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vendredi, 05 septembre 2008
Wal-mart, un géant qui vous veut du bien
Attention ! Ce qui suit est un billet marketé faisant la promotion du géant américain de la distribution Wal-mart, une entreprise qui a su imposer au monde entier son modèle juste, progressiste, philanthrope et humaniste. (sic) En fait, il s'agit plutôt d'un long billet qui décrypte le détestable modèle de cette entreprise.
L'entreprise Wal-mart est née en 1962 dans l'Arkansas sous l'impulsion du regreté Sam Walton, un commerçant qui eut l'idée géniale d'exposer ses produits sur le trottoir et d'offrir des cadeaux aux enfants de ses clients, et notamment « des promenades à dos d’âne sur le parking ».
Aujourd'hui, Wal-mart est la plus grande entreprise du monde. Elle employe plus de deux millions de salariés à travers le monde, dont 1,2 millions aux Etats-Unis, ce qui en fait le premier employeur du pays. L'entreprise, leader national et mondial de la grande distribution (son dauphin s'appelle Carrefour), participe à 2,5% du PNB américain grâce à son chiffre d'affaires de plus de 310 000 milliards de dollars (deux fois plus que notre géant français Total). Ses magasins compteraient 100 millions de clients américains, mais la firme réalise cependant 40% de son chiffre d'affaires à l'étranger grâce à ses filiales dans 13 autres pays comme le Canada, le Brésil, le Mexique, la Chine, le Japon, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne.
Le secret de cette réussite ? Les prix, imbattables. Ils seraient, en moyenne, de 14% inférieurs à ceux de la concurrence. Alors, l'entreprise affiche un slogan auquel les consommateurs ne peuvent rester insensibles : « Save money, live better ». L'entreprise, grâce à ses bas prix, se targue même de faire augmenter le pouvoir d'achat des ménages américains de plus de 400 dollars par an, et de créer, directement et indirectement, 200 000 emplois sur le sol américain. En page d'accueil de son site, Wal-mart affiche fiérement un compteur représentant les économies réalisées par les familles américaines grâce à la chaîne.
Mais derrière les prix imbattables se cache un modèle Wal-mart très particulier alliant très bas-salaires, pressions sur les salariés, compression maximale des assurances maladie et des retraites, refus de tout syndicat, violations du droit du travail, pressions sur les fournisseurs et ingérences dans leurs affaires, pressions sur les municipalités et lobbying auprès des représentants politiques.
Fonte des salaires et des garanties sociales
Les salaires Wal-mart sont 20% à 30% inférieurs à ceux proposés par la concurrence, si bien que partout où Wal-mart s'installe, les autres commerces ferment et le salaire local moyen diminue de 3% à 5%. L'implantation de magasins Wal-mart détériore finalement l'ensemble du marché du travail du bassin d'emplois concerné et instaure dans la région un logique de moins-disant salarial et social. LA porte-parole du groupe, Mme Mona Williams, explique cette politique des bas-salaires : « Est-il vraiment réaliste de payer quelqu’un 15 ou 17 dollars de l’heure pour remplir des rayons ? »
Récemment, la filiale de Wal-mart au Mexique payait une partie des salaires de ses employés en bons d'achat, à utiliser uniquement dans le réseau Wal-mart. Comme l'explique le journal mexicain LaJornada, relayé par LeMonde, la justice mexicaine vient de déclarer cette pratique illégale car inconstitutionnelle.
L'entreprise fait aussi une chasse aux syndicats. Tout service qui tente d'implanter un syndicat se voit fermer, pratique illégale mais courante et justifiée comme suit : « Notre philosophie est que seuls des associés malheureux voudraient adhérer à un syndicat. Or Wal-Mart fait tout ce qui est en son pouvoir pour leur offrir ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin. » Puisque tout va bien, nul besoin de syndicats.
