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lundi, 28 juillet 2008

Côte Est - Philadelphie

Lundi matin, trajet en 4x4, un Uplander loué chez Avis, jusqu'à Philadephie, au Sud de New-York. Arrivée à midi.

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Philly est la ville fondatrice des Etats-Unis. S'y sont déroulés les plus grands évènements politiques de l'histoire du pays, avec la déclaration d'Indépendance en 1776 et l'établissement de la constitution.

La ville est aussi connue pour son importance dans le développement de la finance. Elle abrite une Bourse, les 1ere et 2eme banques de l'histoire des Etats-Unis, ainsi qu'un des douze sièges de la Fed.

Mais Philadephie est surtout une belle ville, à taille humaine, european-looking, avec des parcs, un centre historique et un secteur plus moderne, une avenue qu'ils appellent fièrement leur "Champs Elysée", et un quartier chinois (plutôt sale et puant).

Courte vidéo où l'on voit le nord de Philadephie avec ses gratte-ciel, ses "Champs-Elysée" et son Museum of Art.

 

A quelques blocks des centres touristiques et financiers, on trouve des secteurs différents dont les rues s'apparentent à celles de San Francisco. Quartiers middle-class, et parfois plus pauvres.
 
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Cette ville est un bon symbole de ce que sont les villes américaines, des villes polarisées, sectorisées, où chaque block a son architecture, sa culture, son standing.

Demain mardi, ce sera Lancaster, à 100 miles au Sud-Est, où vivent notamment les Amish.

Côte Est - Arrivée à NY

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Finalement, c'est un Airbus A330 qui nous a emmené de Genève à Newark Airport, en 9 heures de vol. 9h de vol en absolu, mais seulement 3h quand on prend en compte le décalage. Deux repas dans l'avion, plutôt bons. Hotesses qataris sympathiques. A côté de moi, une Française d'environ 25 ans qui semble vivre à New-York. et a l'habitude des vols transatlantiques. Je l'écoute parler avec un mec puis une copine, avec son accent parfait et ses expressions de jeune new-yorkaise branchée . Puis, elle raccroche. Elle enlève ses shoes, baisse son fauteuil, se met à l'aise. Elle n'hésite pas à dire aux gamins anglais derrière nous de se taire, elle veut dormir. Et elle dormira pendant une bonne moitié du trajet. 

Atterissage sans frayeur.

Newark Airport : passer le contrôle des douanes. Choisir un des guichets qui sont là par centaines dans ce grand hall, et en prendre un.

Attendre dans la file, puis s'avancer.

Et là, des réponses à apporter à un guichetier black en tenue de flic :

"where are you from?" Geneva...

"But you're french.. Why did you fly from Geneva ?" Geneva is near from France.

"And how did you get to Geneva from France ?" By train.

What do you do in France ?" What do you mean ? what job ? "Yes." ok. Well, we work in administration and industry.

"How long ?"About twenty years.

"Ok. Next. Is that your son?" Yes. "And they are your parents.." Yes

"First time in the US?" Yes. 

"Why ? Your parents already came here two years ago ?" Yes thats's true, but I didn't come with them the first time.

"Why?" Because I didn't want to. They were in the South West. I'm more interested in this place, the North East.

Interrogatoire terminé. Nous sommes désormais "Bienvenue aux Etats-Unis d'Amérique" comme l'indique de grandes inscriptions sur les murs du couloir suivant.

Plus loin, il nous faut trouver la navette qui nous emmènera à l'hotel, two miles away. On cherche des panneaux indiquant l'endroit. Rien. Puis on demande à un employé de l'aéroport qui passe par là, un black d'une quarantaire d'années en gilet jaune fluo.

Coup de chance, le mec parle Français, connaît apparement bien la France, et nous appellera à partir de ce moment-là les Parigos. Il nous emmène jusqu'à un guichet, puis un deuxième, y explique la situation à ses collègues américains, dont l'un deux ironise "They're French ? I don't help them". Finalement, on nous renseigne sur où aller. On remercie bien l'ami francophone, apparemen tsénégalais, et on embarque rapidement dans un airtrain, une sorte de tramway en hauteur.

