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lundi, 13 avril 2009

L'adolescence, la littérature, Salinger et tout

Agé de 90 ans aujourd'hui, l'américain J.D. Salinger est l'auteur de nombreuses nouvelles (souvent parues dans le New-Yorker) et d'un merveilleux livre sur l'adolescence, ayant marqué de nombreuses générations : The Catcher in The Rye (L'attrape-coeurs dans sa traduction française). Après le succès mondial de son roman dès les années 1950 (60 millions d'exemplaires vendus dans le monde jusqu'à aujourd'hui), Salinger quitta le monde de la foule, de la gloire et des médias, et vit aujourd'hui caché dans les bois du New Hampshire, entretenant ainsi le mystère.

Le roman de l'adolescence

"Si vous avez réellement envie d'entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir c'est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie et ce que faisaient mes parents et tout avant de m'avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça."

3386026842_c8d4219d18.jpg?v=0Comme il l'explique dès la première page, J.D. Salinger ne donnera pas à son lecteur ce qu'il attend. Il écrit ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. C'est-à-dire qu'il raconte, à la première personne et dans un style oral et familier, trois jours de la vie de Holden Caulfield, un adolescent américain de 16 ans qui se fait virer de son école (Pencey, en Pennsylvanie) et part pour New-York où il doit retrouver ses parents quelques jours plus tard pour les vacances de Noël.

Durant ces deux ou trois jours d'errance, Holden fait la pleine expérience de ce que sont l'adolescence, la liberté, la solitude, le bonheur. Holden coupe les ponts avec son école (qu'il n'aime pas comme toutes les autres écoles qu'il a pu faire, viré à chaque fois) et quitte sa chambre sans prévenir quiconque (ni ses profs, ni son colocataire Stradlater, ni son con de voisin de couloir, Akley, que personne n'aime et qui n'aime personne). Il prend le train pour New-York, où vivent ses parents et sa petite soeur Phoebe, mais ne veut pas aller directement à leur appartement pour éviter qu'ils ne comprennent tout de suite qu'il s'est encore fait virer de l'école. Holden décide donc d'errer seul dans New-York, aux quatres coins de Manhattan, et de dormir les soirs dans un hôtel minable (le Edmont Hotel).

Jours et nuits, Holden fait un peu ce qui lui plaît : il va dans des bars pour boire un coup, il rencontre des filles, en appelle d'autres ; il pense à son amie d'enfance Jane Gallagher et veut lui téléphoner ; il va à la patinoire de Central Park avec sa copine Sally Hayes et lui propose de partir très loin, pour toujours,  après quoi il l'insulte et la jette ; il se fait tabasser par Maurice, un proxénète amateur, pour ne pas avoir payer une passe ; il pense à sa soeur Phoebé qu'il aime tant et à ses deux frères, D.B. scénariste à Hollywood et Allie qui lui manque depuis sa mort à cause d'une leucémie ; il rend visite à un prof qu'il aime beaucoup, Mr Antolini, et se barre de chez lui en courant dans la nuit après une caresse bizarre ; il va à Central Park et se demande où vont les canards quand le lac gèle l'hiver ; il se faufile dans l'appartement de ses parents un soir et va voir Phoebé sans se faire remarquer, parce qu'il a envie de la voir ; il rêve d'une vie solitaire dans une cabane dans la forêt, loin de tout, et se décide à partir après avoir dit adieu et rendu son argent à Phoebé...

L'attrape-coeurs raconte tous ces moments, ces évènements, ces expériences, dans un langage très familier, presque injurieux. A chaque page, on peut lire des "ça me tue", des "et tout" qui donnent une vraie crédibilité au discours. En racontant son histoire, Holden s'adresse souvent à quelqu'un, lui disant "vous". Ce quelqu'un peut être compris comme le lecteur, mais les dernières pages nous révèlent que c'est aussi quelqu'un d'autre, ce qui donne une portée nouvelle au texte.

Au-delà du parcours de ce jeune Holden, L'attrape-coeurs raconte la vie complexe des adolescents, leurs problèmes, leurs envies, leurs sentiments. L'incroyable, c'est que ce roman date de 1951 et qu'il est toujours aussi actuel, aussi moderne, aussi juste ce qui donne une sacrée leçon aussi bien aux nostalgiques qu'aux adeptes du jeunisme.

La légende Salinger

Par ce roman monumental écrit quand il avait 30 ans, J.D. Salinger a touché des générations entières de jeunes mal compris par les adultes,  ce qui a suscité une incroyable passion autour de sa personne. A cette attente, à la célébrité, Salinger a préféré l'exil et le silence, dans sa cabane de bois du New Hampshire. Il n'a plus donné d'interview ou publié de texte depuis environ 40 ans. Il semblerait qu'il écrive encore et qu'il ait même écrit des livres complets sans vouloir les publier malgré l'incroyable attente de lecteurs amoureux.

3420050045_44056358d2.jpg?v=0Sa fille Margaret Ann a écrit un livre à son sujet L'attrape-Rêves mais son témoignage paraît plus cruel qu'intéressant. Par passion plus que par voyeurisme, de nombreux fans ont tenté d'aller le rencontrer à Cornish, New Hampshire, où il vit. Récemment, c'est Frédéric Beigbeder qui a voulu aller voir son auteur favori. Cette aventure a donné un documentaire intéressant intitulé L'attrape-Salinger (bande-annonce), qui se finit sur des images de Beigbeder dans les bois de Cornish, sur un chemin qui doit mener à la maison de Monsieur Salinger. Le film ne dit pas s'il a pu le rencontrer ne serait-ce qu'un instant ; après tout, c'est probablement pour le mieux tant Salinger mérite d'être respecté dans son intimité.

C'est d'ailleurs ce respect qui faisait dire à Nicolas Sirkis d'Indochine, dans la chanson "Des fleurs pour Salinger" qu'il consacre à l'écrivain américain :

Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Le rencontrer / Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Sans le contrarier

Mais laissez-lui un peu ses secrets à garder / Son intimité / C’est pour se protéger, il est fatigué / De toutes vos stupidités.



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