jeudi, 16 octobre 2008
La crise au service des idéologues
Soyons clairs : la crise est une mauvaise chose et ses conséquences négatives sur l'économie réelle -la croissance, le crédit, l'investissement, l'emploi, etc- ne tarderont pas à arriver, à supposer qu'elles ne soient déjà là, ce qui me paraît assez peu lucide. Il est donc assez stupide de se satisfaire de cette crise, comme le font certains.
Il est aussi stupide d'instrumentaliser la crise économique et financière actuelle en la regardant sous le filtre des idéologies, car chacun verra dans cette crise la validation empirique de ses dogmes : les anti-libéraux y verront la preuve que le marché ne fonctionne pas et que le capitalisme financier est un système destructeur ; les ultra-libéraux y verront au contraire l'inanité et la contre-productivité de l'interventionnisme d'Etat et des institutions de contrôle.
Les idéologues, de droite comme de gauche, utilisent la crise actuelle comme les chefs de guerre utilisaient autrefois la religion, chaque camp justifiant la guerre et le devoir de victoire sur l'ennemi par une légitimation mystique, venue du ciel, de la part du dieu vénéré. Aujourd'hui, anti-libéraux et ultra-libéraux voient en cette crise la validation -par l'apparente tourmente des marchés- de leurs dogmes : « regardez la crise, nous avions raison, ça ne marche pas, tout va mal, il faut tout revoir et reconstruire un système, le notre.»
Ce traitement idéologique de la crise s'appuie uniquement sur le constat de la crise. Ces idéologues ne s'intéressent pas aux causes de la crise, pourtant identifiables (des crédits accordés à des Américains non solvables ; des prêteurs pariant sur l'éternelle montée des prix de l'immobilier ; des échanges interbancaires d'actifs « pourris » et mal notés ; ...). Et les idéologues ne mettent pas longtemps à trouver la solution miracle : changer de système, fondamentalement (système ultra-libéral totalement incontrôlé, ou système anti-libéral totalement planifié par les institutions d'Etat).
Ce discours de révolution systémique exclut lucidité et réalisme. L'idéologue ne s'inquiête guère de jeter le bébé avec l'eau du bain, et il lui importe peu de savoir si un nouveau bébé -bien nourri, bien portant- pourra remplacer l'ancien, malade.
Pourtant, des solutions à la crise et des moyens de se prémunir de futurs dangers financiers peuvent être trouvés (meilleure réglementation, changement des pratiques et des comportements, etc) et certains sont déjà mis en pratique (injection de liquidités dans les banques, rachat d'actifs pourris, etc). Mais ce travail-là d'identification des problèmes réels et de recherche de solutions est long et difficile, et beaucoup refusent de le faire. Dans ce travail, les économistes sont souvent bien seuls et isolés dans l'ombre d'Internet, tandis que les idéologues se délectent de la fin d'un monde et annoncent leur vision du nouveau monde qui devra naître des cendres de l'ancien.
Liens
Pour suivre les économistes qui travaillent sur le crise, lire par exemple :
Et beaucoup d'autres...
Pour les idéologues, vous n'avez qu'à lire la presse et regarder la télé, vous serez servis.
13:19 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, idéologues, idéologie, économie, récession
dimanche, 12 octobre 2008
L'économie avec plaisir
De l'extérieur, l'économie est une science repoussante, froide, « lugubre », ultra-rationnaliste, sûre d'elle-même, et les économistes sont des gens repoussants, froids, lugubres, ultra-rationnalistes, sûrs d'eux-mêmes.
Alors, pour vous réconcilier avec l'économie et les économistes, les éconoclastes Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia vous proposent Sexe, drogue... et économie, publié par Pearson Education. Comme le suggère le titre, il n'est pas question ici de reparcourir en longueur toutes les théories économiques depuis Adam Smith, mais bien de s'immerger dans la logique, l'esprit, le raisonnement économiques à travers des sujets actuels attirants, intriguants et souvent politiques.
