mardi, 30 juin 2009
La politique ? ça nourrit.
Généralement, les hommes politiques disent faire de la politique pour faire bouger les choses, améliorer le sort du plus grand nombre, servir l'intérêt général. Mais la politique est aussi un immense marché attirant des opportunistes à la recherche d'un poste, d'un pouvoir, d'une visibilité médiatique... Ceux-là n'ont que peu de convictions, ne s'intéressent guère à la justesse de leurs idées, mais sont simplement dans la perpétuelle maximisation de leur utilité personnelle : comment gagner plus ? comment obtenir plus de pouvoir ? comment devenir plus populaire ? ou comment résister le mieux possible ? La meilleure stratégie de l'opportuniste , du carriériste, du politicien, est probablement d'agir en douce, dans les coulisses, sans que cela ne se voit trop. Mais quand ça se voit, ça fait tâche. Exemples :
-Rachida Dati : depuis plusieurs décennies, elle consacre sa vie à infiltrer des réseaux, à tisser des liens, pour monter dans la sphère politique (elle ne s'en cache pas, elle en est fière). Avec Nicolas Sarkozy, elle a atteint des sommets avec le ministère de la Justice, les couvertures de magazine, les paillettes. Elle a profité de cette popularité pour prendre la mairie du très-UMP VIIème arrondissement de Paris. Et puis, elle est devenue députée européenne, c'est toujours ça de pris. Seulement, ces deux postes qui demandent chacun beaucoup de temps et d'investissement personnel (et qui rapportent aussi beaucoup) ne lui suffisent pas, elle veut plus. Elle rejoindra donc bientôt un cabinet d'avocats américain (info Les Echos). On se demande bien comment elle pourra, techniquement, remplir toutes ses fonctions (sans même parler de sa compétence, qu'on peut questionner) mais elle devrait pouvoir continuer à s'habiller chic.
-Christine Boutin : après sa sortie surprise du gouvernement, elle en veut à Fillon et ne semble pas prête à pardonner : en effet, elle aurait été "jetée de façon inhumaine" -la bêtise de cette déclaration parait proportionnelle à sa déception. Le Figaro explique que Christine Boutin a reçu "un certain nombre de propositions intéressantes" de la part de Claude Guéant, mais qu'elle voudrait en fait obtenir le poste d'ambassadeur au Vatican, auprès de ses amis catholiques, alors qu'un nouvel ambassadeur vient juste d'être nommé. Si elle n'obtenait pas ce qu'elle désire, elle menace de devenir une députée rebelle en reprenant son poste à son suppléant.
-Roger Karoutchi : l'ancien secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement sera bientôt ambassadeur de la France auprès de l'OCDE, à Paris. Ainsi, il pourra toujours occuper son poste de maire-adjoint dans une ville des Hauts-de-Seine et de président du groupe UMP au Conseil régional d'Ile-de-France, mais devra abandonner son siège de sénateur. Apparemment, le gouvernement lui réservait une place au soleil (une ambassade au Maghreb) mais Roger voulait rester en métropole pour conserver ses autres postes. Une autre option était de rester au Sénat et de ravir la présidence du groupe UMP au Sénat, mais ce n'était pas gagné d'avance. Roger Karoutchi a donc fait le choix de la sagesse en acceptant l'OCDE. Comme on le comprend.
-Christine Albanel : alors qu'elle aurait pu prendre la place de Frédéric Mitterrand à la Villa Médicis à Rome, Albanel semble plutôt se diriger vers les locaux d'Arte, où elle deviendrait Présidente de la chaîne. Jérôme Clément, qui occupe actuellement le poste et dont le contrat vaut encore pour deux ans, pourrait se voir offrir une jolie promotion par le gouvernement pour laisser sa place à l'ancienne ministre de la Culture, vaincue à plate couture dans la bataille d'Hadopi.
Quatre ministres remaniés. Quatre carrières qui changent légèrement de direction, avant de revenir sur le devant de la scène. Quatre pions d'un jeu de chaises musicales. Quatre licenciés qui ne passeront pas par la case chômage. Quatre privilégiés vivant d'un système pourri.
15:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, opportunisme, carriérisme, gouvernement, france
mardi, 26 mai 2009
Européennes : pourquoi voter ? pour qui ?
Le 7 juin, nous élirons 72 députés européens, qui nous représenteront au Parlement de Bruxelles et de Strasbourg pendant 5 ans. Cette élection ne passionne qu'une petite partie de la population, personne ou presque ne parle du fond, les médias ne s'intéressent qu'à l'abstention attendue (cette prophétie ne manquera pas de s'auto-réaliser si on ne parle que de ça). Mais ce n'est pas une raison pour ne pas parler de cette élection, ne serait-ce que le temps d'un billet expliquant pourquoi il faut voter et quel sera mon choix.
