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dimanche, 17 août 2008
Petites touches de libéralisme à l'Américaine
Ce n'est un secret pour personne, les Etats-Unis ont un système économique libéral. Mais on parle moins souvent de leur libéralisme tout court, leur attirance pour la (les) liberté(s), que l'on sent très présent quand on se trouve là-bas. Ca ressemble à de la fraîcheur, à de l'energie, à un souffle qui vient d'en bas, de chaque américain, seul ou en groupe, et qui, au final, caractérise une société. Cette société respire. Elle est malade (de la pauvreté, des inégalités d'accès aux soins, des injustices, de l'absence d'horizon pour beaucoup d'Américains, du manque d'Etat, etc.) mais elle respire.
Ses poumons, ce sont les Américains qui bougent, qui essayent, qui font bouger des choses, même à petite échelle. Je pense par exemple à la maman bloggueuse Otir, qui se bat là-bas aux Etats-Unis, et ici sur la toile, pour récolter des fonds pour faire fonctionner l'école spécialisée où va l'un de ses fils, autiste. Otir agit, se démène, fait tout ce qu'elle peut avec ses faibles moyens, et cette attitude réserve de belles surprises.
Les poumons de la société américaine, ce sont aussi tous ces Américains qui mettent, sur leurs fenêtres, des affiches de soutien à Barack Obama : CHANGE, Yes we can. De même sur l'arrière des voitures. De même sur leurs vêtements, leurs t-shirts, leurs casquettes. Il ne faut pas longtemps pour se rendre compte du fossé qui sépare les deux candidats à la Maison Blanche : on remarque, parfois, rarement, des petits autocollants pro-McCain à l'arrière des voitures, alors qu'on est envahi de publicités, photos, slogans pro-Obama. Les Américains pro-Obama affichent clairement leur favori, ils agissent en militants, et ça pourrait bien faire la différence dans la course présidentielle. Ces gens-là, qui assument leurs opinions et tentent de les transmettre, me semblent plus en avance sur nous, les Français, dans l'accomplissement concret de la démocratie et des libertés. Ces gens-là, je les trouve libéraux, dans un sens qui me plaît.
Cet esprit libéral et militant, on le ressent aussi dans les manifestations. Nous avons notamment assisté à un rassemblement de citoyens anti-Iraq War : c'est simple, léger, et ça attire les regards. Rien à voir avec les gros défilés français menés par les syndicats et où le but est d'impressionner le pouvoir, de lui faire peur. Là, le mouvement est assez petit, et assumé comme tel. Les militants brandissent des pancartes et crient des slogans en marchant en rectangle, les uns derrière les autres. Ce n'est pas énorme, grouillant, menaçant, mais ça marche : le message passe, les touristes prennent des photos, les Américains s'arrêtent, rejoignent parfois le mouvement, et l'idée d'un retrait des troupes d'Irak progresse dans les esprits. Cette forme d'activisme est imparfaite (et les grands mouvements sociaux manquent sûrement aux Etats-Unis) mais cette idée de petites manifestations très localisées, donc denses, me plait. Ce n'est pas un bras de fer avec le pouvoir ou les forces de l'ordre mais plutôt un apport au débat public sur la guerre. A côté de cette manif, on remarque des militants aux opinions différentes, qui sont là pour soutenir un idéal (communiste), un candidat indépendant (Nader) ou bien les hommes sur le front d'Irak (support our troops). Mais il n'y a pas de concurrence entre ces micro-mouvements. L'ambiance est bon enfant, et tout le monde en ressort grandit. Là-aussi, on pourrait s'inspirer en France de cette forme d'exercice des libertés d'opinion et d'expression.
L'Amérique bouge aussi à travers ses artistes. On croise souvent dans les rues des goupes de danseurs, blancs, noirs, asiatiques, qui bougent en musique, du hip-pop à Michael Jackson, et qui proposent, chacun à leur tour, un petit solo d'une minute, pour, à la fois des rounds, demander quelques billets verts aux spectateurs qui les entourent. On entend aussi parfois les chants gospels, qui attirent les badauds. On voit aussi des artistes, portraitistes et caricaturistes, dans les rues ou dans les parcs de centre-ville. Ces moments d'art, de culture à ciel ouvert ne sont pas réservés aux Etats-Unis et on en voit autant dans les grandes villes d'Europe. Mais la différence est dans le bain, l'ambiance générale, le rythme. Ici, la société semble ouverte, libre, libérale. Chacun semble assumer ce qu'il pense, ce qu'il fait, ce qu'il espère, ce en quoi il croit.
Le libéralisme de la société américaine est partout, il fait parti de l'environnement de cette Côte Est. On n'y ressent pas le poids, ni même la présence, de l'Etat. On voit peu la police, et peu de fonctionnaires en général. La société américaine que l'on voit est une société de civils, qui semblent vivre librement, comme bon leur semble. Il ne faut pas comprendre qu'il n'y a pas de règles, mais plutôt que les Américains ont une apparente liberté d'entreprendre, de s'exprimer, de faire des choses. Cette liberté, ils l'exercent, et c'est une bonne nouvelle.
petite note : je me réjouis de cet esprit libéral qu'ont ces Américains (et qu'on a si peu en France), et non de ses applications économiques. De plus, le constat que je fais d'un peuple libéral et libéré s'applique à la Côte Est. Je suis malheureusement beaucoup plus réservé quant au niveau de "liberalité" des Etats intérieurs non-ouverts sur l'Atlantique.
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