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lundi, 05 janvier 2009

Le retour de l'Histoire

Derrière ce billet et son titre quasi-mystique, un sentiment d'ensemble assez difficile à expliciter : si l'Histoire s'est peut-être terminée à un moment (après la chute du mur de Berlin pour Fukuyama par exemple), elle est bien de retour depuis quelques mois.

C'est une simple impression laissée par ces derniers mois incroyables et par quelques heures de l'Année du Zapping 2008 : le monde a beaucoup changé en 2008, probablement bien plus que lors des années précédentes. Ce changement s'est fait en profondeur : dans les esprits, dans les mentalités, dans les croyances. En quoi consiste ce changement? En la remise en cause, et peut-être même en l'effondrement, de plusieurs structrures idéologiques du monde : la suprématie économique de l'Ouest et des idées "libérales" (néo-libérales serait peut-être plus juste), l'idée que les Etats-Unis occupent un rôle central et stabilisateur dans le monde, l'idée que le monde est gouverné, encadré et donc immunisé contre les plus grands dangers.

Or, que nous montre la crise économique actuelle? Qu'un effondrement du seul marché immobilier américain peut provoquer une crise mondiale, d'abord financière (et donc peu génante finalement) et aujourd'hui économique, que tout le monde compare à celle de 1929 : la Grande Dépression, celle des manifestations de la faim aux Etats-Unis, du chômage galopant, de la déflation. Aujourd'hui, tous les pays riches sont en récession, le chômage augmente, Obama prévoit même un chômage à deux chiffres si rien n'est fait aux Etats-Unis. Scène incroyable, George Bush et Alan Greenspan, le cerveau historique de la Fed, deux figures de l'élite politique et économique mondiale, admettent ce retournement de leurs croyances depuis quelques mois : ils croyaient en des idées qui s'effondrent aujourd'hui avec la crise.

Cette crise dépouille le monde de son appareil idéologique dominant : est-ce une crise locale, un accident de parcours lié à une bulle comme une autre, ou bien une crise de système? Devons-nous désormais être monétaristes ou keynésiens? Libéraux ou interventionnistes? Doit-on soumettre les capitaux aux frontières des Etats ou étendre les règles à l'international? Cette année 2008 aura été celle d'une réouverture de vastes questions économiques qui semblaient avoir été réglées en 1989 avec la mort du communisme géant et le triomphe du modèle libéral américain. L'élection de Barack Obama pourrait permettre, mais c'est encore incertain compte tenu de sa droitisation, de voir ces questions idéologiques remises en débat au sein des grandes instances de décision.

Mais l'année 2008 fut aussi celle du retour de certains acteurs du passé -la Russie comme force géopolitique en Ossétie, et de l'envol de puissances d'avenir -la Chine, en imposant sa méthode au monde occidental sur la question du Tibet. Dans un contexte idéologique où tout est à reconstruire et face à une puissance américaine vascillante, l'année 2009 nous réserve bien des surprises, et pas que des bonnes.

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