Il faut voter
L'élection de députés européens peut paraître inutile compte tenu de la complexité du système français (territoire divisé en 8 régions) et de la part réduite des députés français au sein du Parlement Européen (72 députés sur 736, soit moins de 10%). Cependant, 72 députés français, c'est en fait beaucoup comparé aux 5 députés de Malte ou aux 7 députés de Slovénie. Les députés européens français ont donc finalement un vrai poids sur les décisions votées par le PE.
Il est d'autant plus important d'élire nos représentants européens que le PE est la seule institution européenne démocratiquement élue, contrairement à la Commission Européenne et au Conseil. Si on peut faire un procès à l'Europe pour son manque de démocratie (notamment dans sa négation des votes français, néerlandais et maintenant irlandais sur le TCE ou mini-traité), ce procès s'applique aux Etats, au Conseil, et non au Parlement Européen.
Au sujet de la démocratie et de la représentativité, le PE, en plus de voter les lois qui s'appliqueront ensuite dans les 27 pays de l'Union, décide du Président de la Commission Européenne. Or, le mandat du portugais José Manuel Barroso arrive à échéance dans quelques mois : l'élection de nos députés européens est donc cruciale dans l'avenir européen du très contesté Barroso (très faiblard face à la crise, très libéral, pro-Bush et pro-guerre en Irak, etc.). Quand on sait que toutes les droites européennes, et notamment l'UMP en France, soutiennent Barroso pour sa réélection, les électeurs voient leurs choix possibles se réduire à l'alternative centre ou gauche, à condition bien sûr d'être opposé à la politique actuelle de la Commission qui détient seule, rappelons-le, le pouvoir d'initiative.
Mon vote
Le vote aux Européennes n'est pas évident puisqu'on peut voter selon différentes logiques : voter pour soutenir un parti national, voter pour des idées plus larges sur l'Europe, voter contre un parti national, voter contre l'Europe telle qu'elle est... Personnellement, je ne vote contre personne, je vote pour quelque chose. Je n'aime pas trop l'idée d'un vote sanction car il va contre le principe du vote (on vote toujours pour un candidat, jamais contre, le seul vrai vote sanction était le vote blanc).
Je ne voterai pas pour la droite : les partis souverainistes ne me font pas plus rire que ceux d'extrême-droite ; quant à l'UMP, ce parti n'a aucune raison d'obtenir mon vote, aussi bien sur ses idées européennes que sur la politique intérieure menée par son chef Nicolas Sarkozy.
Je ne voterai pas pour la gauche noniste : LO, NPA, Front de Gauche sont des partis nonistes qui sont plus dans la dénonciation perpétuelle de l'Europe que dans la construction d'une autre Europe. De plus, je ne partage pas leurs idées et leurs analyses de la situation actuelle (la crise actuelle vue comme une crise du capitalisme appelant à son effondrement, par exemple).
Je ne voterai pas pour le MoDem : outre les messages souvent populistes et pas toujours très sincères de François Bayrou sur le plan national (c'est un ressenti personnel, je verrai s'il se confirme en lisant "Abus de pouvoir"), le MoDem siège dans le groupe ALDE des libéraux-démocrates au PE, un groupe dont les positions ne sont pas les miennes et que le MoDem lui-même n'assume pas bien.
Le choix restant est le suivant : Europe écologie ou Parti socialiste ? Ce sera Parti socialiste, mais après quelques hésitations qui s'expliquent par deux choses : les Verts sont un parti véritablement européen, très intégré et travailleur au PE (dans l'absolu, le PS l'est aussi, mais relativement moins) ; la tête de liste socialiste de la région Sud-Est (où je vote) s'appelle Vincent Peillon. C'est un socialiste que j'apprécie, notamment parce que c'est un universitaire (philosophe) en léger retrait de la petite vie politicienne (ça a peut-être changé depuis Reims) qui s'intéresse avant tout au débat d'idées (en témoignent ses livres peu vendeurs sur la révolution française ou l'histoire du socialisme français). Son problème, c'est qu'il est député européen sortant et qu'il n'a visiblement pas fait un bon travail dans son mandat précédent (ses statistiques de prise de parole ne sont pas bonnes du tout). De plus, son intérêt pour la chose européenne ne semble pas phénomènal, comme en atteste sa candidature aux législatives en 2007 alors qu'il était encore député européen, ce qui n'est pas très joli. Malgré ces deux points, je voterai socialiste le 7 juin, parce que ce parti a besoin de voix à un moment où il hésite, où il doute, parce qu'il a toujours été très lié à la construction européenne et parce qu'il peut vraiment peser au PE au sein du groupe PSE, deuxième plus gros acteur du Parlement après le parti conservateur PPE.
Quelques liens intéressants au sujet des Européennes :
-la liste des principaux candidats de chaque parti pour les 8 régions
-le nombre de députés européens pour chacune des 8 régions (13 pour le Sud-Est)
-un billet pro-Europe-Ecologie sur le blog d'un élu socialiste lyonnais qui hésite
-un billet sur les choix qui se présentent à un socialiste français qui vote en Grande-Bretagne
-une charge d'utilité publique contre Barroso
23:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, élections européennes, parlement européen, politique
jeudi, 19 mars 2009
L'attitude du gouvernement est-elle tenable?
