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dimanche, 15 mars 2009

William Faulkner raconte la vie

Après Truman Capote, John Steinbeck, Ernest Hemingway et d'autres, nouvelle traversée de l'Atlantique pour découvrir un autre géant de la littérature américaine, William Faulkner, prix Nobel de littérature en 1949.

Le bruit et la fureur (The Sound and the Fury, 1929, publié en France en 1938 après la traduction de Maurice-Edgar Coindreau) fait partie des grands romans de Faulkner avec Tandis que j'agonise (1930), Absalon, Absalon! (1936) ou Lumière d'août (1938).

faulkner.1198707912.jpgLe roman raconte, en 370 pages divisées en 4 parties, l'histoire assez tragique d'une famille blanche américaine du Sud (les Compson), aux côtés de laquelle vit une famille noire dont la mère (Disley) est la domestique. Les faits marquants de cette histoire familiale sont la maladie psychiatrique d'un des fils (Benjy, attardé mental qui a sans cesse besoin de la présence de sa soeur Caddy), l'amour incestueux d'un autre fils (Quentin, étudiant de Harvard) pour Caddy puis son suicide, et la haine et le cynisme qui animent le dernier fils (Jason) contre sa soeur Caddy et sa fille Quentin.

La compréhension de ce roman est difficile, pour plusieurs raisons :
-les répétitions dans les prénoms des personnages : dans la même famille, on compte deux Maury (l'oncle et le fils, surnommé Benjy pour simplifier), deux Quentin (le fils et sa nièce, la fille de Caddy) et deux Jason (le père et le fils).
-la structure du texte : Faulkner utilise la technique du "courant de conscience", c'est-à-dire que chaque partie est racontée subjectivement du point de vue d'un des personnages (1. Benjy, 2. Quention, 3. Jason, 4. narration objective classique). De plus, on lit parfois les pensées, déstructurées, sans ponctuation ou carrément inintelligibles, des narrateurs.
-la déformation du temps : les 4 parties du livre ne sont pas organisées dans un ordre chronologique (on navigue notamment entre 1928 et 1910), ce qui peut embrouiller le lecteur. Et même à l'intérieur des parties, les voyages dans le temps, dans le contexte, sont nombreux et pas toujours évidents à comprendre.

3308823295_3fb6c4e9d6.jpg?v=0Vu toutes ces difficultés, l'auteur n'a visiblement pas eu peur de perdre son lecteur et de lui imposer une vraie gymnastique de l'esprit. Ce choix courageux est un véritable succès : ce roman est exceptionnel. William Faulkner a un véritable talent, une intelligence, un regard dur et lucide, pour raconter les choses, aussi bien les pensées que les actions. Ainsi, si on devait placer Faulkner dans le portrait de la grande famille de la littérature, peut-être le placerions-nous entre Marcel Proust et Truman Capote (et pas loin de James Joyce?).

Faulkner met en scène des personnages profonds et complexes. Ici, pas de héros ni de gens heureux, seulement des individualités qui s'attirent et se repoussent, à l'image de ces deux frères (Quentin et Benjy) qui aiment leur soeur Caddy (incestueusement pour l'un, bêtement pour l'autre) tandis que le troisième frère n'a que de la haine pour elle (une putain dit-il) comme pour sa fille. Attraction et répulsion aussi dans les relations assez ambivalentes entre cette famille de blancs sudistes et leurs domestiques noirs, dans laquelle on ne sait trop lequel a le plus besoin de l'autre. En ce sens, ce roman est certainement aussi un témoignage de la vie des sudistes avant la guerre de Sécession et de la condition des domestiques dans les familles blanches américaines.

Le bruit et la fureur est un grand et un beau roman (dire que c'est un classique n'est pas suffisant). Faulkner y raconte le flux des pensées et des sentiments comme personne. Il couche sur papier la vérité de la vie. Mais pour voir ce côté formidable de l'oeuvre, le lecteur devra franchir quelques obstacles que l'écrivain nous impose.

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