jeudi, 16 juillet 2009
Brooklyn Follies, de Paul Auster

Paul Auster a tout pour plaire, surtout ici, en France : il est écrivain, il aime la poésie, il s'intéresse beaucoup au cinéma (au point de faire des films), il aime la France et parle même notre langue, il vit à Brooklyn et aime Paris, il déteste Bush et l'Amérique qu'il incarne, il vote démocrate. Côté philosophie, Auster est mi-optimiste mi-mélancolique. Ses histoires sont souvent noires, mais pas cyniques : il préfère l'aube au crépuscule. "Le petit déjeuner, c’est la meilleure chose qui puisse arriver à l’humanité: un jour nouveau, on est encore en vie, et il y a les tartines beurrées…", disait-il dans une interview dans Le Nouvel Obs. Difficile de ne pas être d'accord avec lui.Et puis, Auster défend ses idées. Il est romancier, engagé, et ses personnages sont des citoyens. En 2000, lorsque Bush est annoncé vainqueur de l'élection présidentielle américaine, il n'y croit pas : "Gore avait gagné. Mais les Républicains, au moyen de malversations diverses, ont détourné la victoire à leur profit. Je pensais que l’Amérique allait prendre les armes, qu’il y aurait des manifestations dans les rues, pendant des mois. Rien de tout cela n’est arrivé, bien sûr." C'est peut-être aussi pour ça qu'il aime la France : nos manifestations sont massives, parfois violentes. Et si on joue parfois à se faire peur, l'Histoire fait du peuple français un coupeur de tête, donc un peuple souverain faisant parfois trembler le pouvoir.
Après le citoyen Paul Auster, l'auteur : il écrit bien, a un vrai ton, une voix, un regard. Et on sent, à la lecture de certains passages de Brooklyn Follies, qu'il a quelque chose de plus que beaucoup d'autres. Ce livre (376 pages, paru en 2005) raconte l'histoire de Nathan Glass, un père de famille divorcé de 60 ans qui revient s'installer à Brooklyn pour finir sa vie de cancéreux sans attentes. Sa femme ne l'aime plus, sa fille ne lui montre guère d'intérêt, sa sœur est morte, il ne revoit plus personne de sa famille, il a un peu d'argent mais n'est pas riche, et n'a qu'une seule occupation à son retour à New-York : écrire Le livre de la folie humaine, un livre qui raconterait toutes les histoires sottes qu'il a vécues ou entendues tout au long de sa vie. Mais la vie de Nathan prend un nouveau souffle quand il rencontre par hasard, dans une librairie de Brooklyn, son jeune et talentueux neveu Tom qu'il imaginait professeur de littérature dans une grande université mais qui travaille en fait à la caisse de cette librairie après avoir enchaîné les petits boulots, comme taxi de nuit. C'est à ce moment que l'histoire prend son envol : elle va nous faire voyager dans la famille de Nathan, du côté de sa fille Rachel (qui a des problèmes de couple et se rapproche de son père) et de son instable nièce Aurora (qui aura quelques ennuis avec la drogue, puis avec une Église qui a tout d'une secte). L'histoire de Tom et Nathan à Brooklyn sera aussi étroitement liée au destin d'un homme au passé douteux, Harry Brightman, le propriétaire de la librairie où travaille Tom. Ces histoires se mêlent à des rencontres qui s'avéreront déterminantes pour la suite, comme celle d'une jeune mère de famille très belle habitant Brooklyn, Nancy Mazzucchielli, dont Tom tombe amoureux alors qu'il la croise dans la rue.Toutes ces histoires s'entrecroisent, avec pour point commun de paraître tombées du ciel, par hasard. Ces parcours qui se rejoignent se dévient mutuellement, et chaque personnage voit sa vie changer sous l'effet d'évènements imprévisibles qui paraissent sans importance. Un bruit à la porte, une panne de voiture, une rencontre, un mot mal compris : tant de micro-évènements qui amènent de grands chamboulements... c'est l'effet papillon appliqué à la vie en société. Pour dire une dernière fois que nos vies ne tiennent qu'à un fil, que le destin s'écrit à chaque seconde, le livre se finit le 11 septembre 2001, à 8 heures du matin, alors que tout est encore calme à Manhattan : "il était encore huit heures et je marchais dans l'avenue sous ce ciel d'un bleu éclatant, heureux, mes amis, aussi heureux qu'homme le fut jamais en ce monde". Le livre se termine mais tout commence.
Lecture très conseillée.
