« 2008-07 | Page d'accueil | 2008-09 »

dimanche, 31 août 2008

Quel Parti Socialiste pour gagner en 2012?

parti-socialiste-rose-logo.jpgLong billet sur l'état actuel du Parti Socialiste, les enjeux du congrès de Reims, et le PS que j'attends pour 2012, un parti de gauche ouvert et lucide. (Je précise que je ne fais que dire ici ce que j'espère pour ce parti : je n'ai pas ma carte, donc pas le moindre moyen d'influer sur le choix du prochain Premier secrétaire ou sur la ligne politique du parti.)

Quelques semaines avant un congrès de Reims qui s'annonce important, le Parti Socialiste, de l'avis des spécialistes et de l'aveu même de ses dirigeants, va mal : il n'est plus le théatre du débat et de la créativité politiques mais celui des égotismes et des complots ; il ne joue plus son rôle d'opposant et n'incarne pas une alternative crédible au gouvernement ; il manque de visibilité et de clarté médiatiques du fait de son hétéroclisme, supposé.

Un parti divisé par les personnes plus que par les idées

En vérité, je ne crois pas que le PS soit aussi divisé qu'on le dit : pour moi, les discours de chacun des ténors ne traduisent pas de divisions fondamentales au sein du PS mais plutôt l'envie, pour chacun, de se différencier des autres pour tenter d'incarner un courant nouveau, qui n'est en fait qu'une vague au sein du courant socialiste. Qu'est-ce qui différencie sur le fond Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, François Hollande ? En quoi Moscovici, du point de vue des idées, est-il plus proche de Martine Aubry que d'un autre ? Je dirais : rien.

Hormis peut-être le bord mélenchoniste du parti qui réfléchit à l'exil communiste, je ne vois pas de grandes divisions idéelles au sein du PS : font consensus l'acceptation du marché et du capitalisme, la volonté réformiste et non révolutionnaire, la recherche de la justice sociale sans trop entamer les libertés, la recherche de l'efficacité à travers l'investissement dans la recherche scientifique et l'éducation, etc.

868f5f68-5444-11dd-8ef0-cc5315f110ed.jpgLes frontières entre socialistes sont plutôt de l'ordre des personnes, des caractères, des postures politiques : Ségo la catho rigide, Bertrand le charmeur cassant, François le gentil mou (pas candidat à sa propre succession), Martine la prolo du Nord, Mosco le jeune-strauss-kahnien montant, Colomb et Guérini les barons locaux calculateurs, Fabuis le papy-aigri-qui-fait-de-la-résistance, Montebourg le beau-parleur, Valls le sarko-compatible, Drey l'éléphanteau ex-rouge, Hamon l'européano-gauchisant culloté, etc, etc.

Les pourparlers, les rencontres privées, et les alliances entre ces socialistes sont inévitables tant le vote des militants semble partagé. Regrettons seulement que ces alliances de personnes ne soient que des complots politiciens et non des amitiés profondes.

Un congrès pour choisir entre deux tactiques

A mon avis, l'enjeu du congrès de Reims ne se situe pas sur le terrain des idées (on a vu que les socialistes s'accordaient sur l'essentiel) mais sur la machinerie pré-présidentielle : le congrès décidera du Premier secrétaire donc de l'opposant le plus audible, le plus légitime, à Nicolas Sarkozy.

Par le vote au congrès, il est à mon avis demandé aux militants de choisir entre un opposant-candidat (une figure emblématique capable de mener la lutte contre Sarkozy tout en incarnant, dès aujourd'hui, l'alternative à ce pouvoir : seuls en sont capables Ségolène Royal et Bertrand Delanoë à mon avis) ou un opposant-intérimaire (figure moins emblématique, ayant du charisme et de l'audience médiatique, capable de lutter contre Sarkozy et d'animer les débats internes qui désigneront par la suite le candidat du parti : dans ce cas, Moscovici est je pense le mieux placé, mais d'autres outsiders comme Dray, Cambadélis ou Aubry peuvent l'emporter).

A mon avis, l'élection en Novembre d'une grosse monture à la tête du PS signifierait le verrouillage du débat présidentiel au sein du parti : si Royal ou Delanoë l'emporte, il y a peu de chance pour que d'autres prétendants puissent jouer un rôle dans les primaires de 2010 : cette absence de débats serait certainement dommageable. Personnellement, je pencherais plutôt pour la seconde option : choisir aujourd'hui un socialiste d'envergure moyenne, capable d'incarner le PS aux yeux des Français, mais dont l'ambition s'arrête là. Dans ce cas de figure, j'hésiterais probablement entre Aubry et Mosco qui me paraissent tout deux convenir pour ce rôle. Ils sont capables de s'opposer à Sarkozy, de proposer des alternatives crédibles en concertation avec le parti, et de stimuler les débats entre les prétendants au ticket présidentiel de 2012. Le candidat officiel du PS serait ensuite désigné, en 2010 probablement, par des primaires (ouvertes ou non aux non-adhérents, c'est à méditer) : ce match-là se jouerait probablement entre Royal, Delanoë, Hollande, et peut-être Strauss-Kahn si le FMI le laisse s'échapper quelques mois avant la fin de sa mission washingtonienne. Là, j'hésiterais probablement entre François Hollande (mon favori aujourd'hui mais qui souffre d'une mauvaise image), Bertrand Delanoë (qui a encore beaucoup à prouver au niveau national et qui me semble parfois trop démagogue), et Dominique Strauss-Kahn (qui devra éclaircir son approche sociale-démocrate). Bref, trois candidats d'une gauche assez ouverte, socialiste sans être anti-libérale.

Proposer, et expliquer, des idées pragmatiques

Mais la machinerie du parti, finalement, m'intéresse peu même si elle peut être capitale pour la victoire en 2012. Pour moi, l'essentiel de l'élection se jouera sur les idées et le discours du parti plus que sur celui ou celle qui l'incarnera.

Le Parti Socialiste devra être parfaitement lucide, pragmatique, et non enfermé dans un carcan idéologique anti-libéral et protectionniste. Il faudra aussi en finir avec un discours démagogique trop souvent utilisé, qui consiste par exemple à assimiler les industriels à des patrons-voyous sans coeur : si l'on délocalise dans les secteurs industriels, c'est parce que les pays émergents produisent aussi bien que la France pour moins cher.

