les gros titres dans les mass-médias, il ne faut pas non plus oublier l’actualité internationale redondante qui occupe périodiquement une place de choix dans les médias (je parle là notamment du conflit israélo-palestinien et de la guerre en Irak).

-si le constat de mass-médias francocentrés tient en France, est-ce bien une exception ? Les mass-médias français sont-ils plus introvertis que les médias américains ou espagnols ? Je serais tenté de répondre par l’affirmative d’après mes lectures, trop rares, de quotidiens étrangers.

Bonus : Pour bien rester au contact de ce qui se passe en Palestine, je vous conseille le blog du doctorant Julien Salingue, le livre de Jean Daniel, et cet article très prenant du Monde Diplomatique.

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