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dimanche, 12 octobre 2008
L'économie avec plaisir
De l'extérieur, l'économie est une science repoussante, froide, « lugubre », ultra-rationnaliste, sûre d'elle-même, et les économistes sont des gens repoussants, froids, lugubres, ultra-rationnalistes, sûrs d'eux-mêmes.
Alors, pour vous réconcilier avec l'économie et les économistes, les éconoclastes Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia vous proposent Sexe, drogue... et économie, publié par Pearson Education. Comme le suggère le titre, il n'est pas question ici de reparcourir en longueur toutes les théories économiques depuis Adam Smith, mais bien de s'immerger dans la logique, l'esprit, le raisonnement économiques à travers des sujets actuels attirants, intriguants et souvent politiques.
Le style est sérieux et sobre, avec un peu d'humour (notamment dans les titres des chapitres), pas d'envolées lyriques ou dogmatiques, ni de passages indigestes : vous apprendrez sans forcer. Ce livre forme au raisonnement économique et apporte de nombreux éclairages (souvent politiquement incorrects et médiatiquement inaudibles) sur différentes problématiques actuelles comme le réchauffement climatique, la dette, l'éducation, le terrorisme, les moeurs, etc. Les résultats sont parfois surprenants et contre-intuitifs mais les raisonnements, toujours argumentés et défaits d'idéologie, laissent souvent peu de place (un peu quand même, parfois!) à la contradiction.
Pour vous inciter à dépenser vos 19 euros, voici quelques unes des idées argumentées que vous découvrirez dans ce livre :
-Interdire de fumer dans les bars/restaurants/discothèques est une très mauvaise idée d'un point de vue économique (chapitre 2 : Il faut laisser les gens fumer dans les lieux publics).
-La polygamie profiterait, contrairement aux idées reçues, aux femmes, car elles auraient un large choix de conjoints possible sur le « marché » ; à l'inverse, les hommes seraient mis en compétition pour attirer les rares femmes encore « libres » (chapitre 1 : La polygamie, pensez-y).
-La baisse de la criminalité observée aux Etats-Unis dans les années 1990 n'est pas, pour l'essentiel, due à la menace de la peine de mort, à la plus grande répression de la police, ou à la meilleure régulation des armes à feu, mais à... la libéralisation de l'avortement dans les années 1960. Le droit à l'avortement réduit en effet le nombre des enfants non désirés, lesquels ont statistiquement plus de risques que la moyenne de devenir délinquant à l'adolescence. Réduire le nombre d'enfants non désirés par une réforme du droit à l'avortement contribue donc à réduire la criminalité quinze ou vingt ans plus tard (chapitre 3 : Les économistes aiment les jeux bizarres).
-La dette publique n'est un vrai problème que pour les médias et les politiques. En réalité, elle est un faux problème pour de très nombreuses raisons (chapitre 5 : La dette publique est un faux problème), dont certaines sont rapidement traitées dans ce billet.
-Les économistes ne sont pas de droite, mais plutôt de centre-gauche (chapitre 23 : Les économistes ne votent pas (tous) à droite). Mauvais point par contre, ils sont très majoritairement de sexe masculin, comme dans la plupart des sphères intellectuelles, pour différentes raisons comme la discrimination (subie et auto-infligée) et les qualités intrinsèques (chapitre 22 : Patrick Juvet connaît l'économie).
-les MMORPG (jeux en ligne massivement multijoueurs, type Everquest et World of Warcraft) sont une économie à eux seuls. Les 60 000 joueurs d'Everquest par exemple produisent un PIB par habitant d'environ 200 dollars par an. Quant à World of Warcraft, le jeu regroupe 10 millions de joueurs dont un certain nombre sont prêts à dépenser de l'argent réel dans un univers virtuel, tandis que des milliers d'autres sont professionnels et sont payés pour jouer et faire évoluer les personnages de leurs clients (chapitre 18 : Je vis dans une économie virtuelle).
Le livre, qui compte 275 pages, se termine par des passages fort intéressants qui révèlent bien le désamour entre les Français et l'économie.
« Arrivé au terme de ce livre, il faut se rendre à une cruelle évidence : si vous l'avez aimé, vous ne devez surtout pas en parler. Certes, ce serait pour nous une formidable promotion. Mais, soucieux du bien-être du lecteur, nous vous le déconseillons fortement. Vous y perdriez une bonne part de votre capital sympathie auprès de nombreuses personnes. Il y a dans les chapitres qui précèdent de quoi vous brouiller avec beaucoup de monde. »
Et la dernière phrase :
« John Maynard Keynes écrivait que l'économie est une discipline complexe, mais que peu de gens le savent. Il avait raison. Ce que nous souhaitons, c'est que beaucoup de gens puissent le savoir, mais ne renoncent pas à la comprendre. »
Sexe, drogue... et économie d'Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia : un livre que je vous recommande chaudement (disponible presque partout).
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