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dimanche, 14 juin 2009
Black Boy, un Noir chez les Sudistes
En novembre 2008, l'élection de Barack Obama a certainement achevé un long et profond mouvement qui a vu les Etats-Unis passer d'une société raciste, ségrégationniste à une société post-raciale dans laquelle les différences de couleur sont acceptées et presque effacées. Ce changement sociétal et idéologique fut lent : depuis 150 ans, les deux visions s'opposent (esclavagistes au Sud contre abolitionnistes au Nord durant la guerre de Sécession) et malgré la victoire du Nord en 1865, l'esclavage, le racisme et les discriminations mirent du temps à reculer dans les terres sudistes.
Cette lente maturation de la question raciale dans la société américaine, et plus particulièrement dans les Etats du Sud racistes, est bien perceptible dans l'oeuvre de l'écrivain noir-américain Richard Wright (1908-1960), et notamment dans son roman autobiographique Black Boy publié en 1945. L'auteur y raconte son enfance dans les années 1910-1920 dans le sud des Etats-Unis, à Jackson dans le Mississipi puis légèrement plus au Nord à Memphis. Ce livre fut l'un des premiers à raconter et décrire les conditions de vie des Noirs américains et la façon dont ils étaient traités par les Blancs au Sud à cette époque, et on dit de Wright qu'il a libéré la parole des Noirs américains.
L'enfance de Richard Wright fut assez malheureuse et fondamentalement marquée par les conflits raciaux. Sa famille (sa mère, sa grand-mère, ses oncles et tantes, son petit frère) est pauvre, religieuse, et n'a pas les moyens de lui permettre d'aller convenablement à l'école. De plus, sa mère est malade ; Richard doit tdonc ravailler pour aider le foyer et pour combattre sa faim permanente, soit dans des usines soit chez des particuliers (pour accomplir des petites tâches ingrates, pour quelques centimes par semaine), avec bien souvent des patrons racistes qui le traitent comme le veut la tradition sudiste : comme un animal, ou au mieux comme un homme de race inférieure. Richard, contrairement à la plupart de ses jeunes amis Noirs, n'accepte pas la façon dont les Blancs le traitent et réclame l'égalité et la justice. Il ne comprend pas d'où vient la haine que cultivent les Blancs à l'égard des Noirs et tente avec sagesse d'éviter l'affrontement violent avec les racistes.
Richard s'oppose aussi au fondamentalisme religieux de sa famille, incarné par sa grand-mère et sa tante Addie, qui veut absolument faire de lui un bon petit chrétien, quitte à lui forcer la main. Lors de son baptême non-désiré, Richard décrypte la supercherie de l'Eglise qui met en place toute une manigance poussant les enfants à accepter de se faire baptiser pour éviter une humiliation de leurs familles. Plus globalement, Richard s'oppose à ce qui est arbitraire, imposé, sans raison : les passages à tabac et les assassinats de Noirs par des Blancs, le bourrage de crânes des jeunes non-croyants, les violences injustifiées des anciens sur les plus jeunes de la famille...
Le climat raciste du Mississipi conduit Richard à partir au Nord en 1925 (il à 17 ans), à Memphis, dans l'optique de trouver une vie meilleure dans une région où il sera mieux accepté. Son passage à Memphis est l'occasion d'étranges rencontres (notamment cette femme noire chez qui il loue une chambre et qui veut qu'il épouse sa fille du même âge) mais ne lui permet pas de rompre complétement avec les discriminations fondées sur sa couleur. Cependant, c'est à Memphis que Richard découvre la littérature, en empruntant des livres dans une bibliothèque au nom de son patron blanc -les Noirs n'en ont pas le droit. Cette découverte sera un élément fondamental dans sa vie puisqu'il veut alors devenir écrivain et qu'il prend conscience que la vie est plus belle, plus enrichissante , plus attirante que ce à quoi la sienne se limite. Richard décide donc de partir encore plus au Nord, à Chicago cette fois, une ville que tous les Noirs Américains du Sud espèrent connaitre, pour comprendre ce que sont vraiment la vie, la liberté et la justice.
Ce témoignage de 440 pages est un très beau récit de l'enfance d'un Noir dans les régions racistes des Etats-Unis au début du XXème siècle. Il nous montre le chemin qu'a parcouru l'Amérique entre cette période (où le pays était divisé en deux, avec un Sud ségrégationniste où régnait l'injustice et le racisme) et aujourd'hui (les Noirs ont les mêmes droits que les Blancs, sont présents dans les médias, dans les universités, dans la politique, etc). Bien sûr, l'Amérique raciste et très conservatrice n'est pas morte avec Obama, mais l'actualité nous montre qu'une masse d'électeurs Américains a su imposer un modèle de société nouveau dans lequel l'ordre n'est plus une affaire de couleur. Lecture très conseillée.
