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mercredi, 21 janvier 2009
Promenade avec Virginia Woolf
Parmi les incontournables de la littérature anglaise, et même de la littérature du XXème siècle en général, il y a la britannique Virginia Woolf (1882-1941), auteure féministe issue d'une famille très intégrée au haut milieu littéraire anglais, et dont l'oeuvre fut marquée par des romans connus tels que Mrs. Dalloway (1925, adapté au cinéma par deux fois), Les Vagues (1931, traduit en français par Marguerite Yourcenar), et La Promenade au Phare (1927, publié par la maison d'édition londonienne de l'auteure et de son mari), son meilleur livre selon elle, le plus autobiographique aussi.En effet, Virginia Woolf s'inspire dans ce roman (280 pages divisées en 3 parties inégales) de ses souvenirs d'enfance lorsqu'ils partaient en vacances en famille dans leur maison d'été de St-Ives, en bord de mer, à la pointe sud-ouest de l'Angleterre. L'auteure mêle sa propre histoire au roman, manière de parler librement de ses parents incarnés par Mr. et Mrs. Ramsay dans le roman.
L'écriture de Virginia Woolf délaisse l'action et le dialogue (il se passe très peu de choses concrètes) pour se concentrer sur les sentiments, les réflexions, les non-dits. On navigue dans les pensées de chaque personnage, dans ce qu'ils ne disent pas, dans ce qu'ils n'osent exprimer à voix haute de peur de blesser, de déplaire, d'avouer l'inavouable (comme ce fils qui, se sentant négligé par son père autoritaire Mr. Ramsay, veut parfois lui planter un couteau dans le coeur)... Parcourir ainsi les pensées des personnages se révèle violent puisqu'on découvre que la stabilité et le bonheur de ce cercle d'amis, de cette grande famille et de son couple central si fort et si beau (les Ramsay), reposent sur des choses cachées, des émotions non partagées, des critiques intériorisées, qui s'apparentent parfois à de l'immoralité et à de l'hypocrisie de la part des personnages, au premier rang desquelles la si respectée Mrs. Ramsay. Les relations sociales, même entre proches qui s'aiment, semblent ainsi pleines de secrets et de mensonges comme si l'on était finalement toujours seul et incompris.
Dans la dernière partie du roman qui se situe plusieurs années plus tard, le contexte a brutalement changé (la guerre de 1914) et les personnages restants semblent vivre désormais dans le passé, à travers leurs souvenirs de cette époque. Lily Briscoe, une amie artiste des Ramsay, en vient même à avoir des visions et à parler intérieurement avec ceux qui ne sont plus là. Un symptôme que connaissait vraisemblablement la fragile Virginia Woolf puisque, dans une lettre laissée à son mari avant son suicide par noyade en 1941, elle écrivait : « Je commence à entendre des voix et ne peux pas me concentrer. Alors je fais ce qui semble être la meilleure chose à faire. Tu m'as donné le plus grand bonheur possible... Je ne peux plus lutter, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler. »Difficile pour finir de ne pas faire un parallèle entre Virginia Woolf et Marcel Proust au niveau du style, du ton, de la voix : les deux auteurs se lisaient, et s'influençaient semble-t-il. Autres éléments qui rassemblent les deux contemporains, leur besoin de faire vivre à nouveau le passé par l'écriture, et leur fragilité -psychologique pour Woolf, plus physique pour Proust.
13:32 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : virginia woolfe, littérature, lecture, marcel proust
lundi, 19 janvier 2009
S'inspirer de la campagne américaine
La fondation progressiste Terra Nova vient de publier une enquête approfondie (137 pages) sur la campagne présidentielle de Barack Obama et en tire quelques recommandations pour les partis politiques et les décideurs français : un travail important et très instructif, synthétisé en un pdf de 11 pages et dans un article du Monde.L'analyse de la campagne révolutionnaire d'Obama
Le rapport insiste en 10 leçons sur le caractère révolutionnaire de la campagne menée par Barack Obama. On retient notamment :
-une cause, le changement, qui fédère au-delà des clivages classiques
-des médias de masse modernes (MyBO.com, Facebook, MySpace, Twitter, sms, etc.)