Le style est sérieux et sobre, avec un peu d'humour (notamment dans les titres des chapitres), pas d'envolées lyriques ou dogmatiques, ni de passages indigestes : vous apprendrez sans forcer. Ce livre forme au raisonnement économique et apporte de nombreux éclairages (souvent politiquement incorrects et médiatiquement inaudibles) sur différentes problématiques actuelles comme le réchauffement climatique, la dette, l'éducation, le terrorisme, les moeurs, etc. Les résultats sont parfois surprenants et contre-intuitifs mais les raisonnements, toujours argumentés et défaits d'idéologie, laissent souvent peu de place (un peu quand même, parfois!) à la contradiction.
Pour vous inciter à dépenser vos 19 euros, voici quelques unes des idées argumentées que vous découvrirez dans ce livre :
-Interdire de fumer dans les bars/restaurants/discothèques est une très mauvaise idée d'un point de vue économique (chapitre 2 : Il faut laisser les gens fumer dans les lieux publics).
-La polygamie profiterait, contrairement aux idées reçues, aux femmes, car elles auraient un large choix de conjoints possible sur le « marché » ; à l'inverse, les hommes seraient mis en compétition pour attirer les rares femmes encore « libres » (chapitre 1 : La polygamie, pensez-y).
-La baisse de la criminalité observée aux Etats-Unis dans les années 1990 n'est pas, pour l'essentiel, due à la menace de la peine de mort, à la plus grande répression de la police, ou à la meilleure régulation des armes à feu, mais à... la libéralisation de l'avortement dans les années 1960. Le droit à l'avortement réduit en effet le nombre des enfants non désirés, lesquels ont statistiquement plus de risques que la moyenne de devenir délinquant à l'adolescence. Réduire le nombre d'enfants non désirés par une réforme du droit à l'avortement contribue donc à réduire la criminalité quinze ou vingt ans plus tard (chapitre 3 : Les économistes aiment les jeux bizarres).
-La dette publique n'est un vrai problème que pour les médias et les politiques. En réalité, elle est un faux problème pour de très nombreuses raisons (chapitre 5 : La dette publique est un faux problème), dont certaines sont rapidement traitées dans ce billet.
-Les économistes ne sont pas de droite, mais plutôt de centre-gauche (chapitre 23 : Les économistes ne votent pas (tous) à droite). Mauvais point par contre, ils sont très majoritairement de sexe masculin, comme dans la plupart des sphères intellectuelles, pour différentes raisons comme la discrimination (subie et auto-infligée) et les qualités intrinsèques (chapitre 22 : Patrick Juvet connaît l'économie).
-les MMORPG (jeux en ligne massivement multijoueurs, type Everquest et World of Warcraft) sont une économie à eux seuls. Les 60 000 joueurs d'Everquest par exemple produisent un PIB par habitant d'environ 200 dollars par an. Quant à World of Warcraft, le jeu regroupe 10 millions de joueurs dont un certain nombre sont prêts à dépenser de l'argent réel dans un univers virtuel, tandis que des milliers d'autres sont professionnels et sont payés pour jouer et faire évoluer les personnages de leurs clients (chapitre 18 : Je vis dans une économie virtuelle).
Le livre, qui compte 275 pages, se termine par des passages fort intéressants qui révèlent bien le désamour entre les Français et l'économie.
« Arrivé au terme de ce livre, il faut se rendre à une cruelle évidence : si vous l'avez aimé, vous ne devez surtout pas en parler. Certes, ce serait pour nous une formidable promotion. Mais, soucieux du bien-être du lecteur, nous vous le déconseillons fortement. Vous y perdriez une bonne part de votre capital sympathie auprès de nombreuses personnes. Il y a dans les chapitres qui précèdent de quoi vous brouiller avec beaucoup de monde. »
Et la dernière phrase :
« John Maynard Keynes écrivait que l'économie est une discipline complexe, mais que peu de gens le savent. Il avait raison. Ce que nous souhaitons, c'est que beaucoup de gens puissent le savoir, mais ne renoncent pas à la comprendre. »
Sexe, drogue... et économie d'Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia : un livre que je vous recommande chaudement (disponible presque partout).
20:30 Publié dans Economie, Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 04 octobre 2008
La dette publique n'est pas forcément mauvaise
Hommes politiques, journalistes, et experts auto-proclamés partagent les mêmes avis sur certains sujets, faisant d'une thèse subjective et contestable une vérité indubitable. Parmi ces sujets, le déficit et la dette publiques.
