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jeudi, 13 novembre 2008
Extension du domaine de la lutte, de Michel Houellebecq
Peu de temps, donc peu de lignes à propos d'Extension du domaine de la lutte, premier roman de Michel Houellebecq publié en 1994 et qui semble aujourd'hui encore neuf et moderne.
C'est l'histoire d'un jeune cadre de 30 ans (dont on ne connaît pas le nom), programmateur informatique, gagnant plutôt bien sa vie mais n'ayant que peu de plaisir à vivre. Ni beau, ni charmant, ni heureux, il n'attire pas les femmes et n'a pas beaucoup d'amis. Au point qu'il semble spectateur de la vie, seul et dépressif, bref une sorte de loser moderne, un perdant en errance.
En s'interrogeant sur les causes de la médiocrité de sa vie, le narrateur désigne un coupable : la société et son système libéral, libéral économiquement et sexuellement :
« Dans un système économique où le licenciement est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver sa place. Dans un système sexuel ou l’adultère est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver son compagnon de lit. En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables ; d'autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d'autres sont réduits à la masturbation et la solitude. Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société."
Dans cette lutte moderne, certains gagnent sur un tableau (économique par exemple) et perdent sur un autre (sexuel), les grands gagnants du libéralisme étant ceux qui allient réussite économique et sociale et réussite sexuelle et égotique.
Ce court roman (155 pages) peut donc être vu comme une critique de la société libérale, modèle qui entraîne de fortes inégalités entre les individus et qui crée des classes de vainqueurs et des classes de vaincus. Ce livre est aussi une chronique de la dépression contemporaine des vaincus, des victimes du système libéral, et de leurs errements -envie de meurtre et de suicide, honte de soi, cynisme et détachement du réel- dans un monde désenchanté.
Le style est vraiment léger, c'est rapide et facile à lire. Quant au ton du narrateur, il est avant tout cynique, détaché et assumé.
Lecture très conseillée.
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