-de vastes bases de données sur l'ensemble des Américains
-un grand nombre d'amis et de supporters : une véritable communauté
-un large appel aux dons de particuliers et à l'action militante de terrain
La nécessaire modernisation des partis français
Le rapport propose ensuite d'importer en France, et notamment au Parti Socialiste, certaines de ces recettes gagnantes :
-faire des partis français des partis de masse (avec de faibles cotisations)
-faire des primaires ouvertes où adhérents et sympathisants votent pour leur futur candidat
-moderniser et professionnaliser les méthodes de campagne (porte-à-porte peer to peer, réseaux sociaux online, bases de données globales, etc.)
Ces propositions nous interrogent sur la démocratie que nous voulons. Ouvrir les primaires aux non-adhérents est certainement un moyen simple de créer une large dynamique autour d'un candidat et donc d'en faire un présidentiable légitime (de nombreux partis européens l'ont fait avec succès). Mais la massification des partis suppose qu'on passe de partis de militants, très engagés idéologiquement mais peu nombreux, à des partis de supporters, plus attirés par l'émotion et le charisme d'un candidat que par le détail de son programme (exemple des supporters de Barack Obama). Est-ce désirable? Cela sert-il le débat d'idées? Je ne sais pas, mais c'est en tout cas utile à la victoire dans les urnes.
Un appel à la réforme de nombreuses règles de campagne
Le rapport fait enfin des recommandations au législateur pour réformer certaines règles de campagne jugées obsolètes et contreproductives, parmi lesquelles :
-supprimer la règle des 500 signatures
-indexer le temps de parole des candidats selon leur poids politique supposé
-éloigner de plusieurs semaines le second tour du premier
La règle des 500 signatures parait archaïque : elle ferme la porte à des candidats populaires et permet au contraire à des candidats très peu représentatifs de participer à l'élection. Terra Nova propose une alternative séduisante comptant deux types de candidatures : désignation par les partis représentatifs (5% aux dernières législatives par exemple) et parrainage populaire sous forme de pétition (un million de signataires nécessaire par exemple). L'égalité totale du temps de parole dans les médias pose aussi des problèmes puisque les nombreux petits candidats sont surexposés par rapport à des candidats très représentatifs. Terra Nova propose l' "équité" où le temps de parole (contrôlé par le CSA) dépendrait de l'influence politique supposée, avec un temps plancher réservé à tous. Mais ce nouveau système pose à long terme une menace sur la médiatisation des petits candidats et suppose le recentrage de la campagne sur quelques candidats (2, 3, 4, 5 maximum), nouvel équilibre qui ne me choque pas mais qui ne fera pas plaisir à tout le monde. Enfin, espacer le second tour du premier de plusieurs semaines (un mois par exemple, au lieu de deux semaines aujourd'hui) permettrait à la campagne finale de gagner en profondeur et en vérité (grâce par exemple à plusieurs débats télé entre les deux candidats, comme ça se fait aux Etats-Unis).
Le débat sur nos règles de campagne est essentiel, mais peut-être aussi insoluble, puisqu'il interroge le type de démocratie que nous voulons : un militantisme guidé par les personnes ou par les idées? un militantisme d'experts contre un militantisme des masses ? un régime médiatique, et donc à terme politique, fragmenté entre de nombreux partis ou recentré sur quelques partis très représentatifs? Des questions profondes, sur lesquelles les avis divergent forcément.
15:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : campagne, élections, obama, terra nova
samedi, 17 janvier 2009
Chronique cinéma
Deux déceptions : Tropic Thunder et Burn After Reading
Vu le concept de Tropic Thunder (filmer le tournage d'un film de guerre sur le Vietnam) et son casting à haut potentiel humoristique (Ben Stiller et Jack Black pour mes préférés), on pouvait s'attendre à une des meilleures comédies de l'année. Et c'est ce qu'ont confirmé les chiffres. Mais pour moi, c'est plutôt un flop : pas beaucoup ri même si ça reste un moment plaisant.
Burn After Reading, le dernier des frères Cohen, laisse une impression d'incompréhension. Qu'ai-je manqué? Quel est le sens du film? Aucune idée. Disons que le film mêle un casting de rêve (Brad Pitt, George Clooney, John Malkovich) à une histoire tordue où deux idiots travaillant dans un club de gym pensent avoir découvert des documents top-secret d'un ex-agent de la CIA, et tentent de le faire chanter. Un film hallucinant, avec des personnages complétement fous, et une question : WTF? Deux coups de coeur : Vicky Cristina Barcelona et Slumdog Millionaire
Le dernier Woody Allen se penche encore une fois sur l'amour et la passion, dans le décor chaud et envoutant de Barcelone. Casting de luxe (Scarlett Johansson, Javier Bardem, Penelope Cruz, Rebecca Hall), prédominance de l'art, beaux dialogues et questionnements profonds sur des choses essentielles : du beau cinéma comme je l'aime.