Le débat n'est donc plus de tenter de stopper ces délocalisations (logiques quand on voit les différences de salaires et de modèles sociaux entre pays) mais plutôt d'investir massivement dans l'avenir, la formation professionnelle, la réinsertion, l'éducation et la recherche. La clé du programme économique du PS devra être la reconquête de la croissance et donc de l'emploi puisque c'est elle qui financera les déficits et les investissements nouveaux. Il faudra aussi revoir notre fiscalité et rompre avec la politique de rentes et de reproduction sociale de Sarkozy.

Mais pour moi, l'élection de 2012 ne sera brillamment gagnée que si l'on explique, de façon pédagogique, en longueur et dans leur complexité, les orientations, je l'espère nouvelles, qui seront proposées aux Français.

 

Bravo à ceux qui sont arrivés jusque là. Votre cadeau : un conseil, regardez le film « Carnets de voyage » de Coppola, adaptation du livre qu'écrivit Ernesto Che Guevara (et dont je vous parlais dans ce billet) quand il traversa l'Amérique Latine en 1952.

mardi, 26 août 2008

The Obama Family Show

SetWidth160-DNCC-LogoHorizColorFINAL-thumb.jpgLundi soir à Denver, c'était le lancement de la convention démocrate, qui a pour but d'officialiser la candidature de Barack Obama pour le parti démocrate. Elle se terminera jeudi, 45 ans jour pour jour après le fameux « I have a dream » de Martin Luther King, par un discours du candidat Obama devant 70 000 supporters.

2798281189_7d65fac1b1.jpg Hier, pour la première soirée et alors que Barack Obama était en déplacement à Kansas City, une large place sur scène fut laissée à Michelle Obama, son épouse (20 minutes de discours à voir ici) , accompagnée par la suite de leurs deux filles, Sasha et Malia, 7 et 10 ans.

En France, rares sont les hommes politiques affichant à ce point leur famille en public, et notamment pendant les campagnes électorales. Même Nicolas Sarkozy, qui aimait pourtant montrer en public son ex-épouse Cécilia et leurs enfants, n'a jamais franchi le pas de lui donner le micro pour un discours.

Dans mes yeux de Français, cette mise en avant stratégique de la famille d'un candidat sonne comme du marketing politique : comme pour la vente d'un produit, un candidat doit être mis en valeur par son emballage (son physique, son style vestimentaire, sa famille).

C'est, je pense, ce que tente de faire l'équipe d'Obama : travailler l'image de Barack Obama pour en faire un « produit » politique attirant. Ce soir-là, Michelle Obama applique cette stratégie à merveille, avec un discours politique très lisse (affichage de son patriotisme, de ses valeurs, de son respect et de sa sympathie pour Hillary Clinton) et de longs moments plus personnels où elle en dit beaucoup sur elle et son couple (son enfance, la condition de ses parents, pourquoi elle croit en Barack, comment elle l'a rencontré, comment il lui a longtemps fait la cour avant qu'elle n'accepte). Barack prend ensuite la parole en duplex du Kansas : "Vous comprenez pourquoi je me suis tant accroché à elle", puis "Vous voulez bien un président tenace, non ?". La salle applaudit, comblée.

2798604695_a3f45640d9.jpg?v=0Les deux filles d'Obama sont aussi de la partie. Elles montent sur scène après la fin du discours de leur mère. La petite, Sasha, dit à son père qu'elle l'aime, avec derrière, en fond sonore, le « Isn't she lovely ?» de Stevie Wonder. Tout est orchestré, millimétré. Ce qui ne veut pas dire que tout est faux ou insincère. Simplement que tout est stratégique, longuement planifié, étudié par des spécialistes de l'émotion et du discours politique.

Cette comédie électoraliste, ce grand show familial m'énervent un peu, bien que j'en comprenne l'utilité.  Pour moi, quand un candidat en vient à utiliser sa famille pour se donner une bonne image, un emballage beau, agréable et doux, on peut dire que la démocratie directe va mal. En utilisant sa famille à des fins électoralistes (une famille hereuse de participer, mais peu importe), Barack Obama nous montre ce que l'élection présidentielle de 2007 nous avait déjà montré, ce que probablement toutes les élections à suffrage directe nous montrent depuis 50 ans : les apparences, le subjectif, l'affectif, l'émotionnel sont politiquement plus forts que les idées.

Triste constat qui remet en question la légitimité et l'efficience de la démocratie directe, et qui m'amène à me demander : dans notre modèle de démocratie directe, qui est souverain ? Le peuple par sa raison ou le peuple par son affect ?

PS : pour suivre la campagne, je vous conseille ce blog de Libération que je viens de découvrir.

crédits photos : demconvention (Flickr)

dimanche, 24 août 2008

Trois choses qui m'énervent

Je tiens à préciser que, par ce billet, je me délivre d'une chaîne que Luc Mandret, après avoir été lui-même victime d'un bourreau socialiste lyonnais, a cru bon de serrer autour de mon blog. Je ne lui en veux pas, il n'est qu'une malheureuse victime ayant sauvé sa peau en me taggant.

1. M'énervent : les gens trop sûrs de leurs croyances. Je parle de ceux qui tiennent pour vrai, absolu, indubitable ce qu'ils pensent, ce en quoi ils croient, et qui considèrent donc leurs idées (particulières), leurs points de vue (subjectifs) comme des vérités générales et indubitables. Ces gens-là sont nombreux dans les médias, dans l'intelligentsia, dans le monde politique aussi, et on les appelle parfois les censeurs, ou les idéologues. Ils utilisent souvent des phrases affirmatives et catégoriques là où le sage préférerait le doute et l'interrogation. Beaucoup de noms pourraient être lâchés ici, mais je pense que votre seule imagination suffira.

2. M'énerve : la sensation de ne rien faire ou de ne pas savoir quoi faire, d'hésiter entre plusieurs activités. Exemple : il fait beau, je n'ai rien d'urgent à faire : j'hésite entre prendre un livre et sortir dans le jardin pour le lire, ou rester sur l'ordi à regarder un film, ou encore me consacrer à une tâche hautement utile à la communauté familiale... Et j'hésite, comme ça, tout l'après-midi, à ne pas savoir quoi faire et donc à perdre du temps à m'essayer durant cinq minutes à chacune de ces activités, toutes plus décevantes les unes que les autres.

