lundi, 05 janvier 2009
Le retour de l'Histoire
Derrière ce billet et son titre quasi-mystique, un sentiment d'ensemble assez difficile à expliciter : si l'Histoire s'est peut-être terminée à un moment (après la chute du mur de Berlin pour Fukuyama par exemple), elle est bien de retour depuis quelques mois.
C'est une simple impression laissée par ces derniers mois incroyables et par quelques heures de l'Année du Zapping 2008 : le monde a beaucoup changé en 2008, probablement bien plus que lors des années précédentes. Ce changement s'est fait en profondeur : dans les esprits, dans les mentalités, dans les croyances. En quoi consiste ce changement? En la remise en cause, et peut-être même en l'effondrement, de plusieurs structrures idéologiques du monde : la suprématie économique de l'Ouest et des idées "libérales" (néo-libérales serait peut-être plus juste), l'idée que les Etats-Unis occupent un rôle central et stabilisateur dans le monde, l'idée que le monde est gouverné, encadré et donc immunisé contre les plus grands dangers.
Or, que nous montre la crise économique actuelle? Qu'un effondrement du seul marché immobilier américain peut provoquer une crise mondiale, d'abord financière (et donc peu génante finalement) et aujourd'hui économique, que tout le monde compare à celle de 1929 : la Grande Dépression, celle des manifestations de la faim aux Etats-Unis, du chômage galopant, de la déflation. Aujourd'hui, tous les pays riches sont en récession, le chômage augmente, Obama prévoit même un chômage à deux chiffres si rien n'est fait aux Etats-Unis. Scène incroyable, George Bush et Alan Greenspan, le cerveau historique de la Fed, deux figures de l'élite politique et économique mondiale, admettent ce retournement de leurs croyances depuis quelques mois : ils croyaient en des idées qui s'effondrent aujourd'hui avec la crise.
Cette crise dépouille le monde de son appareil idéologique dominant : est-ce une crise locale, un accident de parcours lié à une bulle comme une autre, ou bien une crise de système? Devons-nous désormais être monétaristes ou keynésiens? Libéraux ou interventionnistes? Doit-on soumettre les capitaux aux frontières des Etats ou étendre les règles à l'international? Cette année 2008 aura été celle d'une réouverture de vastes questions économiques qui semblaient avoir été réglées en 1989 avec la mort du communisme géant et le triomphe du modèle libéral américain. L'élection de Barack Obama pourrait permettre, mais c'est encore incertain compte tenu de sa droitisation, de voir ces questions idéologiques remises en débat au sein des grandes instances de décision.
Mais l'année 2008 fut aussi celle du retour de certains acteurs du passé -la Russie comme force géopolitique en Ossétie, et de l'envol de puissances d'avenir -la Chine, en imposant sa méthode au monde occidental sur la question du Tibet. Dans un contexte idéologique où tout est à reconstruire et face à une puissance américaine vascillante, l'année 2009 nous réserve bien des surprises, et pas que des bonnes.
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samedi, 29 novembre 2008
Ce que nous dit la crise : l'Europe est encore inaccomplie
Retour rapide sur ce blog après une bonne période de travail intensif.
La crise (financière puis économique) nous dit beaucoup de choses sur le système financier international et sur ses travers. Mais elle nous dit aussi beaucoup sur le nouvel ordre mondial et sur la place de l'Europe dans la monde.
Toutes les grandes puissances, en suivant les conseils formulés au sommet du G20 de Washington, ont réagi à la crise par de vastes plans de relance. Les Etats-Unis consacreront ainsi 700 milliards (et ce n'est sûrement qu'un début) au sauvetage de l'économie américaine, soit 5% du PIB. Le Japon investira 200 milliards de dollars, soit 4,5% du PIB. La Chine fait encore plus fort avec un plan exceptionnel d'environ 500 milliards, soit 7% du PIB.
Et l'Europe ? Le plan de relance européen, présenté par José-Manuel Barroso mercredi, s'élève à 200 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB seulement. C'est un petit plan puisqu'il ne fait que regrouper les plans nationaux de l'ensemble des pays membres (qui représentent 1,2% du PIB européen) et ajoute un petit effort de la part de la Commission à hauteur de 0,3% (quelques 40 milliards d'euros). Ainsi, la réponse européenne est d'abord une réponse des Etats européens qui, de façon isolée, décident des sommes à engager (certains comme la France sont volontaristes, d'autres comme l'Allemagne sont moins dépensiers) et dans quelles directions (la baisse de la TVA pour Gordon Brown, l'investissement pour Angela Merkel, les énergies vertes pour Nicolas Sarkozy, etc.). L'Europe n'a donc pas de position unique, claire et cohérente contrairement aux autres grandes puissances.
