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samedi, 27 septembre 2008

Entre les murs, là où tout se joue

Soirée cinéma, pour voir le film dont tout le monde parle, Entre les murs, Palme d'Or sacrée à Cannes par le jury de Sean Penn. Mon avis sur le film, ma vision de l'école.

18957750.jpgLe film, réalisé par Laurent Cantet, est adapté du livre éponyme de François Bégaudeau, un ancien professeur. Bégaudeau joue justement le rôle principal du prof dans le film.

Nul besoin de faire une présentation plus complète du film, tout le monde sait de quoi il s'agit. Alors passons à ce que j'en pense.

Entre les murs se situe entre cinéma et reportage : cinéma parce que les plans sont soignés, les acteurs (des amateurs, de vrais élèves du collège Dolto) jouent très bien, le récit avance avec le film et des messages ressortent ; reportage parce que la caméra nous montre cette classe comme la verrait un spectateur, dans sa réalité brute, en se concentrant principalement sur le professeur face à sa classe, sa manière de faire avancer les élèves, sa façon de gérer les différends, ses moments de doute et d'abattement...

entrelesmursposter.jpgPour dire les choses clairement, ce film nous montre ce qu'est aujourd'hui une classe dans un collège français, un collège multiculturel parisien classé en ZEP mais qui ne semble pas particulièrement difficile contrairement à ce qui en est dit. Elèves, profs et travailleurs du milieu éducatif n'apprendront rien dans ce film, ils y verront seulement leur réalité quotidienne : celle faite de satisfactions et de déceptions (quand on voit un élève progresser, tandis qu'un autre devient irrécupérable), d'instants de dialogue et d'affrontement (quand les élèves se livrent un jour à la classe et au professeur, puis le lendemain reprennent leur attitude indisciplinée et insolente), de questions difficiles et de débats animés (comment faire comprendre la sanction aux élèves, la rendre utile ; comment leur transmettre des savoirs d'une façon souple, sous une forme moins stricte et verticale, etc).

Le film laisse finalement beaucoup de questions sans réponse, probablement parce que l'école n'y a pas répondu. L'école française doute, ne sait pas dans quelle voie aller pour transmettre des connaissances aux élèves. Et avant de savoir quelles connaissances transmettre, l'école doit s'interroger sur la manière de les transmettre : comment capter l'attention d'une classe, comment faire un cours dans l'ordre, le calme, le respect sans instaurer un climat autoritaire qui, on le sait très bien, ne marche pas face à des élèves en difficultés scolaires, économiques, culturelles et sociales.

Cette grande question, dont l'enjeu est la réussite même de l'école dans sa mission sociale, est aujourd'hui sans réponse officielle : chaque professeur fait selon ses moyens, sa force, son courage, sa ténacité, ses convictions. Devant la difficulté de leur métier, certains s'accrochent, d'autres lâchent. L'école doit apporter des réponses aux errements pédagogiques du système actuel. Je pense personnellement que le modèle autoritaire, vertical, patriarchal n'est pas le bon. Les élèves, surtout dans les quartiers à problèmes, sont en demande permanente de respect et de reconnaissance de la part du prof et de la classe en général.

9782070342907.jpgA mon avis, c'est le climat de la salle de la classe que l'on doit changer, pour en faire un lieu d'échange à double sens et non la traditionnelle leçon à sens unique. On doit briser la barrière invisible des statuts : le prof ne doit pas être l'incarnation d'un ordre distant, légal, policier, mais celui d'un intermédiaire légitime entre l'élève et le savoir. Le prof doit donc descendre de sa tribune, s'éloigner de son bureau et du tableau, aller dans les allées, et faire tomber la barrière de l'autorité, de la distance. Et l'élève est l'égal du professeur en ce qu'il a le droit de s'exprimer, d'intervenir, de répondre. Quant aux sanctions, plus que punir le fautif, elles doivent profiter à toute la classe ou au moins faire avancer l'élève en question.

Vision naïve ou pédagogiste diront certains. Il n'empêche, je pense que le problème principal de l'école française est la trop grande rigidité de son système : trop de distance entre profs et élèves, trop d'autorité formelle, trop de verticalité, trop de « guerres de tranchées », et pas assez d'interactions, pas assez de dialogue, pas assez de liberté et d'audace dans la manière de transmettre. Pas assez de démocratie peut-être finalement.

mercredi, 24 septembre 2008

Oui, les armes peuvent tuer

Billet rapide sur la nouvelle fusillade dans un lycée en Finlande, un pays très tolérant vis-à-vis des armes à feu. Pourquoi ne pas en tirer quelques leçons ?

On ne tire jamais assez les leçons du passé. C'est ce qu'on peut légitimement penser après la fusillade dans un établissement scolaire finlandais ayant entraînée la mort de 11 personnes, des étudiants pour la plupart.