Danny Boyle (Trainspotting, Sunshine, La Plage) propose un film sur la vie de Jamal Malik, un orphelin indien né dans les bidonvilles de Bombay. Le film est un magnifique enchaînement de flash-backs : Jamal participe au jeu télé planétaire "Qui Veut Gagner Des Millions?" et chaque question lui rappelle des souvenirs de son enfance. Cet orphelin qui sait à peine lire enchaîne les bonnes réponses grâce aux difficiles expériences de sa vie, alors que le pays entier le soutient à travers les écrans. Un beau moment que Les Inrocks n'ont pas du tout apprécié.23:15 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, films
dimanche, 11 janvier 2009
Les liens du soir (4)
» Goodbye | Send Your Heartfelt Goodbye Letter to George W. Bush
Les Amércains disent au revoir à leur Président George W. Bush en lui envoyant des messages d'amour et de remerciement (sic).
Dear President Bush,
I'm glad you are leaving. You have singlehandedly done more than any individual in this nation to try and destroy what little faith I have in our country. You have lied, tortured, disrespected the American people, the Constitution, and human rights.
» Blogueurs et journalistes : premières leçons d'une Odyssée de l'info - novövision
Narvic fait la présentation et le premier bilan de l'opération "L'Odyssée de l'info" de L'Express, qui publie pour son 3001ème numéro les travaux de journalistes ET de blogueurs.
Une expérience d'ouverture des médias au net, à saluer.
» Ramdam dans l’île Saint-Louis - Causeur
Alexandre Gady, spécialiste du patrimoine, peste contre Albanel et son ministère de la Culture, qui ne semblent pas défendre avec beaucoup de vivacité le patrimoine français, et notamment l'hôtel Lambert, situé sur l'île Saint-Louis à Paris et nouvelle propriété d'un riche émir Qatari ayant envie de "moderniser" cette batisse du XVIIème.
Cette affaire montre une fois de plus, et cruellement, que le patrimoine – ce que nous tenons de nos pères –, bref, notre bien commun, est une chose trop sérieuse pour être confiée au ministère de la Culture.
19:37 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 10 janvier 2009
Les liens du soir (3)
Jérôme Leroy dit ses vérités de communiste sur le conflit israelo-palestinien, désormais biaisé avec le Hamas terroriste en autorité légale, et dans lequel les victimes sont les peuples, israéliens et arabes, anciennement alliés et qu'on a fait ennemis
nous n’avons plus affaire à un conflit où les Palestiniens représentent la lutte anti-impérialiste et Israël un Etat colonial. Dans cette configuration, malgré tout, on pouvait encore discuter, le schéma était connu. Et l’on pouvait sans honte manifester en France pour la Palestine. Aujourd’hui, si on le fait toujours, c’est en serrant les dents et en se bouchant les oreilles» Who Changes the Kissing Rules? - Freakonomics Blog
Daniel Hamermesh, en plus d'être économiste et drôle, est un grand voyageur. Il se demande pourquoi et qui change les normes sociales très nationales du 'bonjour' (kiss/double-kiss/hug/etc selon le pays et l'époque) dans les différents pays qu'il visite?
» Le non congé de maternité de Rachida Dati - Diner's room
Jules à propos du non-congé de maternité de Rachida Dati (nb : la petite pique sur Sarkozy est saillante)
Le comportement de Rachida Dati n'est pas condamnable, il est exemplaire : l'exercice du pouvoir politique suppose d'être placé plus haut que les dirigés. [...]
Et l'on préfèrera celle qui renonce aux jouissances de sa vie privée à cet autre qui semble s'y adonner avec peu de vergogne.
