« 2008-10 | Page d'accueil
| 2008-12 »
samedi, 29 novembre 2008
Ce que nous dit la crise : l'Europe est encore inaccomplie
Retour rapide sur ce blog après une bonne période de travail intensif.
La crise (financière puis économique) nous dit beaucoup de choses sur le système financier international et sur ses travers. Mais elle nous dit aussi beaucoup sur le nouvel ordre mondial et sur la place de l'Europe dans la monde.
Toutes les grandes puissances, en suivant les conseils formulés au sommet du G20 de Washington, ont réagi à la crise par de vastes plans de relance. Les Etats-Unis consacreront ainsi 700 milliards (et ce n'est sûrement qu'un début) au sauvetage de l'économie américaine, soit 5% du PIB. Le Japon investira 200 milliards de dollars, soit 4,5% du PIB. La Chine fait encore plus fort avec un plan exceptionnel d'environ 500 milliards, soit 7% du PIB.
Et l'Europe ? Le plan de relance européen, présenté par José-Manuel Barroso mercredi, s'élève à 200 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB seulement. C'est un petit plan puisqu'il ne fait que regrouper les plans nationaux de l'ensemble des pays membres (qui représentent 1,2% du PIB européen) et ajoute un petit effort de la part de la Commission à hauteur de 0,3% (quelques 40 milliards d'euros). Ainsi, la réponse européenne est d'abord une réponse des Etats européens qui, de façon isolée, décident des sommes à engager (certains comme la France sont volontaristes, d'autres comme l'Allemagne sont moins dépensiers) et dans quelles directions (la baisse de la TVA pour Gordon Brown, l'investissement pour Angela Merkel, les énergies vertes pour Nicolas Sarkozy, etc.). L'Europe n'a donc pas de position unique, claire et cohérente contrairement aux autres grandes puissances.
La crise nous montre ainsi les limites de l'Europe actuelle, une Europe inaccomplie puisqu'elle est plus une "union d'Etats souverains" qu'une fédération d'"Etats unis", une Europe qui n'a que peu de moyens (notamment financiers) et dans laquelle les Etats gardent finalement une très forte souveraineté dans leurs choix de réformes et dans leur gestion budgétaire.
Ce moment exceptionnel nous fait voir que l'Europe ne sera jamais l'égal des autres grandes puissances tant qu'elle ne gagnera pas en cohérence, et donc en profondeur, en harmonisation et en indépendance vis-à-vis des Etats membres. Il revient donc aux Etats nationaux de s'effacer, pour que l'Europe s'impose vraiment comme décideur législatif et exécutif et qu'elle trouve ainsi tout son intérêt.
Mais, et c'est la petite note de pessimisme du billet, les Etats nationaux ne sont probablement pas prêts à abandonner une part croissante de leur pouvoir. Ni les exécutifs, ni les Parlements, ni même les peuples qui aiment encore trop l'idée d'un pouvoir national fort et qui n'ont ni "conscience européenne" ni sentiment d'appartenance au "peuple européen" comme on en verrait dans les véritables unions d'Etats, les Etats fédéraux.
11:03 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, crise, etats-unis d'europe
jeudi, 13 novembre 2008
Extension du domaine de la lutte, de Michel Houellebecq
Peu de temps, donc peu de lignes à propos d'Extension du domaine de la lutte, premier roman de Michel Houellebecq publié en 1994 et qui semble aujourd'hui encore neuf et moderne.
C'est l'histoire d'un jeune cadre de 30 ans (dont on ne connaît pas le nom), programmateur informatique, gagnant plutôt bien sa vie mais n'ayant que peu de plaisir à vivre. Ni beau, ni charmant, ni heureux, il n'attire pas les femmes et n'a pas beaucoup d'amis. Au point qu'il semble spectateur de la vie, seul et dépressif, bref une sorte de loser moderne, un perdant en errance.
En s'interrogeant sur les causes de la médiocrité de sa vie, le narrateur désigne un coupable : la société et son système libéral, libéral économiquement et sexuellement :
« Dans un système économique où le licenciement est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver sa place. Dans un système sexuel ou l’adultère est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver son compagnon de lit. En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables ; d'autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante ; d'autres sont réduits à la masturbation et la solitude. Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société."
Dans cette lutte moderne, certains gagnent sur un tableau (économique par exemple) et perdent sur un autre (sexuel), les grands gagnants du libéralisme étant ceux qui allient réussite économique et sociale et réussite sexuelle et égotique.
Ce court roman (155 pages) peut donc être vu comme une critique de la société libérale, modèle qui entraîne de fortes inégalités entre les individus et qui crée des classes de vainqueurs et des classes de vaincus. Ce livre est aussi une chronique de la dépression contemporaine des vaincus, des victimes du système libéral, et de leurs errements -envie de meurtre et de suicide, honte de soi, cynisme et détachement du réel- dans un monde désenchanté.
Le style est vraiment léger, c'est rapide et facile à lire. Quant au ton du narrateur, il est avant tout cynique, détaché et assumé.
Lecture très conseillée.
21:56 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 05 novembre 2008
Yes we can. But, can he?
Le monde entier l'espérait, ils l'ont fait.
Merci l'Amérique!

Et maintenant, il ne faudra pas décevoir.
Jamais, je crois, un homme n'aura suscité autant d'attente et d'espoirs de la part des citoyens du monde : si Obama échoue, tout s'écroule, et tout deviendra possible, y compris le pire.
In Obama we all trust.
13:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : obama
mardi, 04 novembre 2008
American Psycho, de Bret Easton Ellis
Le monde entier est aujourd'hui tourné vers l'Amérique, moment idéal pour découvrir un peu plus la société américaine. C'est ce que propose l'auteur américain Bret Easton Ellis, 44 ans, dans toute son oeuvre, et notamment dans ce roman à succès et à scandale, écrit en 1991 : American Psycho, une chronique de la haute société new-yorkaise des années 1980.
American Psycho (wiki) raconte l'histoire de Patrick Bateman, un golden boy new-yorkais de 26 ans à qui tout sourit : il est beau, jeune, intelligent ; il a de l'argent, du succès et du goût ; il fréquente les milieux les plus sélects, a ses entrées dans les meilleurs restaurants et profite pleinement de sa vie.
Mais Patrick Bateman a un problème : la nuit, il devient un psychopathe qui tue selon ses envies, ses pulsions, ses humeurs. Des hommes, des femmes (souvent des conquêtes féminines, des amies, des prostituées), des animaux, des riches, des pauvres, des sans-abris, des homosexuels : Bateman tue avec froideur, violence, barbarie des victimes qu'il connait, des femmes avec qui il vient de coucher (les scènes de sexe puis de meurtre sont très détaillées par l'auteur, à la limite de la pornographie et du monstrueux, ce qui choqua beaucoup les lecteurs américains et valut à l'auteur des menaces de mort). Cette activité macabre est un défouloir dont il a besoin, et est même sa principale source de plaisir, un plaisir qui monte avec la violence, la barbarie du spectacle qu'il joue et met en scène. Le sens de cette folie meurtrière ? Nul ne le connaît, pas même Bateman: il tue parce qu'il en ressent l'envie et que rien ne l'en empêche. En effet, dans son monde, rien n'a de sens, donc rien n'est insensé. Quand Bateman comprend qu'un personnage a découvert le psychopate qui se cache en lui, sa seule réponse est en fait une déception : "Je veux juste continuer à jouer."
Ce côté nihiliste, en absence de sens, est aussi alimenté par l'absence totale de considérations morales ou de questionnement sur la justice, l'égalité, le droit. Dans l'univers qu'est Manhattan, "cette jungle" disait Tom Wolfe, seul compte ce qui est beau et esthétique, ce qui est cher, ce qui a de la valeur (ou une utilité au sens économique) : Bateman, à l'image de cette haute société new-yorkaise qui dispose de tout et n'a aucune limite, voue un culte au beau, au sens matériel et utilitariste. Dans chacune des scènes, les personnages sont méticuleusement décrits par le narrateur selon la marque et le créateur de leurs vétements, la beauté, la finesse et la musculature de leur physique, l'étendue de leur fortune. Les valeurs traditionnelles (telles que la gentillesse, l'honnêteté, le courage) n'ont ici aucun écho : il faut être et paraître beau, riche et désirable, quite à agir de façon détestable: « Cette époque n’est pas faite pour les innocents » explique Bateman.
Alors que le roman commençait par un avertissement "ABANDONNE TOUT ESPOIR, TOI QUI PENETRES ICI", il se termine à la 527ème page par un constat d'échec "SANS ISSUE", manière de dire qu'il n'y a pas d'espoir, que Bateman est condamné, prisonnier de son être vide et insensé.
A travers ce livre, l'écrivain fait certainement la critique d'une société très violente (celle du Manhattan des années 80, du crime et de la finance florissante) dont la vie est en perte de sens et de repères (société nihiliste plutôt qu'hédoniste) et qui se réfugie dans de sombres travers tels que l'alcool, la drogue et, parfois, le sang. Au-delà, Bret Easton Ellis dénonce, avec courage à mon sens, un modèle de société américain dangereux et nihiliste, une dystopie sans valeurs ni symboles, basé sur l'individualisation et la libéralisation, et donc la déconstruction du social, et qui survit par accoups, notamment par le trio explosif de "sex, drug, and violence".
Bref, c'est un roman au style très particulier (c'est du Ellis, tout simplement) souvent choquant et obscène, dans lequel on peine parfois à trouver du sens, mais qui, lorsque l'on va au-delà de l'apparence des mots, nous dit beaucoup sur les sociétés modernes et leur attirance pour un monde post-moderne bordé de récifs et de falaises.
*Notons que le héros, Patrick Bateman, n'est autre que le frère de Sean Bateman, le héros, tout aussi perdu et nihiliste, d'un autre roman de Bret Easton Ellis, Les Lois de l'attraction (que je vous conseille d'ailleurs, si vous aimez la littérature qui s'assume et qui écrit ce qu'on ose pas dire). Sean fait d'ailleurs une brève apparation dans American Psycho.
21:31 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : american psycho, littérature, lecture
lundi, 03 novembre 2008
Agir utile : la Fête de la Couleur
Il y a plusieurs manières d'agir utile : écouter, aider, militer, collecter, donner, faire parler, faire comprendre, etc.
Aux Etats-Unis par exemple, beaucoup de gens s'investissent pour que les citoyens américains votent massivement demain. Et cette action, utile, pourrait faire la différence. Mais en tant que français, s'investir dans la campagne américaine ne fera probablement pas la différence.
Si on veut faire la différence, de façon concrète, rapide et simple, on peut plutôt participer à ça :
La fête des couleurs - David Abiker
Pour suivre chaque jour l'actualité du projet, bookmarkez le blog de la Fête de la Couleur.
Et n'hésitez pas à en parler sur vos blogs, ç'est de l'action utile.
20:54 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la fête de la couleur, agir utile