Car ce drame n'est pas le premier du genre. A l'automne dernier, une même fusillade meurtrière (9 morts) dans un lycée de Tuusula avait provoqué une vive émotion en Finlande, suivie d'un débat politique sur le port d'arme. Une nouvelle législation était née, restreignant l'accès aux armes et l'interdisant notamment aux moins de 15 ans (contre 13 ans auparavant!).

Mais l'actualité récente nous montre que ces dispositions n'étaient pas suffisantes. La nouvelle réglementation n'était visiblement pas assez stricte, ou son application trop peu efficace. La Finlande vient de payer une nouvelle fois le prix de ses erreurs -comme les Etats-Unis de façon régulière, à la différence près que les états  américains les plus conservateurs s'osbtinent à militer pour le port d'arme malgré les nombreux massacres, au nom du droit de se défendre (ou comment soigner le mal par le mal).

Oui, la Finlande a un des taux de criminalité les plus faibles du monde malgré le grand nombre d'armes (deux millions, un chiffre qui s'explique par la passion nationale pour la chasse). Oui, la part de la population détenant une arme n'est « que » de 12%. Oui, les mineurs voulant acheter une arme doivent en justifier l'utilité par un permis de chasse, une licence de tir, etc.

Mais comment croire sérieusement en l'intelligence d'un modèle législatif qui fournit 2 millions d'armes dans un pays de 5,2 millions d'habitants ? Et comment concevoir que 38 000 mineurs possèdent une arme légalement (en totale opposition au droit européen) ?

Le modèle pro-gun tant promu aux Etats-Unis (pays où le ratio nombre d'armes / habitant est le plus élevé du monde ; la Finlande est 3ème du classement) nous montre périodiquement son inefficacité et même sa dangerosité.

Espérons que les Finlandais tireront, cette fois, toutes les leçons de ce nouveau drame et prendront exemple sur la législation de leurs voisins Européens.

lundi, 22 septembre 2008

"Les choses", chronique d'une société matérialiste

perec.gifEn 1965 paraît chez Julliard Les choses. Une histoire des années soixante, un livre de 130 pages qui recevra le prix Renaudot et obtiendra un large accueil en librairie. L'auteur signe-là son premier roman, il s'appelle Georges Perec, un jeune écrivain de 29 ans né avec la guerre et orphelin depuis l'âge de 7 ans.

L'histoire

Ce livre a pour cadre l'après-guerre et les années 1960. Ces années-là, partie des Trente Glorieuses, sont marquées par le développement économique de la France et l'accès au confort de millions de Français. Les années de privation et les tickets de rationnement ne sont qu'un lointain souvenir. Désormais, les Français sont des consommateurs à la recherche de ce que cette nouvelle époque peut leur offrir de mieux : qualité de vie, confort matériel, réussite sociale.

C'est cette histoire que nous raconte Perec à travers un regard porté sur la vie d'un couple de jeunes Français de vingt ans, Jérôme et Sylvie, psychosociologues faisant des enquêtes d'opinion auprès des consommateurs de divers produits. Ces jeunes actifs appartiennent à la classe moyenne, ils sont parisiens, vivent un train de vie normal, travaillent et vivent sobrement, ont des amis, font des sorties... Une vie banale qui ne leur suffit pas dans cette époque où tous les espoirs semblent permis.

Ils veulent plus : plus de beaux vêtements, plus de beaux meubles, plus d'espace dans leur appartement, plus de fête, plus d'amis, plus de confort. Mais les rêves matérialistes de Jérôme et Sylvie se confrontent jour après jour à la réalité : ils ne sont pas riches et ne peuvent s'en offrir le train de vie. Ce constat, qu'ils prennent comme un échec, leur est difficile à accepter. Et chaque jour leur déception grandit devant l'écart entre leur vie quotidienne et celle dont ils rêvent.

Cette déception de tous les jours, que les quelques achats qu'ils se permettent ne suffisent plus à faire taire, les pousse un jour à partir, à quitter Paris. Ce sera la Tunisie, suite à une annonce de travail (un poste de professeur, Sylvie semble qualifiée) parue dans le journal. Mais la ville chaude et agitée dont ils rêvaient, Tunis, ne sera pas le lieu de leur nouvelle vie d'expatriés. Ils iront à Sfax, une petite ville morne, ennuyeuse et sans éclat pour un jeune couple de Français ne connaissant personne. Le salaire de Sylvie leur permet de vivre comme la plupart des Tunisiens, mais ce style de vie ne leur plaît pas, ne leur suffit pas. Ils ont le sentiment de ne pas vivre leur vie ici, de s'ennuyer, de ne prendre aucun plaisir, et ils veulent plus. « Leur vie était comme une trop longue habitude, comme un ennui presque serein : une vie sans rien. »

Face au constat que leur exil ne leur avait rien apporté de nouveau ou de meilleur, ils décident de rentrer à Paris. Mais leur vie restera la même de retour dans la capitale. Une vie de déceptions, jamais aboutie, sans grands bonheurs, une vie de rêves déçus.