Retour de la politique sur ce blog pour cette journée nationale de mobilisation. Si les revendications des manifestants ne sont pas toujours très claires, le gouvernement doit au moins entendre un message : en cette période, les symboles sont importants et ne pas intervenir décrédibiliserait le pouvoir.
Cette attitude (on peut y voir une politique de l'autruche, du mépris, un rejet de toute critique) n'est certainement pas la bonne, ni la plus saine pour la démocratie, puisque les arguments divergents ne sont pas pris en compte par le pouvoir en vue d'une amélioration de la politique menée. Le pouvoir ne s'exerce pas de façon isolée et Sarkozy en est conscient puisqu'il a souvent dit dans la campagne qu'il ne voulait pas être un Président enfermé dans une tour d'ivoire : il doit donc changer son attitude, non seulement parce qu'elle n'est pas efficace (voyez le mécontentement général) mais aussi parce qu'elle est mauvaise par principe.
Parmi les messages que Sarkozy doit écouter aujourd'hui, il y a certainement le sentiment que tout le monde ne subit pas la crise de la même façon, et que certains s'en sortent mieux que d'autres. En effet, comment ne pas être choqué par les annonces de distributions de bonus et de stock-options pour les grands patrons (dont les entreprises, comme la Société Générale par exemple, ont été aidées par l'Etat donc par le contribuable) dans un contexte de forte hausse du chômage ? Laurence Parisot a beau expliquer que les bonus sont votés par les conseils d'administration, le gouvernement ne peut laisser passer de tels symboles et l'activisme qu'on connait au Président devrait pouvoir surmonter ces obstacles formels.
Viennent s'ajouter à l'indignation les gros chèques du fisc reçus par des centaines de ménages au titre du bouclier fiscal (environ 350 000 euros en moyenne pour les 800 contribuables les plus riches, soit 65% du coût total du bouclier fiscal pour 6% des bénéficiaires). Nicolas Sarkozy répond à cette polémique en expliquant qu'il n'a pas été élu pour augmenter les impôts, argument qui paraît bien faible vu tout ce qu'il fait depuis deux ans et qui n'était pas dans son programme. La position du gouvernement sur le bouclier fiscal paraît de moins en moins évidente à défendre, surtout depuis que Barack Obama a décidé de limiter les salaires des patrons américains et d'augmenter les impôts des plus riches l'année prochaine (de 35% à 40% pour la dernière tranche de l'impôt sur le revenu).
Pour l'instant, le gouvernement ne bouge pas et assure qu'il ne lâchera rien. Mais cette attitude paraît plus idéologique que pragmatique. Dans une période aussi difficile, le pouvoir doit faire attention à la puissance des symboles. Obama et le Congrès américain l'ont compris en réagissant fermement contre les bonus à AIG. Nicolas Sarkozy serait bien inspiré de suivre l'exemple américain.

15:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 15 février 2009
S'opposer à la communication de Sarkozy
J'ai très peu d'intérêt pour la communication politique, et pas beaucoup pour la stratégie politique. Mais faisons-en un peu, au service des idées.
Chaque annonce présidentielle nous le confirme, Nicolas Sarkozy incarne à merveille la victoire de la communication sur la politique, du sophisme sur le débat d'idées, du prêt-à-penser sur la compréhension du réel. Mensonges, manipulations, caricatures sont ses outils de communicant privilégiés pour convaincre depuis plusieurs années et, comme à son habitude, il en a usé et abusé lors de sa grande interview télévisée consacrée à la crise. Si les exemples vous manquent, en voici quelques uns : la nomination du Président de France Télévision, qui ne doit pas être approuvée par les 3/5ème des députés comme annoncé mais qui peut seulement être bloquée par les 3/5ème (ce qui exclut un barrage de la gauche) ; la baisse de la TVA qui, contrairement à ce qui a été dit, a permis une réelle et rapide relance de la consommation au Royaume-Uni ; l'incroyable mauvaise foie sur l'affaire du Préfet muté ; la quasi-injure envers Le NouvelObs, un an après l'affaire du sms, pour ne pas répondre à une question ; etc. Nicolas Sarkozy s'inscrit ainsi parfaitement dans l'héritage chiraquien (SuperMenteur) de déni de la réalité et de la vérité.
Mais contrairement à Chirac, Sarkozy a entraîné toute la classe politique, tous les grands partis, sur le terrain de la communication, de la bataille rhétorique plutôt que de la confrontation d'idées et de projets, et il a vaincu. En effet, que nous proposent le PS, le MoDem, le NPA, les trois seules forces politiques capables de s'opposer publiquement au gouvernement ? Beaucoup de réponses toutes faites, de réflexes politiciens, d'effets d'annonce, et peu de contre-projets profonds, construits, capables de montrer qu'une alternative est prête et qu'on pourra lui faire confiance en 2012. Car c'est ce qui est en jeu.
