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vendredi, 07 août 2009

L'enfer (africain) est pavé de bonnes intentions

Billet à propos des choses à ne pas faire quand on veut vraiment aider les pauvres en Afrique.

L'Afrique tarde à vaincre la faim, la malnutrition et la pauvreté alors qu'elle connaît une vraie croissance économique et qu'elle dispose du soutien des pays riches. En effet, les pays riches font des efforts en terme d'aide alimentaire, de co-développement, de soutien financier (les efforts sont-ils suffisants ou non, c'est autre chose), mais cette aide ne résout généralement pas les problèmes : elle n'est pas audacieuse ni intelligente, et elle produit des effets pervers.

Dans cette interview, le journaliste et auteur Scott Kilman explique par exemple que lorsque les Etats-Unis donnent des denrées aux pays africains qui en ont besoin, ils donnent en fait les surplus de leur production nationale (ce qui permet de maintenir les prix américains au même niveau). Ainsi 50% du montant réel de cette aide (entre 1 et 2 milliards de dollars chaque année) sont en fait aspirés par la logistique (transport, livraison). En plus d'être gaspillée, cette aide provoque un effet pervers : elle inonde le marché africain de produits américains, si bien que les prix locaux baissent, détruisant les revenus des agriculteurs africains et les désincitant à produire. Une meilleure politique serait sûrement d'acheter des produits africains à leur prix de marché et de les distribuer aux populations qui en manquent.

Dans un récent billet, l'économiste du développement William Easterly s'intéresse à l'ouverture des frontières américaines aux exportations africaines. Les Etats-Unis veulent promouvoir le commerce Afrique-USA via le "African Growth and Opportunity Act", une loi qui consiste à baisser les tarifs douaniers pour les exportations de certains pays africains. Le problème de ce programme est que les avantages accordés à un pays peuvent être révoqués à tout moment, par exemple parce que le pays régresse en terme de démocratie ou d'état de droit. Ainsi, Madagascar, qui exporte du textile vers les Etats-Unis (une activité très importante dans l'économie malgache, entre 6,5% et 8% du PIB), pourrait voir ses avantages diminuer pour son manque de stabilité politique. En voulant faire le bien (promouvoir la bonne gouvernance), les Etats-Unis pourraient finalement tuer une partie importante de l'économie malgache et donc accroitre la pauvreté dans ce pays.

Je vous invite à lire ces deux papiers.

Pour finir, il faut dire que si les pays riches semblent faire des efforts non-couronnés de succès, ils mènent aussi des politiques qui vont clairement dans le sens contraire à la lutte contre la pauvreté. C'est le cas des politiques agricoles européenne et américaine, basées sur de fortes subventions aux agriculteurs  (légales ou non) ce qui les incitent à produire toujours plus, cassant le marché mondial et tuant les producteurs du Sud. Scott Kilman évoque ce problème dans l'interview. Dans ce domaine, le problème ne vient donc pas du libre-échange défendu par l'OMC mais bien au contraire de la concurrence déloyale qu'exerce le Nord contre le Sud.


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