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dimanche, 14 juin 2009
Black Boy, un Noir chez les Sudistes
Cette lente maturation de la question raciale dans la société américaine, et plus particulièrement dans les Etats du Sud racistes, est bien perceptible dans l'oeuvre de l'écrivain noir-américain Richard Wright (1908-1960), et notamment dans son roman autobiographique Black Boy publié en 1945. L'auteur y raconte son enfance dans les années 1910-1920 dans le sud des Etats-Unis, à Jackson dans le Mississipi puis légèrement plus au Nord à Memphis. Ce livre fut l'un des premiers à raconter et décrire les conditions de vie des Noirs américains et la façon dont ils étaient traités par les Blancs au Sud à cette époque, et on dit de Wright qu'il a libéré la parole des Noirs américains.L'enfance de Richard Wright fut assez malheureuse et fondamentalement marquée par les conflits raciaux. Sa famille (sa mère, sa grand-mère, ses oncles et tantes, son petit frère) est pauvre, religieuse, et n'a pas les moyens de lui permettre d'aller convenablement à l'école. De plus, sa mère est malade ; Richard doit tdonc ravailler pour aider le foyer et pour combattre sa faim permanente, soit dans des usines soit chez des particuliers (pour accomplir des petites tâches ingrates, pour quelques centimes par semaine), avec bien souvent des patrons racistes qui le traitent comme le veut la tradition sudiste : comme un animal, ou au mieux comme un homme de race inférieure. Richard, contrairement à la plupart de ses jeunes amis Noirs, n'accepte pas la façon dont les Blancs le traitent et réclame l'égalité et la justice. Il ne comprend pas d'où vient la haine que cultivent les Blancs à l'égard des Noirs et tente avec sagesse d'éviter l'affrontement violent avec les racistes.
Richard s'oppose aussi au fondamentalisme religieux de sa famille, incarné par sa grand-mère et sa tante Addie, qui veut absolument faire de lui un bon petit chrétien, quitte à lui forcer la main. Lors de son baptême non-désiré, Richard décrypte la supercherie de l'Eglise qui met en place toute une manigance poussant les enfants à accepter de se faire baptiser pour éviter une humiliation de leurs familles. Plus globalement, Richard s'oppose à ce qui est arbitraire, imposé, sans raison : les passages à tabac et les assassinats de Noirs par des Blancs, le bourrage de crânes des jeunes non-croyants, les violences injustifiées des anciens sur les plus jeunes de la famille...
Le climat raciste du Mississipi conduit Richard à partir au Nord en 1925 (il à 17 ans), à Memphis, dans l'optique de trouver une vie meilleure dans une région où il sera mieux accepté. Son passage à Memphis est l'occasion d'étranges rencontres (notamment cette femme noire chez qui il loue une chambre et qui veut qu'il épouse sa fille du même âge) mais ne lui permet pas de rompre complétement avec les discriminations fondées sur sa couleur. Cependant, c'est à Memphis que Richard découvre la littérature, en empruntant des livres dans une bibliothèque au nom de son patron blanc -les Noirs n'en ont pas le droit. Cette découverte sera un élément fondamental dans sa vie puisqu'il veut alors devenir écrivain et qu'il prend conscience que la vie est plus belle, plus enrichissante , plus attirante que ce à quoi la sienne se limite. Richard décide donc de partir encore plus au Nord, à Chicago cette fois, une ville que tous les Noirs Américains du Sud espèrent connaitre, pour comprendre ce que sont vraiment la vie, la liberté et la justice.
Ce témoignage de 440 pages est un très beau récit de l'enfance d'un Noir dans les régions racistes des Etats-Unis au début du XXème siècle. Il nous montre le chemin qu'a parcouru l'Amérique entre cette période (où le pays était divisé en deux, avec un Sud ségrégationniste où régnait l'injustice et le racisme) et aujourd'hui (les Noirs ont les mêmes droits que les Blancs, sont présents dans les médias, dans les universités, dans la politique, etc). Bien sûr, l'Amérique raciste et très conservatrice n'est pas morte avec Obama, mais l'actualité nous montre qu'une masse d'électeurs Américains a su imposer un modèle de société nouveau dans lequel l'ordre n'est plus une affaire de couleur. Lecture très conseillée.
22:06 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 09 juin 2009
Sur La Princesse de Clèves
L'étudiant Nicolas Sarkozy n'a guère aimé La Princesse de Clèves, ce livre anonyme écrit en 1678 (très certainement par Madame de Lafayette) et considéré comme l'un des premiers romans de la littérature française. Il dit avoir "beaucoup souffert sur elle". Pour notre Président, il ne se passe rien dans ce livre : on attend, on attend, et puis rien. En effet, cette histoire est lente et l'action y est plutôt rare. Mais on ne peut pas dire qu'il n'y en ait pas.Le livre raconte les rapports (amours, haines, passions, jalousies) entre différents nobles (fictifs) de la cour du roi Henri II, au milieu du XVIème. Les deux personnages principaux sont la Princesse de Clèves, jeune, très belle mais déjà mariée, et le duc de Nemours, un courtisan qui l'aime passionnément et dont elle tombe amoureuse malgré sa résistance de femme mariée, dévouée et aimante. Le mari de la Princesse a un amour, une fidélité, un respect irréprochables vis-à-vis de son épouse, ce qui interdit à cette dernière le moindre faux pas, la moindre infidélité avec le duc de Nemours. Le roman raconte la lente évolution de l'attraction entre la Princesse de Clèves et le duc de Nemours, et la relation entre l'épouse et son mari qui sent sa femme courtisée lui échapper.