Le portrait d'une génération matérialiste

cclc.jpgCe roman ressemble à une chronique des années 1960, une décennie où tous les rêves étaient permis pour chaque jeune Français volontaire. Ce roman raconte les désillusions de cette génération qui a vu la naissance d'une société de consommation mais en est ressortie déçue : la carrière professionnelle de ces jeunes actifs (et leur salaire) ne pouvaient suivre le rythme du progrès matériel que la télévision leur faisait miroiter. Leurs rêves étaient toujours plus grands, et leur vie, pourtant en constant progrès vers le mieux, n'était qu'un enchaînement de déceptions et de désirs non réalisés.

On peut aussi voir dans ce roman une critique de l'homme matérialiste moderne, vite ennuyé par ce qu'il possède déjà et perpétuellement attiré par ce qu'il n'a pas : dynamique d'asservissement et de déception regretteront certains; dynamique de progrès diront les autres.

mercredi, 17 septembre 2008

Edvige, Cristina et Woody

Petit billet sur Cristina, un fichier ayant un profil très proche de celui d'Edvige mais dont on parle malheureusement beaucoup moins bien qu'il soit bien plus opaque. Quant au titre du billet, vous comprendrez à la fin à quel point il est peu sérieux.

big_brother.gifTout le monde parle, à juste titre, du fichier Edvige. Pas besoin donc de dire ici ce que j'en pense, puisque le consensus anti-Edvige a l'air assez large si l'on en croit le nombre de signataires de la pétition : 175 000 aujourd'hui.

Cristina la méconnue

Mais le bruit entourant Edvige semble recouvrir celui de la polémique autour d'un autre fichier nouvellement créé, nommé Cristina pour « Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux ». Ce fichier recenserait sensiblement les mêmes données qu'Edvige, mais dans un but différent : la lutte contre le terrorisme et l'espionnage.

L'exécutif ne communique pas sur ce fichier, classé secret-défense, et fait la sourde oreille quand on lui pose des questions : quelles seront les informations collectées par Cristina ? Qui sera concerné ? Qui contrôlera le respect des libertés individuelles et jugera de la pertinence des données enregistrées ? Pas de réponse officielle. Même la Cnil, Commission nationale de l'informatique et des libertés, n'a pas trouvé réponse à ses interrogations, ce qui semble expliquer son avis favorable mais « avec réserves ».

De l'avis de la ministre de l'Intérieur Michelle Alliot-Marie, « il n'est pas sérieux de renoncer à une lutte efficace [contre le terrorisme] » (voir l'article complet du JDD). Ainsi, tout semble permis : recenser des données sur des mineurs et leur famille, relever les comportements religieux « suspects » (conversion à l'Islam), inscrire les délinquants dans Edvige et dans Cristina, etc. De plus, ces informations seront collectées dans d'opaques circonstances. On sait seulement qu'un des moyens priviligiés sera « la surveillance des communications électroniques et radioélectriques susceptibles de porter atteinte à la sûreté de l'Etat ». Simples questions : comment savoir si un email présente un danger pour « la sûreté de l'Etat » sans l'avoir lu ? Et qu'est-ce qui relève de « la sûreté de l'Etat » ? Pas de réponse.

Le premier opposant à ces fichiers, Woody Allen ?

18982308.jpg

Dans quelques semaines sortira un film réalisé par Woody Allen*, intitulé Vicky Cristina Barcelona. On apprend à la lecture du synopsis du film que Cristina est « une créature d'instincts, dénuée d'inhibitions » qui goûte sans limite aux plaisirs de la vie, tandis que son amie Vicky est plus sage et raisonnée bien qu'elle finisse par succomber à la tentation ce qui en dit long sur sa nature profonde.

Le parallèle avec nos fichiers, vous le voyez venir : Edvige (Vicky) est une version édulcorée de Cristina (Cristina), une version que le pouvoir tente de faire accepter à l'opinion publique en faisant quelques petits changements de façade. A l'inverse de la déferlante médiatique autour d'Edvige, Cristina reste dans l'ombre parce qu'elle est gênante. Mais lorsqu'elle sera active, elle restera naturelle, c'est-à-dire dénuée d'inhibitions, donc excessive et incontrôlable.

Arrêtons-la.

Et pour aller un peu plus loin dans l'analyse et la critique de ce fichier, ce lien vers la LDH.

PS : On retiendra aussi de ce parallèle (purement fictif et malhonnête, je précise) que Woody Allen est un grand visionnaire (sic) et qu'il use de beaux procédés, tout en finesse et en images, pour s'opposer à une politique dangereuse.

NB : Outre ces fichiers liberticides et excessifs, le pouvoir semble décidé à s'attaquer à l'action citoyenne et informative de la Cimade, seule association habilitée à se rendre dans les Centres de Rétention Administrative. Pour en savoir plus sur ce nouveau coup bas porté à l'aide aux sans-papiers, allez voir ce billet de Gwendal.

dimanche, 14 septembre 2008

Lire

Lire coûte cher, prend du temps et demande beaucoup d'énergie. Mais si vous avez quelques euros en stock et quelques heures devant vous, il serait dommage de ne pas en profiter, car il y a de nombreuses découvertes à faire. Exemples.

couve2.gifSi l'économie pure et dure vous gonfle vite mais que vous voulez apprendre et comprendre facilement les choses, les mécanismes, les enjeux économiques, je vous conseille « Sexe, drogue... et économie », écrit par deux écono-bloggeurs capables de nous parler simplement de choses compliquées. Ca coûte 18 euros, ça va sortir très bientôt, et ça promet de démonter pas mal d'à priori et de sophismes.

