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lundi, 22 septembre 2008
"Les choses", chronique d'une société matérialiste
En 1965 paraît chez Julliard Les choses. Une histoire des années soixante, un livre de 130 pages qui recevra le prix Renaudot et obtiendra un large accueil en librairie. L'auteur signe-là son premier roman, il s'appelle Georges Perec, un jeune écrivain de 29 ans né avec la guerre et orphelin depuis l'âge de 7 ans.
L'histoire
Ce livre a pour cadre l'après-guerre et les années 1960. Ces années-là, partie des Trente Glorieuses, sont marquées par le développement économique de la France et l'accès au confort de millions de Français. Les années de privation et les tickets de rationnement ne sont qu'un lointain souvenir. Désormais, les Français sont des consommateurs à la recherche de ce que cette nouvelle époque peut leur offrir de mieux : qualité de vie, confort matériel, réussite sociale.
C'est cette histoire que nous raconte Perec à travers un regard porté sur la vie d'un couple de jeunes Français de vingt ans, Jérôme et Sylvie, psychosociologues faisant des enquêtes d'opinion auprès des consommateurs de divers produits. Ces jeunes actifs appartiennent à la classe moyenne, ils sont parisiens, vivent un train de vie normal, travaillent et vivent sobrement, ont des amis, font des sorties... Une vie banale qui ne leur suffit pas dans cette époque où tous les espoirs semblent permis.
Ils veulent plus : plus de beaux vêtements, plus de beaux meubles, plus d'espace dans leur appartement, plus de fête, plus d'amis, plus de confort. Mais les rêves matérialistes de Jérôme et Sylvie se confrontent jour après jour à la réalité : ils ne sont pas riches et ne peuvent s'en offrir le train de vie. Ce constat, qu'ils prennent comme un échec, leur est difficile à accepter. Et chaque jour leur déception grandit devant l'écart entre leur vie quotidienne et celle dont ils rêvent.
Cette déception de tous les jours, que les quelques achats qu'ils se permettent ne suffisent plus à faire taire, les pousse un jour à partir, à quitter Paris. Ce sera la Tunisie, suite à une annonce de travail (un poste de professeur, Sylvie semble qualifiée) parue dans le journal. Mais la ville chaude et agitée dont ils rêvaient, Tunis, ne sera pas le lieu de leur nouvelle vie d'expatriés. Ils iront à Sfax, une petite ville morne, ennuyeuse et sans éclat pour un jeune couple de Français ne connaissant personne. Le salaire de Sylvie leur permet de vivre comme la plupart des Tunisiens, mais ce style de vie ne leur plaît pas, ne leur suffit pas. Ils ont le sentiment de ne pas vivre leur vie ici, de s'ennuyer, de ne prendre aucun plaisir, et ils veulent plus. « Leur vie était comme une trop longue habitude, comme un ennui presque serein : une vie sans rien. »
Face au constat que leur exil ne leur avait rien apporté de nouveau ou de meilleur, ils décident de rentrer à Paris. Mais leur vie restera la même de retour dans la capitale. Une vie de déceptions, jamais aboutie, sans grands bonheurs, une vie de rêves déçus.
Le portrait d'une génération matérialiste
Ce roman ressemble à une chronique des années 1960, une décennie où tous les rêves étaient permis pour chaque jeune Français volontaire. Ce roman raconte les désillusions de cette génération qui a vu la naissance d'une société de consommation mais en est ressortie déçue : la carrière professionnelle de ces jeunes actifs (et leur salaire) ne pouvaient suivre le rythme du progrès matériel que la télévision leur faisait miroiter. Leurs rêves étaient toujours plus grands, et leur vie, pourtant en constant progrès vers le mieux, n'était qu'un enchaînement de déceptions et de désirs non réalisés.
On peut aussi voir dans ce roman une critique de l'homme matérialiste moderne, vite ennuyé par ce qu'il possède déjà et perpétuellement attiré par ce qu'il n'a pas : dynamique d'asservissement et de déception regretteront certains; dynamique de progrès diront les autres.
15:35 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lectures, les choses, georges perec, littérature, société, matérialisme
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