La crise nous montre ainsi les limites de l'Europe actuelle, une Europe inaccomplie puisqu'elle est plus une "union d'Etats souverains" qu'une fédération d'"Etats unis", une Europe qui n'a que peu de moyens (notamment financiers) et dans laquelle les Etats gardent finalement une très forte souveraineté dans leurs choix de réformes et dans leur gestion budgétaire.
Ce moment exceptionnel nous fait voir que l'Europe ne sera jamais l'égal des autres grandes puissances tant qu'elle ne gagnera pas en cohérence, et donc en profondeur, en harmonisation et en indépendance vis-à-vis des Etats membres. Il revient donc aux Etats nationaux de s'effacer, pour que l'Europe s'impose vraiment comme décideur législatif et exécutif et qu'elle trouve ainsi tout son intérêt.
Mais, et c'est la petite note de pessimisme du billet, les Etats nationaux ne sont probablement pas prêts à abandonner une part croissante de leur pouvoir. Ni les exécutifs, ni les Parlements, ni même les peuples qui aiment encore trop l'idée d'un pouvoir national fort et qui n'ont ni "conscience européenne" ni sentiment d'appartenance au "peuple européen" comme on en verrait dans les véritables unions d'Etats, les Etats fédéraux.
11:03 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, crise, etats-unis d'europe
lundi, 03 novembre 2008
Agir utile : la Fête de la Couleur
Il y a plusieurs manières d'agir utile : écouter, aider, militer, collecter, donner, faire parler, faire comprendre, etc.
Aux Etats-Unis par exemple, beaucoup de gens s'investissent pour que les citoyens américains votent massivement demain. Et cette action, utile, pourrait faire la différence. Mais en tant que français, s'investir dans la campagne américaine ne fera probablement pas la différence.
Si on veut faire la différence, de façon concrète, rapide et simple, on peut plutôt participer à ça :
La fête des couleurs - David Abiker
Pour suivre chaque jour l'actualité du projet, bookmarkez le blog de la Fête de la Couleur.
Et n'hésitez pas à en parler sur vos blogs, ç'est de l'action utile.
20:54 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la fête de la couleur, agir utile
samedi, 27 septembre 2008
Entre les murs, là où tout se joue
Soirée cinéma, pour voir le film dont tout le monde parle, Entre les murs, Palme d'Or sacrée à Cannes par le jury de Sean Penn. Mon avis sur le film, ma vision de l'école.
Le film, réalisé par Laurent Cantet, est adapté du livre éponyme de François Bégaudeau, un ancien professeur. Bégaudeau joue justement le rôle principal du prof dans le film.
Nul besoin de faire une présentation plus complète du film, tout le monde sait de quoi il s'agit. Alors passons à ce que j'en pense.
Entre les murs se situe entre cinéma et reportage : cinéma parce que les plans sont soignés, les acteurs (des amateurs, de vrais élèves du collège Dolto) jouent très bien, le récit avance avec le film et des messages ressortent ; reportage parce que la caméra nous montre cette classe comme la verrait un spectateur, dans sa réalité brute, en se concentrant principalement sur le professeur face à sa classe, sa manière de faire avancer les élèves, sa façon de gérer les différends, ses moments de doute et d'abattement...
Pour dire les choses clairement, ce film nous montre ce qu'est aujourd'hui une classe dans un collège français, un collège multiculturel parisien classé en ZEP mais qui ne semble pas particulièrement difficile contrairement à ce qui en est dit. Elèves, profs et travailleurs du milieu éducatif n'apprendront rien dans ce film, ils y verront seulement leur réalité quotidienne : celle faite de satisfactions et de déceptions (quand on voit un élève progresser, tandis qu'un autre devient irrécupérable), d'instants de dialogue et d'affrontement (quand les élèves se livrent un jour à la classe et au professeur, puis le lendemain reprennent leur attitude indisciplinée et insolente), de questions difficiles et de débats animés (comment faire comprendre la sanction aux élèves, la rendre utile ; comment leur transmettre des savoirs d'une façon souple, sous une forme moins stricte et verticale, etc).