9782742777679.gifL'américain William T. Vollmann, 49 ans, a fait un tour du monde au contact des gens les plus pauvres. Partout où il voyageait, il allait à la rencontre des pauvres, prenait leur portrait, et leur demandait cette question simple : « Pourquoi êtes-vous pauvres? » A chacun son parcours et ses difficultés, à chacun sa réponse. Cette lecture (430 pages, 25 euros) semble vécue par ses lecteurs comme une gifle : la pauvreté montrée, expliquée par ceux qui la vivent, ça n'est pas courant. Une lecture que j'essaierai vraiment de ne pas manquer. Pour vous convaincre de la force de ce message qui nous est adressé, lisez les bonnes feuilles du Nouvel Obs et la critique de Pierre Assouline.

9782070514205.jpgSi vous avez peu de temps, vous pouvez lire de courtes nouvelles. Personnellement, je viens de relire Le Scarabée d'Or, suivi de La lettre volée, un classique d'Edgar Poe (1809-1849). On considère souvent cet auteur comme l'inventeur du genre policier. Dans ces deux nouvelles, il s'agit pour les personnages de résoudre des énigmes (celle symbolisée par un scarabée d'or ; et la recherche d'une lettre volée et bien cachée). L'auteur, plus encore que ses personnages, apparaît comme quelqu'un d'intelligent, maître dans l'art des raisonnements, de la cryptographie, et de l'élucidation de mystères. Deux bonnes et rapides lectures, mêlant littérature, genre policier et raisonnements scientifiques.

couve_667.jpgSi vous avez là encore peu de temps, je vous conseille le dernier numéro spécial des Inrocks du 9 au 15 Septembre : vous y trouverez une interview de Joey Starr et Kool Shen de NTM, une article sur « Pourquoi êtes-vous pauvres ?», et bien d'autres choses (notamment des articles sur le cinéaste Wong KarWai et l'acteur Steve Carell). 55 pages pour moins de 5 euros.

560995.jpgEnfin, j'aurais aimé vous conseiller la lecture du numéro un de Siné Hebdo (16 pages pour 2 euros), résultat de la vive polémique qui a opposé Philippe Val au dessinateur Siné, malheureusement j'ai été déçu (ce numéro a cependant très bien marché, 140 000 ventes dès le matin, rupture de stock à midi! Personnellement, je l'avais acheté à 8h avant les foules). A mon gout, rien de bien révolutionnaire, peu de textes forts et vraiment engagés. Le journal qui ne devait rien respecter m'a en fait paru assez traditionnel et gentillet. Il faudra oser plus la prochaine fois pour ne pas décevoir ceux qui se battaient aux côtés de Siné pour une presse libre de choquer.

mardi, 09 septembre 2008

A la rentrée, la droite devient (presque) ouverte et sociale

Billet mi ironique, mi sérieux sur l'étonnante rentrée politique de quelques uns de nos ministres. L'occasion pour eux de se donner une nouvelle image en comptant sur l'amnésie et l'aveuglement des foules : une tactique politique payante?

Etonnant spectacle que nous propose depuis quelques jours la fameuse droite française, celle de Sarkozy et de son clan élitiste, celle du karcher et des expulsions massives, celle des cadeaux fiscaux et de la rente, cette droite de la realtpolitik et du cynisme triomphant...

Cette droite-là, plutôt méprisable à de nombreux égards, s'offre en cette rentrée un new look, un nouveau visage, une nouvelle attitude : dorénavant, c'est la fête, tout le monde est gentil, on s'écoute, on s'amuse, on se fait des cadeaux... En effet, hormis le grand grincheux Xavier Darcos qui ne lâche rien sur la réforme de l'école et Rachida Dati qui ne veut pas nous dire qui est le père (personnellement, je ne veux pas le savoir, j'attends juste d'elle qu'elle nous fasse le bilan de ses navrantes réformes), tous les autres ministres semblent gentils, ouverts, généreux et philanthropes en ce retour des vacances.

aa1a876a-fb83-11dc-b6d8-a746204e8b3b.jpgEn cette rentrée, Nadine Morano s'éclate en musique, sur le dance-floor, entourée de dizaines de « jeunes populaires » en délire. (Ces jeunes UMP semblent plus attirer par le corps à corps avec la secrétaire d'Etat à la famille que par le difficile questionnement sur l'intérêt et l'intelligence de leur militantisme sarkozien.) Apparemment, Nadine s'amuse aussi. Ambiance cool donc. On notera cependant le piètre déhanché du secrétaire général adjoint de l'UMP, Christian Estrosi (oui, celui qui avait tenté de rétablir la peine de mort en 1991 et qui aime désormais louer des avions privés aux frais du contribuable).

