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samedi, 25 avril 2009

Des revenus inégalement répartis

L'économiste français Emmanuel Saez, professeur à l'université de Berkeley, vient de se voir attribuer la prestigieuse John Bates Clark Medal qui récompense (chaque année désormais) l'économiste de moins de 40 ans ayant apporté la contribution la plus significative à la science économique. Ses travaux, qui ont beaucoup porté sur la distribution des revenus dans le temps (en collaboration avec Thomas Piketty) et le taux d'imposition optimal (plus d'infos sur ses apports disponibles dans ce pdf), représentent aujourd'hui des matériaux importants pour la compréhension des inégalités dans le monde (Paul Krugman avoue s'en servir beaucoup). Pour voir le genre d'informations/commentaires qu'on peut tirer des travaux de Saez sur les revenus, reportez-vous par exemple à ce billet des Econoclastes.

Je ne connais pas assez ses travaux pour en faire un résumé complet. Cependant, un des points particulièrement intéressants de ses recherches porte sur un sujet qui m'intéresse : les inégalités de revenu, ou l'inégale répartition des richesses. Ci-dessous, quelques graphes et tableaux intéressants, issus des travaux de Saez et Piketty (2003), Piketty et Landais, et du rapport mondial sur le développement humain du PNUD (2005). (cliquez sur les images pour agrandir)

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Lecture : En 2000, les 0,1% d'Américains les plus riches captent plus de 7% des revenus totaux des Etats-Unis, contre environ 2% des années 1950 à la fin des années 1970.

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Lecture : En France et au Japon, environ 2% des revenus sont captés par les 0,1% les plus riches, part quasi-constante depuis 1945.

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Lecture : en 2000 aux Etats-Unis, la moitié de la richesse nationale est captée par les 10% les plus riches, contre environ un tiers des années 1940 à la fin des années 1970.

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Lecture : En France en 2004, 33% des revenus sont captés par les 10% les plus riches.

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Lecture : les revenus de la Suède sont relativement bien repartis dans la population (coefficient de Gini faible) tandis qu'ils sont très inégalement répartis en Afrique subsaharienne (coefficient de Gini très fort).

De quoi donner envie aux amoureux de l'égalité de s'expatrier en Suède.

(Note : un coefficient de Gini de 0 implique que la droite de distribution des revenus suit parfaitement la droite de distribution parfaite (10% de la population capte 10% des revenus ; 20% de la population capte 20% des revenus ; etc.) tandis qu'un coefficient de Gini de 1 implique que tous les revenus sont captés par une infime partie de la population.)

mardi, 21 avril 2009

Les liens du soir (7)

Sélection subjective de quelques liens à propos de politique économique, de crise, d'hommage funèbre et de campagne UMP.

» Freaky Sarkonomics : Thomas Melonio signe un long et intéressant papier à propos du livre d'économie politique "Les réformes ratées du président Sarkozy" de Cahuc & Zylberberg. Ces deux économistes (pas particulièrement à gauche) expliquent que le gouvernement s'est trompé sur de nombreuses réformes (grande distribution, professions réglementées, heures supplémentaires, bouclier fiscal...) et n'a rien mis en place d'efficace pour lutter contre le chômage et favoriser la croissance et le pouvoir d'achat. Ce premier bilan de la politique économique gouvernementale paraît bien documenté et honnête.

» Hanging tough (eng) : Intéressant papier de James Surowiecki dans le New Yorker à propos des opportunités qu'offre la récession actuelle : l'auteur explique que dans toutes les récessions, les entreprises malines peuvent sortir gagnantes en profitant de la frilosité de leurs concurrents qui investissent moins dans la pub, la recherche, les acquisitions, etc. Le tout est de savoir prendre des risques quand les autres n'en prennent pas.

» Que dire de Maurice Druon ? Billets assez violents des critiques Pierre Assouline et Frédéric Ferney après la mort de Maurice Druon qui, selon eux, ne mérite pas tous ces hommages publiques,  que ce soit sur le plan personnel, politique ou littéraire. En effet, Druon a peut-être fait de belles choses dans sa jeunesse, mais il a mal vieilli : c'est ce que disait Laurent Joffrin dans un édito de Libé.