Le film laisse finalement beaucoup de questions sans réponse, probablement parce que l'école n'y a pas répondu. L'école française doute, ne sait pas dans quelle voie aller pour transmettre des connaissances aux élèves. Et avant de savoir quelles connaissances transmettre, l'école doit s'interroger sur la manière de les transmettre : comment capter l'attention d'une classe, comment faire un cours dans l'ordre, le calme, le respect sans instaurer un climat autoritaire qui, on le sait très bien, ne marche pas face à des élèves en difficultés scolaires, économiques, culturelles et sociales.
Cette grande question, dont l'enjeu est la réussite même de l'école dans sa mission sociale, est aujourd'hui sans réponse officielle : chaque professeur fait selon ses moyens, sa force, son courage, sa ténacité, ses convictions. Devant la difficulté de leur métier, certains s'accrochent, d'autres lâchent. L'école doit apporter des réponses aux errements pédagogiques du système actuel. Je pense personnellement que le modèle autoritaire, vertical, patriarchal n'est pas le bon. Les élèves, surtout dans les quartiers à problèmes, sont en demande permanente de respect et de reconnaissance de la part du prof et de la classe en général.
A mon avis, c'est le climat de la salle de la classe que l'on doit changer, pour en faire un lieu d'échange à double sens et non la traditionnelle leçon à sens unique. On doit briser la barrière invisible des statuts : le prof ne doit pas être l'incarnation d'un ordre distant, légal, policier, mais celui d'un intermédiaire légitime entre l'élève et le savoir. Le prof doit donc descendre de sa tribune, s'éloigner de son bureau et du tableau, aller dans les allées, et faire tomber la barrière de l'autorité, de la distance. Et l'élève est l'égal du professeur en ce qu'il a le droit de s'exprimer, d'intervenir, de répondre. Quant aux sanctions, plus que punir le fautif, elles doivent profiter à toute la classe ou au moins faire avancer l'élève en question.
Vision naïve ou pédagogiste diront certains. Il n'empêche, je pense que le problème principal de l'école française est la trop grande rigidité de son système : trop de distance entre profs et élèves, trop d'autorité formelle, trop de verticalité, trop de « guerres de tranchées », et pas assez d'interactions, pas assez de dialogue, pas assez de liberté et d'audace dans la manière de transmettre. Pas assez de démocratie peut-être finalement.
23:47 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : entre les murs, école, cinéma, élèves, collège
mercredi, 24 septembre 2008
Oui, les armes peuvent tuer
Billet rapide sur la nouvelle fusillade dans un lycée en Finlande, un pays très tolérant vis-à-vis des armes à feu. Pourquoi ne pas en tirer quelques leçons ?
On ne tire jamais assez les leçons du passé. C'est ce qu'on peut légitimement penser après la fusillade dans un établissement scolaire finlandais ayant entraînée la mort de 11 personnes, des étudiants pour la plupart.
Car ce drame n'est pas le premier du genre. A l'automne dernier, une même fusillade meurtrière (9 morts) dans un lycée de Tuusula avait provoqué une vive émotion en Finlande, suivie d'un débat politique sur le port d'arme. Une nouvelle législation était née, restreignant l'accès aux armes et l'interdisant notamment aux moins de 15 ans (contre 13 ans auparavant!).
Mais l'actualité récente nous montre que ces dispositions n'étaient pas suffisantes. La nouvelle réglementation n'était visiblement pas assez stricte, ou son application trop peu efficace. La Finlande vient de payer une nouvelle fois le prix de ses erreurs -comme les Etats-Unis de façon régulière, à la différence près que les états américains les plus conservateurs s'osbtinent à militer pour le port d'arme malgré les nombreux massacres, au nom du droit de se défendre (ou comment soigner le mal par le mal).
Oui, la Finlande a un des taux de criminalité les plus faibles du monde malgré le grand nombre d'armes (deux millions, un chiffre qui s'explique par la passion nationale pour la chasse). Oui, la part de la population détenant une arme n'est « que » de 12%. Oui, les mineurs voulant acheter une arme doivent en justifier l'utilité par un permis de chasse, une licence de tir, etc.
Mais comment croire sérieusement en l'intelligence d'un modèle législatif qui fournit 2 millions d'armes dans un pays de 5,2 millions d'habitants ? Et comment concevoir que 38 000 mineurs possèdent une arme légalement (en totale opposition au droit européen) ?
Le modèle pro-gun tant promu aux Etats-Unis (pays où le ratio nombre d'armes / habitant est le plus élevé du monde ; la Finlande est 3ème du classement) nous montre périodiquement son inefficacité et même sa dangerosité.