18:38 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 07 janvier 2009
Les liens du soir (2)
Pierre Serisier, le monsieur séries télé du Monde, a revu la mini-série Band of Brothers de Spielberg et Tom Hanks. Une série exceptionnelle sur la seconde guerre mondiale et son horreur. A ne pas manquer Band of Brothers - Contre la provocation de Dieudonné
Robert Fisk, correspond de The Independant au Moyen Orient, s'indigne de la mort de civils réfugiés dans une école de l'ONU à Gaza et des mensonges réguliers d'Israël. Un témoignage de journaliste engagé Robert Fisk : Et nous nous demanderons pourquoi ils nous haïssent
Pour Jean Quatremer, spécialiste Europe de Libération, la nouvelle crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine doit conduire l'Europe a s'unir dans ce combat économique et surtout politique contre Moscou Coulisses de Bruxelles, UE: La Russie, une menace pour l’Union ?
mardi, 06 janvier 2009
Les liens du soir
» L'économiste américain Daniel Hamermesh du blog Freakonomics, souvent très fun, pose ici une question: Which Is Worse: Fewer Pubs or More Unhealthy Citizens? Oui, interdire de fumer dans les bars met de nombreux établissements en difficulté. Mais ça sauve dans le même temps des vies, et ça économise des dépenses de santé, donc...
» L'armée israélienne préviendrait par téléphone certaines de ses cibles du Hamas quelques minutes avant de bombarder leur maison. Secret Défense: Gaza : quand Tsahal "toque au toit" par téléphone
» La prof de français Samantdi nous parle des revendications de ses 5èmes qui trouvent qu'elle les compare trop aux autres, meilleurs. C'est mignon les enfants, surtout quand ça se plaint Revendications populaires - Vie Commune
» Comment rendre les universités françaises meilleures en terme d'enseignement et de recherche ? Un économiste doctorant nous donne certaines pistes qui suivent l'exemple américain : sélection, recrutement libre, concurrence... A méditer Réforme des universités, emplâtres et jambes de bois - Notes d'un économiste
lundi, 05 janvier 2009
Le retour de l'Histoire
Derrière ce billet et son titre quasi-mystique, un sentiment d'ensemble assez difficile à expliciter : si l'Histoire s'est peut-être terminée à un moment (après la chute du mur de Berlin pour Fukuyama par exemple), elle est bien de retour depuis quelques mois.
C'est une simple impression laissée par ces derniers mois incroyables et par quelques heures de l'Année du Zapping 2008 : le monde a beaucoup changé en 2008, probablement bien plus que lors des années précédentes. Ce changement s'est fait en profondeur : dans les esprits, dans les mentalités, dans les croyances. En quoi consiste ce changement? En la remise en cause, et peut-être même en l'effondrement, de plusieurs structrures idéologiques du monde : la suprématie économique de l'Ouest et des idées "libérales" (néo-libérales serait peut-être plus juste), l'idée que les Etats-Unis occupent un rôle central et stabilisateur dans le monde, l'idée que le monde est gouverné, encadré et donc immunisé contre les plus grands dangers.
Or, que nous montre la crise économique actuelle? Qu'un effondrement du seul marché immobilier américain peut provoquer une crise mondiale, d'abord financière (et donc peu génante finalement) et aujourd'hui économique, que tout le monde compare à celle de 1929 : la Grande Dépression, celle des manifestations de la faim aux Etats-Unis, du chômage galopant, de la déflation. Aujourd'hui, tous les pays riches sont en récession, le chômage augmente, Obama prévoit même un chômage à deux chiffres si rien n'est fait aux Etats-Unis. Scène incroyable, George Bush et Alan Greenspan, le cerveau historique de la Fed, deux figures de l'élite politique et économique mondiale, admettent ce retournement de leurs croyances depuis quelques mois : ils croyaient en des idées qui s'effondrent aujourd'hui avec la crise.
Cette crise dépouille le monde de son appareil idéologique dominant : est-ce une crise locale, un accident de parcours lié à une bulle comme une autre, ou bien une crise de système? Devons-nous désormais être monétaristes ou keynésiens? Libéraux ou interventionnistes? Doit-on soumettre les capitaux aux frontières des Etats ou étendre les règles à l'international? Cette année 2008 aura été celle d'une réouverture de vastes questions économiques qui semblaient avoir été réglées en 1989 avec la mort du communisme géant et le triomphe du modèle libéral américain. L'élection de Barack Obama pourrait permettre, mais c'est encore incertain compte tenu de sa droitisation, de voir ces questions idéologiques remises en débat au sein des grandes instances de décision.
Mais l'année 2008 fut aussi celle du retour de certains acteurs du passé -la Russie comme force géopolitique en Ossétie, et de l'envol de puissances d'avenir -la Chine, en imposant sa méthode au monde occidental sur la question du Tibet. Dans un contexte idéologique où tout est à reconstruire et face à une puissance américaine vascillante, l'année 2009 nous réserve bien des surprises, et pas que des bonnes.
21:21 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