» L'UMP en campagne, ça vole pas haut : En attendant d'avoir ses listes, l'UMP fait sa campagne pour les Européennes avec des t-shirts, des éthylotests et des préservatifs que des jeunes pop' distribueront pendant un tour de France en van bleu. Une belle façon de faire campagne sur des idées et un avenir pour l'Europe, à mettre en parallèle avec les soirées alcoolisées de l'UMP Lycée où l'adhésion rapporte des conso gratuites.

lundi, 13 avril 2009

L'adolescence, la littérature, Salinger et tout

Agé de 90 ans aujourd'hui, l'américain J.D. Salinger est l'auteur de nombreuses nouvelles (souvent parues dans le New-Yorker) et d'un merveilleux livre sur l'adolescence, ayant marqué de nombreuses générations : The Catcher in The Rye (L'attrape-coeurs dans sa traduction française). Après le succès mondial de son roman dès les années 1950 (60 millions d'exemplaires vendus dans le monde jusqu'à aujourd'hui), Salinger quitta le monde de la foule, de la gloire et des médias, et vit aujourd'hui caché dans les bois du New Hampshire, entretenant ainsi le mystère.

Le roman de l'adolescence

"Si vous avez réellement envie d'entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir c'est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie et ce que faisaient mes parents et tout avant de m'avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça."

3386026842_c8d4219d18.jpg?v=0Comme il l'explique dès la première page, J.D. Salinger ne donnera pas à son lecteur ce qu'il attend. Il écrit ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. C'est-à-dire qu'il raconte, à la première personne et dans un style oral et familier, trois jours de la vie de Holden Caulfield, un adolescent américain de 16 ans qui se fait virer de son école (Pencey, en Pennsylvanie) et part pour New-York où il doit retrouver ses parents quelques jours plus tard pour les vacances de Noël.

Durant ces deux ou trois jours d'errance, Holden fait la pleine expérience de ce que sont l'adolescence, la liberté, la solitude, le bonheur. Holden coupe les ponts avec son école (qu'il n'aime pas comme toutes les autres écoles qu'il a pu faire, viré à chaque fois) et quitte sa chambre sans prévenir quiconque (ni ses profs, ni son colocataire Stradlater, ni son con de voisin de couloir, Akley, que personne n'aime et qui n'aime personne). Il prend le train pour New-York, où vivent ses parents et sa petite soeur Phoebe, mais ne veut pas aller directement à leur appartement pour éviter qu'ils ne comprennent tout de suite qu'il s'est encore fait virer de l'école. Holden décide donc d'errer seul dans New-York, aux quatres coins de Manhattan, et de dormir les soirs dans un hôtel minable (le Edmont Hotel).

Jours et nuits, Holden fait un peu ce qui lui plaît : il va dans des bars pour boire un coup, il rencontre des filles, en appelle d'autres ; il pense à son amie d'enfance Jane Gallagher et veut lui téléphoner ; il va à la patinoire de Central Park avec sa copine Sally Hayes et lui propose de partir très loin, pour toujours,  après quoi il l'insulte et la jette ; il se fait tabasser par Maurice, un proxénète amateur, pour ne pas avoir payer une passe ; il pense à sa soeur Phoebé qu'il aime tant et à ses deux frères, D.B. scénariste à Hollywood et Allie qui lui manque depuis sa mort à cause d'une leucémie ; il rend visite à un prof qu'il aime beaucoup, Mr Antolini, et se barre de chez lui en courant dans la nuit après une caresse bizarre ; il va à Central Park et se demande où vont les canards quand le lac gèle l'hiver ; il se faufile dans l'appartement de ses parents un soir et va voir Phoebé sans se faire remarquer, parce qu'il a envie de la voir ; il rêve d'une vie solitaire dans une cabane dans la forêt, loin de tout, et se décide à partir après avoir dit adieu et rendu son argent à Phoebé...