Espérons que les Finlandais tireront, cette fois, toutes les leçons de ce nouveau drame et prendront exemple sur la législation de leurs voisins Européens.
22:36 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : armes, finlande, port d'arme
mardi, 09 septembre 2008
A la rentrée, la droite devient (presque) ouverte et sociale
Billet mi ironique, mi sérieux sur l'étonnante rentrée politique de quelques uns de nos ministres. L'occasion pour eux de se donner une nouvelle image en comptant sur l'amnésie et l'aveuglement des foules : une tactique politique payante?
Etonnant spectacle que nous propose depuis quelques jours la fameuse droite française, celle de Sarkozy et de son clan élitiste, celle du karcher et des expulsions massives, celle des cadeaux fiscaux et de la rente, cette droite de la realtpolitik et du cynisme triomphant...
Cette droite-là, plutôt méprisable à de nombreux égards, s'offre en cette rentrée un new look, un nouveau visage, une nouvelle attitude : dorénavant, c'est la fête, tout le monde est gentil, on s'écoute, on s'amuse, on se fait des cadeaux... En effet, hormis le grand grincheux Xavier Darcos qui ne lâche rien sur la réforme de l'école et Rachida Dati qui ne veut pas nous dire qui est le père (personnellement, je ne veux pas le savoir, j'attends juste d'elle qu'elle nous fasse le bilan de ses navrantes réformes), tous les autres ministres semblent gentils, ouverts, généreux et philanthropes en ce retour des vacances.
En cette rentrée, Nadine Morano s'éclate en musique, sur le dance-floor, entourée de dizaines de « jeunes populaires » en délire. (Ces jeunes UMP semblent plus attirer par le corps à corps avec la secrétaire d'Etat à la famille que par le difficile questionnement sur l'intérêt et l'intelligence de leur militantisme sarkozien.) Apparemment, Nadine s'amuse aussi. Ambiance cool donc. On notera cependant le piètre déhanché du secrétaire général adjoint de l'UMP, Christian Estrosi (oui, celui qui avait tenté de rétablir la peine de mort en 1991 et qui aime désormais louer des avions privés aux frais du contribuable).
Bonne ambiance aussi du côté de Martin Hirsch, le digne héritier de l'Abbé Pierre, désormais Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Martin a réussi à imposer son idée de RSA (celui-là même qui figurait dans le pacte présidentiel de Royal). Alors, depuis quelques jours, c'est la fête partout en France autour de Martin, le sauveur des pauvres gens. De l'avis de tous (ou presque), le RSA c'est bien, c'est social, c'est en faveur des pauvres (en vérité, ce n'est ni bien, ni social, ni en faveur des pauvres : les quelques euros de plus du RSA ne feront pas sortir les gens de la précarité, et cela dégradera le marché du travail en subvientonnant les emplois à temps partiel mal payés). Mais certains casseurs d'ambiance, dont je suis, ne participent pas à cette fête nationale depuis qu'ils ont compris que le financement du RSA (la fameuse taxe de 1,1% sur les revenus du capital) serait intégré dans le calcul du bouclier fiscal, si bien que les plus riches en seront exemptés. La belle solidarité du RSA correspond en réalité à faire payer la classe moyenne pour aider les quatre millions de français les plus affaiblis. Beau symbole, qui fait doucement rire en choeurs Marianne, la République, et le fantasmé « Liberté, Egalité, Fraternité ».
Autre gentillesse, venue cette fois de la part d'Hervé Morin. Notre ministre de la Défense, qui avait trahi Bayrou pour servir la France au printemps 2007, vient maintenant au secours des libertés en s'indignant du fichier Edvige. Notons qu'Hervé accuse un léger retard de plusieurs mois sur les associations, les syndicats, la gauche, le centre, et les premiers pétionnaires du début d'année dont je fais parti. Hervé ne trouve pas normal ni même utile que l'Etat collecte autant d'informations (opinions politiques, religieuses, activités professionnelles et personnelles, entourage, etc.) sur toute personne de plus de 13 ans jouant un rôle politique, économique, syndical, associatif, religieux « significatif ». Voyant la liste des contestataires s'allonger, Nicolas Sarkozy a lui aussi faire preuve d'ouverture et de sympathie en cette rentrée en demandant à notre stricte ministre de l'Intérieur Michelle Alliot-Marie d'arranger tout ça. Etonnante façon de travailler : si ce fichier est si indigne et illégal, s'il viole nombre de conventions, pourquoi l'avoir inventé avec tous ces excès liberticides ? Peut-être parce que Nicolas et d'autres espéraient que nul ne s'en rende compte.