Martin_Hirsch.jpgBonne ambiance aussi du côté de Martin Hirsch, le digne héritier de l'Abbé Pierre, désormais Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Martin a réussi à imposer son idée de RSA (celui-là même qui figurait dans le pacte présidentiel de Royal). Alors, depuis quelques jours, c'est la fête partout en France autour de Martin, le sauveur des pauvres gens. De l'avis de tous (ou presque), le RSA c'est bien, c'est social, c'est en faveur des pauvres (en vérité, ce n'est ni bien, ni social, ni en faveur des pauvres : les quelques euros de plus du RSA ne feront pas sortir les gens de la précarité, et cela dégradera le marché du travail en subvientonnant les emplois à temps partiel mal payés). Mais certains casseurs d'ambiance, dont je suis, ne participent pas à cette fête nationale depuis qu'ils ont compris que le financement du RSA (la fameuse taxe de 1,1% sur les revenus du capital) serait intégré dans le calcul du bouclier fiscal, si bien que les plus riches en seront exemptés. La belle solidarité du RSA correspond en réalité à faire payer la classe moyenne pour aider les quatre millions de français les plus affaiblis. Beau symbole, qui fait doucement rire en choeurs Marianne, la République, et le fantasmé « Liberté, Egalité, Fraternité ».

h-20-1076308.jpgAutre gentillesse, venue cette fois de la part d'Hervé Morin. Notre ministre de la Défense, qui avait trahi Bayrou pour servir la France au printemps 2007, vient maintenant au secours des libertés en s'indignant du fichier Edvige. Notons qu'Hervé accuse un léger retard de plusieurs mois sur les associations, les syndicats, la gauche, le centre, et les premiers pétionnaires du début d'année dont je fais parti. Hervé ne trouve pas normal ni même utile que l'Etat collecte autant d'informations (opinions politiques, religieuses, activités professionnelles et personnelles, entourage, etc.) sur toute personne de plus de 13 ans jouant un rôle politique, économique, syndical, associatif, religieux « significatif ». Voyant la liste des contestataires s'allonger, Nicolas Sarkozy a lui aussi faire preuve d'ouverture et de sympathie en cette rentrée en demandant à notre stricte ministre de l'Intérieur Michelle Alliot-Marie d'arranger tout ça. Etonnante façon de travailler : si ce fichier est si indigne et illégal, s'il viole nombre de conventions, pourquoi l'avoir inventé avec tous ces excès liberticides ? Peut-être parce que Nicolas et d'autres espéraient que nul ne s'en rende compte.

roselyne_bachelot_reference.jpgEnfin, Roselyne Bachelot, notre ministre de la santé, nous fait aussi plaisir : elle se lance à la chasse aux médecins crapuleux ayant confondu « Hypocrate » et « hypocrite ». Les médecins qui refusent des patients couverts par la CMU (les plus pauvres, sur lesquels on ne peut pas faire de dépassement d'honoraires), ou qui creusent trop vite le trou de la Sécu et le pouvoir d'achat des patients, bref les vilains médecins libéraux qui profitent du généreux système, se verront menaçés de sanctions. La CNAM pourra même empêcher les dépassements d'honoraires et baisser les tarifs des médecins si le trou de la Sécu devenait trop profond (une profondeur qui se mesure en milliards de déficit pour la Sécu, et en millions de bénéfices supplémentaires dans les poches d'altruistes médecins libéraux). Roselyne se range donc gentiment du côté des patients et de la Sécu de De Gaulle.

En cette rentrée, la droite gouvernementale est très symphatique : elle fait du social, elle écoute les citoyens, elle les soutient, elle les protège, elle danse même avec eux. Suffisant pour dégonfler le désamour et les déceptions des Français? Espérons que non, et que la lucidité populaire triomphera vite de ces caresses populistes.

vendredi, 05 septembre 2008

Wal-mart, un géant qui vous veut du bien

Attention ! Ce qui suit est un billet marketé faisant la promotion du géant américain de la distribution Wal-mart, une entreprise qui a su imposer au monde entier son modèle juste, progressiste, philanthrope et humaniste. (sic) En fait, il s'agit plutôt d'un long billet qui décrypte le détestable modèle de cette entreprise.

L'entreprise Wal-mart est née en 1962 dans l'Arkansas sous l'impulsion du regreté Sam Walton, un commerçant qui eut l'idée géniale d'exposer ses produits sur le trottoir et d'offrir des cadeaux aux enfants de ses clients, et notamment « des promenades à dos d’âne sur le parking ».

wmlogo.gifAujourd'hui, Wal-mart est la plus grande entreprise du monde. Elle employe plus de deux millions de salariés à travers le monde, dont 1,2 millions aux Etats-Unis, ce qui en fait le premier employeur du pays. L'entreprise, leader national et mondial de la grande distribution (son dauphin s'appelle Carrefour), participe à 2,5% du PNB américain grâce à son chiffre d'affaires de plus de 310 000 milliards de dollars (deux fois plus que notre géant français Total). Ses magasins compteraient 100 millions de clients américains, mais la firme réalise cependant 40% de son chiffre d'affaires à l'étranger grâce à ses filiales dans 13 autres pays comme le Canada, le Brésil, le Mexique, la Chine, le Japon, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne.