L'attrape-coeurs raconte tous ces moments, ces évènements, ces expériences, dans un langage très familier, presque injurieux. A chaque page, on peut lire des "ça me tue", des "et tout" qui donnent une vraie crédibilité au discours. En racontant son histoire, Holden s'adresse souvent à quelqu'un, lui disant "vous". Ce quelqu'un peut être compris comme le lecteur, mais les dernières pages nous révèlent que c'est aussi quelqu'un d'autre, ce qui donne une portée nouvelle au texte.

Au-delà du parcours de ce jeune Holden, L'attrape-coeurs raconte la vie complexe des adolescents, leurs problèmes, leurs envies, leurs sentiments. L'incroyable, c'est que ce roman date de 1951 et qu'il est toujours aussi actuel, aussi moderne, aussi juste ce qui donne une sacrée leçon aussi bien aux nostalgiques qu'aux adeptes du jeunisme.

La légende Salinger

Par ce roman monumental écrit quand il avait 30 ans, J.D. Salinger a touché des générations entières de jeunes mal compris par les adultes,  ce qui a suscité une incroyable passion autour de sa personne. A cette attente, à la célébrité, Salinger a préféré l'exil et le silence, dans sa cabane de bois du New Hampshire. Il n'a plus donné d'interview ou publié de texte depuis environ 40 ans. Il semblerait qu'il écrive encore et qu'il ait même écrit des livres complets sans vouloir les publier malgré l'incroyable attente de lecteurs amoureux.

3420050045_44056358d2.jpg?v=0Sa fille Margaret Ann a écrit un livre à son sujet L'attrape-Rêves mais son témoignage paraît plus cruel qu'intéressant. Par passion plus que par voyeurisme, de nombreux fans ont tenté d'aller le rencontrer à Cornish, New Hampshire, où il vit. Récemment, c'est Frédéric Beigbeder qui a voulu aller voir son auteur favori. Cette aventure a donné un documentaire intéressant intitulé L'attrape-Salinger (bande-annonce), qui se finit sur des images de Beigbeder dans les bois de Cornish, sur un chemin qui doit mener à la maison de Monsieur Salinger. Le film ne dit pas s'il a pu le rencontrer ne serait-ce qu'un instant ; après tout, c'est probablement pour le mieux tant Salinger mérite d'être respecté dans son intimité.

C'est d'ailleurs ce respect qui faisait dire à Nicolas Sirkis d'Indochine, dans la chanson "Des fleurs pour Salinger" qu'il consacre à l'écrivain américain :

Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Le rencontrer / Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Sans le contrarier

Mais laissez-lui un peu ses secrets à garder / Son intimité / C’est pour se protéger, il est fatigué / De toutes vos stupidités.



vendredi, 10 avril 2009

Les liens du soir (6)

Pas mal d'articles très intéressants en ligne ces jours-ci. En voici quelques uns, sans grand rapport les uns avec les autres, sinon qu'ils m'ont tous plu.

» An IMF we can love (eng) : Très intéressante tribune de l'économiste américain Dani Rodrik sur la nécessaire réforme du FMI, qui devient aujourd'hui avec le G20  une institution essentielle dans l'économie mondiale. Rodrik espère que le FMI va changer ses habitudes (arrogance, dirigisme, idéologie très libérale) et se rapprocher des réalités locales des régions en difficulté, notamment en envoyant plus d'économistes sur le terrain et en embauchant des jeunes connaissant bien le contexte économique des zones à aider. Espérons que DSK entendra ces bonnes idées.

» Pourquoi le prétendu "délit de solidarité" va prospérer en 2009 : le juriste Jules décortique la lettre de mission de Nicolas Sarkozy au Ministre de l'immigration, Eric Besson, dans laquelle le Président formule des objectifs quantitatifs d'expulsion de sans-papiers (28000) et d'interpellations de personnes les aidant à venir en France ou à y séjourner (5000). Autre point d'importance : le renforcement de la lutte contre l'immigration familiale, alors que la Convention Européenne en fait clairement un droit. Beau programme politique et belle réponse argumentée de juriste.

» L'élection sur un plateau : Sauf accident, Jean Sarkozy devrait bientôt débarquer à l'Assemblée Nationale, en prenant le siège de l'UMP Joëlle Ceccaldi-Raynaud candidate aux Européennes (si elle est élue au Parlement Européen, son siège à l'Assemblée sera de nouveau soumis au vote) grâce à un prochain abaissement à 18 ans de l'âge minimum pour être élu au Parlement (contre 23 ans auparavant, proposition déposée par une autre député UMP).