Toute l'intelligentsia médiatique française, ou presque, parle du déficit (la somme de tous les déficits publics moins la dette déjà remboursée donnant le montant de la dette publique) comme d'une mauvaise chose, d'un « cancer pour l'économie » (propos du député UMP Gilles Carrez, rapporteur général du budget à l'Assemblée – interview aux Echos). Selon eux, il faudrait absolument réduire la dette, réduire les déficits et assainir les comptes publics : l'avenir de l'économie française et de nos enfants en dépendrait. Cette thèse traverse un large spectre politique, de l'UMP au MoDem (Bayrou voulait empêcher, par une modification de la Constitution, qu'un budget déficitaire puisse être voté), du MoDem au PS (la réduction de la dette était un vrai thème de campagne pour S. Royal). Cette thèse est aussi partagée par de nombreux journalistes, le plus militant dans ce domaine étant inconstestablement Jean-Michel Aphatie, journaliste politique sur RTL et Canal.
Cette thèse manichéenne (la dette, c'est mal ; pas de dette, c'est bien) mérite qu'on lui réponde. Et les arguments ne manquent pas.
Argument 1 : les pays riches sont des pays endettés
Tout d'abord, quelques exemples : les Etats-Unis et le Japon sont les deux principales économies du monde, les pays concentrant le plus de richesses. Or, ils connaissent des taux d'endettement public proches voire supérieurs à celui de la France : 65% du PIB pour la France, 64% pour les Etats-Unis, et 165% pour le Japon. En regardant ce classement de l'endettement public des pays les plus riches, on s'aperçoit que la France a un taux d'endettement public proche de celui de l'Allemagne (66%) et de la moyenne européenne (64%). En bas du classement, on remarque que de nombreux pays peu endettés sont des pays du Nord en retard sur la Triade (Estonie, Lettonie, Roumanie, Lituanie, etc). La relation causale « fort taux d'endettement public – faible richesse nationale » semble donc déjà remise en cause.
Argument 2 : le déficit peut être utile
Avoir un déficit public et recourir à l'endettement peut être utile : en s'endettant, l'Etat (ou les collectivités bien sûr) obtient des moyens d'agir supplémentaires pour investir dans certains secteurs clés (l'éducation, la formation, la recherche, la santé, etc), aider l'économie, la relancer : c'est l'exemple de la politique du New Deal des années 1930 : l'Etat dépense beaucoup, investit dans de grands projets, et relance ainsi l'économie mal en point. Les déficits publics peuvent donc bien avoir un effet positif sur la croissance (actuelle et future), l'emploi, l'efficacité économique, etc.
En réalité, le principal enjeu du déficit public n'est pas son montant, mais ce à quoi il sert : si l'Etat emprunte pour préparer l'avenir et investir dans des secteurs qui en ont besoin (éducation, formation, recherche, santé, etc.), l'impact sera positif sur la croissance à court, moyen ou long terme ; si l'Etat dépense dans des causes perdues (certains pans de l'industrie notamment) ou gaspille (régimes spéciaux des parlementaires par exemple ; cadeaux aux plus riches), l'impact sur l'économie sera négatif puisqu'il faudra rembourser la dette contractée sans avoir retiré le moindre bénéfice de cet emprunt. Le déficit public et la dette ne s'analysent donc qu'au regard de la politque menée et de son efficacité économique et sociale, et non en termes comptables.
Argument 3 : s'endetter ne coûte pas cher
Dans l'inconscient collectif, et notamment français, s'endetter est une mauvaise chose, dangereuse et peu économique. Or, ce n'est pas forcément le cas et il n'est pas rare que l'endettement soit le moyen optimale d'assumer certaines dépenses.
Un ménage ayant 1000 et achetant pour 100 peut choisir de payer comptant ou d'emprunter. S'il paye avec ses fonds propres, il lui restera 900, qu'il pourra placer à un taux d'environ 5%. A la fin de l'année, il aura donc 945. S'il choisit d'emprunter pour financer son achat, il aura toujours 1000, qu'il aura placer à 5%, et devra rembourser 100 et environ 5% d'intérêts, soit 1050 – 105 = 945.
On voit donc que recourir à l'endettement n'est pas mécaniquement plus cher que payer sans passer par l'emprunt. C'est au cas par cas qu'on peut dire quelle est le moyen de financement optimal.