Cinq minutes plus tard, on arrive à un petite station. Là, on descend. Sur le trottoir, des gros mini-vans, des "hotel shuttles". Sur chaque van est inscrit le nom d'un hôtel proche de l'aéroport. Tous les hôtels du coin sont représentés ici par leurs mini-van et son chauffeur, black ou latino only. Le van qu'on attend, celui de l'hotel Howard Johnson, n'arrivera que quelques minutes après. Un jeune black en chemise nous prend nos valises et nous fait monter à l'arrière du van. Ensuite, c'est 5 minutes de trajet sur routes et highways mal entretenus, de gros carrefours plutôt mal indiqués, une conduite très "relax, take it easy", avec en fond sonore, derrière le ron,flement du gros moteur du van, le "American Boy" d'Estelle feat Kanye West... Puis, on arrive l'hotel, un deux étoiles plutôt sympa. Il est 9 PM, 3h du mat' dans notre esprit français.

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Notre chambre, la suite C. TV. Téléphone. Accès wifi gratuit. Lits king-size. Vue sur l'incessant va et vient du traffic aéroportuaire. Fond musical, l'aéroport, et la clim de l'hotel.

Nuit agréable.

Ce matin, c'est breakfeast at the hotel. Puis, go to the Newark Airport en navette gratuite. Là, on récupérera la voiture, un gros van 4x4, loué chez Avis, qui nous emmènera dans la journée à Philadephia, 200 kilomètres plus au Sud.

A long day begin.

 

 

 

 

samedi, 26 juillet 2008

Côte Est - Prélude

From France.
 
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Demain en début d'après-midi, un Boeing 777 de la Qatar Airways, à destination de New-York, s'envolera de l'aéoroport de Genève. Je serais à son bord.

Ce vol sera le point de départ d'un voyage autonome de deux semaines aux Etats-Unis, côte est, avec mes parents et trois amis rennais. L'intérêt principal de ce voyage tient en quelques mots : aller goûter la société américaine, la découvrir dans sa diversité et dans sa complexité, et en prendre le poul avant les prochaines échéances éléctorales... bref, mieux la connaître pour mieux la comprendre.

Car les Américains sont difficiles à comprendre et plein de paradoxes. Nation progressiste et libérale, elle est aussi celle de tous les archaïsmes et de tous les conservatismes. Empétrée dans la morale puritaine, elle est à l'avant-garde de nombreuses révolutions, technologiques, estéthiques, culturelles, philosophiques, et bientôt peut-être politiques. Bourrée de racisme et de rivalités ethniques, elle est sur le point d'élire un noir, fils d'immigré africain, à sa présidence.

Le tableau d'une nation ne sera jamais tout blanc ou tout noir, les Etats- Unis en sont l'exemple parfait. Ce voyage, de Boston à Washington, en passant par New-York, Philadephie et Baltimore, sera un bon moyen d'approfondir et de nuancer ce bref portrait de l'Amérique et de son peuple, un tableau parfois noir, parfois blanc, souvent gris. J'essaierais de vous parler le plus souvent possible de mes impressions et découvertes tout au long de ce voyage.

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41R8FETFH1L._SL500_AA240_.jpgM'accompagneront durant ces deux semaines quelques livres : Du côté de chez Swann, parce que Proust est certainement l'auteur français le plus apprécié outre-atlantique ; les Regards sur le monde actuel de Paul Valéry, car je suis certain que certains passages mettront le doigt sur ce que je ne saurai voir ; Sur la route, de Jack Kerouac, que je viens de lire mais qui me rappellera un peu le goût, l'odeur et l'esprit de l'Amérique que je cherche, celle des libertés, des grandes lignes droites et des destins qui se croisent ; enfin, j'emporte avec moi le Manuel du guerrier de la lumière, de Paulo Coelho, pour voir si ma déception avec L'Alchimiste n'était qu'un accident.

PS littéraire : pour revoir mes bases d'anglais, rien de mieux qu'une lecture anglosaxone en VO. J'ai choisi Alice's Adventures in Wonderland, de Lewis Caroll. Plutôt facile à traduire, et terriblement dépaysant, ce livre est un voyage à lui tout seul.

mercredi, 16 juillet 2008

Le Bûcher des vanités, Tom Wolfe et les vieux artistes

Encore un long billet, mais il y a beaucoup de choses à dire

   Les vieux artistes -de 65 ans et plus, et quel que soit l'art qu'ils exercent- sous souvent les plus intéressants : ils n'ont plus grand chose à recevoir des autres (le public, les éditeurs, les producteurs, les critiques, …) ou à attendre de la vie et, par conséquent, se lâchent, s'assument pleinement et deviennent ainsi des gens atypiques et fascinants, des gens anormaux comme on en croise rarement dans une vie. Ils ne sont pas forcément aimables, ni même intelligents ou lucides, mais ils sont souvent passionnants car ils représentent quelque chose (de neuf, de différent, de jeune dans un corps d'ancien) et qu'ils ont des choses détonantes à nous dire.

