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jeudi, 16 juillet 2009

Brooklyn Follies, de Paul Auster

Retour de la littérature sur ce blog avec Brooklyn Follies de Paul Auster. Bien que la lecture de ce livre date déjà un peu (quelques semaines), il serait injuste de faire l'impasse et de ne pas en parler ici.

Paul Auster a tout pour plaire, surtout ici, en France : il est écrivain, il aime la poésie, il s'intéresse beaucoup au cinéma (au point de faire des films), il aime la France et parle même notre langue, il vit à Brooklyn et aime Paris, il déteste Bush et l'Amérique qu'il incarne, il vote démocrate. Côté philosophie, Auster est mi-optimiste mi-mélancolique. Ses histoires sont souvent noires, mais pas cyniques : il préfère l'aube au crépuscule. "Le petit déjeuner, c’est la meilleure chose qui puisse arriver à l’humanité: un jour nouveau, on est encore en vie, et il y a les tartines beurrées…", disait-il dans une interview dans Le Nouvel Obs. Difficile de ne pas être d'accord avec lui.

Et puis, Auster défend ses idées. Il est romancier, engagé, et ses personnages sont des citoyens. En 2000, lorsque Bush est annoncé vainqueur de l'élection présidentielle américaine, il n'y croit pas : "Gore avait gagné. Mais les Républicains, au moyen de malversations diverses, ont détourné la victoire à leur profit. Je pensais que l’Amérique allait prendre les armes, qu’il y aurait des manifestations dans les rues, pendant des mois. Rien de tout cela n’est arrivé, bien sûr." C'est peut-être aussi pour ça qu'il aime la France : nos manifestations sont massives, parfois violentes. Et si on joue parfois à se faire peur, l'Histoire fait du peuple français un coupeur de tête, donc un peuple souverain faisant parfois trembler le pouvoir.

Après le citoyen Paul Auster, l'auteur : il écrit bien, a un vrai ton, une voix, un regard. Et on sent, à la lecture de certains passages de Brooklyn Follies, qu'il a quelque chose de plus que beaucoup d'autres. Ce livre (376 pages, paru en 2005) raconte l'histoire de Nathan Glass, un père de famille divorcé de 60 ans qui revient s'installer à Brooklyn pour finir sa vie de cancéreux sans attentes. Sa femme ne l'aime plus, sa fille ne lui montre guère d'intérêt, sa sœur est morte, il ne revoit plus personne de sa famille, il a un peu d'argent mais n'est pas riche, et n'a qu'une seule occupation à son retour à New-York : écrire Le livre de la folie humaine, un livre qui raconterait toutes les histoires sottes qu'il a vécues ou entendues tout au long de sa vie. Mais la vie de Nathan prend un nouveau souffle quand il rencontre par hasard, dans une librairie de Brooklyn, son jeune et talentueux neveu Tom qu'il imaginait professeur de littérature dans une grande université mais qui travaille en fait à la caisse de cette librairie après avoir enchaîné les petits boulots, comme taxi de nuit. C'est à ce moment que l'histoire prend son envol : elle va nous faire voyager dans la famille de Nathan, du côté de sa fille Rachel (qui a des problèmes de couple et se rapproche de son père) et de son instable nièce Aurora (qui aura quelques ennuis avec la drogue, puis avec une Église qui a tout d'une secte). L'histoire de Tom et Nathan à Brooklyn sera aussi étroitement liée au destin d'un homme au passé douteux, Harry Brightman, le propriétaire de la librairie où travaille Tom. Ces histoires se mêlent à des rencontres qui s'avéreront déterminantes pour la suite, comme celle d'une jeune mère de famille très belle habitant Brooklyn, Nancy Mazzucchielli, dont Tom tombe amoureux alors qu'il la croise dans la rue.

Toutes ces histoires s'entrecroisent, avec pour point commun de paraître tombées du ciel, par hasard. Ces parcours qui se rejoignent se dévient mutuellement, et chaque personnage voit sa vie changer sous l'effet d'évènements imprévisibles qui paraissent sans importance. Un bruit à la porte, une panne de voiture, une rencontre, un mot mal compris : tant de micro-évènements qui amènent de grands chamboulements... c'est l'effet papillon appliqué à la vie en société. Pour dire une dernière fois que nos vies ne tiennent qu'à un fil, que le destin s'écrit à chaque seconde, le livre se finit le 11 septembre 2001, à 8 heures du matin, alors que tout est encore calme à Manhattan : "il était encore huit heures et je marchais dans l'avenue sous ce ciel d'un bleu éclatant, heureux, mes amis, aussi heureux qu'homme le fut jamais en ce monde". Le livre se termine mais tout commence.

Lecture très conseillée.

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