3. M'énerve enfin : la lecture d'un journal papier. C'est certainement une question de génération, mais c'est aussi et surtout une question pratique : les journaux papiers sont trop larges, on les tient mal (et on a mal aux bras à force de les tenir en l'air), leurs pages flottent, se courbent, et au final, on a du mal à lire un article en entier sans avoir une crampe au bras ou une fatigue des yeux. Pour bien lire un journal papier, il faut être assis et avoir le joural sur une table devant soi : ça ne m'arrive quasiment jamais. Par contre, je ne trouve rien à redire à la lecture de livres ou de magazines, plus petits et plus lourds, qu'on tient mieux, à bonne distance, sans trop écarter les bras. Mais le luxe sûpreme de la lecture reste pour moi l'écran : ordinateur, pda, kindle, et bientôt même papier électronique, voilà le support idéal pour lire dans la longueur et sans forcer.

Voilà, ce blog est désormais délivré de sa chaîne. L'exercice ne fut pas désagréable, mais je préfère laisser cette chaîne mourir ici (elle renaîtra ailleurs très bientôt) plutôt que de la voir transmise à un blog qui n'en voudrait pas et dont le propriétaire pourrait me e-violenter.

PS : j'autorise les bloggeurs-masochistes à s'auto-tagger en mon nom si cet exercice leur procure du plaisir ;-)

      vendredi, 22 août 2008

      Deux trois choses sur Barack Obama

      C'est mon premier billet sur les élections américaines et sur Barack Obama, à un moment où celui-ci semble chutter dans les sondages au profit du Républicain McCain.

      Barack Obama est dans une position délicate comme l'explique Le Monde : il doit nommer un colistier ayant la capacité de lui attirer le vote des femmes, des ouvriers, des latinos (et pourquoi pas de certains conservateurs et évangélistes), ayant beaucoup d'expérience (pour présenter un ticket « prêt », « capable », ready to lead), mais n'appartenant pas au vieux milieu politique washingtonien, aux affaires depuis des décennies dans les bureaux de l'executif de la capitale et qu'Obama se propose de renouveler : ça paraît beaucoup pour un seul homme (ou une seule femme, n'excluons pas le cas Hillary). Mais attendons le nom de ce colistier tant attendu, qui ne devrait pas tarder à sortir (edit : ca y est, l'heureux élu s'appelle Joe Biden, un vieux politicien démocrate mi-progressiste, mi-conservateur).

      lamrique_dobama.jpegMais, quelles que soient ses chances de victoire en Novembre, Obama n'est pas le candidat idéal que beaucoup attendent, aux Etats-Unis comme ailleurs (en Europe et en Afrique notamment) : oui, Obama est démocrate et progressiste. Oui, il était contre la guerre en Irak et refuse Guantanamo. Oui, il propose un système de santé assez généralisé pour soigner ceux qui n'en ont pas les moyens (projet moins généreux que celui défendu par Hillary Clinton durant les primaires). Oui, il est assez ouvert sur les questions sociétales comme le mariage gay (il propose une union civile) ou le droit à l'avortement. Oui, il accepte la contradiction et se nourrit des débats d'idées (voir cet article paru sur LibéLyon de deux spécialistes lyonnais, auteurs de "L'Amérique de Barack Obama"). Oui, il représente une nouvelle génération politique. Oui, il pourrait devenir un fabuleux symbole de la victoire de la démocratie contre le racisme anti-noirs.

      Mais il faut aussi savoir quelques petites vérités sur les idées de Barack Obama : Obama ne s'oppose pas à la peine de mort (il n'en est pas pour autant un défenseur) et la trouve même justifiée pour des violeurs pédophiles qui n'ont jamais tué. Il arrive aussi à Obama, comme aux autres, de déformer la réalité avec démagogie et malhonnêteté : dans cet exemple, il tente de salir Hillary Clinton en l'attaquant sur une de ses propositions, pourtant très digne. En matière fiscale et alors que plusieurs dizaines de millions d'Américains vivent dans la pauvreté et sans couverture maladie, Obama refuse d'augmenter les impôts de la « middle-class », catégorie de foyers qui gagnent tout de même jusqu'à 250 000 dollars par an. Le candidat démocrate promet même des réductions d'impôts pour l'immense majorité des Américains (95%) alors que le pays croule déjà sous les déficits publics (à lire à ce sujet cet article paru dans Le Monde Diplomatique d'un essayiste américain).

      Ces deux listes, la positive et la négative, ne sont pas exhaustives et on pourrait dire beaucoup sur la place qu'occupent les convictions religieuses d'Obama dans ses discours ou encore sur ses idées protectionnistes. Ce billet tente simplement de montrer que Barack Obama n'est pas l'homme providentiel que le monde attend. Son élection serait très certainement une bonne nouvelle pour le monde (et je la souhaite), mais on ne peut pas attendre grand chose d'un Président des Etats-Unis, quel qu'il soit, compte tenu de tout ce qui lui tient les mains liées.

      mercredi, 20 août 2008

      Deux trois mots sur les Jeux

      beijing2008.jpg

      Ces Jeux Olympiques de Pékin, comme les précédents, sont beaux : des combats, des exploits, des moments de magie, des déceptions, des frustrations, des émotions, du fair-play... du beau sport, pratiqué dans d'excellentes conditions, félicitons-en le pays organisateur et son peuple.

      Ces Jeux, dont l'enjeu géopolitique se transforme de plus en plus en une joute sino-américaine, sont aussi intéressants quand ils décrivent, par ses résultats sportifs, le niveau de développement universitaire et administratif d'un pays : c'est l'analyse que nous propose Jacques Attali sur son blog, où il remarque l'incroyable absence de l'Inde, pays pourtant si peuplé et plein de promesses.

      La beauté du spectacle des Jeux ne doit évidemment pas nous faire oublier tout ce qui se passe à quelques pas du stade, de l'effacement des tibétains à la chasse des dissidents en passant par l'arrestation de manifestants pour ne citer que trois exemples du bien triste programme que réserve le PCC à son peuple depuis quelques longues décennies.