Olivier Besancenot martelle son discours anti-capitaliste déconnecté du réel en espérant rassembler les déçus de tout bord (vive le projet!) et si les médias aiment ce radicalisme, il n'apporte pas beaucoup au débat ; les socialistes sans direction bien établie, tiraillé entre le NPA et le MoDem, s'opposent sans rien incarner sinon des perdants ; Ségolène Royal, constante dans son incohérence, écrit des livres d'insulte (la Fra-ter-ni-té tant chantée n'entre plus dans son plan de com' visiblement) et balance des petites flèches contre Sarkozy ; le MoDem ne profite guère de l'échec des socialistes à incarner les premiers opposants, et ne propose à peu près rien sinon des listes décevantes, médiatiques plus que renouvelées, aux Européennes.
L'opposition institutionnelle, classique, échoue donc -contrairement aux syndicats et à l'opposition sur le net, dans les blogs- probablement parce qu'elle manque de visibilité (1/3 du temps de parole pour le gouvernement, 1/3 pour l'UMP, 1/3 seulement pour tout ce qui reste) et de message fort et clair. Cependant, le contre-plan de relance du PS, certainement imparfait, est un des premiers projets de fond, avec des contre-propositions claires et applicables, proposés par les socialistes depuis 2007 et qui a eu une certaine résonance médiatique.
Il faudrait certainement beaucoup d'initiatives de ce genre, traitant des points précis (fiscalité, emploi, logement, éducation, etc.), pour former à terme une alternative politique visible et cohérente, un programme et des idées capables de convaincre en 2012. Car la seule opposition stérile, l'anti-sarkozysme brut, qui vise à dire aux déçus du sarkozysme ce qu'ils veulent entendre (à ce jeu, Hamon tient un discours souvent caricatural proche de Besancenot) ne leur donnera probablement pas de raisons suffisantes de voter l'alternance : la communication peut être utile -elle a même fait gagner Sarkozy- mais le PS ne doit pas s'en contenter car ce parti a l'avantage d'avoir des idées, beaucoup de gens compétents, et du temps devant lui : tout ce que n'a pas l'UMP ?
19:17 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, communication, sarkozy, ps, npa, modem, ump
lundi, 19 janvier 2009
S'inspirer de la campagne américaine
La fondation progressiste Terra Nova vient de publier une enquête approfondie (137 pages) sur la campagne présidentielle de Barack Obama et en tire quelques recommandations pour les partis politiques et les décideurs français : un travail important et très instructif, synthétisé en un pdf de 11 pages et dans un article du Monde.L'analyse de la campagne révolutionnaire d'Obama
Le rapport insiste en 10 leçons sur le caractère révolutionnaire de la campagne menée par Barack Obama. On retient notamment :
-une cause, le changement, qui fédère au-delà des clivages classiques
-des médias de masse modernes (MyBO.com, Facebook, MySpace, Twitter, sms, etc.)
-de vastes bases de données sur l'ensemble des Américains
-un grand nombre d'amis et de supporters : une véritable communauté
-un large appel aux dons de particuliers et à l'action militante de terrain
La nécessaire modernisation des partis français
Le rapport propose ensuite d'importer en France, et notamment au Parti Socialiste, certaines de ces recettes gagnantes :
-faire des partis français des partis de masse (avec de faibles cotisations)
-faire des primaires ouvertes où adhérents et sympathisants votent pour leur futur candidat
-moderniser et professionnaliser les méthodes de campagne (porte-à-porte peer to peer, réseaux sociaux online, bases de données globales, etc.)
Ces propositions nous interrogent sur la démocratie que nous voulons. Ouvrir les primaires aux non-adhérents est certainement un moyen simple de créer une large dynamique autour d'un candidat et donc d'en faire un présidentiable légitime (de nombreux partis européens l'ont fait avec succès). Mais la massification des partis suppose qu'on passe de partis de militants, très engagés idéologiquement mais peu nombreux, à des partis de supporters, plus attirés par l'émotion et le charisme d'un candidat que par le détail de son programme (exemple des supporters de Barack Obama). Est-ce désirable? Cela sert-il le débat d'idées? Je ne sais pas, mais c'est en tout cas utile à la victoire dans les urnes.
Un appel à la réforme de nombreuses règles de campagne
Le rapport fait enfin des recommandations au législateur pour réformer certaines règles de campagne jugées obsolètes et contreproductives, parmi lesquelles :
-supprimer la règle des 500 signatures
-indexer le temps de parole des candidats selon leur poids politique supposé
-éloigner de plusieurs semaines le second tour du premier
La règle des 500 signatures parait archaïque : elle ferme la porte à des candidats populaires et permet au contraire à des candidats très peu représentatifs de participer à l'élection. Terra Nova propose une alternative séduisante comptant deux types de candidatures : désignation par les partis représentatifs (5% aux dernières législatives par exemple) et parrainage populaire sous forme de pétition (un million de signataires nécessaire par exemple). L'égalité totale du temps de parole dans les médias pose aussi des problèmes puisque les nombreux petits candidats sont surexposés par rapport à des candidats très représentatifs. Terra Nova propose l' "équité" où le temps de parole (contrôlé par le CSA) dépendrait de l'influence politique supposée, avec un temps plancher réservé à tous. Mais ce nouveau système pose à long terme une menace sur la médiatisation des petits candidats et suppose le recentrage de la campagne sur quelques candidats (2, 3, 4, 5 maximum), nouvel équilibre qui ne me choque pas mais qui ne fera pas plaisir à tout le monde. Enfin, espacer le second tour du premier de plusieurs semaines (un mois par exemple, au lieu de deux semaines aujourd'hui) permettrait à la campagne finale de gagner en profondeur et en vérité (grâce par exemple à plusieurs débats télé entre les deux candidats, comme ça se fait aux Etats-Unis).