17148.jpgDans le registre de ces vieux artistes déroutants, je me souviens par exemple de cette femme de 75 ans qui, sur le plateau d'Esprits Libres (animé par Guillaume Durand sur France 2), dans sa jolie tenue grise de mamie-type, racontait ses nombreuses expériences sadomasochistes et les raisons de cette passion atypique. Cette femme déroutante était, je ne le saurais que plus tard, Catherine Robbe-Grillet, la femme de l'écrivain Alain Robbe-Grillet, décédé depuis. Ce couple-là ne semblait suivre aucune règle, aucune norme sociale de notre époque. Ils parlaient publiquement et sans détour de leurs penchants les moins avouables. Et je trouvais intéressant que des gens livrent comme ça, à la télé, leurs jeux et passions intimes. Ca faisait tomber des tabous et avancer les mentalités.

Tom Wolfe, papy-artiste excentrique, talentueux et utile

24-1-160.jpgL’auteur américain Tom Wolfe, aujourd’hui âgé de 77 ans, me laisse un peu la même impression, celle d'un homme qui se fiche du qu'en dira-t-on?. Depuis plus de 45 ans maintenant, il porte toujours les mêmes fameux costumes blancs, avec parfois un chapeau blanc assorti. Depuis des années aussi, il assume publiquement son soutien sans faille à George W. Bush, pour sa "volonté de vaincre". Peu lui importent les tourmentes, les mensonges sur l'Irak ou le désaveu mondial contre la politique de Bush, Tom Wolfe reste fidèle à son idée initiale... Du vrai conservatisme. De ce que je sais de lui et de ce que je vois sur son site officiel, ce papy est aussi profondément égotique et mégalomane : il aime poser dans les magazines (ci-contre la couv’ de Transfuge en 2006), se montrer dans les shows télé, et fréquenter les milieux fermés. Il aime aussi étonner, surprendre et faire parler de lui comme ce jour de mise en bourse de Blackstone à Wall Street où il déclara à la télévision américaine, en direct de la salle des marchés, que "nous assistions probablement à la fin du capitalisme tel que nous le connaissons." Une phrase lâchée sans conviction par un vieil homme qui ne connaissait rien à l'économie, mais qui suscita une véritable vague de panique ("qu'a-t-il voulu dire?", "Est-ce grave docteur Wolfe?") dans les médias et la presse financière (anecdote raconté par Pierre Assouline sur son blog). Bref, si Tom Wolfe était jeune, on le haïrait certainement pour toutes ses excentricités.

Mais le fait est qu'il n'est ni jeune, ni uniquement égotique et réactionnaire : Tom Wolfe est aussi et surtout talentueux puisqu'il est un écrivain et journaliste mondialement reconnu pour ses écrits et ses recherches. Il est l’homme qui, suivant les traces de Balzac et Zola, inventa le Nouveau Journalisme et écrivit Le Bûcher des vanités, un best-seller extraordinaire (deux millions d'exemplaires vendus) sur le New-York des années 1980.

Le Bûcher des vanités, LE roman de New-York

2667624548_e3b5a8ae19.jpg?v=0 Dans ce roman de 913 pages paru en 1987, Tom Wolfe nous plonge dans le New-York des années 1980, une ville coupée en deux, avec son centre mondain Manhattan (Park Avenue, la 5ème Avenue, Wall Street, l’Upper East Side, …) réservé aux riches blancs New-Yorkais, et ses quartiers malfamés (le Bronx, Harlem) où vivent la plupart des noirs et des latinos de la ville. Tom Wolfe fait le portrait de cette ville unique au monde où vivent, à seulement quelques kilomètres d’écart, les « Maîtres de l’Univers » à qui tout sourit (les grands banquiers, les traders, les industriels, les artistes, …) et les populations noires et latinos les plus pauvres d’Amérique. Pour nous montrer ces deux univers si différents, rien de mieux que la confrontation direct, et c’est ce que choisit Tom Wolfe.

