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samedi, 01 août 2009
Noël Forgeard, tricheur rationnel ?
Billet d'économie résumant un article d'Augustin Landier sur un présumé délit d'initié de Noël Forgeard en 2006. Je n'apporte pas vraiment de valeur ajoutée, mais ça me permet de poster quelque chose sur ce blog quelque peu à l'abandon, faute d'inspiration.
Noël Forgeard, ancien coprésident d'EADS, se trouve au centre d'une enquête de l'AMF pour délit d'initié : il est soupçonné d'avoir vendu à profit en 2006 ses stock-options EADS suite à l'obtention d'informations pas encore publiques (concernant des retards dans le programme A380). Forgeard pourrait se voir infliger une amende de 5,4 millions d'euros. La vente précoce de ses actions lui a rapporté 3,7 millions d'euros, contre 2,3 millions d'euros s'il avait attendu que l'information soit rendue publique (le cours a fortement baissé dès ce moment-là, de 26%). Le délit d'initié, s'il est avéré, lui aurait donc permis de gagner (ou de ne pas perdre) 1,4 millions d'euros.
1,4 millions de gains contre 5,4 millions d'amende, le jeu n'en valait donc pas la chandelle ? En fait, si, comme l'explique l'économiste Augustin Landier sur le (très bon) blog Echonoclastes. Son raisonnement est assez simple : Forgeard avait-il intérêt à "tenter le coup", c'est-à-dire à vendre ses stock-options en prenant le risque d'être flashé par la patrouille ? Pour répondre à cette question, un petit calcul d'espérance suffit (les détails sont dans le billet de Landier). Attention, ce calcul est à prendre avec beaucoup de distance parce que i) Forgeard ne pouvait pas le faire à priori (il ne pouvait savoir exactement combien ses ventes allaient lui permettre de sauver, ni combien lui demanderait l'AMF s'il était pris), ii) ce calcul n'est pas très fiable (la probabilité d'être pris, fixée assez arbitrairement à 20% par Landier, est décisive dans le résultat obtenu). L'espérance de gain calculée par Landier est positive, c'est-à-dire que Noël Forgeard, s'il a vraiment triché, a triché rationnellement (il pouvait mathématiquement s'attendre à gagner de l'argent).
Ce résultat doit nous alerter puisqu'il implique que Noël Forgeard, ou n'importe quel autre actionnaire, confronté à une situation semblable aujourd'hui, aurait intérêt à tricher. Pour que cesse cette "prime au délit d'initié", cette incitation à tricher, il existe deux solutions : i) augmenter la probabilité d'être pris, en donnant par exemple plus de moyens à l'AMF pour faire son travail, ou ii) augmenter le montant des amendes. Si rien n'est fait, il ne faudra pas s'étonner si le nombre des délits d'initiés augmente.
Pour prolonger le débat, il faudrait s'interroger sur le coût économique et social des délits d'initiés, qui parait faible puisqu'il me semble que personne n'y perd directement et que quelqu'un y gagne. C'est immoral, c'est illégal, mais est-ce foncièrement mauvais pour la société ?
Noël Forgeard, ancien coprésident d'EADS, se trouve au centre d'une enquête de l'AMF pour délit d'initié : il est soupçonné d'avoir vendu à profit en 2006 ses stock-options EADS suite à l'obtention d'informations pas encore publiques (concernant des retards dans le programme A380). Forgeard pourrait se voir infliger une amende de 5,4 millions d'euros. La vente précoce de ses actions lui a rapporté 3,7 millions d'euros, contre 2,3 millions d'euros s'il avait attendu que l'information soit rendue publique (le cours a fortement baissé dès ce moment-là, de 26%). Le délit d'initié, s'il est avéré, lui aurait donc permis de gagner (ou de ne pas perdre) 1,4 millions d'euros.
1,4 millions de gains contre 5,4 millions d'amende, le jeu n'en valait donc pas la chandelle ? En fait, si, comme l'explique l'économiste Augustin Landier sur le (très bon) blog Echonoclastes. Son raisonnement est assez simple : Forgeard avait-il intérêt à "tenter le coup", c'est-à-dire à vendre ses stock-options en prenant le risque d'être flashé par la patrouille ? Pour répondre à cette question, un petit calcul d'espérance suffit (les détails sont dans le billet de Landier). Attention, ce calcul est à prendre avec beaucoup de distance parce que i) Forgeard ne pouvait pas le faire à priori (il ne pouvait savoir exactement combien ses ventes allaient lui permettre de sauver, ni combien lui demanderait l'AMF s'il était pris), ii) ce calcul n'est pas très fiable (la probabilité d'être pris, fixée assez arbitrairement à 20% par Landier, est décisive dans le résultat obtenu). L'espérance de gain calculée par Landier est positive, c'est-à-dire que Noël Forgeard, s'il a vraiment triché, a triché rationnellement (il pouvait mathématiquement s'attendre à gagner de l'argent).
Ce résultat doit nous alerter puisqu'il implique que Noël Forgeard, ou n'importe quel autre actionnaire, confronté à une situation semblable aujourd'hui, aurait intérêt à tricher. Pour que cesse cette "prime au délit d'initié", cette incitation à tricher, il existe deux solutions : i) augmenter la probabilité d'être pris, en donnant par exemple plus de moyens à l'AMF pour faire son travail, ou ii) augmenter le montant des amendes. Si rien n'est fait, il ne faudra pas s'étonner si le nombre des délits d'initiés augmente.
Pour prolonger le débat, il faudrait s'interroger sur le coût économique et social des délits d'initiés, qui parait faible puisqu'il me semble que personne n'y perd directement et que quelqu'un y gagne. C'est immoral, c'est illégal, mais est-ce foncièrement mauvais pour la société ?
Quant à l'affaire Forgeard, la décision finale ne sera pas connue avant Novembre, date des auditions.

22:24 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, finance, forgeard, eads, délit d'initié
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