      Mais le boycott de cet événement n'a, je trouve, que peu de sens au moment où chacun de nous s'équipe, s'habille, se divertit en made in china, donc en produits fabriqués dans les conditions sociales, économiques, humanitaires, que l'on connaît. Ma conscience de téléspectateur est donc, pour l'instant, quasi-intacte (d'autant que les Jeux semblent véritablement retransmis en direct malgré toutes nos craintes).

      boycottcs2.jpg

      Quant à ceux qui appellent au boycott total de la Chine, donc de ses produits importés notamment, je crois que cette option n'est pas envisageable : on n'exclut pas un quart de la population mondiale du commerce et des échanges internationaux, pas si l'on est raisonnable. L'option la plus efficace pour améliorer la situation  sociale, politique, économique et humanitaire du peuple chinois serait probablement de faire pression sur le pouvoir (ce que semblent refuser Sarkozy et Bush, contrairement à Brown et Merkel) et de modifier les règles et critères du commerce mondiale (via l'OMC notamment), et non d'isoler radicalement un tel pays.

      dimanche, 17 août 2008

      Petites touches de libéralisme à l'Américaine

      Ce n'est un secret pour personne, les Etats-Unis ont un système économique libéral. Mais on parle moins souvent de leur libéralisme tout court, leur attirance pour la (les) liberté(s), que l'on sent très présent quand on se trouve là-bas. Ca ressemble à de la fraîcheur, à de l'energie, à un souffle qui vient d'en bas, de chaque américain, seul ou en groupe, et qui, au final, caractérise une société. Cette société respire. Elle est malade (de la pauvreté, des inégalités d'accès aux soins, des injustices, de l'absence d'horizon pour beaucoup d'Américains, du manque d'Etat, etc.) mais elle respire.

      Ses poumons, ce sont les Américains qui bougent, qui essayent, qui font bouger des choses, même à petite échelle. Je pense par exemple à la maman bloggueuse Otir, qui se bat là-bas aux Etats-Unis, et ici sur la toile, pour récolter des fonds pour faire fonctionner l'école spécialisée où va l'un de ses fils, autiste. Otir agit, se démène, fait tout ce qu'elle peut avec ses faibles moyens, et cette attitude réserve de belles surprises.

      East%20Coast%202008%20-%20031.jpg?imgmax=512Les poumons de la société américaine, ce sont aussi tous ces Américains qui mettent, sur leurs fenêtres, des affiches de soutien à Barack Obama : CHANGE, Yes we can. De même sur l'arrière des voitures. De même sur leurs vêtements, leurs t-shirts, leurs casquettes. Il ne faut pas longtemps pour se rendre compte du fossé qui sépare les deux candidats à la Maison Blanche : on remarque, parfois, rarement, des petits autocollants pro-McCain à l'arrière des voitures, alors qu'on est envahi de publicités, photos, slogans pro-Obama. Les Américains pro-Obama affichent clairement leur favori, ils agissent en militants, et ça pourrait bien faire la différence dans la course présidentielle. Ces gens-là, qui assument leurs opinions et tentent de les transmettre, me semblent plus en avance sur nous, les Français, dans l'accomplissement concret de la démocratie et des libertés. Ces gens-là, je les trouve libéraux, dans un sens qui me plaît.

      2771314520_80c3fbe464.jpg?v=0Cet esprit libéral et militant, on le ressent aussi dans les manifestations. Nous avons notamment assisté à un rassemblement de citoyens anti-Iraq War : c'est simple, léger, et ça attire les regards. Rien à voir avec les gros défilés français menés par les syndicats et où le but est d'impressionner le pouvoir, de lui faire peur. Là, le mouvement est assez petit, et assumé comme tel. Les militants brandissent des pancartes et crient des slogans en marchant en rectangle, les uns derrière les autres. Ce n'est pas énorme, grouillant, menaçant, mais ça marche : le message passe, les touristes prennent des photos, les Américains s'arrêtent, rejoignent parfois le mouvement, et l'idée d'un retrait des troupes d'Irak progresse dans les esprits. Cette forme d'activisme est imparfaite (et les grands mouvements sociaux manquent sûrement aux Etats-Unis) mais cette idée de petites manifestations très localisées, donc denses, me plait. Ce n'est pas un bras de fer avec le pouvoir ou les forces de l'ordre mais plutôt un apport au débat public sur la guerre. A côté de cette manif, on remarque des militants aux opinions différentes, qui sont là pour soutenir un idéal (communiste), un candidat indépendant (Nader) ou bien les hommes sur le front d'Irak (support our troops). Mais il n'y a pas de concurrence entre ces micro-mouvements. L'ambiance est bon enfant, et tout le monde en ressort grandit. Là-aussi, on pourrait s'inspirer en France de cette forme d'exercice des libertés d'opinion et d'expression.

      L'Amérique bouge aussi à travers ses artistes. On croise souvent dans les rues des goupes de danseurs, blancs, noirs, asiatiques, qui bougent en musique, du hip-pop à Michael Jackson, et qui proposent, chacun à leur tour, un petit solo d'une minute, pour, à la fois des rounds, demander quelques billets verts aux spectateurs qui les entourent. On entend aussi parfois les chants gospels, qui attirent les badauds. On voit aussi des artistes, portraitistes et caricaturistes, dans les rues ou dans les parcs de centre-ville. Ces moments d'art, de culture à ciel ouvert ne sont pas réservés aux Etats-Unis et on en voit autant dans les grandes villes d'Europe. Mais la différence est dans le bain, l'ambiance générale, le rythme. Ici, la société semble ouverte, libre, libérale. Chacun semble assumer ce qu'il pense, ce qu'il fait, ce qu'il espère, ce en quoi il croit.

      Le libéralisme de la société américaine est partout, il fait parti de l'environnement de cette Côte Est. On n'y ressent pas le poids, ni même la présence, de l'Etat. On voit peu la police, et peu de fonctionnaires en général. La société américaine que l'on voit est une société de civils, qui semblent vivre librement, comme bon leur semble. Il ne faut pas comprendre qu'il n'y a pas de règles, mais plutôt que les Américains ont une apparente liberté d'entreprendre, de s'exprimer, de faire des choses. Cette liberté, ils l'exercent, et c'est une bonne nouvelle.

      petite note : je me réjouis de cet esprit libéral qu'ont ces Américains (et qu'on a si peu en France), et non de ses applications économiques. De plus, le constat que je fais d'un peuple libéral et libéré s'applique à la Côte Est. Je suis malheureusement beaucoup plus réservé quant au niveau de "liberalité" des Etats intérieurs non-ouverts sur l'Atlantique.

      vendredi, 15 août 2008

      New-York, ses quartiers, ses communautés

      Au total, nous sommes restés 4 jours à New-York. 4 jours, c'est suffisant pour bien découvrir Manhattan, mais pas pour connaître New-York dans sa complexité.

