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mercredi, 03 septembre 2008
L'ISF oppose les vrais libéraux aux conservateurs cachés
Petit billet caustique à l'égard des guérilleros conservateurs anti-ISF qui peuplent parfois nos élites politiques, capitalistiques et syndicales, et qui nous prédisent l'apocalypse économique si cet impôt libéral et juste venait à persister.
Alors que Brice Hortfeux explique au Figaro, apparemment très sérieusement, que « le RSA est une révolution sociale », d'autres brillants ambassadeurs du conservatisme pseudo-libéral (néo-libéral dit-on) tentent de nous faire croire que la suppression de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) est une nécessité pour notre économie. De l'idéologie pure. De la bétise même. Une sorte de réflexe pavlovien à l'écoute du terrible chatîment : I, S, F.
Après notre ministre Lagarde, rapidement désavouée par le bienvieillant François, c'est au tour de Madame Laurence Parisot, présidente du MEDEF (et accessoirement 431ème fortune de France, ce qui démontre une grande qualité), de se plaindre du niveau d'imposition du capital en France. Selon elle, cet impôt est « une catastrophe économique », rien que ça. Alors, « il serait sain, selon elle, de supprimer l'ISF, c'est la meilleure façon de conserver des investisseurs dans notre pays et c'est la meilleure façon de faire venir d'autres investisseurs qui avaient quitté notre pays ». Madame Parisot fait ici le lien entre ISF et investissement: l'ISF repousserait les investisseurs. Après cette douce logorrhée néolibérale, regardons la réalité.
Rappelons d'abord que :
-L'ISF est un impôt sur le patrimoine. Il ne taxe pas les revenus du capital.
-La France, malgré cet impôt sur le capital, est la 4ème destination mondiale d'Investissements Directs Etrangers (environ 70 milliards de dollars annuels, chiffre en augmentation chaque année).
-L'ISF ne concerne que les 550 000 foyers fiscaux (sur 35 millions soit une part de 1,5%) ayant un patrimoine supérieur à 770 000 euros. Plus votre patrimoine est élevé, plus vous êtes taxé, la limite étant de 1,80% pour les patrimoines supérieures à 16 millions d'euros ce qui représente déjà 1300 ans de SMIC, 13 siècles. Prenons un exemple concret : si vous détenez un patrimoine représentant 103 ans de SMIC (1 240 000 euros), vous devrez payer 2600 euros au titre de l'ISF. L'Etat Français est décidément un sacré voleur.
-De nombreux types de biens sont éxonérés dans le calcul de l'ISF, comme par exemple les oeuvres d'art, les forêts, les entreprises, les droits de propriété... ce qui permet de nombreux contournements légaux de cet impôt.
Regardons maintenant l'effet de l'ISF sur l'investissement :
Un investisseur décide d'investir 1 million d'euros dans une entreprise française. Au bout d'un an et parce que l'entreprise a bien marché, il en retire 5%, soit 50 000 euros. Son patrimoine vient donc d'augmenter de 50 000 euros. Au titre de l'ISF, il devra donc payer 1,80% de ces 50 000 euros, soit 900 euros. Son investissement lui aura donc finalement rapporté 49 100 euros, et non 50 000.
Par sa savante analyse, Madame Parisot tente donc de nous faire croire qu'un investisseur ne voudra pas investir son million d'euros en France à cause des quelques 900 euros qu'il perdra sur ses gains au titre de l'ISF! Cette thèse me parait peu crédible.
Si vous n'êtes pas convaincus :
La décision d'investir se base en premier lieu sur le critère du risque et de la probabilité de s'enrichir. Peu importent les 1,8% de l'ISF tant que l'investissement rapporte. Gagner 98,2, c'est presque comme gagner 100. L'attractivité de la France en terme d'investissements se joue donc d'abord sur le terrain de l'efficacité des entreprises françaises, sur leurs résultats, et non sur l'imposition du patrimoine.
Aussi, une imposition du capital, même légère, pousse son détenteur à l'investir, à le placer (des placements sûrs lui assureront quelques 4% annuels, donc 2,8% minimum si l'on en déduit l'ISF), et non à le laisser dormir sur un compte. Le propriétaire de logements, par exemple, aura intérêt à les louer (et donc en obtenir des revenus supplémentaires) plutôt que de les laisser vacants et d'en subir l'ISF sans rien en gagner.
Pour conclure :
L'ISF a donc des effets positifs pour l'économie : il tente d'éviter une trop forte concentration du capital et stimule sa mobilité dans l'économie concrète, sans pour autant représenter un frein à l'investissement, bien au contraire.
Il représente aussi un symbole du libéralisme, le vrai, le noble, puisque cet impôt taxe les rentiers, héritiers, mauvais gestionnaires qui conservent leur capital de façon improductive au lieu d'en faire profiter l'économie réelle. Et ceux qui s'opposent à cet impôt sont bien souvent des défenseurs du conservatisme et de l'ordre établi, tout l'inverse de l'idéal fondateur du libéralisme.
Cependant, le plus grand progrès fiscal serait une refonte globale de la fiscalité (IR, CSG, cotisations, ISF) qui redonne une véritable progressivité à l'impôt, pour un système plus juste et égalitaire, une réforme que les vrais libéraux (les défeuseurs des libertés, de la méritocratie et de l'égalité des chances : personnalités politiques et économistes de gauche) soutiennent, mais que ni Madame Parisot ni Madame Lagarde n'ont encore appelée de leurs voeux.
23:52 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, fiscalité, isf
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Commentaires
L’ISF, est pour la droite un symbole idéologique. L’emblème à abattre. Il représente ce qui, à leurs yeux, pénalise la réussite. Pour eux, l’économie, donc par extension le pays tout entier, n’existe que parce que des gens s’investissent et prennent des risques. Donc, ça ne se fait pas de punir ceux par qui la survie de notre pays arrive… Cela décourage la motivation.
C’est vraiment une conception de la société différente.
Mais, comme tu le dis, c’est un raisonnement débile. Outre le fait que sans les salariés, ces gens-là ne sont rien, ils oublient que la plupart du temps que ce n’est pas leur propre argent que ces gens-là investissent. C’est celui des banques.
Les banques leurs font confiance en fonction de leur patrimoine réel et de leur réputation. Donc, payer l’ISF n’empêche aucunement de contracter des emprunts et de créer des entreprises. Au contraire, c’est un signe encourageant pour un banquier !
Ecrit par : Gwendal | jeudi, 04 septembre 2008
@ Gwendal,
On est d'accord sur l'idée de fond mais pas sur le moyen pour y arriver : je ne dis pas que payer l'ISF est une garantie auprès des banquiers et qu'en cela, il favorise l'investissement. C'est peut-être vrai, mais ça me semble marginal puisque les détenteurs de gros patrimoines n'ont pas nécessairement besoin de créanciers pour investir, leur capital propre étant souvent suffisant.
L'idée essentielle que je développe ici, c'est que les 1,8% maximum de l'ISF ne repoussent pas les investisseurs. Un bon investissement, même avec l'ISF, reste un investissement rentable d'un point de vue financier.
Et il est très aisé, et sans risque, d'obtenir d'un patrimoine des revenus annuels bien supérieurs à 1,8%.
Aussi, taxer le patrimoine, c'est pousser ceux qui le détiennent à le faire bouger, en le dépensant, en le plaçant, en l'investissant... tout le contraire de ce que nous dit Madame Parisot.
A bientot,
ici ou chez toi ;)
Ecrit par : Zelittle | jeudi, 04 septembre 2008