Argument 4 : notre dette n'inquiétera pas nos enfants
L'idée que la dette publique actuelle (1200 milliards d'euros pour un PIB de 1800 milliards) représentera un fardeau dont nos enfants hériteront est largement répandue, mais elle oublie un détail : la croissance économique.
Selon une tendance longue (les cinquantes dernières années, graphe de l'INSEE), le PIB de la France augmente en moyenne d'environ 2% par an. A ce rythme-là, nos enfants seront 2,7 fois plus riches que nous dans 50 ans, et nos petits-enfants 7 fois plus riches que nous dans 100 ans.
Ainsi, dans cinquante ans, la dette publique actuelle ne représentera plus que 24% du PIB (et 9% dans 100 ans) : on peut donc penser que nos descendants, s'ils avaient envie de rembourser notre dette, pourraient le faire rapidement et sans trop se serrer la ceinture.
Ces quelques arguments, simples mais traditionnellement peu évoqués dans les médias, vont à l'encontre du consensus classique faisant de la dette un « cancer pour l'économie ». Le débat politique, à droite comme à gauche, gagnerait en qualité à les prendre en compte.
Pour aller plus loin, je vous conseille notamment cet article du Monde Diplomatique de juillet ainsi que le livre Sexe, drogue... et économie des éconoclastes.
14:57 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dette publique, déficit public, économie
mercredi, 03 septembre 2008
L'ISF oppose les vrais libéraux aux conservateurs cachés
Petit billet caustique à l'égard des guérilleros conservateurs anti-ISF qui peuplent parfois nos élites politiques, capitalistiques et syndicales, et qui nous prédisent l'apocalypse économique si cet impôt libéral et juste venait à persister.
Alors que Brice Hortfeux explique au Figaro, apparemment très sérieusement, que « le RSA est une révolution sociale », d'autres brillants ambassadeurs du conservatisme pseudo-libéral (néo-libéral dit-on) tentent de nous faire croire que la suppression de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) est une nécessité pour notre économie. De l'idéologie pure. De la bétise même. Une sorte de réflexe pavlovien à l'écoute du terrible chatîment : I, S, F.
Après notre ministre Lagarde, rapidement désavouée par le bienvieillant François, c'est au tour de Madame Laurence Parisot, présidente du MEDEF (et accessoirement 431ème fortune de France, ce qui démontre une grande qualité), de se plaindre du niveau d'imposition du capital en France. Selon elle, cet impôt est « une catastrophe économique », rien que ça. Alors, « il serait sain, selon elle, de supprimer l'ISF, c'est la meilleure façon de conserver des investisseurs dans notre pays et c'est la meilleure façon de faire venir d'autres investisseurs qui avaient quitté notre pays ». Madame Parisot fait ici le lien entre ISF et investissement: l'ISF repousserait les investisseurs. Après cette douce logorrhée néolibérale, regardons la réalité.
Rappelons d'abord que :
-L'ISF est un impôt sur le patrimoine. Il ne taxe pas les revenus du capital.
-La France, malgré cet impôt sur le capital, est la 4ème destination mondiale d'Investissements Directs Etrangers (environ 70 milliards de dollars annuels, chiffre en augmentation chaque année).
-L'ISF ne concerne que les 550 000 foyers fiscaux (sur 35 millions soit une part de 1,5%) ayant un patrimoine supérieur à 770 000 euros. Plus votre patrimoine est élevé, plus vous êtes taxé, la limite étant de 1,80% pour les patrimoines supérieures à 16 millions d'euros ce qui représente déjà 1300 ans de SMIC, 13 siècles. Prenons un exemple concret : si vous détenez un patrimoine représentant 103 ans de SMIC (1 240 000 euros), vous devrez payer 2600 euros au titre de l'ISF. L'Etat Français est décidément un sacré voleur.
-De nombreux types de biens sont éxonérés dans le calcul de l'ISF, comme par exemple les oeuvres d'art, les forêts, les entreprises, les droits de propriété... ce qui permet de nombreux contournements légaux de cet impôt.