Ce roman de 300 pages est assez lent et précis, l'auteure n'hésitant pas à introduire d'autres histoires dans l'intrigue principale et à développer en longueur les sentiments et états d'âme des différents personnages. Mais l'histoire n'est pas aussi ennuyante que le laisse croire Nicolas Sarkozy, et le cheminement de la relation amoureuse n'est pas un long fleuve tranquille se terminant comme le veut la tradition des romans à l'eau de rose. L'autre élément intéressant de ce livre est son style, qu'on peut juger ancien, pompeux ou désuet, mais qui est surtout beau, classique et qui correspond parfaitement à l'environnement royal de l'histoire (il ne faut pas avoir peur de l'imparfait du subjectif pour lire ce texte).
La Princesse de Clèves n'est pas un roman contemporain, rapide et rempli d'action. Ce n'est pas non plus un livre accessible au style facile. C'est plutôt un beau texte qui montre au lecteur d'où vient la littérature et comment elle peut incarner, mimer, montrer une époque. Nicolas Sarkozy gagnerait donc à se replonger dans ce texte, comme le font en masse des lecteurs engagés depuis quelques mois.
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lundi, 13 avril 2009
L'adolescence, la littérature, Salinger et tout
Agé de 90 ans aujourd'hui, l'américain J.D. Salinger est l'auteur de nombreuses nouvelles (souvent parues dans le New-Yorker) et d'un merveilleux livre sur l'adolescence, ayant marqué de nombreuses générations : The Catcher in The Rye (L'attrape-coeurs dans sa traduction française). Après le succès mondial de son roman dès les années 1950 (60 millions d'exemplaires vendus dans le monde jusqu'à aujourd'hui), Salinger quitta le monde de la foule, de la gloire et des médias, et vit aujourd'hui caché dans les bois du New Hampshire, entretenant ainsi le mystère.
Le roman de l'adolescence
"Si vous avez réellement envie d'entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir c'est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie et ce que faisaient mes parents et tout avant de m'avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça."
Comme il l'explique dès la première page, J.D. Salinger ne donnera pas à son lecteur ce qu'il attend. Il écrit ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. C'est-à-dire qu'il raconte, à la première personne et dans un style oral et familier, trois jours de la vie de Holden Caulfield, un adolescent américain de 16 ans qui se fait virer de son école (Pencey, en Pennsylvanie) et part pour New-York où il doit retrouver ses parents quelques jours plus tard pour les vacances de Noël.
Durant ces deux ou trois jours d'errance, Holden fait la pleine expérience de ce que sont l'adolescence, la liberté, la solitude, le bonheur. Holden coupe les ponts avec son école (qu'il n'aime pas comme toutes les autres écoles qu'il a pu faire, viré à chaque fois) et quitte sa chambre sans prévenir quiconque (ni ses profs, ni son colocataire Stradlater, ni son con de voisin de couloir, Akley, que personne n'aime et qui n'aime personne). Il prend le train pour New-York, où vivent ses parents et sa petite soeur Phoebe, mais ne veut pas aller directement à leur appartement pour éviter qu'ils ne comprennent tout de suite qu'il s'est encore fait virer de l'école. Holden décide donc d'errer seul dans New-York, aux quatres coins de Manhattan, et de dormir les soirs dans un hôtel minable (le Edmont Hotel).
Jours et nuits, Holden fait un peu ce qui lui plaît : il va dans des bars pour boire un coup, il rencontre des filles, en appelle d'autres ; il pense à son amie d'enfance Jane Gallagher et veut lui téléphoner ; il va à la patinoire de Central Park avec sa copine Sally Hayes et lui propose de partir très loin, pour toujours, après quoi il l'insulte et la jette ; il se fait tabasser par Maurice, un proxénète amateur, pour ne pas avoir payer une passe ; il pense à sa soeur Phoebé qu'il aime tant et à ses deux frères, D.B. scénariste à Hollywood et Allie qui lui manque depuis sa mort à cause d'une leucémie ; il rend visite à un prof qu'il aime beaucoup, Mr Antolini, et se barre de chez lui en courant dans la nuit après une caresse bizarre ; il va à Central Park et se demande où vont les canards quand le lac gèle l'hiver ; il se faufile dans l'appartement de ses parents un soir et va voir Phoebé sans se faire remarquer, parce qu'il a envie de la voir ; il rêve d'une vie solitaire dans une cabane dans la forêt, loin de tout, et se décide à partir après avoir dit adieu et rendu son argent à Phoebé...