      Nous avons vu la Statue de la Liberté, par deux fois, depuis la mer : elle est grande, mythique. Il faut la voir bien qu'on se l'imagine facilement dans ce panorama, l'un des plus connus du monde.

      East%20Coast%202008%20-%20561.jpg?imgmax=512Nous avons vu l'Empire State Building : il est impressionnant d'en bas lorsqu'on lève la tête pour en voir le sommet. Il l'est encore plus lorsqu'on est en haut, au 86 étage, à l'air libre, avec une vue à 360° sur Manhattan et les environs. Là-haut, on ressent vraiment la verticalité de Manhattan, on comprend qu'on est à New-York et pas ailleurs. On voit au Nord une petite forêt au milieu des immeubles, Central Park ; on devine, sur les routes, des centaines de taxis jaunes et on imagine du mouvement sur les trottoirs ; on remarque à travers la brume le pont de Brooklyn, pourtant si immense ; et on comprend la grandeur et la complexité de cette ville en regardant le décor dans son ensemble, avec ses différences de hauteur, de couleur, d'architecture, d'époque.

      East%20Coast%202008%20-%20548.jpg?imgmax=512Nous avons vu Central Park : véritable jardin dans la ville, ce parc est très grand au point qu'on ne s'y sent pas dans la ville. Peu de nuisances et de pollutions. Seuls pour nous rappeller l'environnement urbain, les immeubles que l'on voit parfois à travers les feuillages ou dans le ciel. Central Park ressemble vraiment au poumon de Manhattan tant il est grand, vert et prisé des sportifs.

      East%20Coast%202008%20-%20619.jpg?imgmax=512Nous avons vu le quartier des affaires et Ground Zero : Wall St et le New-York Stock Exchange sont des lieux symboles de la puissance financière. Hormis ce caractère, ils n'ont rien d'exceptionnel : on ne ressent pas grand chose en les voyant de l'extérieur. Il faut juste les voir pour toute l'influence qu'ils ont sur le monde. A quelques blocs, le niveau du sol perd sa linéarité pour laisser place au trou qu'on appelle "Ground Zéro" : plutôt "Ground moins 30 feet" en vérité. La zone est encore en travaux, rien n'a encore vraiment émergé de cet espace vide où s'acharnent grues et pelleteuses. Le projet d'un mémorial et de deux nouveaux tours de verre n'est pas prêt de voir le jour. Mais Ground Zero est chargé d'histoire et d'émotion que viennent toucher, ressentir, les nombreux touristes. Sur place, devant ce trou béant, on peine à imaginer comment les choses se sont déroulées dans ces rues-là le 11 Septembre au matin, où les gens ont couru pour se protéger, avec quelle force la poussière a brisé les vitres du quartier. On imagine juste du noir, des cris, des cadavres. On voit dans une petite rue un mémorial consacré aux pompiers qui sont morts ce jour-là. Et puis, juste devant le trou, de l'autre côté de la rue, une caserne de pompiers encore en activité. Sur le mur, on apprend que trois hommes de cette caserne sont morts ce matin-là.

      Nous avons traversé les quartiers de l'île de Manhattan : on en compte une dizaine environ, dont Harlem, les Upper East and West Sides, Soho, Chelsea, Greenwich Village, Chinatown, Lower-Manhattan, etc. Ces quartiers sont souvent très différents de l'un à l'autre, avec à chacun leur propre architecture, leur époque, leurs couleurs dominantes, leur atmosphère, leur rythme, leur activité. Mais si ces quartiers sont différents, ils n'en sont pas pour autant fermés ou cloisonnés. Ainsi, le quartier des affaires ne compte pas que des financiers blancs et chrétiens : on y voit des noirs, des latinos, des asiatiques... Chinatown n'est pas non plus réservés qu'aux Chinois, qu'on croise d'ailleurs partout dans la ville, sauf peut-être dans l'Upper Manhattan.

      Chacun de ces quartiers est une ville dans la ville. Cependant, traverser Manhattan, c'est voir des changements de densité et non de véritables frontières : Manhattan est un mélange humain où coexistent des gens de différentes origines, conditions, niveaux sociaux, souvent réunis par un âge assez jeune : rares sont les seniors à Manhattan. De plus, on voit peu de familles à New-York et finalement assez peu d'enfants. Ville de célibataires carriéristes, dit-on.

      Si Manhattan est un melting-pot où toutes les communautés sont représentées, les autres secteurs de New-York semblent un peu plus segmentés : en effet, on croise peu, voire pas, de blancs dans le Queens, largement fréquenté par les latinos et les Asiatiques. De même au Nord de Manhattan à Harlem, la population est en grande majorité noire. Si l'on devait schématiser, on pourrait dire que le gros de Manhattan (son Sud et son middle) est très pluriel, diversifié, ouvert, tandis que les parties Nord et Est de New-York, avec Harlem, le Bronx, et le Queens semblent monopolisées par quelques communautés seulement.

      mardi, 12 août 2008

      New York

      Nous sommes rentrés en France depuis dimanche après-midi, mais je n'ai encore rien écrit sur New-York, notre ultime escale aux Etats-Unis. J'en parle donc maintenant.

      New-York : premiers contacts

      New_York_City_and_vicinity_FR.gifMardi dernier, vers midi, nous arrivons à New-York en voiture, toujours le même Chevrolet Uplander. Nous allons directement à l'hôtel, le Panamerican (occupé en majorité par des touristes d'Amérique du Sud), situé dans le Queens (un quartier populaire et multicolore situé à l'Est de Manhattan), où nous déposons nos bagages. Nous repartons tout de suite après, sans même voir les chambres, pour rendre la voiture à l'agence Hertz de LaGuardia.