Enfin, Roselyne Bachelot, notre ministre de la santé, nous fait aussi plaisir : elle se lance à la chasse aux médecins crapuleux ayant confondu « Hypocrate » et « hypocrite ». Les médecins qui refusent des patients couverts par la CMU (les plus pauvres, sur lesquels on ne peut pas faire de dépassement d'honoraires), ou qui creusent trop vite le trou de la Sécu et le pouvoir d'achat des patients, bref les vilains médecins libéraux qui profitent du généreux système, se verront menaçés de sanctions. La CNAM pourra même empêcher les dépassements d'honoraires et baisser les tarifs des médecins si le trou de la Sécu devenait trop profond (une profondeur qui se mesure en milliards de déficit pour la Sécu, et en millions de bénéfices supplémentaires dans les poches d'altruistes médecins libéraux). Roselyne se range donc gentiment du côté des patients et de la Sécu de De Gaulle.
En cette rentrée, la droite gouvernementale est très symphatique : elle fait du social, elle écoute les citoyens, elle les soutient, elle les protège, elle danse même avec eux. Suffisant pour dégonfler le désamour et les déceptions des Français? Espérons que non, et que la lucidité populaire triomphera vite de ces caresses populistes.
23:38 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droite, sarkozy, politique
dimanche, 24 août 2008
Trois choses qui m'énervent
Je tiens à préciser que, par ce billet, je me délivre d'une chaîne que Luc Mandret, après avoir été lui-même victime d'un bourreau socialiste lyonnais, a cru bon de serrer autour de mon blog. Je ne lui en veux pas, il n'est qu'une malheureuse victime ayant sauvé sa peau en me taggant.
1. M'énervent : les gens trop sûrs de leurs croyances. Je parle de ceux qui tiennent pour vrai, absolu, indubitable ce qu'ils pensent, ce en quoi ils croient, et qui considèrent donc leurs idées (particulières), leurs points de vue (subjectifs) comme des vérités générales et indubitables. Ces gens-là sont nombreux dans les médias, dans l'intelligentsia, dans le monde politique aussi, et on les appelle parfois les censeurs, ou les idéologues. Ils utilisent souvent des phrases affirmatives et catégoriques là où le sage préférerait le doute et l'interrogation. Beaucoup de noms pourraient être lâchés ici, mais je pense que votre seule imagination suffira.
2. M'énerve : la sensation de ne rien faire ou de ne pas savoir quoi faire, d'hésiter entre plusieurs activités. Exemple : il fait beau, je n'ai rien d'urgent à faire : j'hésite entre prendre un livre et sortir dans le jardin pour le lire, ou rester sur l'ordi à regarder un film, ou encore me consacrer à une tâche hautement utile à la communauté familiale... Et j'hésite, comme ça, tout l'après-midi, à ne pas savoir quoi faire et donc à perdre du temps à m'essayer durant cinq minutes à chacune de ces activités, toutes plus décevantes les unes que les autres.
3. M'énerve enfin : la lecture d'un journal papier. C'est certainement une question de génération, mais c'est aussi et surtout une question pratique : les journaux papiers sont trop larges, on les tient mal (et on a mal aux bras à force de les tenir en l'air), leurs pages flottent, se courbent, et au final, on a du mal à lire un article en entier sans avoir une crampe au bras ou une fatigue des yeux. Pour bien lire un journal papier, il faut être assis et avoir le joural sur une table devant soi : ça ne m'arrive quasiment jamais. Par contre, je ne trouve rien à redire à la lecture de livres ou de magazines, plus petits et plus lourds, qu'on tient mieux, à bonne distance, sans trop écarter les bras. Mais le luxe sûpreme de la lecture reste pour moi l'écran : ordinateur, pda, kindle, et bientôt même papier électronique, voilà le support idéal pour lire dans la longueur et sans forcer.
Voilà, ce blog est désormais délivré de sa chaîne. L'exercice ne fut pas désagréable, mais je préfère laisser cette chaîne mourir ici (elle renaîtra ailleurs très bientôt) plutôt que de la voir transmise à un blog qui n'en voudrait pas et dont le propriétaire pourrait me e-violenter.