» Economics in Desperate Housewives (eng) : l'économiste anglais Chris Dillow nous montre que Desperate Housewives est un moyen ludique de comprendre l'économie. Exemples dans la saison 5 diffusée actuellement aux Etats-Unis : un mariage heureux vaut beaucoup d'argent (Gaby et Carlos) ; le salaire permet de faire un classement d'importance/d'utilité entre les salariés, ce qui peut peut blesser les égos (Bree et Orson).

» Le syndrome de Shanghai : Pierre Assouline s'attaque aux obsédés du benchmarking et au célèbre classement de Shanghai qui fait la liste des meilleurs universités du monde selon des critères très imparfaits -voire totalement déraisonnables.

lundi, 06 avril 2009

Le G20, vraiment historique ?

Tous les grands médias, en France et à l'étranger, de droite et de gauche, ont décrit le G20 comme un sommet historique ayant débouché sur de vrais engagements, de nouvelles règles et même un nouvel ordre économique mondial. Dans cette présentation enthousiaste, tout n'est pas faux. En effet, il est rare que des sommets internationaux aboutissent à des mesures aussi importantes, notamment parce qu'ils regroupent de nombreux pays aux intérêts divergents voire opposés. Or ce qu'on trouve dans le communiqué officiel du G20 n'est pas rien, loin de là.

Tripler les moyens du FMI pour aider les Etats qui en ont besoin ? Ce n'était pas gagné d'avance et ça sera certainement utile à de nombreux pays en grande difficulté pour se financer, au point que Paul Krugman s'étonne et apprécie. Lutter un peu plus activement contre les paradis fiscaux ? Ca ne peut pas faire de mal, même si ce système de listes (blanche, grise, noire) et de sanctions oublie beaucoup de paradis fiscaux (les plus puissants en fait) et ne sera probablement pas efficace. Réglementer les bonus des traders ? Si ces règles les incitent à prendre un peu moins de risques inconsidérés et à ne recevoir que quand ils gagnent, d'accord. Enregistrer les hedge funds ? Pourquoi pas, mais enfin, les hedge funds ne sont pas des clandestins des marchés financiers et le rôle de perturbateur qu'on leur prête souvent n'est finalement pas évident. N'oublions pas que, dans cette crise, ce sont des géants de la finance qui ont sombré (Lehman, Fannie, Freddie, AIG, etc.) et beaucoup moins les petits hedge funds.

En réalité, si le G20 marque des avancées incontestables, cela reste très insuffisant pour une raison simple : rien de ce qui a été décidé à Londres n'empêchera qu'une nouvelle grave crise financière ne se repète dans quelques années et ne contamine à nouveau l'économie réelle. Or, c'est bien le plus insupportable dans la récession actuelle : elle vient de la sphère financière et non de la sphère réelle ; pour caricaturer, elle vient de Wall-Street et impacte toutes les économies du monde, y compris les plus pauvres. C'est à ce niveau-là que le G20 est un échec : après Londres, les marchés financiers seront toujours aussi imparfaits avec autant d'aléa moral (aussi bien au niveau des géants too big to fail qu'à l'intérieur même des banques), autant d'asymétrie d'information, autant de titrisation et donc de dilution dangereuse des risques, bref, autant de facteurs d'instabilité qu'auparavant.

Finalement, le G20 s'est bien plus intéressé à l'aval de la crise (comment sauver ce qui peut encore l'être ?) avec un vaste plan coordonné et de nouvelles marges de manoeuvre pour l'aide aux pays en difficulté. L'amont de la crise (comment l'éviter ?) n'a pas été suffisamment traité, et les quelques mesures sur les hedges funds, les paradis fiscaux ou la rémunération des traders n'y changeront rien : une nouvelle grave crise financière éclatera tôt ou tard et touchera avec la même violence l'économie réelle. Reste à savoir quand.

Pour compléter, vous pouvez devez lire les avis de blogueurs plus compétents :


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