      East%20Coast%202008%20-%20406.jpg?imgmax=512 L'après-midi nous étant libre, nous décidons d'aller voir la Statue de la Liberté en prenant le ferry gratuit qui relie, chaque demie-heure, le Sud de Manhattan et Staten Island. Pour aller à l'embarcadaire, nous prenons d'abord un bus puis le métro. La voie du métro est en hauteur, au dessus de la route, et repose sur de gros carrés de bois, de ciment et de feraille. Dès qu'un métro passe, ce sont tous les quais et tous les pilônes qui bougent avec lui. On croit que tout va s'effondrer, mais finalement, tout redevient vite immobile. Ce métro est vieillot, moche, dangereux, bondé, insalubre, indigne de cette ville. Nous sommes apparemment les seuls Européens de la rame. Peut-être même les seuls blancs. Le métro traverse des quartiers de l'Est de New-York, des quartiers pauvres, abondamment peuplés par les Asiatiques de la ville. Nous, nous continuons sur cette ligne jusqu'à Manhattan : rares sont ceux qui comme nous vont au centre de la ville. Bien souvent, les usagers de ce quartier n'utilisent le métro que pour parcourir quelques blocs. Ils n'ont manifestement rien à faire à Manhattan : pas le même milieu ; pas le même monde.

      Nous arrivons à Manhattan avec cette première leçon : New-York, ce n'est pas seulement Manhattan, les paillettes, les musées, la finance, les successfull-men, les belles voitures. C'est aussi l'Afrique, l'Asie, l'Europe, la pauvreté, l'ethnicisme des quartiers, la séparation géographique des conditions, bref, un petit paradis des inégalités.

      Nous prenons ensuite le ferry, depuis Battery Park, tout au Sud de Manhattan, pas loin de Ground Zero. Le ferry gratuit est prisé des touristes qui cherchent à voir la Statue de la Liberté pour pas cher. Une Statue offerte par la France au peuple américain, en 1886, pour le centenaire de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis. Sur le bateau, lorsque nous approchons de Liberty Island, un papy américain installé à-côté de nous -et qui nous avait entendu parler en français- nous lance un "Merci la France". De rien. D'ici, on voit la vue traditionnelle de la statue et du Sud de Manhattan, où se tenaient, il n'y a encore pas si longtemps, les deux grandes tours du World Trade Center (420m de haut). Cette vue de Lower Manhattan ne nous étonne pas, elle ne nous fait pas rêver. Elle est pourtant mythique, splendide, chargée de symboles, mais nous l'avons vu des centaines de fois déjà, et nous la connaissons si bien qu'elle ne nous affecte même pas. On se croirait dans son jardin.

      East%20Coast%202008%20-%20415.jpg?imgmax=512

      East%20Coast%202008%20-%20418.jpg?imgmax=512

      Le soir, nous rentrons à l'hôtel dans le Queens. Une heure de métro environ (un métro sous-terrain climatisé un peu plus agréable que le précédent) suivie de dix minutes à pieds dans lle Queens, un quartier populaire habité par les Latinos et les Asiatiques.

      Découverte de Manhattan

      Le lendemain, juste à la sortie du métro au Rockfellar Center, nous tombons sur la cathédrale St-Patrick au croisement de la 50ème rue et de la 5eme avenue. Nous marchons ensuite vers la 7eme avenue à l'ouest, passons par le quartier des diamentaires (bien souvent des juifs à chapeau noir et tresses grisonnantes) et tombons finalement sur Time Square. Là, un noir francophone nous vend des tickets pour un bus qui nous fera découvrir le centre de la ville, Manhattan, pendant deux jours, utilisable à volonté.

      East%20Coast%202008%20-%20450.jpg?imgmax=512

      East%20Coast%202008%20-%20442.jpg?imgmax=512

      Nous commençons par la 7eme Avenue, Time Square, Broadway. Ce lieu mythique est une collection de magasins et de publicités, aposées contre les façades de tous les immeubles de la zone (quelques blocs). On y voit de tout : des pubs pour des voitures, des téléphones portables, des films (Batman et Kung Fu Panda y sont bien représentés), des jeux vidéos (GTA IV notamment), des boissons ou des fast-food, des marques de fringue, etc. Quand on regarde au sol, on ne voit que des taxis, des bus, et des touristes, par milliers, sur les trottoirs. Une foule qui grouille.

      La première fois, on s'y sent perdu, pris dans un système bouillant, grouillant, multicolore, où tout bouge, y compris les murs des immeubles. On se demande ce que peuvent bien faire là tous ces gens.

      East%20Coast%202008%20-%20465.jpg?imgmax=144

      On avance, on passe devant le Maddison Square Garden, puis au pied de l'Empire State Building, le plus haut batîment de Manhattan, avec 310m et près de 90 étages. On se dirige vers le Sud, on passe par Soho et ses belles boutiques, Little Italy et ses zones pavées, Lower Manhattan et son quartier des affaires (Wall Street and co); on remonte ensuite à l'Est avec Chinatown, le Brooklyn Bridge, le Middle-East Side, le siège de l'ONU, et on revient à proximité de Broadway. Là, après avoir mangé, nous partons à pieds jusqu'à Central Park, à 3 blocs au Nord. On marche un peu à pieds au milieu de ce lieu si célèbre et si grand, où passent, sur les quelques routes qui traversent le parc, quelques voitures et beaucoup de cyclistes et de joggers. Plus loin, on arrive à l'endroit où, en 1980, a été assassiné John Lennon alors qu'il revenait d'un studio d'enregistrement et qu'il rentrait chez lui, dans un immeuble qui ne se trouvait plus qu'à 50 mètre.