Le débat sur nos règles de campagne est essentiel, mais peut-être aussi insoluble, puisqu'il interroge le type de démocratie que nous voulons : un militantisme guidé par les personnes ou par les idées? un militantisme d'experts contre un militantisme des masses ? un régime médiatique, et donc à terme politique, fragmenté entre de nombreux partis ou recentré sur quelques partis très représentatifs? Des questions profondes, sur lesquelles les avis divergent forcément.
15:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : campagne, élections, obama, terra nova
mercredi, 05 novembre 2008
Yes we can. But, can he?
Le monde entier l'espérait, ils l'ont fait.
Merci l'Amérique!

Et maintenant, il ne faudra pas décevoir.
Jamais, je crois, un homme n'aura suscité autant d'attente et d'espoirs de la part des citoyens du monde : si Obama échoue, tout s'écroule, et tout deviendra possible, y compris le pire.
In Obama we all trust.
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mercredi, 17 septembre 2008
Edvige, Cristina et Woody
Petit billet sur Cristina, un fichier ayant un profil très proche de celui d'Edvige mais dont on parle malheureusement beaucoup moins bien qu'il soit bien plus opaque. Quant au titre du billet, vous comprendrez à la fin à quel point il est peu sérieux.
Tout le monde parle, à juste titre, du fichier Edvige. Pas besoin donc de dire ici ce que j'en pense, puisque le consensus anti-Edvige a l'air assez large si l'on en croit le nombre de signataires de la pétition : 175 000 aujourd'hui.
Cristina la méconnue
Mais le bruit entourant Edvige semble recouvrir celui de la polémique autour d'un autre fichier nouvellement créé, nommé Cristina pour « Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux ». Ce fichier recenserait sensiblement les mêmes données qu'Edvige, mais dans un but différent : la lutte contre le terrorisme et l'espionnage.
L'exécutif ne communique pas sur ce fichier, classé secret-défense, et fait la sourde oreille quand on lui pose des questions : quelles seront les informations collectées par Cristina ? Qui sera concerné ? Qui contrôlera le respect des libertés individuelles et jugera de la pertinence des données enregistrées ? Pas de réponse officielle. Même la Cnil, Commission nationale de l'informatique et des libertés, n'a pas trouvé réponse à ses interrogations, ce qui semble expliquer son avis favorable mais « avec réserves ».
De l'avis de la ministre de l'Intérieur Michelle Alliot-Marie, « il n'est pas sérieux de renoncer à une lutte efficace [contre le terrorisme] » (voir l'article complet du JDD). Ainsi, tout semble permis : recenser des données sur des mineurs et leur famille, relever les comportements religieux « suspects » (conversion à l'Islam), inscrire les délinquants dans Edvige et dans Cristina, etc. De plus, ces informations seront collectées dans d'opaques circonstances. On sait seulement qu'un des moyens priviligiés sera « la surveillance des communications électroniques et radioélectriques susceptibles de porter atteinte à la sûreté de l'Etat ». Simples questions : comment savoir si un email présente un danger pour « la sûreté de l'Etat » sans l'avoir lu ? Et qu'est-ce qui relève de « la sûreté de l'Etat » ? Pas de réponse.
Le premier opposant à ces fichiers, Woody Allen ?

Dans quelques semaines sortira un film réalisé par Woody Allen*, intitulé Vicky Cristina Barcelona. On apprend à la lecture du synopsis du film que Cristina est « une créature d'instincts, dénuée d'inhibitions » qui goûte sans limite aux plaisirs de la vie, tandis que son amie Vicky est plus sage et raisonnée bien qu'elle finisse par succomber à la tentation ce qui en dit long sur sa nature profonde.
Le parallèle avec nos fichiers, vous le voyez venir : Edvige (Vicky) est une version édulcorée de Cristina (Cristina), une version que le pouvoir tente de faire accepter à l'opinion publique en faisant quelques petits changements de façade. A l'inverse de la déferlante médiatique autour d'Edvige, Cristina reste dans l'ombre parce qu'elle est gênante. Mais lorsqu'elle sera active, elle restera naturelle, c'est-à-dire dénuée d'inhibitions, donc excessive et incontrôlable.
Arrêtons-la.
Et pour aller un peu plus loin dans l'analyse et la critique de ce fichier, ce lien vers la LDH.