Le secret de cette réussite ? Les prix, imbattables. Ils seraient, en moyenne, de 14% inférieurs à ceux de la concurrence. Alors, l'entreprise affiche un slogan auquel les consommateurs ne peuvent rester insensibles : « Save money, live better ». L'entreprise, grâce à ses bas prix, se targue même de faire augmenter le pouvoir d'achat des ménages américains de plus de 400 dollars par an, et de créer, directement et indirectement, 200 000 emplois sur le sol américain. En page d'accueil de son site, Wal-mart affiche fiérement un compteur représentant les économies réalisées par les familles américaines grâce à la chaîne.

Mais derrière les prix imbattables se cache un modèle Wal-mart très particulier alliant très bas-salaires, pressions sur les salariés, compression maximale des assurances maladie et des retraites, refus de tout syndicat, violations du droit du travail, pressions sur les fournisseurs et ingérences dans leurs affaires, pressions sur les municipalités et lobbying auprès des représentants politiques.

Fonte des salaires et des garanties sociales

Les salaires Wal-mart sont 20% à 30% inférieurs à ceux proposés par la concurrence, si bien que partout où Wal-mart s'installe, les autres commerces ferment et le salaire local moyen diminue de 3% à 5%. L'implantation de magasins Wal-mart détériore finalement l'ensemble du marché du travail du bassin d'emplois concerné et instaure dans la région un logique de moins-disant salarial et social. LA porte-parole du groupe, Mme Mona Williams, explique cette politique des bas-salaires : « Est-il vraiment réaliste de payer quelqu’un 15 ou 17 dollars de l’heure pour remplir des rayons  ? »

Récemment, la filiale de Wal-mart au Mexique payait une partie des salaires de ses employés en bons d'achat, à utiliser uniquement dans le réseau Wal-mart. Comme l'explique le journal mexicain LaJornada, relayé par LeMonde, la justice mexicaine vient de déclarer cette pratique illégale car inconstitutionnelle.

L'entreprise fait aussi une chasse aux syndicats. Tout service qui tente d'implanter un syndicat se voit fermer, pratique illégale mais courante et justifiée comme suit : « Notre philosophie est que seuls des associés malheureux voudraient adhérer à un syndicat. Or Wal-Mart fait tout ce qui est en son pouvoir pour leur offrir ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin. » Puisque tout va bien, nul besoin de syndicats.

En 2006, l'entreprise a été condamné à une amende de 172 millions de dollars pour avoir refuser des pauses déjeuner à ses salariés.

Wal-mart, un puissant lobby local et national

Les pratiques de l'entreprise étant connues, certaines municipalités s'opposent à l'implantation de magasins Wal-mart dans leur zone. L'entreprise n'a qu'à montrer son jeu : si une commune refuse l'implantation d'un magasin, Wal-mart s'installera dans une commune voisine, ce qui plombera les commerces de la première commune, fera baisser les salaires de toute la zone sans créer le moindre emploi pour les habitants de la première commune. Un système perdant-gagnant qui oblige les communes résistantes à revoir leur position.

Au niveau national, Wal-mart n'hésite pas à jouer publiquement une forte influence auprès des représentants politiques et à arroser les parties de donations : «Après avoir longtemps gâté les républicains, allouant 85% de ses donations aux candidats fédéraux du parti de George Bush, le roi des hypermarchands sent le vent tourner et décide, à partir de février 2004, de chouchouter le parti démocrate. En janvier 2008, les versements de Wal-Mart aux parlementaires démocrates représentaient 43% de leurs donations totales un bel exemple de realpolitik.» (John R. McArthur in «Une caste américaine», Les Arènes, 2008)

L'entreprise influence aussi ses salariés sur leur vote et défie officieusement ses cadres de voter Obama en Novembre : comme l'explique Le Figaro, les cadres de l'entreprise suivent en effet des réunions obligatoires afin de les mettre en garde contre les dangers d'une victoire du candidat démocrate.

Au-delà des salariés, c'est toute la clientèle qui semble formatée à l'idéologie conservatrice Wal-mart. En effet, plus de 70% des clients sondés voteraient républicain.

Pour en savoir plus sur cette belle entreprise, n'hésitez pas à lire cet article de Serge Halimi sur Le Monde Diplo, d'où viennent nombre des infos citées plus haut.

mercredi, 03 septembre 2008

L'ISF oppose les vrais libéraux aux conservateurs cachés

Petit billet caustique à l'égard des guérilleros conservateurs anti-ISF qui peuplent parfois nos élites politiques, capitalistiques et syndicales, et qui nous prédisent l'apocalypse économique si cet impôt libéral et juste venait à persister.