Le Bûcher des vanités raconte en effet l’histoire d’un riche trader, Sherman McCoy (marié, père de famille, propriétaire d’un luxueux appartement sur Park Avenue, connu du Tout-New-York et invité dans toutes les soirées mondaines), plongé du jour au lendemain dans une tragique affaire : un soir, avec sa Mercedes et accompagné de sa maîtresse Maria Ruskin, Sherman s’enfonce dangereusement dans le Bronx : ils sont perdus dans le tourbillon des rues effrayantes et mal éclairées. Au moment de reprendre le bon itinéraire, sa Mercedes renverse un jeune noir sur la route alors que Maria et lui pensaient être pris dans une embuscade. Morts de peur, Maria et Sherman s’enfuient en laissant ce jeune de 19 ans sur la route, un jeune qui était en fait un modèle de sérieux et d’intégrité pour toute la communauté noire du quartier. Le roman raconte la suite de cette histoire, qui deviendra vite une enquête policière, puis une affaire judiciaire. Tom Wolfe enrichit ce roman de tous les éléments qui peuvent intervenir dans ce genre d’affaire : tensions raciales, faux témoignages, trahisons et déchirements, luttes de pouvoir, lynchages publiques et oppression médiatique, insécurité et violence, journalistes aux méthodes douteuses, lobby noir contre « justice blanche », hommes politiques véreux, procureurs et avocats opportunistes, etc.

70296420_4b74db4836_m.jpgCe livre est donc un portrait cynique de New-York et de ce qui s’y passait dans les années 1980 (les choses ont changé depuis). S’il reste une fiction, ce roman n’est pas une complète invention de l’auteur puisqu’il résulte d’un sérieux travail de documentation et d’une longue expérience de cette ville, de ses quartiers, de ses habitants, de leurs vies et de leurs comportements. Ce roman n’est tendre avec personne : il fait exploser les croyances naïves sur cette ville modèle en la comparant à une « jungle », il démystifie les hautes sphères new-yorkaises en en faisant un portrait peu flatteur teinté de matérialisme aveugle, d’arrogance et d’égoïsme. Enfin, Tom Wolfe nous plonge dans la modernité de nos sociétés, de nos villes verticales, de nos modes de pensée, une modernité cynique et froide qui n’a rien d’un monde parfait. Le tout selon un rythme plutôt rapide et haletant : on se croirait dans un film à suspens. J’en profite pour signaler que le dernier chapitre est un modèle du genre : le dénouement de cette histoire est magistralement maîtrisé. Un vrai chef d’orchestre.

   En conclusion, ce roman est, comme les critiques l’ont laissé entendre, un excellent livre, à ne pas rater dès los qu’on s’intéresse à la société new-yorkaise, pas si éloignée de la notre. A propos de l’auteur Tom Wolfe, son talent et l’héritage qu’il nous offre lui donne naturellement le droit d’arborer tous les défauts et excentricités qui lui plaisent. Nul n’est parfait.

jeudi, 03 juillet 2008

L'actualité internationale vue par les mass-médias français

Long billet, désolé.

Chaque fois qu’un grand évènement survient à l’étranger, et c’est encore le cas aujourd’hui avec l’heureuse libération d’Ingrid Bétancourt, on peut remarquer une chose : les mass-médias français ont une vision très particulière de l’étranger et de son actualité.

L’international au compte-goutte

Les mass-médias, peu nombreux mais informant des dizaines de millions de français –je parle des grandes chaînes, des grandes radios, et des grands journaux-, adoptent une ligne éditoriale très centrée sur la France qui laisse peu de place à l’information internationale.

Lorsqu’une information arrive de l’étranger, elle peut subir au moins trois traitements différents de la part des mass-médias français : les gros titres (une guerre, un attentat meurtrier, un grand évènement : télés et journaux en font leur Une et expédient des envoyés-spéciaux sur place), les brèves (en milieu de JT ou dans les colonnes des journaux, ce sont des informations de moyenne importance, ou dont on pense qu’elles n’intéresseront pas grand monde), et le silence (les rédactions ne jugent pas utile de donner l’information pour diverses raisons : manque de temps ou de place, manque d’intérêt de la part du public pour la région du monde concernée, etc.).

Ainsi, les mass-médias accordent à la rubrique « International » une importance très mouvante, selon la densité de l’actualité française à ce moment et l’intérêt porté à l’information étrangère (fonction de sa localisation, de sa gravité, de sa visibilité médiatique), telle une variable d’ajustement : lorsque l’actualité française est dense, l’actualité étrangère est reléguée aux brèves ; à l’inverse quand l’actualité française est moins abondante, l’étranger passe au premier plan.