L'attrape-coeurs raconte tous ces moments, ces évènements, ces expériences, dans un langage très familier, presque injurieux. A chaque page, on peut lire des "ça me tue", des "et tout" qui donnent une vraie crédibilité au discours. En racontant son histoire, Holden s'adresse souvent à quelqu'un, lui disant "vous". Ce quelqu'un peut être compris comme le lecteur, mais les dernières pages nous révèlent que c'est aussi quelqu'un d'autre, ce qui donne une portée nouvelle au texte.
Au-delà du parcours de ce jeune Holden, L'attrape-coeurs raconte la vie complexe des adolescents, leurs problèmes, leurs envies, leurs sentiments. L'incroyable, c'est que ce roman date de 1951 et qu'il est toujours aussi actuel, aussi moderne, aussi juste ce qui donne une sacrée leçon aussi bien aux nostalgiques qu'aux adeptes du jeunisme.
La légende Salinger
Par ce roman monumental écrit quand il avait 30 ans, J.D. Salinger a touché des générations entières de jeunes mal compris par les adultes, ce qui a suscité une incroyable passion autour de sa personne. A cette attente, à la célébrité, Salinger a préféré l'exil et le silence, dans sa cabane de bois du New Hampshire. Il n'a plus donné d'interview ou publié de texte depuis environ 40 ans. Il semblerait qu'il écrive encore et qu'il ait même écrit des livres complets sans vouloir les publier malgré l'incroyable attente de lecteurs amoureux.
Sa fille Margaret Ann a écrit un livre à son sujet L'attrape-Rêves mais son témoignage paraît plus cruel qu'intéressant. Par passion plus que par voyeurisme, de nombreux fans ont tenté d'aller le rencontrer à Cornish, New Hampshire, où il vit. Récemment, c'est Frédéric Beigbeder qui a voulu aller voir son auteur favori. Cette aventure a donné un documentaire intéressant intitulé L'attrape-Salinger (bande-annonce), qui se finit sur des images de Beigbeder dans les bois de Cornish, sur un chemin qui doit mener à la maison de Monsieur Salinger. Le film ne dit pas s'il a pu le rencontrer ne serait-ce qu'un instant ; après tout, c'est probablement pour le mieux tant Salinger mérite d'être respecté dans son intimité.
C'est d'ailleurs ce respect qui faisait dire à Nicolas Sirkis d'Indochine, dans la chanson "Des fleurs pour Salinger" qu'il consacre à l'écrivain américain :
Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Le rencontrer / Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Sans le contrarier
Mais laissez-lui un peu ses secrets à garder / Son intimité / C’est pour se protéger, il est fatigué / De toutes vos stupidités.
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mardi, 31 mars 2009
Le sagouin, de François Mauriac
Mon avis rapide sur Le Sagouin, une nouvelle assez noire, premier contact avec l'oeuvre de Mauriac.
Romancier, essayiste, polémiste, François Mauriac fut membre de l'Académie Française (élu avec facilité avec 29 voix sur 32) puis obtint en 1952 le prix Nobel de littérature. Un an avant Galigaï, il publia Le sagouin (1951).
Difficile de se faire un avis tranché sur cet auteur sans se plonger dans ses biographies. En effet, on ne sait trop où placer ce polémiste tant il a dit et écrit des choses dérangeantes dans son Bloc-Notes et ailleurs (dont Thierry Savatier parle ici) : sur le Deuxième Sexe de Beauvoir, essai fondateur du féminisme : "pornographique" et "abject" ; sur Sartre l' "excrémentaliste" et Camus le "penseur n°2" ; sur l'érotisme et la décadence de l'époque ; sur la religion, la morale ; sur la politique, anti-communiste proche de la droite nationaliste puis de De Gaulle et d'autres. Bref, on ne met pas facilement Mauriac dans une case, mais disons qu'il ne se trouvait pas souvent du côté des bien-pensants et autres progressistes. Qu'importe, Mauriac était avant tout romancier.