Alors que Brice Hortfeux explique au Figaro, apparemment très sérieusement, que « le RSA est une révolution sociale », d'autres brillants ambassadeurs du conservatisme pseudo-libéral (néo-libéral dit-on) tentent de nous faire croire que la suppression de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) est une nécessité pour notre économie. De l'idéologie pure. De la bétise même. Une sorte de réflexe pavlovien à l'écoute du terrible chatîment : I, S, F.

3259562789-laurence-parisot-appelle-a-supprimer-l-isf.jpg?x=380&y=253&q=75&sig=3YmeTUK6fiHSBxWjkiRlNA--Après notre ministre Lagarde, rapidement désavouée par le bienvieillant François, c'est au tour de Madame Laurence Parisot, présidente du MEDEF (et accessoirement 431ème fortune de France, ce qui démontre une grande qualité), de se plaindre du niveau d'imposition du capital en France. Selon elle, cet impôt est « une catastrophe économique », rien que ça. Alors, « il serait sain, selon elle, de supprimer l'ISF, c'est la meilleure façon de conserver des investisseurs dans notre pays et c'est la meilleure façon de faire venir d'autres investisseurs qui avaient quitté notre pays ». Madame Parisot fait ici le lien entre ISF et investissement: l'ISF repousserait les investisseurs. Après cette douce logorrhée néolibérale, regardons la réalité.

 

Rappelons d'abord que :

-L'ISF est un impôt sur le patrimoine. Il ne taxe pas les revenus du capital.

-La France, malgré cet impôt sur le capital, est la 4ème destination mondiale d'Investissements Directs Etrangers (environ 70 milliards de dollars annuels, chiffre en augmentation chaque année).

-L'ISF ne concerne que les 550 000 foyers fiscaux (sur 35 millions soit une part de 1,5%) ayant un patrimoine supérieur à 770 000 euros. Plus votre patrimoine est élevé, plus vous êtes taxé, la limite étant de 1,80% pour les patrimoines supérieures à 16 millions d'euros ce qui représente déjà 1300 ans de SMIC, 13 siècles. Prenons un exemple concret : si vous détenez un patrimoine représentant 103 ans de SMIC (1 240 000 euros), vous devrez payer 2600 euros au titre de l'ISF. L'Etat Français est décidément un sacré voleur.

-De nombreux types de biens sont éxonérés dans le calcul de l'ISF, comme par exemple les oeuvres d'art, les forêts, les entreprises, les droits de propriété... ce qui permet de nombreux contournements légaux de cet impôt.

Regardons maintenant l'effet de l'ISF sur l'investissement :

Un investisseur décide d'investir 1 million d'euros dans une entreprise française. Au bout d'un an et parce que l'entreprise a bien marché, il en retire 5%, soit 50 000 euros. Son patrimoine vient donc d'augmenter de 50 000 euros. Au titre de l'ISF, il devra donc payer 1,80% de ces 50 000 euros, soit 900 euros. Son investissement lui aura donc finalement rapporté 49 100 euros, et non 50 000.

Par sa savante analyse, Madame Parisot tente donc de nous faire croire qu'un investisseur ne voudra pas investir son million d'euros en France à cause des quelques 900 euros qu'il perdra sur ses gains au titre de l'ISF! Cette thèse me parait peu crédible.

Si vous n'êtes pas convaincus :

La décision d'investir se base en premier lieu sur le critère du risque et de la probabilité de s'enrichir. Peu importent les 1,8% de l'ISF tant que l'investissement rapporte. Gagner 98,2, c'est presque comme gagner 100. L'attractivité de la France en terme d'investissements se joue donc d'abord sur le terrain de l'efficacité des entreprises françaises, sur leurs résultats, et non sur l'imposition du patrimoine.

Aussi, une imposition du capital, même légère, pousse son détenteur à l'investir, à le placer (des placements sûrs lui assureront quelques 4% annuels, donc 2,8% minimum si l'on en déduit l'ISF), et non à le laisser dormir sur un compte. Le propriétaire de logements, par exemple, aura intérêt à les louer (et donc en obtenir des revenus supplémentaires) plutôt que de les laisser vacants et d'en subir l'ISF sans rien en gagner.

Pour conclure :

L'ISF a donc des effets positifs pour l'économie : il tente d'éviter une trop forte concentration du capital et stimule sa mobilité dans l'économie concrète, sans pour autant représenter un frein à l'investissement, bien au contraire.

Il représente aussi un symbole du libéralisme, le vrai, le noble, puisque cet impôt taxe les rentiers, héritiers, mauvais gestionnaires qui conservent leur capital de façon improductive au lieu d'en faire profiter l'économie réelle. Et ceux qui s'opposent à cet impôt sont bien souvent des défenseurs du conservatisme et de l'ordre établi, tout l'inverse de l'idéal fondateur du libéralisme.