      East%20Coast%202008%20-%20546.jpg?imgmax=512 East%20Coast%202008%20-%20551.jpg?imgmax=512 East%20Coast%202008%20-%20552.jpg?imgmax=512
      Parlons franchement : après ce premier jour, je n'aimais pas New-York. Bien sûr, je trouvais cette ville belle, riche, pleine de couleurs et de diversité. Mais la différence entre les quartiers pauvres et Manhattan me laissait un goût amer. Dans mon esprit, une ville qui n'arrive pas à réduire les inégalités entre quartiers et couleurs n'est pas une ville exceptionnelle et magnifique : c'est une ville malade où reignent l'injustice et la fatalité. J'étais donc déçu de voir que, à seulement quelques arrêts de métro des plus belles avenues du monde, on croisait des gens qui faisaient l'aumône, qui avait les bras mutilés par les piqures, qui avaient les yeux vidés de toute lucidité... Comme toutes les plus belles villes du monde, New-York est un espace d'injustice et d'inégalité où coexistent, avec indifférence, les gens les plus riches et les plus misérables.
      Au fil des jours, je ne changerai pas d'avis au sujet des inégalités présentes à travers New-York. Simplement, j'essairai d'apprécier quand même tout le beau côté de la ville, de m'en mettre plein les yeux, sans oublier tout ce qu'il y a un peu plus loin.

      jeudi, 07 août 2008

      Côte Est - Cape Cod and the American Dreams and Nightmares

      600px-Cape_cod_bay.jpgCape Cod, c'est un mélange entre l'élitisme de la Côte d'Azur (St-Trop and co), le cadre naturel d'Arcachon (un large bassin presque refermé) et le naturel de la Bretagne (des côtes sauvages, vertes, abruptes parfois). Ce coin, situé à 150km au sud de Boston, est particulièrement prisé des grosses fortunes américaines -et de notre Président, il s'y est rendu l'été dernier- et on les comprend bien.

      East%20Coast%202008%20-%20319.jpg?imgmax=512Le premier jour, nous suivons la côte à bord de notre Uplander de location. Nous faisons quelques escales dans des petites stations balnéaires, sympas mais sans grand intérêt. Nous continuons alors jusqu'à l'autre côté de la baie. Nous descendons près d'une plage tournée vers l'est (l'Atlantique), un bon spot de surfeurs (photo). Arrive alors la pluie, venue de la mer et qui nous oblige à nous replier, dans la voiture, puis vers le sud de la pointe.

      Nous voulons ensuite voir la maison des Kennedy, située sur la côte Sud de Cape Cod, à Hyannis. Nous la chercherons pendant près d'une heure, à travers les rues et les plages de cette petite station balnéaire très chic qui comptent des maisons somptueuses (de vrais palais parfois) pour des prix qu'on préfère ne pas connaître. Finalement, nous trouvons cette maison malgré les mauvaises indications des enfants du coin. La voici :

      East%20Coast%202008%20-%20332.jpg?imgmax=512

      Bed&Breakfast à Sandwich
      Il se fait tard, la nuit tombe, nous n'avons pas mangé, nous n'avons pas d'hôtel pour la nuit, et nous nous trouvons dans une région où tout est très cher. Il nous faut donc partir rapidement au nord, pour trouver quelque chose pour la nuit. Grâce au GPS, nous tombons près de Sandwich (et oui!) sur un joli motel en bord de route. J'entre à l'intérieur pour savoir s'ils ont des chambres. Une femme me crie "Coming" de derrière une porte puis arrive finalement dans l'entrée du motel, un chien dans les bras, l'air fatiguée, presque endormie. Après une petite reflexion, elle me dit que c'est bon, pour 125 dollars par chambre. C'est okay pour nous aussi. Elle nous conseille un restaurant tout proche (le seul à proximité) et nous explique que nous devons y aller au plus vite car à 22h, on pourrait bien refuser de nous servir : la région dort tôt apparemment. Au restaurant, la réceptionniste nous accepte après en avoir parlé à quelqu'un un peu plus loin, surement le responsable de l'établissement. On mange rapidement, dans un cadre agréable, et on repart pour notre petit motel.

      East%20Coast%202008%20-%20339.jpg?imgmax=512Le lendemain, notre petit motel se révèle être bien plus que ça : la femme de l'accueil, cette fois bien réveillée, nous a préparé un super buffet avec des muffins home-made et nous invite à prendre le petit-déjeuner dans le jardin de derrière, très bien entretenu. Nous parlons ensuite à la femme, la gérante en fait, de notre périple aux Etats-Unis, de ce que nous avons vu et de ce que nous allons voir. Elle nous conseille alors de faire une halte à Newport, ce que nous ferons quelques heures plus tard.

      Newport
      East%20Coast%202008%20-%20356.jpg?imgmax=512Newport est un port de taille moyenne qui a la particularité d'être baigné de deux côtés différents. D'un côté, un port traditionnel avec ses maisons et ses rues traditionnelles ; de l'autre, une station balnéaire branchée, type Côte d'Azur, avec une belle plage en arrondie et des maisons somptueuses sur les hauteurs. Ici furent construites il y a quelques décennies des villas splendides, de vrais chateaux, par ceux qui avaient fait fortune dans la région dans les secteurs de l'énergie et de la finance. Chaque nouveau-riche se faisait construire une villa plus exceptionnelle que celle de son voisin, ce qui aboutît au final à des palais de ce type :
      East%20Coast%202008%20-%20365.jpg?imgmax=512
      On frôle bien souvent la démesure et l'excès, qu'il s'agisse des maisons qui peuplent les côtes ou des yachts qui circulent dans la baie. Il n'empêche que cet endroit est magnifique car il n'a pas tout perdu de son naturel, les côtes restent assez sauvages et ressemblent aux côtes bretonnes.

      Le soir, nous dormons plus à l'est dans un autre motel, avec piscine -que nous avons évidemment testée. Nous mangeons dans un restaurant tout proche de l'hôtel. Là, notre serveuse, Yasmine, la trentaine, s'avère être une canadienne francophone qui a émigré il y a 7 ans aux Etats-Unis et qui n'a que rarement parlé français depuis : elle est donc contente de pouvoir tester avec nous ses restes de français. Elle nous explique qu'elle vient d'une famille de 7 garçons au Canada, et qu'elle est la seule à avoir émigrer aux Etats-Unis pour tenter sa chance. Elle nous parle de sa famille, de son mari américain, et de ses deux filles, toutes petites. La plus grande va à l'école, une école apparement délabrée, mal entretenue, mal financée. Alors quand elle voit les autres écoles toutes belles et accueillantes, elle y voit une terrible injustice. Sa fille n'a pas les mêmes chances, dès le départ, que les petits des meilleurs quartiers. Yasmine nous fait comprendre qu'elle ne croit plus trop en la politique. Si elle pouvait, elle voterait Obama, mais semble ne pas se faire beaucoup d'illusion. Elle a eu sa dose de déceptions. Elle semble trop bien connaître les Etats-Unis, sa société, son modèle libéral et individualiste, pour fondre un véritable espoir dans un homme, dans une élection. Elle semble nous dire que ça ne changera jamais vraiment ici. Que l'American Dream, c'est du pîpot... ca n'a semble-t-il pas marché pour elle, et ça ne marche pas pour grand monde. On sent qu'elle regrette le Canada. Elle nous supplie d'aller y faire un tour, c'est génial selon elle. Et on suppose qu'elle y retournera un jour, peut-être bientôt, pour retrouver son pays et son modèle économique, moins broyeur d'espoir et d'humanité.