PS : j'autorise les bloggeurs-masochistes à s'auto-tagger en mon nom si cet exercice leur procure du plaisir ;-)
18:41 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 22 août 2008
Deux trois choses sur Barack Obama
C'est mon premier billet sur les élections américaines et sur Barack Obama, à un moment où celui-ci semble chutter dans les sondages au profit du Républicain McCain.
Barack Obama est dans une position délicate comme l'explique Le Monde : il doit nommer un colistier ayant la capacité de lui attirer le vote des femmes, des ouvriers, des latinos (et pourquoi pas de certains conservateurs et évangélistes), ayant beaucoup d'expérience (pour présenter un ticket « prêt », « capable », ready to lead), mais n'appartenant pas au vieux milieu politique washingtonien, aux affaires depuis des décennies dans les bureaux de l'executif de la capitale et qu'Obama se propose de renouveler : ça paraît beaucoup pour un seul homme (ou une seule femme, n'excluons pas le cas Hillary). Mais attendons le nom de ce colistier tant attendu, qui ne devrait pas tarder à sortir (edit : ca y est, l'heureux élu s'appelle Joe Biden, un vieux politicien démocrate mi-progressiste, mi-conservateur).
Mais, quelles que soient ses chances de victoire en Novembre, Obama n'est pas le candidat idéal que beaucoup attendent, aux Etats-Unis comme ailleurs (en Europe et en Afrique notamment) : oui, Obama est démocrate et progressiste. Oui, il était contre la guerre en Irak et refuse Guantanamo. Oui, il propose un système de santé assez généralisé pour soigner ceux qui n'en ont pas les moyens (projet moins généreux que celui défendu par Hillary Clinton durant les primaires). Oui, il est assez ouvert sur les questions sociétales comme le mariage gay (il propose une union civile) ou le droit à l'avortement. Oui, il accepte la contradiction et se nourrit des débats d'idées (voir cet article paru sur LibéLyon de deux spécialistes lyonnais, auteurs de "L'Amérique de Barack Obama"). Oui, il représente une nouvelle génération politique. Oui, il pourrait devenir un fabuleux symbole de la victoire de la démocratie contre le racisme anti-noirs.
Mais il faut aussi savoir quelques petites vérités sur les idées de Barack Obama : Obama ne s'oppose pas à la peine de mort (il n'en est pas pour autant un défenseur) et la trouve même justifiée pour des violeurs pédophiles qui n'ont jamais tué. Il arrive aussi à Obama, comme aux autres, de déformer la réalité avec démagogie et malhonnêteté : dans cet exemple, il tente de salir Hillary Clinton en l'attaquant sur une de ses propositions, pourtant très digne. En matière fiscale et alors que plusieurs dizaines de millions d'Américains vivent dans la pauvreté et sans couverture maladie, Obama refuse d'augmenter les impôts de la « middle-class », catégorie de foyers qui gagnent tout de même jusqu'à 250 000 dollars par an. Le candidat démocrate promet même des réductions d'impôts pour l'immense majorité des Américains (95%) alors que le pays croule déjà sous les déficits publics (à lire à ce sujet cet article paru dans Le Monde Diplomatique d'un essayiste américain).
Ces deux listes, la positive et la négative, ne sont pas exhaustives et on pourrait dire beaucoup sur la place qu'occupent les convictions religieuses d'Obama dans ses discours ou encore sur ses idées protectionnistes. Ce billet tente simplement de montrer que Barack Obama n'est pas l'homme providentiel que le monde attend. Son élection serait très certainement une bonne nouvelle pour le monde (et je la souhaite), mais on ne peut pas attendre grand chose d'un Président des Etats-Unis, quel qu'il soit, compte tenu de tout ce qui lui tient les mains liées.
18:08 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, politique américaine, éléctions us
dimanche, 17 août 2008
Petites touches de libéralisme à l'Américaine
Ce n'est un secret pour personne, les Etats-Unis ont un système économique libéral. Mais on parle moins souvent de leur libéralisme tout court, leur attirance pour la (les) liberté(s), que l'on sent très présent quand on se trouve là-bas. Ca ressemble à de la fraîcheur, à de l'energie, à un souffle qui vient d'en bas, de chaque américain, seul ou en groupe, et qui, au final, caractérise une société. Cette société respire. Elle est malade (de la pauvreté, des inégalités d'accès aux soins, des injustices, de l'absence d'horizon pour beaucoup d'Américains, du manque d'Etat, etc.) mais elle respire.