Le Sagouin, un court roman de 120 pages se situant au début du XXème siècle dans une famille noble, raconte l'histoire de Guillaume, un enfant disgracié, mal-aimé et rejeté par sa mère (Paule de Cernès) laquelle s'est mariée avec un baron, Galéas de Cernès, non par amour mais pour en obtenir le titre. Au milieu de ces parents qui ne s'aiment pas, l'enfant ne connait presque personne (il ne va pas l'école, n'a pas d'amis) et subit en permanence le désamour et la méchanceté de sa mère tandis que son père reste impassible, absent, en dehors de la vie de famille. La seule opposition à Paule de Cernès vient de la belle-mère, la Baronne de Cernès, et de la gouvernante Fraulein : les femmes de la maison se livrent un combat. Un jour, Guillaume est envoyé chez l'instituteur de l'école pour éviter qu'il ne reste trop bête. Cette expérience permet à Guillaume de prendre conscience qu'il mérite du respect et de l'attention et qu'il n'est pas complétement idiot comme le prétend sa mère, mais elle ne peut durer, l'instituteur étant socialiste et donc pour la lutte des classes. La fin de l'histoire est à la fois surprenante et tragique.
C'est une histoire touchante sur la violence psychologique dans la famille et la déshumanisation de l'enfant. La famille y est montrée non comme un rempart mais comme un terrain de violences et de rapports de force, l'enfant en étant la première victime. De façon plus radicale, Le Sagouin raconte peut-être aussi l'histoire de la médiocrité morale d'une femme, la mère, opportuniste et n'aimant personne, qui a tout raté dans sa vie (son mariage, son enfant qu'elle n'aime pas, son rapport aux autres) et qui détruit avec elle la vie de sa famille. Le style est simple et l'auteur semble même s'effacer au profit de la narration, ce qui en fait un texte très facile à lire.
16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 23 mars 2009
En attendant quelque chose, avec Samuel Beckett
Il est toujours plaisant pour nous français de voir des artistes étrangers choisir de s'exprimer dans notre langue. C'est le cas de nombreux écrivains, parmi lesquels l'irakien Atiq Rahimi (Goncourt 2008), l'américain Elie Wiesel (prix Nobel de la Paix 1986) ou l'irlandais Samuel Beckett, prix Nobel de littérature en 1969.Beckett (1906-1989) est connu dans le monde entier pour sa pièce En attendant Godot (1948), jouée pour la première fois en 1953, illustration du "théâtre de l'absurde".
Une intrigue mystérieuse
Cette pièce en deux actes est assez courte dans sa version écrite (120 pages). Elle raconte, dans un décor composé d'une route et d'un arbre seulement, l'attente de deux hommes, Vladimir et Estragon, deux amis vagabonds d'une cinquantaine d'années. A plusieurs reprises, à la tombée de la nuit, ils attendent Godot, un personnage mystérieux qu'ils ne connaissent pas mais qui pourrait semble-t-il les aider. Les deux amis s'ennuient dans cette attente malgré leurs longs dialogues absurdes, si bien qu'ils envisagent tantôt de partir de ce lieu de rendez-vous, tantôt de se pendre à l'arbre. Mais comme le dit Estragon, "Ne faisons rien. C'est plus prudent." Au cours de leur attente, Vladimir et Estragon font la rencontre d'un homme étrange et autoritaire, Pozzo, toujours accompagné par son esclave Lucky, un homme qui parait simple et soumis, attaché au cou par une corde, qui marquera la pièce par un long monologue incompréhensible et sans ponctuation lorsque son maître lui ordonne de "penser". La pièce est également marquée par des répétitions, comme si aucun des personnages n'avait conscience du temps qui passe et des situations qui se répétent : ainsi, l'acte II est une répétition courte et altérée de l'acte I.
Un sens à chacun
En attendant Godot fit scandale lors des premières représentations dans les années 1950, le public partant massivement avant la fin du premier acte, les derniers restants huant les acteurs jusqu'au bout.En effet, il est difficile de dégager un sens clair de cette histoire et ses dialogues équivoques. Difficile aussi de comprendre l'identité de ce mystérieux Godot qu'on ne verra jamais, ou ce qu'il représente (certains y virent l'incarnation de Dieu, God, mais Beckett démentit). L'auteur lui même ne proposait pas d'interprêtation particulière à cette pièce, comme il le dit dans une lettre au journaliste littéraire Michel Polac, en 1952 : "Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais cela doit être possible." Trouver un sens serait sans intérêt : c'est peut-être ça le théâtre de l'absurde.
21:42 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : beckett, théâtre, en attendant godot, lectures
dimanche, 15 mars 2009
William Faulkner raconte la vie
Après Truman Capote, John Steinbeck, Ernest Hemingway et d'autres, nouvelle traversée de l'Atlantique pour découvrir un autre géant de la littérature américaine, William Faulkner, prix Nobel de littérature en 1949.
Le bruit et la fureur (The Sound and the Fury, 1929, publié en France en 1938 après la traduction de Maurice-Edgar Coindreau) fait partie des grands romans de Faulkner avec Tandis que j'agonise (1930), Absalon, Absalon! (1936) ou Lumière d'août (1938).