      Le lendemain matin, il nous faut aller jusqu'à New-York, à 150 km plus au sud, pour rendre la voiture à l'aéroport de LaGuardia. Là, nous serons désormais livrés à nous mêmes et à nos pieds, au milieu de New-York, entre Manhattan et le Queens, Soho et Harlem, Brooklyn et Staten Island. Je vois parlerai bientôt de ce que je pense de tout ça.

      mercredi, 06 août 2008

      Côte Est - Boston

      Après la découverte de Washington DC, de ses monuments chargés de symboles et d'histoire et de ses quartiers plus vivants, nous visitons, le lendemain matin, le cimetière d'Arlington où reposent JFK, sa femme Jackie et leurs deux enfants. 170 hectares où sont parfaitement alignées des dizaines de milliers de petites pierres blanches (240 000 selon mes infos). Le lieu est solennel, propice au recueillement, sincère, et aussi un peu à la nostalgie de ce qu'était le monde en 1960.

      East%20Coast%202008%20-%20225.jpg?imgmax=512L'après-midi, nous nous rendons au Musée de l'air et de l'espace. On y verra beaucoup d'avions, d'époques différentes (dont le fameux Spirit of St Louis de Lindberg), des navettes et des stations spatiales (notamment celles utilisées pour les missions Appolo), des missiles et avions de chasse... Les passionnés d'aviation sont comblés. Moi, je suis surtout très fatigué par les heures passées tard le soir à essayer de solutionner quelques problèmes informatiques. Ma solution de secours ; utiliser Linux, c'est ce que je fais en ce moment.

      Vers 15h, nous devons partir du centre de Washington pour retourner à notre hôtel, près d'Arlington, récupérer nos valises. Ensuite, un bus nous emmènera à l'aéroport de Dulles (50 minutes de trajet pour seulement 3 dollars) où l'on s'envolera pour Boston sur un Boeing de JetBlue, un vol de nuit rapide et plaisant.

      Boston-centre, l'Amérique que j'aime

      Arrivés à Boston vers 22h, nous allons directement à notre hôtel, un Holiday Inn déjà réservé, grâce aux navettes qui nous attendent aux différents terminaux de l'aéroport et qui font la liaison entre l'aéroport et les hôtels de la région.


      Les Anti-Irak war défilent à Boston
      envoyé par leptitbenji

      Le lendemain, nous nous rendons au centre de la ville en métro. Pour notre premier contact réel avec cette ville, nous tombons juste devant une manifestation anti-guerre en Irak. Ils ne sont qu'une centaine mais font pas mal de bruit et attirent l'attention des badauds qui passent sur le trottoit d'en face. Ils captent aussi les regards alertes de quelques quinze policiers, pas très inquiets mais en léger retrait. On peut aussi voir un homme avec sa pancarte à la main, selon laquelle les Etats-Unis seraient responsables du 11 Septembre, théorie assez répandue ici. Un autre américain secoue quant à lui un drapeau rouge, alors que des petites mamies joliement habillées discutent derrière une grande affiche ridiculisant Bush pour sa bêtise. Un peu plus loin, nous passons devant une église où l'on entend un bel air de gospel chanté par quelques choristes, blancs et noirs, jeunes et anciens, réunis par leur apparente joie et l'envie de la communiquer aux passants, que l'on voit bouger en rythme sans qu'ils s'en aperçoivent eux-mêmes. La religion n'est pas mon truc, je ne crois en rien que pourrait vénérer une quelconque église, mais je dois avouer que ces églises noires où l'on entend les choeurs de gospel m'ont toujours attirées car leur musique leur donne un air d'ouverture, d'universalité, de paix qui me plait.

       

      East%20Coast%202008%20-%20263.jpg?imgmax=512Bref, dès nos premiers pas dans ces rues anciennes, j'aime cette ville et je lui trouve une intelligence gauchiste et une saveur pacifiste qui ravivent mes convictions et mes passions de citoyen français.

      D'un point de vue purement matériel, Boston est une belle ville, avec des quartiers vivants, de beaux batiments, et une ouverture sur l'océan qui donne à l'air urbain la petite odeur si agréable du bord de mer.

      Harvard et la perpétuation de l'Ordre

      Le lendemain matin, nous allons à l'université d'Harvard, pas très loin du coeur de la ville. C'est prestigieux, c'est connu du monde entier, mais ça n'est pas si exceptionnel que je me l'imaginais. Quelques beaux batîments de briques rouges, une église, des professeurs sûrement très dévoués, des élèves très riches (ou bien surdoués boursiers), mais rien qui ne m'attire vraiment là-dedans. Mon côté socialiste égalitaire n'aime pas ces élitismes, n'aime pas que des « fils de » se trouvent mieux lotis que des besogneux modestes, malgré les petites touches d'égalité des chances et d'affirmative action. Je n'aime pas non plus l'ambiance de ce lieu, la théatralisation de tout de ce petit monde qui joue tout sur son image, sa renommée, son élitisme, et qui semble s'accrocher à une tradition british XVIIIeme qui veut que les élèves portent un beau costume, surestiment leurs professeurs, et se comportent comme de dociles robots respectueux de l'Ordre établi depuis deux siècles... Je n'aime pas l'immbilisme qui se dégage de ces murs, de ces statuts, de ces costumes, de cette Histoire d'Harvard la Magnifique.

      East%20Coast%202008%20-%20297.jpg?imgmax=512

      L'après-midi suivante, nous louons une nouvelle voiture, le même modèle de SUV, et nous partons pour la côte et Cape Cod, le petit bout de paradis où se retrouvent chaque été les Américains qui ont du goût, de l'argent, des clubs de golf et des yachts. Je vous en parlerai bientôt.

       

       

       

       

       

      Toutes les notes