Regardons maintenant l'effet de l'ISF sur l'investissement :
Un investisseur décide d'investir 1 million d'euros dans une entreprise française. Au bout d'un an et parce que l'entreprise a bien marché, il en retire 5%, soit 50 000 euros. Son patrimoine vient donc d'augmenter de 50 000 euros. Au titre de l'ISF, il devra donc payer 1,80% de ces 50 000 euros, soit 900 euros. Son investissement lui aura donc finalement rapporté 49 100 euros, et non 50 000.
Par sa savante analyse, Madame Parisot tente donc de nous faire croire qu'un investisseur ne voudra pas investir son million d'euros en France à cause des quelques 900 euros qu'il perdra sur ses gains au titre de l'ISF! Cette thèse me parait peu crédible.
Si vous n'êtes pas convaincus :
La décision d'investir se base en premier lieu sur le critère du risque et de la probabilité de s'enrichir. Peu importent les 1,8% de l'ISF tant que l'investissement rapporte. Gagner 98,2, c'est presque comme gagner 100. L'attractivité de la France en terme d'investissements se joue donc d'abord sur le terrain de l'efficacité des entreprises françaises, sur leurs résultats, et non sur l'imposition du patrimoine.
Aussi, une imposition du capital, même légère, pousse son détenteur à l'investir, à le placer (des placements sûrs lui assureront quelques 4% annuels, donc 2,8% minimum si l'on en déduit l'ISF), et non à le laisser dormir sur un compte. Le propriétaire de logements, par exemple, aura intérêt à les louer (et donc en obtenir des revenus supplémentaires) plutôt que de les laisser vacants et d'en subir l'ISF sans rien en gagner.
Pour conclure :
L'ISF a donc des effets positifs pour l'économie : il tente d'éviter une trop forte concentration du capital et stimule sa mobilité dans l'économie concrète, sans pour autant représenter un frein à l'investissement, bien au contraire.
Il représente aussi un symbole du libéralisme, le vrai, le noble, puisque cet impôt taxe les rentiers, héritiers, mauvais gestionnaires qui conservent leur capital de façon improductive au lieu d'en faire profiter l'économie réelle. Et ceux qui s'opposent à cet impôt sont bien souvent des défenseurs du conservatisme et de l'ordre établi, tout l'inverse de l'idéal fondateur du libéralisme.
Cependant, le plus grand progrès fiscal serait une refonte globale de la fiscalité (IR, CSG, cotisations, ISF) qui redonne une véritable progressivité à l'impôt, pour un système plus juste et égalitaire, une réforme que les vrais libéraux (les défeuseurs des libertés, de la méritocratie et de l'égalité des chances : personnalités politiques et économistes de gauche) soutiennent, mais que ni Madame Parisot ni Madame Lagarde n'ont encore appelée de leurs voeux.
23:52 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, fiscalité, isf
samedi, 07 juin 2008
Faisons la révolution... fiscale
Le récent rapport parlementaire sur les niches fiscales (consultable ici) est à la fois clair et accablant, comme le résume bien cet édito du Monde.
Le constat : une fiscalité inégalitaire, voire anti-égalitaire
-Il existe 486 niches fiscales aujourd'hui en France, chiffre en augmentation.
-Ces niches coûtent 73 milliards d'euros au budget de la nation, soit 27% des recettes fiscales du pays. (Rappelons que le déficit public de la France est d'environ 50 milliards d'euros)
-Grâce à ces niches, les 100 000 contribuables aux revenus les plus élevés gagnent en moyenne 15 000 euros par an, ce qui représente un coût pour l'Etat de 1,5 milliard d'euros.
-Les 100 contribuables aux revenus les plus élevés ont gagné en moyenne 1,1 million d'euros.
Les auteurs du rapport (six parlementaires de tout bord) font un constat terrible sur notre fiscalité, qui devrait suivre le principe républicain de la progressivité : plus on est riche, plus on soutient la collectivité. Je cite : "Par l'effet des réductions et crédits d'impôt dont l'utilisation est croissante avec le niveau de revenu, on constate une véritable régressivité de l'impôt : plus un très gros contribuable a des revenus élevés, moins il paie d'impôt en proportion".
Quelques niches fiscales
En effet, la loi prévoit 486 dispositifs (volontés politiques souvent, failles de la législation parfois) permettant aux contribuables de payer moins d'impôts (principalement l'impôt sur le revenu). En théorie, chaque niche poursuit un objectif précis, comme par exemple favoriser les investissements dans les DOM-TOM, inciter les foyers à faire des économies d'énergie dans leur habitat, ou encore inciter les chômeurs à reprendre un emploi.