En 2006, l'entreprise a été condamné à une amende de 172 millions de dollars pour avoir refuser des pauses déjeuner à ses salariés.
Wal-mart, un puissant lobby local et national
Les pratiques de l'entreprise étant connues, certaines municipalités s'opposent à l'implantation de magasins Wal-mart dans leur zone. L'entreprise n'a qu'à montrer son jeu : si une commune refuse l'implantation d'un magasin, Wal-mart s'installera dans une commune voisine, ce qui plombera les commerces de la première commune, fera baisser les salaires de toute la zone sans créer le moindre emploi pour les habitants de la première commune. Un système perdant-gagnant qui oblige les communes résistantes à revoir leur position.
Au niveau national, Wal-mart n'hésite pas à jouer publiquement une forte influence auprès des représentants politiques et à arroser les parties de donations : «Après avoir longtemps gâté les républicains, allouant 85% de ses donations aux candidats fédéraux du parti de George Bush, le roi des hypermarchands sent le vent tourner et décide, à partir de février 2004, de chouchouter le parti démocrate. En janvier 2008, les versements de Wal-Mart aux parlementaires démocrates représentaient 43% de leurs donations totales un bel exemple de realpolitik.» (John R. McArthur in «Une caste américaine», Les Arènes, 2008)
L'entreprise influence aussi ses salariés sur leur vote et défie officieusement ses cadres de voter Obama en Novembre : comme l'explique Le Figaro, les cadres de l'entreprise suivent en effet des réunions obligatoires afin de les mettre en garde contre les dangers d'une victoire du candidat démocrate.
Au-delà des salariés, c'est toute la clientèle qui semble formatée à l'idéologie conservatrice Wal-mart. En effet, plus de 70% des clients sondés voteraient républicain.
Pour en savoir plus sur cette belle entreprise, n'hésitez pas à lire cet article de Serge Halimi sur Le Monde Diplo, d'où viennent nombre des infos citées plus haut.
17:55 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wal-mart, etats-unis
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Commentaires
Bon résumé Zelittle. Wall-Mart… Y’aurait tant à dire sur cette entreprise à la gestion des ressources humaines on ne peut plus agressive… Michael Moore ne les épinglait-ils pas dans un de ses films ? Il faut savoir que le dauphin, Carrefour, prend modèle sur le roi. Dans cette entreprise, la plus grande de France en nombre d’employés je crois, les méthodes d’intimidations et les pressions de toutes sortes sont couramment utilisées. Le pire c’est ED. J’ai connu une femme qui y bossait depuis plus de dix ans, c’était l’enfer. Une compétition entre employés permanente. Des incitations à la délation, à l’auto-flicage. La mise en place systématique et volontaire d’un climat de conflit. Lorsque les employés passent leur temps à se faire la gueule, ils ne bavardent plus et gardent le nez dans les cartons…
Écrit par : Gwendal | vendredi, 05 septembre 2008
Je ne connais pas vraiment le cas de Carrefour même si j'ai déjà eu de mauvais échos. De même pour Ed.
Par contre, j'ai déjà lu des trucs sur le groupe allemand Lidl, sur lequel j'écrivais ceci :
"
Les magasins Lidl de l'intérieur
Politis.fr nous offre un joli cadeau, puisque le site vient de diffuser gratuitement un excellent article, déjà ancien, où il est question de Lidl. Comment Lidl propose-t-il des prix si faibles aux clients ? La réponse est à gerber : en exploitant les salariés, à un point inimaginable pour les non-initiés comme moi. Salaires de misère, pression folle, cadences insoutenables, intimidations, précarisation stratégique, pièges, licenciements abusifs... Tous les moyens sont bons pour tirer les salariés vers le bas et leur faire comprendre qu'ils ne valent rien."
A approfondir ici : http://www.politis.fr/Lidl-le-salaire-de-la-peur,438.html
Écrit par : Zelittle | vendredi, 05 septembre 2008









