dimanche, 08 mars 2009

Chronique cinéma (2)

Vu pas mal de films ces derniers temps : je livre ci-dessous quelques commentaires rapides sur les plus récents. Un point commun : ils sont tous à voir, pour différentes raisons.

Che l'ArgentinChe, l'Argentin : je ne suis pas sûr que le film soit réussi (et il y a certainement de nombreuses critiques à faire comme cette bataille urbaine finale qui n'en finit pas) mais j'ai passé un bon moment. D'un point de vue biographique et historique, difficile de juger si le film est fidèle à la réalité mais l'angle ne me paraît pas outrageusement guevariste contrairement à ce qu'on a pu lire. En tout cas, le film a de l'intérêt parce qu'il raconte une histoire qui a été depuis mythifiée. Je conseillerais ce film en priorité à ceux qui s'intéressent à Guevara, à la révolution castriste ou à l'histoire politique de l'Amérique Latine, ce qui est plutôt mon cas.

Gran TorinoGran Torino est à voir pour plusieurs raisons : i) ce film marque la dernière apparition à l'écran d'un grand acteur qui aura marqué son art, Clint Eastwood. ii) Clint y est excellent dans son rôle, un personnage aux couches mulitples, qu'on croit vieux raciste aigri et méprisable et qui se révèle finalement complexe, capable d'empathie et de gestes d'amour. iii) Si le rythme pourra paraître lent à certains (ce ne fut pas mon cas, j'ai savouré du début à la fin tant l'intrigue m'a plu bien qu'elle paraisse faible), les dernières minutes sont d'une incroyable intensité : du beau cinéma, sans artifice.

The WrestlerThe Wrestler, qui réunit Mickey Rourke et le réalisateur Darren Aronofsky (Pi, Requiem ofr a Dream, The Fountain), ne peut laisser indifférent. L'intrigue est finalement assez simple : une ancienne star du catch, tombée assez bas et qui tente de remonter la pente malgré les obstacles et les blessures. Comme ça a été dit et répété partout, Mickey Rourke porte le film à lui tout seul (il est vraiment exceptionnel) mais il ne faut pas oublier le jeu remarquable des seconds rôles. The Wrestler est un film à voir et si vous n'aimez pas le catch, n'ayez crainte, vous pouvez y aller sans danger.

Valse avec BachirAutre film à voir, cette fois dessiné et politique : Valse avec Bachir (César du Meilleur Film Etranger) raconte une partie de la guerre du Liban à travers les souvenirs difficiles d'anciens soldats israeliens. Le film se termine avec l'épisode tragique de Sabra et Chatila (quelques images réelles sont insérées en toute fin pour montrer l'horreur du massacre). Ce film fait l'autocritique d'Israel  (certainement dans le mouvement des nouveaux historiens israeliens) et a un intérêt pédagogique évident, ce qui est déjà beaucoup quand il s'agit de guerres et de massacres. Mais je ne sais pas trop comment comprendre certains choix du scénario, comme le fait de finir sur le massacre des réfugiés par les phalangistes libanais, avec des soldats israeliens qui n'auraient compris que sur le tard ce qu'il se passait dans les camps. Faut-il y voir un message politique? Je ne sais pas, c'est compliqué.

samedi, 17 janvier 2009

Chronique cinéma

Par manque de temps ou manque d'envie, toujours pas de billet politique malgré une actualité riche... Je partage ici rapidement mes impressions cinéma des dernières semaines : deux coups de coeur, deux déceptions.

Deux déceptions : Tropic Thunder et Burn After Reading

Vu le concept de Tropic Thunder (filmer le tournage d'un film de guerre sur le Vietnam) et son casting à haut potentiel humoristique (Ben Stiller et Jack Black pour mes préférés), on pouvait s'attendre à une des meilleures comédies de l'année. Et c'est ce qu'ont confirmé les chiffres. Mais pour moi, c'est plutôt un flop : pas beaucoup ri même si ça reste un moment plaisant. 