Le roman raconte, en 370 pages divisées en 4 parties, l'histoire assez tragique d'une famille blanche américaine du Sud (les Compson), aux côtés de laquelle vit une famille noire dont la mère (Disley) est la domestique. Les faits marquants de cette histoire familiale sont la maladie psychiatrique d'un des fils (Benjy, attardé mental qui a sans cesse besoin de la présence de sa soeur Caddy), l'amour incestueux d'un autre fils (Quentin, étudiant de Harvard) pour Caddy puis son suicide, et la haine et le cynisme qui animent le dernier fils (Jason) contre sa soeur Caddy et sa fille Quentin.
La compréhension de ce roman est difficile, pour plusieurs raisons :
-les répétitions dans les prénoms des personnages : dans la même famille, on compte deux Maury (l'oncle et le fils, surnommé Benjy pour simplifier), deux Quentin (le fils et sa nièce, la fille de Caddy) et deux Jason (le père et le fils).
-la structure du texte : Faulkner utilise la technique du "courant de conscience", c'est-à-dire que chaque partie est racontée subjectivement du point de vue d'un des personnages (1. Benjy, 2. Quention, 3. Jason, 4. narration objective classique). De plus, on lit parfois les pensées, déstructurées, sans ponctuation ou carrément inintelligibles, des narrateurs.
-la déformation du temps : les 4 parties du livre ne sont pas organisées dans un ordre chronologique (on navigue notamment entre 1928 et 1910), ce qui peut embrouiller le lecteur. Et même à l'intérieur des parties, les voyages dans le temps, dans le contexte, sont nombreux et pas toujours évidents à comprendre.
Vu toutes ces difficultés, l'auteur n'a visiblement pas eu peur de perdre son lecteur et de lui imposer une vraie gymnastique de l'esprit. Ce choix courageux est un véritable succès : ce roman est exceptionnel. William Faulkner a un véritable talent, une intelligence, un regard dur et lucide, pour raconter les choses, aussi bien les pensées que les actions. Ainsi, si on devait placer Faulkner dans le portrait de la grande famille de la littérature, peut-être le placerions-nous entre Marcel Proust et Truman Capote (et pas loin de James Joyce?).
Faulkner met en scène des personnages profonds et complexes. Ici, pas de héros ni de gens heureux, seulement des individualités qui s'attirent et se repoussent, à l'image de ces deux frères (Quentin et Benjy) qui aiment leur soeur Caddy (incestueusement pour l'un, bêtement pour l'autre) tandis que le troisième frère n'a que de la haine pour elle (une putain dit-il) comme pour sa fille. Attraction et répulsion aussi dans les relations assez ambivalentes entre cette famille de blancs sudistes et leurs domestiques noirs, dans laquelle on ne sait trop lequel a le plus besoin de l'autre. En ce sens, ce roman est certainement aussi un témoignage de la vie des sudistes avant la guerre de Sécession et de la condition des domestiques dans les familles blanches américaines.
Le bruit et la fureur est un grand et un beau roman (dire que c'est un classique n'est pas suffisant). Faulkner y raconte le flux des pensées et des sentiments comme personne. Il couche sur papier la vérité de la vie. Mais pour voir ce côté formidable de l'oeuvre, le lecteur devra franchir quelques obstacles que l'écrivain nous impose.
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mercredi, 25 février 2009
Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez
Difficile, pour celui que la littérature intéresse, de passer outre l'œuvre de Gabriel Garcia Marquez, tant l'auteur colombien a apporté à cet art en mêlant le fantastique, le magique, à la réalité. Si, en plus de cela, on s'intéresse à l'Amérique du Sud, Gabriel Garcia Marquez devient alors incontournable puisqu'il est l'un des meilleurs chroniqueurs de ce continent, de ses peuples et ses cultures.

Gabriel Garcia Marquez (né en Colombie en 1927) poursuit tout d'abord des études de droit et de journalisme, puis devient correspondant en Europe du journal El Espectador. Il découvrira à cette époque de nombreuses villes d'Europe parmi lesquelles Paris, Rome, Londres ou Barcelone. Puis il revient en Colombie et, quelques années après ce retour (1964-1965), entame de nombreux voyages dans la région qui l'a vu naître, autour de Aracataca en Colombie, afin de comprendre l'histoire de ses aïeux. Cette histoire familiale, qu'il découvre riche et mouvementée, est une forte source d'inspiration pour son grand roman, Cent ans de solitude, qu'il débute en 1965 (publié en 1967). Ce livre rencontre alors un immense succès, puisqu'il se vend à 36 millions d'exemplaires dans le monde, et qu'il lui vaut (au moins en partie) le prix Nobel de littérature en 1982.