Certaines niches sont donc utiles, elles remplissent un rôle de régulateur des marchés : inciter l'investissement, l'innovation, la demande, l'offre, etc.
Mais parmi ces 486 niches fiscales, de nombreuses semblent sans grand intérêt pour la collectivité et méritent donc qu'on les plafonne (c'est ce que demande les auteurs du rapport pour certaines niches), voire qu'on les supprime pour certaines. Petit aperçu :
-l'emploi d'un salarié à domicile permet une ristourne fiscale, qui coûte au total 2,3 milliards d'euros à l'Etat : si ces emplois profitent certainement à des personnes âgés ayant besoin d'une assistance continue, elle profite aussi aux foyers les plus aisés (qui embauchent des salariés pour le ménage, la cuisine, le jardinage... ).
-les exonérations des plans d’épargne en action : ceux qui détiennent des comptes en bourse bloqués depuis plus de 5 ans ne paient pas d'impôt sur les dividendes perçus (coût total : 1,3 milliard d'euros), ce qui profite exclusivement aux boursicoteurs.
-les abattements sur les dividendes : les revenus distribués aux actionnaires sont imposés sur une base infléchie de 40%, ce qui revient à diviser presque par deux les impôts dus par ces actionnaires.
-les abattements d'impôt pour les plus-values réalisées à la vente d'un cheval de course (15% d'abattement par année de détention) : vendez un cheval de course après 3 ans de détention, et vous paierez deux fois moins d'impôts. On a du mal à voir l'intérêt pour la collectivité d'une tel avantage. (sources 1, 2, 3)
La liste de nos aberrations fiscales est très longue. Si certaines niches fiscales sont utiles et profitent au plus grand nombre, d'autres sont très élitistes et ne concernent que la marge très aisée de la population fiscale. Certaines de ces mesures ressemblent même à de véritables cadeaux fiscaux à finalité électorale.
Que faire ?
Les auteurs du rapport préconisent donc de plafonner la somme de toutes ces niches fiscales à un certain montant : qu'importe la clairvoyance des conseillers financiers, un contribuable ne pourra gagner plus de X euros grâce à des allégements, abattements, exonérations, etc.
Certains vont plus loin dans la volonté de réformer notre fiscalité puisqu'ils demandent une refondation complète de notre système, basé sur de nouveaux critères plus justes et égalitaires (à voir la proposition de l'économiste Liem Hoang-Ngoc sur la réforme de l'IR, ainsi que le programme sur la fiscalité de F. Bayrou par exemple).
Cette refondation, Thomas Piketty l'appelle "révolution fiscale". Alors, allons-y, révolutionnons. Ce serait là un beau symbole de la rupture tant annoncée.
01:12 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 03 mars 2008
La fausse crise de la valeur travail
Depuis le début de la campagne présidentielle, et c'est encore le cas aujourd'hui, Nicolas Sarkozy se positionne comme le défenseur de la valeur travail, valeur en crise selon lui. Les Français ne travailleraient pas assez, ne se donneraient pas assez, et se contenteraient trop de ce qu'ils ont. D'où le manque de croissance et de pouvoir d'achat. Son ambition est donc de redonner aux Français le goût du travail et de l'effort, objectif qui passe notamment par la défiscalisation des heures supplémentaires.
La plus grande erreur de Nicolas Sarkozy, c'est son modèle, son constat, son état des lieux : non, il n'y a pas de crise de la valeur travail en France. Une large étude mondiale de la WVS (Wolrd Value Survey) nous le montre :
-Les Français répondent à 69% que le travail est "très important" dans leur vie, la France occupe le 1er rang sur les 24 pays les plus riches.
-Les Français répondent à 37% que les loisirs sont "très importants" dans leur vie, ce qui place la France en 17eme position sur 24 pays.
-Les Français répondent à 68% qu'il est important d'apprendre aux enfants à "travailler dur", la France est 7eme sur 24 pays.
Les Français ne sont donc ni feignants ni désintéressés par leur travail.
En réalité, les études montrent que le problème français vient de la vie dans l'entreprise : mauvaises relations manager-salariés, faible promotion interne, manque de liberté d'action et de pouvoir de décision pour les salariés, etc.