Ses poumons, ce sont les Américains qui bougent, qui essayent, qui font bouger des choses, même à petite échelle. Je pense par exemple à la maman bloggueuse Otir, qui se bat là-bas aux Etats-Unis, et ici sur la toile, pour récolter des fonds pour faire fonctionner l'école spécialisée où va l'un de ses fils, autiste. Otir agit, se démène, fait tout ce qu'elle peut avec ses faibles moyens, et cette attitude réserve de belles surprises.
Les poumons de la société américaine, ce sont aussi tous ces Américains qui mettent, sur leurs fenêtres, des affiches de soutien à Barack Obama : CHANGE, Yes we can. De même sur l'arrière des voitures. De même sur leurs vêtements, leurs t-shirts, leurs casquettes. Il ne faut pas longtemps pour se rendre compte du fossé qui sépare les deux candidats à la Maison Blanche : on remarque, parfois, rarement, des petits autocollants pro-McCain à l'arrière des voitures, alors qu'on est envahi de publicités, photos, slogans pro-Obama. Les Américains pro-Obama affichent clairement leur favori, ils agissent en militants, et ça pourrait bien faire la différence dans la course présidentielle. Ces gens-là, qui assument leurs opinions et tentent de les transmettre, me semblent plus en avance sur nous, les Français, dans l'accomplissement concret de la démocratie et des libertés. Ces gens-là, je les trouve libéraux, dans un sens qui me plaît.
Cet esprit libéral et militant, on le ressent aussi dans les manifestations. Nous avons notamment assisté à un rassemblement de citoyens anti-Iraq War : c'est simple, léger, et ça attire les regards. Rien à voir avec les gros défilés français menés par les syndicats et où le but est d'impressionner le pouvoir, de lui faire peur. Là, le mouvement est assez petit, et assumé comme tel. Les militants brandissent des pancartes et crient des slogans en marchant en rectangle, les uns derrière les autres. Ce n'est pas énorme, grouillant, menaçant, mais ça marche : le message passe, les touristes prennent des photos, les Américains s'arrêtent, rejoignent parfois le mouvement, et l'idée d'un retrait des troupes d'Irak progresse dans les esprits. Cette forme d'activisme est imparfaite (et les grands mouvements sociaux manquent sûrement aux Etats-Unis) mais cette idée de petites manifestations très localisées, donc denses, me plait. Ce n'est pas un bras de fer avec le pouvoir ou les forces de l'ordre mais plutôt un apport au débat public sur la guerre. A côté de cette manif, on remarque des militants aux opinions différentes, qui sont là pour soutenir un idéal (communiste), un candidat indépendant (Nader) ou bien les hommes sur le front d'Irak (support our troops). Mais il n'y a pas de concurrence entre ces micro-mouvements. L'ambiance est bon enfant, et tout le monde en ressort grandit. Là-aussi, on pourrait s'inspirer en France de cette forme d'exercice des libertés d'opinion et d'expression.
L'Amérique bouge aussi à travers ses artistes. On croise souvent dans les rues des goupes de danseurs, blancs, noirs, asiatiques, qui bougent en musique, du hip-pop à Michael Jackson, et qui proposent, chacun à leur tour, un petit solo d'une minute, pour, à la fois des rounds, demander quelques billets verts aux spectateurs qui les entourent. On entend aussi parfois les chants gospels, qui attirent les badauds. On voit aussi des artistes, portraitistes et caricaturistes, dans les rues ou dans les parcs de centre-ville. Ces moments d'art, de culture à ciel ouvert ne sont pas réservés aux Etats-Unis et on en voit autant dans les grandes villes d'Europe. Mais la différence est dans le bain, l'ambiance générale, le rythme. Ici, la société semble ouverte, libre, libérale. Chacun semble assumer ce qu'il pense, ce qu'il fait, ce qu'il espère, ce en quoi il croit.
Le libéralisme de la société américaine est partout, il fait parti de l'environnement de cette Côte Est. On n'y ressent pas le poids, ni même la présence, de l'Etat. On voit peu la police, et peu de fonctionnaires en général. La société américaine que l'on voit est une société de civils, qui semblent vivre librement, comme bon leur semble. Il ne faut pas comprendre qu'il n'y a pas de règles, mais plutôt que les Américains ont une apparente liberté d'entreprendre, de s'exprimer, de faire des choses. Cette liberté, ils l'exercent, et c'est une bonne nouvelle.
petite note : je me réjouis de cet esprit libéral qu'ont ces Américains (et qu'on a si peu en France), et non de ses applications économiques. De plus, le constat que je fais d'un peuple libéral et libéré s'applique à la Côte Est. Je suis malheureusement beaucoup plus réservé quant au niveau de "liberalité" des Etats intérieurs non-ouverts sur l'Atlantique.