Burn After Reading, le dernier des frères Cohen, laisse une impression d'incompréhension. Qu'ai-je manqué? Quel est le sens du film? Aucune idée. Disons que le film mêle un casting de rêve (Brad Pitt, George Clooney, John Malkovich) à une histoire tordue où deux idiots travaillant dans un club de gym pensent avoir découvert des documents top-secret d'un ex-agent de la CIA, et tentent de le faire chanter. Un film hallucinant, avec des personnages complétement fous,  et une question : WTF? 

Deux coups de coeur : Vicky Cristina Barcelona et Slumdog Millionaire

Le dernier Woody Allen se penche encore une fois sur l'amour et la passion, dans le décor chaud et envoutant de Barcelone. Casting de luxe (Scarlett Johansson, Javier Bardem, Penelope Cruz, Rebecca Hall), prédominance de l'art, beaux dialogues et questionnements profonds sur des choses essentielles : du beau cinéma comme je l'aime.

Danny Boyle (Trainspotting, Sunshine, La Plage) propose un film sur la vie de Jamal Malik, un orphelin indien né dans les bidonvilles de Bombay. Le film est un magnifique enchaînement de flash-backs : Jamal participe au jeu télé planétaire "Qui Veut Gagner Des Millions?" et chaque question lui rappelle des souvenirs de son enfance. Cet orphelin qui sait à peine lire enchaîne les bonnes réponses grâce aux difficiles expériences de sa vie, alors que le pays entier le soutient à travers les écrans. Un beau moment que Les Inrocks n'ont pas du tout apprécié.

lundi, 14 janvier 2008

It's a free world, isn't it ?

Entre deux séances de révisions

"Ken Loach, le dernier réalisateur communiste du monde"! Voilà ce qu'on entend parfois au sujet du célèbre réalisateur britannique, soutien d' Olivier Besancenot durant la campagne présidentielle de 2007. Personnellement, je ne connais vraiment ni le personnage, ni son oeuvre.

dc00ccd666efa1646eafd47fea5e14ae.jpgMais je peux tenter de vous parler de son dernier film It's a free world, sorti le 2 janvier et que j'ai regardé hier. Avant de commencer une incompétente critique, what is this movie about?

C'est l'histoire d' une femme, blonde, mère d'un gamin plutôt turbulent dont ses parents s'occupent, qui se fait virer de son job de recruteur dans une agence d'intérim britannique parce qu'elle refusait les avances de son patron. Aidée de sa colocataire, elle décide de lancer sa propre agence d' intérim, en partant de rien. L'affaire se développe très vite compte tenu du grand nombre des demandeurs d'emploi, notamment les étrangers d'Europe de l'Est, main d'oeuvre docile et prête à travailler dans n'importe quelles conditions. Contre l'avis de son associée, elle décide de proposer du travail à des travailleurs clandestins, pour éviter de s'encombrer du paiement des taxes. Plus le film avance, plus ses méthodes deviennent immorales et égoïstes: elle n'hésite par exemple pas à dénoncer aux flics un camp de sans-papiers pour libérer quelques logements insalubres d'un camping urbain... Mais ses méthodes crapuleuses se retournent contre elle, et elle et son fils sont très vite menacés.

Ce film montre le renversement d'une femme, qui, pour se faire du fric, n'hésite pas à oublier les valeurs et les principes moraux de base, comme le respect de la loi, le respect de ses engagements, et le respect dû aux étrangers, hommes ou femmes, légaux ou clandestins.

Au-delà du parcours de cette femme, le film a pour but de dénoncer le modèle britannique, et presque le modèle mondial, qui consiste à faire de l'homme un moyen de production jetable, qui instaure une concurrence totale entre les hommes et les États, qui créé des conflits et des dominations, qui stigmatise l'autre et fait de la société une somme d' individualités : le système libéral.

Cette critique du système, certains la valideront, d'autres pas, certains diront que le libéralisme est indéfendable, d'autres diront qu'il est le meilleur moteur de la croissance. Mais ce qui est frappant, et que l'on voit bien dans le film, c'est que ce modèle repose sur la domination de certains et l'exploitation d' autres. Ce modèle exacerbe les inégalités, les précarités, la pauvreté. Il fait l'apologie de la liberté, et prépare la mort de l' égalité. Enfin, il tire vers le bas tout ce qui lie la société (les solidarités, les valeurs)... et à force de descendre, on pourrait bien tomber dans de sombres profondeurs jamais explorées.