Cent ans de solitude, une oeuvre mythique
Ce roman de 460 pages raconte l'histoire longue et complexe d'une famille, les Buendia, et du village qu'elle a fondé, Macondo. Cette histoire s'étale sur une longue période de six générations, allant de la fondation à la disparition de Macondo et du dernier représentant des Buendia. Elle mêle de nombreux évènements réels et mystiques tels que des guerres, des révolutions, des révoltes d'ouvriers, des épidémies, des catastrophes naturelles, auxquels sont confrontés les personnages.
Cette famille Buendia se compose d'individualités exceptionnelles parmi lesquelles José Arcadio Buendia (le fondateur de Macondo, le personnage central, tout en haut de la généalogie), sa femme Ursula (mère de famille très présente, qui vivra près de 120 ans), le colonel Aureliano Buendia (l'un de leurs fils, qui mènera de nombreuses révolutions dans tout le continent), et de nombreux autres personnages puisque le roman suit en détail la vie d'environ vingt membres de la famille.
Le livre prend une dimension particulière du fait que ce réel est façonné, voire même gouverné, par une force de l'histoire magique, mystique, vue et écrite des années auparavant par un vieux gitan aux connaissances encyclopédiques nommé Melquiades, ami de José Arcadio Buendia.
Le roman tire une puissance et une profondeur exceptionnelles de ce mélange d'élements réels à un paradigme fantastique. Au final, cette oeuvre passe du statut de roman à quelque chose de plus fort et ésotérique, un mythe. Celui-ci ne raconte plus seulement l'histoire d'une famille et d'un village, mais plus globalement celle d'un peuple et de son continent. Ainsi, outre la proximité philosophique entre Marquez et l'extrême-gauche sud-américaine (et notamment Castro), on peut sûrement rapproché Cent ans de solitude de l'aventure révolutionnaire de Che Guevara, elle aussi passée du réel, du particulier au mythique.
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mercredi, 21 janvier 2009
Promenade avec Virginia Woolf
Parmi les incontournables de la littérature anglaise, et même de la littérature du XXème siècle en général, il y a la britannique Virginia Woolf (1882-1941), auteure féministe issue d'une famille très intégrée au haut milieu littéraire anglais, et dont l'oeuvre fut marquée par des romans connus tels que Mrs. Dalloway (1925, adapté au cinéma par deux fois), Les Vagues (1931, traduit en français par Marguerite Yourcenar), et La Promenade au Phare (1927, publié par la maison d'édition londonienne de l'auteure et de son mari), son meilleur livre selon elle, le plus autobiographique aussi.En effet, Virginia Woolf s'inspire dans ce roman (280 pages divisées en 3 parties inégales) de ses souvenirs d'enfance lorsqu'ils partaient en vacances en famille dans leur maison d'été de St-Ives, en bord de mer, à la pointe sud-ouest de l'Angleterre. L'auteure mêle sa propre histoire au roman, manière de parler librement de ses parents incarnés par Mr. et Mrs. Ramsay dans le roman.
L'écriture de Virginia Woolf délaisse l'action et le dialogue (il se passe très peu de choses concrètes) pour se concentrer sur les sentiments, les réflexions, les non-dits. On navigue dans les pensées de chaque personnage, dans ce qu'ils ne disent pas, dans ce qu'ils n'osent exprimer à voix haute de peur de blesser, de déplaire, d'avouer l'inavouable (comme ce fils qui, se sentant négligé par son père autoritaire Mr. Ramsay, veut parfois lui planter un couteau dans le coeur)... Parcourir ainsi les pensées des personnages se révèle violent puisqu'on découvre que la stabilité et le bonheur de ce cercle d'amis, de cette grande famille et de son couple central si fort et si beau (les Ramsay), reposent sur des choses cachées, des émotions non partagées, des critiques intériorisées, qui s'apparentent parfois à de l'immoralité et à de l'hypocrisie de la part des personnages, au premier rang desquelles la si respectée Mrs. Ramsay. Les relations sociales, même entre proches qui s'aiment, semblent ainsi pleines de secrets et de mensonges comme si l'on était finalement toujours seul et incompris.
Dans la dernière partie du roman qui se situe plusieurs années plus tard, le contexte a brutalement changé (la guerre de 1914) et les personnages restants semblent vivre désormais dans le passé, à travers leurs souvenirs de cette époque. Lily Briscoe, une amie artiste des Ramsay, en vient même à avoir des visions et à parler intérieurement avec ceux qui ne sont plus là. Un symptôme que connaissait vraisemblablement la fragile Virginia Woolf puisque, dans une lettre laissée à son mari avant son suicide par noyade en 1941, elle écrivait : « Je commence à entendre des voix et ne peux pas me concentrer. Alors je fais ce qui semble être la meilleure chose à faire. Tu m'as donné le plus grand bonheur possible... Je ne peux plus lutter, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler. »Difficile pour finir de ne pas faire un parallèle entre Virginia Woolf et Marcel Proust au niveau du style, du ton, de la voix : les deux auteurs se lisaient, et s'influençaient semble-t-il. Autres éléments qui rassemblent les deux contemporains, leur besoin de faire vivre à nouveau le passé par l'écriture, et leur fragilité -psychologique pour Woolf, plus physique pour Proust.