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mardi, 13 mai 2008
Ces vieux qui ne comprennent pas la culture jeune
D'une, ces censeurs, qu'ils soient hommes politiques, intellectuels ou simples parents apeurés, ne connaissent bien souvent rien ou presque de ce à quoi ils s'attaquent. Taper sur GTA, c'est aller contre un des jeux vidéo les plus vendus, les plus joués et les plus appréciés parce qu'il offre une totale liberté aux joueurs dans un environnement réaliste. GTA est un divertissement, un jeu, et non une simulation. Le joueur y est incarné par un héros universel (le même pour tous les joueurs) auquel il est très difficile de s'identifier. Outre l'environnement urbain magnifiquement réalisé, rien ou presque dans ce jeu ne se confond avec la réalité : pas d'identification au personnage, pas de codes ni de règles dans le jeu, pas d'attaches culturelles, morales ou familiales, pas d'idées ni de personnalité... Seulement un personnage qui parcourt les villes pour y accomplir diverses missions. Bref, ce jeu, bien que comportant des scènes réalistes et choquantes, n'est pas une simulation de la vie réelle. Il est et restera un divertissement déconnecté de la réalité pour l'immense majorité des joueurs. Quant à ceux qui ne voient pas la frontière entre le jeu et le réel et qui pourraient être tentés de reproduire les agissements de leur personnage dans la vraie vie, le jeu n'est pas responsable de leurs maux, il ne fait que les mettre en lumière comme pourrait le faire n'importe quelle image. Le massacre de Columbine est l'oeuvre de deux jeunes sans aucun repère qui ont franchi la frontière entre fantasme et réalité, désir fou et réalisation sanglante. Pas besoin de GTA pour déclencher cette folie meurtrière. La violence des images et des jeux peut certainement agir comme catalyseur, mais non comme déclencheur de la violence concrète.
De plus, rien ne prouve qu'un film, une chanson ou un jeu vidéo ait un effet direct sur la violence des jeunes ou sur leurs sentiments. Le film, la chanson ou le jeu violents ne sont pas là pour copier la réalité mais plutôt pour la représenter sous un angle différent de celui des médias traditionnels. Comme GTA, qui ne fait pas l'apologie de la violence mais en montre plutôt l'immoralité et la froideur, le rap violent dénonce plus qu'il ne consacre. Le meilleur moyen de dénoncer une situation de haine et de violence est certainement de la montrer crûment, comme on montre aux élèves les cadavres des victimes des génocides. Montrer pour mieux condamner, pour ne jamais rester insensible.
Enfin, la violence dans la culture ou dans le ludique n'est pas une chose nouvelle qui serait apparue avec les consoles de jeu ou le gangstarap. A-t-on oublié "Quand on arrive en ville" de Starmania, "Orange Mécanique" de Kubrick, "J'irai cracher sur vos tombes" de Vian ? Qui peut aujourd'hui affirmer que ces oeuvres, parmi tant d'autres, font l'apologie de la violence et de la haine ? Personne, parce qu'on connaît le message qui se cache derrière ces différentes oeuvres. C'est justement ce qui manque aujourd'hui à bons nombres d'intellectuels, d'hommes politiques ou de parents, qui ne connaissent pas la culture jeune actuelle et qui y voit une forme inédite de violence dont il faudrait prémunir la jeunesse. Or, la jeunesse d'aujourd'hui qui écoute NTM et joue à GTA est la même que celle qui hier écoutait Starmania et regardait Kubrick. Pas de fracture générationnelle. Juste une évolution des formes culturelles.
Pour conclure, la culture jeune actuelle, très vaste et pleine de contradiction (du rap à la tektonik, de La Haine à Astérix, de Beigbeder à Djian) ne peut et ne doit être interprétée comme une sous-culture, ou une promotion de la haine, de la violence ou de la médiocrité en général. C'est une culture moderne dans ses formes mais qui ne change finalement pas vraiment de la culture jeune des générations précédentes. Hier, les jeunes révolutionnaires écoutaient les Stones ou Iron Maiden, ils écoutent aujourd'hui NTM ou la Dub Inc. Hier, ils balançaient des pavés, aujourd'hui ils niquent la police. Hier, les vieux, et De Gaulle en tête, ne les comprenaient pas, et aujourd'hui, c'est la même chose.
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