PS : On retiendra aussi de ce parallèle (purement fictif et malhonnête, je précise) que Woody Allen est un grand visionnaire (sic) et qu'il use de beaux procédés, tout en finesse et en images, pour s'opposer à une politique dangereuse.
NB : Outre ces fichiers liberticides et excessifs, le pouvoir semble décidé à s'attaquer à l'action citoyenne et informative de la Cimade, seule association habilitée à se rendre dans les Centres de Rétention Administrative. Pour en savoir plus sur ce nouveau coup bas porté à l'aide aux sans-papiers, allez voir ce billet de Gwendal.
20:18 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : edvige, critina, woody allen, sécurité, anti-terrorisme
dimanche, 31 août 2008
Quel Parti Socialiste pour gagner en 2012?
Long billet sur l'état actuel du Parti Socialiste, les enjeux du congrès de Reims, et le PS que j'attends pour 2012, un parti de gauche ouvert et lucide. (Je précise que je ne fais que dire ici ce que j'espère pour ce parti : je n'ai pas ma carte, donc pas le moindre moyen d'influer sur le choix du prochain Premier secrétaire ou sur la ligne politique du parti.)
Quelques semaines avant un congrès de Reims qui s'annonce important, le Parti Socialiste, de l'avis des spécialistes et de l'aveu même de ses dirigeants, va mal : il n'est plus le théatre du débat et de la créativité politiques mais celui des égotismes et des complots ; il ne joue plus son rôle d'opposant et n'incarne pas une alternative crédible au gouvernement ; il manque de visibilité et de clarté médiatiques du fait de son hétéroclisme, supposé.
Un parti divisé par les personnes plus que par les idées
En vérité, je ne crois pas que le PS soit aussi divisé qu'on le dit : pour moi, les discours de chacun des ténors ne traduisent pas de divisions fondamentales au sein du PS mais plutôt l'envie, pour chacun, de se différencier des autres pour tenter d'incarner un courant nouveau, qui n'est en fait qu'une vague au sein du courant socialiste. Qu'est-ce qui différencie sur le fond Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, François Hollande ? En quoi Moscovici, du point de vue des idées, est-il plus proche de Martine Aubry que d'un autre ? Je dirais : rien.
Hormis peut-être le bord mélenchoniste du parti qui réfléchit à l'exil communiste, je ne vois pas de grandes divisions idéelles au sein du PS : font consensus l'acceptation du marché et du capitalisme, la volonté réformiste et non révolutionnaire, la recherche de la justice sociale sans trop entamer les libertés, la recherche de l'efficacité à travers l'investissement dans la recherche scientifique et l'éducation, etc.
Les frontières entre socialistes sont plutôt de l'ordre des personnes, des caractères, des postures politiques : Ségo la catho rigide, Bertrand le charmeur cassant, François le gentil mou (pas candidat à sa propre succession), Martine la prolo du Nord, Mosco le jeune-strauss-kahnien montant, Colomb et Guérini les barons locaux calculateurs, Fabuis le papy-aigri-qui-fait-de-la-résistance, Montebourg le beau-parleur, Valls le sarko-compatible, Drey l'éléphanteau ex-rouge, Hamon l'européano-gauchisant culloté, etc, etc.
Les pourparlers, les rencontres privées, et les alliances entre ces socialistes sont inévitables tant le vote des militants semble partagé. Regrettons seulement que ces alliances de personnes ne soient que des complots politiciens et non des amitiés profondes.
Un congrès pour choisir entre deux tactiques
A mon avis, l'enjeu du congrès de Reims ne se situe pas sur le terrain des idées (on a vu que les socialistes s'accordaient sur l'essentiel) mais sur la machinerie pré-présidentielle : le congrès décidera du Premier secrétaire donc de l'opposant le plus audible, le plus légitime, à Nicolas Sarkozy.
Par le vote au congrès, il est à mon avis demandé aux militants de choisir entre un opposant-candidat (une figure emblématique capable de mener la lutte contre Sarkozy tout en incarnant, dès aujourd'hui, l'alternative à ce pouvoir : seuls en sont capables Ségolène Royal et Bertrand Delanoë à mon avis) ou un opposant-intérimaire (figure moins emblématique, ayant du charisme et de l'audience médiatique, capable de lutter contre Sarkozy et d'animer les débats internes qui désigneront par la suite le candidat du parti : dans ce cas, Moscovici est je pense le mieux placé, mais d'autres outsiders comme Dray, Cambadélis ou Aubry peuvent l'emporter).