-Selon une enquête du GCR (Global Competitiveness Report) menée auprès d'entrepreneurs du monde entier, la France se classe 99eme sur 102 pays pour la qualité de ses relations sociales dans l'entreprise, juste devant le Venezuela, le Nigeria et Trinidad.
-La France se caractérise aussi par le peu d'autonomie qui est laissée aux salariés, et par le manque de promotion interne: dans les entreprises à actionnariat familial, qui sont souvent des entreprises à management familial, les enfants reprennent l'affaire de leurs parents. Dans les entreprises managériales de grande taille (notamment les entreprises publiques), les dirigeants s'échangent les postes entre eux. Ce jeu des chaises musicales ne profitent pas aux salariés (et aux cadres) ce qui limite les évolutions de carrière et la mobilité sociale.
Bref, la crise de la valeur travail est un mythe. Les travailleurs Français sont même dans les premiers de la classe en terme d'intérêt et de dévouement à leur travail. Les problèmes de l'économie française sont donc à chercher ailleurs et notamment dans les catastrophiques relations sociales dans l'entreprise. Cette triste réalité s'explique notamment par une place prépondérante du management familial en France et à un très mauvais dialogue social, héritage du XIXeme siècle et du paternalisme comme force conservatrice.
Pour aller plus loin, une lecture s'impose : Le capitalisme d'héritiers, de l'économiste Thomas Philippon.
22:41 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 28 janvier 2008
Pour comprendre la fraude à la Société Générale et la crise financière
Jusqu'à vendredi dernier, tout le monde parlait de la crise des subprimes. Mais dans le week-end, l'actualité financière mondiale a été bouleversée par un seul homme, Jérôme Kerviel, trader de la Société Générale, et les conséquences de ses actions.
Cette affaire, inutile de vous dire que je ne l'analyserai pas ici tant je suis incompétent. Mais justement, pour tenter de comprendre un peu mieux cette affaire, je vous donne quelques liens et quelques pistes qui m'ont bien aidé.
Sur le trading en général
Vous pouvez lire le billet très intéressant (mais tout de même assez difficile pour les non-initiés) d'Alexandre Delaigue, d'Econoclaste, qui tente de nous expliquer comment marche le trading, quels sont les risques, et comment ça s'est passé dans le cas de cette fraude.
Sur l'affaire en elle-même
Pour avoir une vision "inside" et chronologique de cette crise à la Société Générale, vous pouvez lire ce billet, de Duo&Co.
Sur les théories: "j'y crois" ou "j'y crois pas"
Pour avoir l'avis de spécialistes (est-ce que c'est possible pour un seul homme de détourner autant de sécurités ?), je vous propose l'avis d'Elie Cohen (pour lui, Kerviel n'est qu'un bouc émissaire) et cet article du Monde, et je vous renvoie aussi au billet de Duo&Co.
Sur la communication de crise de la SG
C'est sur la communication de la Société Générale pendant la crise que s'est penché Versac. Son billet présente un intérêt puisque Versac travaille dans la communication et le conseil.
Sur l'affaire dans l'affaire
Certains parlent de délits d'initiés. Des administrateurs de la Société Générale auraient été mis au courant de cette gigantesque fraude avant les autres et auraient rapidement vendu, le 9 janvier, leurs actions. C'est cette théorie que met en lumière cet article du Figaro.
Le meilleur pour la fin
A mon avis, le meilleur moyen pour arriver à bien comprendre cette fraude à la SG et la crise financière qui s'en suit, c'est de regarder l'émission "C dans l'air" de ce soir. Si vous l'avez manqué, vous pouvez la revoir gratuitement ici. Les 4 spécialistes sur le plateau (dont un ancien trader notamment) sont intéressants et très pédagogues.
Voilà, je pense que si vous parcourez ces quelques liens, vous aurez compris l'essentiel de ce qui se joue dans cette affaire énorme qui vaut à la Société Générale les gros titres dans tous les médias du monde, et qui donne à Kerviel le statut de star planétaire. La gloire, la notoriété, c'est justement ce qui attire les traders.19:45 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Société Générale, Jétôme Kerviel, trading, finance, fraude, C dans l'air