Cette lente maturation de la question raciale dans la société américaine, et plus particulièrement dans les Etats du Sud racistes, est bien perceptible dans l'oeuvre de l'écrivain noir-américain Richard Wright (1908-1960), et notamment dans son roman autobiographique Black Boy publié en 1945. L'auteur y raconte son enfance dans les années 1910-1920 dans le sud des Etats-Unis, à Jackson dans le Mississipi puis légèrement plus au Nord à Memphis. Ce livre fut l'un des premiers à raconter et décrire les conditions de vie des Noirs américains et la façon dont ils étaient traités par les Blancs au Sud à cette époque, et on dit de Wright qu'il a libéré la parole des Noirs américains.L'enfance de Richard Wright fut assez malheureuse et fondamentalement marquée par les conflits raciaux. Sa famille (sa mère, sa grand-mère, ses oncles et tantes, son petit frère) est pauvre, religieuse, et n'a pas les moyens de lui permettre d'aller convenablement à l'école. De plus, sa mère est malade ; Richard doit tdonc ravailler pour aider le foyer et pour combattre sa faim permanente, soit dans des usines soit chez des particuliers (pour accomplir des petites tâches ingrates, pour quelques centimes par semaine), avec bien souvent des patrons racistes qui le traitent comme le veut la tradition sudiste : comme un animal, ou au mieux comme un homme de race inférieure. Richard, contrairement à la plupart de ses jeunes amis Noirs, n'accepte pas la façon dont les Blancs le traitent et réclame l'égalité et la justice. Il ne comprend pas d'où vient la haine que cultivent les Blancs à l'égard des Noirs et tente avec sagesse d'éviter l'affrontement violent avec les racistes.
Richard s'oppose aussi au fondamentalisme religieux de sa famille, incarné par sa grand-mère et sa tante Addie, qui veut absolument faire de lui un bon petit chrétien, quitte à lui forcer la main. Lors de son baptême non-désiré, Richard décrypte la supercherie de l'Eglise qui met en place toute une manigance poussant les enfants à accepter de se faire baptiser pour éviter une humiliation de leurs familles. Plus globalement, Richard s'oppose à ce qui est arbitraire, imposé, sans raison : les passages à tabac et les assassinats de Noirs par des Blancs, le bourrage de crânes des jeunes non-croyants, les violences injustifiées des anciens sur les plus jeunes de la famille...
Le climat raciste du Mississipi conduit Richard à partir au Nord en 1925 (il à 17 ans), à Memphis, dans l'optique de trouver une vie meilleure dans une région où il sera mieux accepté. Son passage à Memphis est l'occasion d'étranges rencontres (notamment cette femme noire chez qui il loue une chambre et qui veut qu'il épouse sa fille du même âge) mais ne lui permet pas de rompre complétement avec les discriminations fondées sur sa couleur. Cependant, c'est à Memphis que Richard découvre la littérature, en empruntant des livres dans une bibliothèque au nom de son patron blanc -les Noirs n'en ont pas le droit. Cette découverte sera un élément fondamental dans sa vie puisqu'il veut alors devenir écrivain et qu'il prend conscience que la vie est plus belle, plus enrichissante , plus attirante que ce à quoi la sienne se limite. Richard décide donc de partir encore plus au Nord, à Chicago cette fois, une ville que tous les Noirs Américains du Sud espèrent connaitre, pour comprendre ce que sont vraiment la vie, la liberté et la justice.
Ce témoignage de 440 pages est un très beau récit de l'enfance d'un Noir dans les régions racistes des Etats-Unis au début du XXème siècle. Il nous montre le chemin qu'a parcouru l'Amérique entre cette période (où le pays était divisé en deux, avec un Sud ségrégationniste où régnait l'injustice et le racisme) et aujourd'hui (les Noirs ont les mêmes droits que les Blancs, sont présents dans les médias, dans les universités, dans la politique, etc). Bien sûr, l'Amérique raciste et très conservatrice n'est pas morte avec Obama, mais l'actualité nous montre qu'une masse d'électeurs Américains a su imposer un modèle de société nouveau dans lequel l'ordre n'est plus une affaire de couleur. Lecture très conseillée.
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