A mon avis, l'élection en Novembre d'une grosse monture à la tête du PS signifierait le verrouillage du débat présidentiel au sein du parti : si Royal ou Delanoë l'emporte, il y a peu de chance pour que d'autres prétendants puissent jouer un rôle dans les primaires de 2010 : cette absence de débats serait certainement dommageable. Personnellement, je pencherais plutôt pour la seconde option : choisir aujourd'hui un socialiste d'envergure moyenne, capable d'incarner le PS aux yeux des Français, mais dont l'ambition s'arrête là. Dans ce cas de figure, j'hésiterais probablement entre Aubry et Mosco qui me paraissent tout deux convenir pour ce rôle. Ils sont capables de s'opposer à Sarkozy, de proposer des alternatives crédibles en concertation avec le parti, et de stimuler les débats entre les prétendants au ticket présidentiel de 2012. Le candidat officiel du PS serait ensuite désigné, en 2010 probablement, par des primaires (ouvertes ou non aux non-adhérents, c'est à méditer) : ce match-là se jouerait probablement entre Royal, Delanoë, Hollande, et peut-être Strauss-Kahn si le FMI le laisse s'échapper quelques mois avant la fin de sa mission washingtonienne. Là, j'hésiterais probablement entre François Hollande (mon favori aujourd'hui mais qui souffre d'une mauvaise image), Bertrand Delanoë (qui a encore beaucoup à prouver au niveau national et qui me semble parfois trop démagogue), et Dominique Strauss-Kahn (qui devra éclaircir son approche sociale-démocrate). Bref, trois candidats d'une gauche assez ouverte, socialiste sans être anti-libérale.
Proposer, et expliquer, des idées pragmatiques
Mais la machinerie du parti, finalement, m'intéresse peu même si elle peut être capitale pour la victoire en 2012. Pour moi, l'essentiel de l'élection se jouera sur les idées et le discours du parti plus que sur celui ou celle qui l'incarnera.
Le Parti Socialiste devra être parfaitement lucide, pragmatique, et non enfermé dans un carcan idéologique anti-libéral et protectionniste. Il faudra aussi en finir avec un discours démagogique trop souvent utilisé, qui consiste par exemple à assimiler les industriels à des patrons-voyous sans coeur : si l'on délocalise dans les secteurs industriels, c'est parce que les pays émergents produisent aussi bien que la France pour moins cher.
Le débat n'est donc plus de tenter de stopper ces délocalisations (logiques quand on voit les différences de salaires et de modèles sociaux entre pays) mais plutôt d'investir massivement dans l'avenir, la formation professionnelle, la réinsertion, l'éducation et la recherche. La clé du programme économique du PS devra être la reconquête de la croissance et donc de l'emploi puisque c'est elle qui financera les déficits et les investissements nouveaux. Il faudra aussi revoir notre fiscalité et rompre avec la politique de rentes et de reproduction sociale de Sarkozy.
Mais pour moi, l'élection de 2012 ne sera brillamment gagnée que si l'on explique, de façon pédagogique, en longueur et dans leur complexité, les orientations, je l'espère nouvelles, qui seront proposées aux Français.
Bravo à ceux qui sont arrivés jusque là. Votre cadeau : un conseil, regardez le film « Carnets de voyage » de Coppola, adaptation du livre qu'écrivit Ernesto Che Guevara (et dont je vous parlais dans ce billet) quand il traversa l'Amérique Latine en 1952.
21:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, 2012
mardi, 26 août 2008
The Obama Family Show
Lundi soir à Denver, c'était le lancement de la convention démocrate, qui a pour but d'officialiser la candidature de Barack Obama pour le parti démocrate. Elle se terminera jeudi, 45 ans jour pour jour après le fameux « I have a dream » de Martin Luther King, par un discours du candidat Obama devant 70 000 supporters.
Hier, pour la première soirée et alors que Barack Obama était en déplacement à Kansas City, une large place sur scène fut laissée à Michelle Obama, son épouse (20 minutes de discours à voir ici) , accompagnée par la suite de leurs deux filles, Sasha et Malia, 7 et 10 ans.
En France, rares sont les hommes politiques affichant à ce point leur famille en public, et notamment pendant les campagnes électorales. Même Nicolas Sarkozy, qui aimait pourtant montrer en public son ex-épouse Cécilia et leurs enfants, n'a jamais franchi le pas de lui donner le micro pour un discours.
Dans mes yeux de Français, cette mise en avant stratégique de la famille d'un candidat sonne comme du marketing politique : comme pour la vente d'un produit, un candidat doit être mis en valeur par son emballage (son physique, son style vestimentaire, sa famille).
C'est, je pense, ce que tente de faire l'équipe d'Obama : travailler l'image de Barack Obama pour en faire un « produit » politique attirant. Ce soir-là, Michelle Obama applique cette stratégie à merveille, avec un discours politique très lisse (affichage de son patriotisme, de ses valeurs, de son respect et de sa sympathie pour Hillary Clinton) et de longs moments plus personnels où elle en dit beaucoup sur elle et son couple (son enfance, la condition de ses parents, pourquoi elle croit en Barack, comment elle l'a rencontré, comment il lui a longtemps fait la cour avant qu'elle n'accepte). Barack prend ensuite la parole en duplex du Kansas : "Vous comprenez pourquoi je me suis tant accroché à elle", puis "Vous voulez bien un président tenace, non ?". La salle applaudit, comblée.