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dimanche, 14 décembre 2008
Littérature, génuflexion et critique
Le petit milieu parisien de la littérature contemporaine française -auteurs, éditeurs, journalistes- ne brille pas toujours par sa noblesse, son éthique et son amour pour les beaux livres. Arrangements entre amis, renvois d'ascenseurs, éloges réciproques, corporatisme, insultes, menaces envers les critiques de ce système, font malheureusement parti du paysage littéraire français, un milieu qui semble parfois plus intéressé par la courtisanerie et la génuflexion que par la critique objective des textes et le triomphe de la qualité sur le marketing.
L'origine de la tempête
C'est ce système, et ces pratiques, que dénoncât le critique littéraire Pierre Jourde (à l'instar de Jean-Philippe Domecq en 2002 avec Qui a peur de la littérature ?, ou plus largement Régis Debray en 1986 avec Le pouvoir intellectuel en France), en 2002, dans La littérature sans estomac (titre en hommage au texte de 1950 de Julien Gracq), essai publié par l'éditeur et critique Eric Naulleau chez "L'esprit des péninsules". Dans ce livre de 300 pages, Pierre Jourde s'attaquait à de nombreux auteurs (à succès pour certains tels Christine Angot, Marie Darrieussecq et Philippe Sollers) qui ne brillent guère, selon lui au moins, par leur style et la profondeur de leurs textes. Jourde dénonçait également les amitiés, les éloges répétés et les renvois d'ascenseurs entre le supplément littéraire Le Monde des Livres (véritable bible littéraire à l'époque, dirigé par Josyane Savigneau) et de nombreux auteurs toujours très bien traités par le journal (Philippe Sollers au premier chef).
Dénonçant un vaste système dans lequel de nombreux médias, journalistes et critiques littéraires baignaient, la parution de La littérature sans estomac déclencha une véritable tempête dans le milieu littéraire français, et Pierre Jourde reçut des réponses imagées ("crétin des alpes" car prof à Besançon, "mysogyne" car attaquant notamment Josyane Savigneau, participant à la "lepénisation des esprits"), voire parfois clairement insultantes et menaçantes (pas la peine de citer de telles remarques haineuses), de la part des nombreuses personnes visées, au premier rang desquelles la directrice du Monde des Livres, Josyane Savigneau.
Deuxième salve
En guise de réponse à cette volée de bois vert, les critiques et amis Pierre Jourde et Eric Naulleau publièrent en décembre 2003 leurs deux réponses dans un même livre de 190 pages : Petit déjeuner chez Tyrannie pour Naulleau (en référence à la célèbre nouvelle de Truman Capote, présentée sur ce blog) et Le crétinisme alpin pour Jourde (en référence aux insultes qu'il reçut).
Ces deux textes courts (110 pages pour le premier, 50 pour le second) répondent à leur manière, mais avec un style proche (maniant avec aisance humour et ironie sans altérer le sens derrière les bons mots), à tous ceux -journalistes et auteurs, en très grand nombre- qui ont brillé par leur bêtise et parfois leur haine en réaction au premier brulôt de Jourde. Derrière le texte d'apparence très respectueuse et même niaise, les deux compères ne sont pas tendres avec tout ce petit monde de la littérature française qui n'aime pas qu'on le critique et qui, au lieu de répondre démocratiquement avec des arguments préfère insulter bassement le coupable : Jourde serait un écrivain raté revanchard et envieux, Jourde serait mysogyne et homosexuel, Jourde serait un pauvre universitaire provincial envieux à l'égard de Paris-capitale, Jourde serait lepéniste et fasciste... Tout est bon pour discréditer celui qui dénonce un système bien en place où tout est fait pour conserver un ordre naturel où quelques auteurs, quelques éditeurs et quelques journalistes décident de la pluie et du beau temps en matière de littérature en France.
Les livres successifs de Pierre Jourde et Eric Naulleau sur ce sujet (dernier en date, Le Jourde & Naulleau : précis de littérature du XXIème siècle) sont donc intéressants car ils nous donnent un aperçu du milieu littéraire français et de la façon dont certains auteurs sont encensés quand d'autres sont ignorés, l'affichage médiatique n'étant que rarement proportionnel au talent littéraire. Les deux critiques tentent, honnêtement, guidés par un idéal littéraire à mon avis, de démonter un système d'amitiés et de courtisaneries, afin que la qualité des livres édités et vendus redeveniennent le premier enjeu du secteur de l'édition en France. Et on leur souhaite de réussir.
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