Une géographie sélective : un pays en chasse un autre

Les mass-médias accordent au final peu de place à l’International. En réalité, ils se concentrent bien souvent sur un évènement étranger qu’ils traitent abondamment, en parallèle de l’actualité française : on obtient ainsi, pour chaque édition, un quota d’International, variable selon les rédactions (le JT de 13h de TF1 accorde moins de temps à l’étranger que les JT de France 3).

Pour Noël 2004, caméras et stylos des mass-médias étaient tournés vers l’Asie du Sud-est après le passage du tsunami ; puis vinrent le tour de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans en Août 2005, et du Darfour. Plus récemment, c’étaient les violences au Tibet et la situation en Chine qui occupaient les pages International ; en début de semaine, toute l’attention allait aux élections au Zimbabwe ; et aujourd’hui la Colombie avec la libération d’Ingrid Bétancourt.

On voit bien que les mass-médias sont très sélectifs dans leur choix de l’information étrangère. Rares sont ceux qui traitent abondamment de deux sujets internationaux dans la même édition. Tout le bruit médiatique se concentre, pendant une courte période, sur un évènement précis. Puis, survient un autre évènement, dans une autre zone du globe, et caméras et micros se détournent de l’endroit où ils étaient. Peu de retours sur les lieux. Peu de suivis de la situation, ou sous forme de courtes brèves seulement. Peu de bilans chronologiques sur l’évènement et ses conséquences. Bref, un journalisme de l’instant, sélectif quant au sujet qu’il traite. Lorsque l’information concerne un pays lointain et peu connu, l’actualité est publiée sous forme de brève ; quand le pays concerné est proche ou allié, on réserve à l’information une place de choix dans les titres. De même, si l’information est susceptible de fournir de bonnes images (médiatiquement parlant : une bonne audience, une grosse vente), cet évènement sera privilégié par rapport à d’autres, peut-être plus graves ou urgents, mais moins efficaces.

Mass-médias, narcissisme et nationalisme

On pourrait penser que les mass-médias, en accordant si peu d’espace à l’actualité étrangère savamment sélectionnée, nous montrent là un penchant nationaliste voire xénophobe de leur rédaction.

Mais en vérité, si les mass-médias ont cette si particulière vision du monde (la France, en grand et au milieu du monde, et quelques 200 petits pays satellites autour), c’est en réponse à une attente du public, réelle ou supposée. Le francocentrisme des mass-médias français répond à une stratégie industrielle, commerciale, qui semble malheureusement fonctionner : le JT de 13h de TF1, présenté par Jean-Pierre Pernaut et très recentré sur la France et sa ruralité, obtient de très bonnes parts de marché ; à l’inverse, le journal Le Monde Diplomatique –quasi-intégralement tourné vers l’étranger- (et que je lis chaque mois avec plaisir) ne me parait pas être l’objet préféré de la majorité des Français, et c’est un euphémisme.

Si les mass-médias ont un problème avec l’actualité internationale, c’est donc probablement un symptôme de la maladie qui touche les Français, maladie pas encore clairement déterminée mais qui pourrait s’appeler cécité, nombrilisme, narcissisme, patriotisme, nationalisme, voire peut-être même xénophobie.

Trois remarques pour finir

-cette maladie (qu’elle soit un simple nombrilisme ou un dangereux nationalisme) ne touche qu’une partie des Français. En effet, nombreux sont ceux qui s’ouvrent à l’étranger à travers la presse tournée vers l’International (Le Monde Diplomatique et Courrier International n’en sont que des exemples), le net (seul véritable moyen de communiquer avec le monde entier en direct et sans limites) et les voyages.

-si des évènements internationaux, urgents et inattendus, font les gros titres dans les mass-médias, il ne faut pas non plus oublier l’actualité internationale redondante qui occupe périodiquement une place de choix dans les médias (je parle là notamment du conflit israélo-palestinien et de la guerre en Irak).

-si le constat de mass-médias francocentrés tient en France, est-ce bien une exception ? Les mass-médias français sont-ils plus introvertis que les médias américains ou espagnols ? Je serais tenté de répondre par l’affirmative d’après mes lectures, trop rares, de quotidiens étrangers.

Bonus : Pour bien rester au contact de ce qui se passe en Palestine, je vous conseille le blog du doctorant Julien Salingue, le livre de Jean Daniel, et cet article très prenant du Monde Diplomatique.

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