Les deux filles d'Obama sont aussi de la partie. Elles montent sur scène après la fin du discours de leur mère. La petite, Sasha, dit à son père qu'elle l'aime, avec derrière, en fond sonore, le « Isn't she lovely ?» de Stevie Wonder. Tout est orchestré, millimétré. Ce qui ne veut pas dire que tout est faux ou insincère. Simplement que tout est stratégique, longuement planifié, étudié par des spécialistes de l'émotion et du discours politique.
Cette comédie électoraliste, ce grand show familial m'énervent un peu, bien que j'en comprenne l'utilité. Pour moi, quand un candidat en vient à utiliser sa famille pour se donner une bonne image, un emballage beau, agréable et doux, on peut dire que la démocratie directe va mal. En utilisant sa famille à des fins électoralistes (une famille hereuse de participer, mais peu importe), Barack Obama nous montre ce que l'élection présidentielle de 2007 nous avait déjà montré, ce que probablement toutes les élections à suffrage directe nous montrent depuis 50 ans : les apparences, le subjectif, l'affectif, l'émotionnel sont politiquement plus forts que les idées.
Triste constat qui remet en question la légitimité et l'efficience de la démocratie directe, et qui m'amène à me demander : dans notre modèle de démocratie directe, qui est souverain ? Le peuple par sa raison ou le peuple par son affect ?
PS : pour suivre la campagne, je vous conseille ce blog de Libération que je viens de découvrir.
crédits photos : demconvention (Flickr)
23:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, famille obama, marketing politique, démocratie
mercredi, 25 juin 2008
Le duel Turquie - Sénat contre Allemagne - Assemblée
La Turquie doit affronter deux adversaires coriaces : la Mannschaft, la sélection allemande, et l’Assemblée Nationale française. Elle dispose heureusement d'un soutien, celui du peuple turc... et du Sénat!
Le premier duel est sportif et symbolique : c’est pour une place en finale de l’Euro 2008, contre l'Allemagne, nation fondatrice de l’Europe. Et ça sera difficile (match en cours).
Le deuxième duel est véritablement politique : c’est contre l’Assemblée Nationale, dont la majorité veut ralentir, voire empêcher, l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.
Si on laisse de côté les fiertés nationales et les passions sportives, le deuxième duel est bien le plus important, puisqu’il concerne directement l’avenir du pays.
Reprenons ce duel du début :
-Le 29 mai, l’Assemblée Nationale adoptait, sous les hourras des députés UMP et des souverainistes, un amendement rendant le référendum obligatoire pour l’entrée dans l’Union européenne de pays représentant plus de 5% de sa population, ce qui concerne tout particulièrement la Turquie (mais aussi l’Ukraine, la Russie, etc.). Majorité UMP 1 - Turquie 0
-Le gouvernement turc avait alors vite réagi, « irrité » par cet amendement français visant la Turquie et compromettant sérieusement les chances pour ce pays d’entrer dans l’Union Européenne, les citoyens français y semblant assez opposés.
-Lundi soir, 23 Juin, la Turquie recevait un soutien de taille : le Sénat, majoritairement à droite, rejetait massivement cet amendement (297 voix contre 7) jugé « discriminatoire » et « offensant » pour nos amis turcs. Majorité UMP 1 - Turquie 1
1-1, balle au centre :
Le Sénat s’étant opposé à cet amendement, le texte de loi devra repasser devant les députés, puis devant les sénateurs. Autant dire que ce n’est pas fini.
On peut espérer que les députés abandonneront prochainement cette idée d’amendement. Dans ce cas, et si la Turquie devenait candidate officielle à l’UE, ce serait Nicolas Sarkozy qui choisirait le décideur final en France: les français (via un référendum) ou les députés.
Les leçons du vote :
-les députés UMP et souverainistes, emmenés notamment par Patrick Devedjian, ont montré, par le vote de cet amendement, qu’ils étaient majoritairement opposés à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. On s’en doutait.
-les députés UMP et souverainistes ont aussi montré qu’ils n’assumaient pas pleinement cette position, et qu’ils préféraient voir le peuple décider à leur place, via référendum. (Tout le monde sait qu’un référendum sur ce sujet serait synonyme de victoire du non.)
-le Sénat a prouvé son indépendance, malgré son vieil ancrage à droite. Il est allé à l’encontre de l’Assemblée et du gouvernement, plutôt favorable à l’amendement.
-le Sénat a aussi montré qu’il était bien une instance de modération des ardeurs des députés, comme le disait récemment Raffarin. Les sénateurs, de droite comme de gauche, ont clairement dit que cet amendement était mauvais, car discriminatoire, et l’ont donc repoussé.
Conclusion :
En fait, on peut dire que la Turquie a été sauvée par le Sénat français car, si l’amendement avait été voté comme prévu, l’adhésion de la Turquie aurait été soumise à un référendum, ingagnable à moyen terme.
Voilà donc pourquoi les Turcs, peuple massivement attaché à l’Europe, devront remercier nos vieux sénateurs, après avoir félicité la sélection nationale pour son beau parcours dans l’Euro.
21:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : turquie, europe, sénat, assemblée nationale, euro