Cependant, le plus grand progrès fiscal  serait une refonte globale de la fiscalité (IR, CSG, cotisations, ISF) qui redonne une véritable progressivité à l'impôt, pour un système plus juste et égalitaire, une réforme que les vrais libéraux (les défeuseurs des libertés, de la méritocratie et de l'égalité des chances : personnalités politiques et économistes de gauche) soutiennent, mais que ni Madame Parisot ni Madame Lagarde n'ont encore appelée de leurs voeux.

 

mardi, 02 septembre 2008

Du côté de chez qui vous savez

Il y a des sujets, nombreux, sur lesquels je fais l'impasse ici, par manque de temps, d'énergie, ou par simple incompétence. Manque d'énergie, par exemple, sur le débat autour du RSA (mon opinion tient en quelques liens à droite dans la colonne del.icio.us). Incompétence sur la stratégie à adopter face à la Russie. Incompétence sur l'utilité et l'intelligence de la réforme des armées. Incompétence sur la justesse stratégique du choix de sa colistière par John Mc Cain. Etc.

Et puis, il y a parfois des sujets auxquels il ne sert à rien d'ajouter son grain de sel. C'est ce que je me dis quand je découvre une polémique à laquelle tous -journalistes, chroniqueurs, artistes, célébrités, bloggeurs- réagissent publiquement (voir la récente affaire Siné) ; de même pour certains sujets sur lesquels chaque Français a une opinion bien arrêtée que rien, aucune explication, aucune analyse, ne semble pouvoir infléchir (voir les discussions passionnées sur les raisons de l'embuscade afghane, le débat sur la poursuite ou non de la guerre, ou encore les soixante millions d'avis d'avant et d'après-match sur l'effectif et la tactique retenus par Raymond Domenech à chaque match).

41R8FETFH1L._SL500_AA240_.jpgC'est un peu pareil pour ma dernière lecture, Du côté de chez Swann, de Marcel Proust.

Tout le monde -ou presque- connaît ce roman, l'a lu ou en a largement entendu parler. Les plus grands professeurs, docteurs, écrivains, critiques littéraires, Français ou étrangers, ont donné leur avis sur l'oeuvre de Proust, à travers des centaines d'articles, de critiques, de bio et de monographies (voir cette impressionnante, et incomplète, bibliographie concernant Proust). Aussi, des milliers de lecteurs, Français et étrangers, sont fans de l'oeuvre de cet auteur et inventent des moyens de la faire perdurer, à travers des lectures publiques dans des librairies et dans des théâtres, ou à travers des lectures en webcam sur le net.

Alors, je n'ai pas grand chose de nouveau et de particulièrement intéressant à dire sur ce premier volume de l'oeuvre mythique de A la Recherche du Temps perdu. Le style est, en effet, exceptionnel tant il est maîtrisé, de l'usage des temps à la superposition des subordonnées. L'histoire -s'il n'y en a qu'une, ce qui n'est pas le cas- est belle, personnelle, bien racontée, bien écrite. Les descriptions sont patientes et détaillées. Les souvenirs d'enfance viennent par petites touches, grâce à des contacts, des odeurs, des goûts (le thé et la madeleine), des rencontres, des états d'âme et d'esprit comme on en ressent tous parfois.

L'auteur, maladif après la mort de ses parents et sortant de moins en moins, est bien parti, dans ce roman (441 pages), à la recherche de ses souvenirs d'enfance et de ses oublis. Il en ressort un roman très personnel, naviguant entre biographie, autofiction et fiction au gré des lieux (de Cambray à Paris principalement), des époques (avant, pendant et après l'enfance de Marcel), des personnages (très nombreux) et des souvenirs que le narrateur en garde. Les pages ont une vraie saveur grâce aux traits, aux ambiances que décrit le narrateur et certaines m'ont fait penser à La gloire de mon père de Pagnol bien que le cadre soit différent et que l'intention n'ait pas la même envergure.

L'une des grandes richesses de ce livre est son intelligence. L'auteur, au fil du long voyage romancé à travers sa mémoire, nous livre des réflexions, des pensées, souvent fortes, poétiques, vraies, sur des sujets comme l'amour, la jalousie, le sadisme, le temps, la mémoire. Ou encore les images, fébriles et simplifiées, que l'on a et que l'on garde des choses, des lieus, des époques, des personnes et qui, le jour où on les découvre ou redécouvre, nous semblent changées, étrangères :

« La réalité que j'avais connue n'existait plus. » p. 441

Ou encore :

« Et cette maladie qu'était l'amour de Swann avait tellement multiplié, il était si étroitement mêlé à toutes les habitudes de son sommeil, à sa vie, même à ce qu'il désirait pour sa mort, il ne faisait tellement plus qu'un avec lui, qu'on n'aurait pas pu l'arracher de lui sans le détruire lui-même à peu près tout entier : comme on dit en chirurgie, son amour n'était plus opérable. » p. 321

Si ça vous tente, vous savez quoi faire. Vous ne serez pas déçus.

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