vendredi, 08 février 2008
De la xénophobie en Amérique
Les Etats-Unis ont un problème, commun à peu d'autres pays, c'est leur démesure.
Démesure dans la super-puissance de leur armée, démesure dans le gigantisme de leur économie, démesure dans le patriotisme de son peuple, démesure dans son amour du show, démesure dans sa volonté de fabriquer l'Histoire,... et démesure dans certaines idéologies.
John Mc Cain, prochain candidat répulicain à la Maison Blanche si tout se passe comme prévu, vétéran de la guerre du Viet-nam et héros national, tient ici un discours qui symbolise bien une des démesures de ce pays et d'une partie de son peuple.
"To secure our borders first" martèle-t-il avec passion sous les acclamations des militants républicains.
Voilà le thème où s'exprime selon moi le plus la radicalité des Républicains : l'immigration, et l'étranger en général. Leur vision est manichéenne : d'un côté des étrangers qui tentent d'entrer clandestinement sur le territoire américain, et de l'autre un pouvoir qui doit tout faire pour contrer cette immigration. Quite à tout surveiller, chasser, cloisonner. Quite à construire un mur de 1500 km sur la frontière avec le Mexique. Quite à faire parler la poudre dans le désert.
Mais John Mc Cain tient là un discours sage, qui n'a rien d'extrême aux yeux des Républicains les plus durs. En réalité, les conservateurs le considèrent même comme un gauchiste qui serait arriver par hasard au Parti Républicain! Certains disent même qu'il a été "rendu fou" par les tortures qu'il a subi au Viet-nam.
Ce sont donc les conservateurs qui symbolisent le mieux l'extrême xénophobie outre-atlantique, xénophobie au sens propre : rejet de l'étranger, par méconnaissance, par méfiance, par peur.
Ce qui suit provient principalement d'un excellent article de Johann Hari pour le Monde Diplomatique de ce mois. Le journaliste a infiltré un grand rassemblement d'une semaine de la droite conservatrice américaine, sur un paquebot spécial, 6000 euros la semaine, où les participants échangent leurs idées, leurs points de vue, et leurs peurs.
Les conservateurs ont viscéralement peur des musulmans : "Ils sont partout, rien ne pourra les arrêter" disent-ils. "Cette fois, les Français n'ont pas intérêt à compter sur nous pour leur sauver la mise." Ils expliquent que l'Europe, et notamment la France et l'Angleterre, est en passe de devenir un grand "califat", où les idéologies islamistes finiront par triompher. D'ailleurs, ils prévoient "une évacuation à grande échelle vers 2015" des Européens blancs vers les Etats-Unis, lorsque Al-Quaida aura pris le contrôle de l'Europe. Aussi, "les races européennes [les Blancs] sont devenus trop narcissiques pour procréer en quantités suffisantes", quantités suffisantes pour garder la supériorité numérique sur les musulmans! Les conservateurs sont là en plein dans le mythe ténébreux de Samuel Huntington, la guerre des civilisations, religions contre religions, races contre races.
Quant à la guerre en Irak, c'est pour eux une guerre sainte, une guerre contre le Mal, et un total succès : "On veut donner l'image d'un pays plongé dans le chaos, mais c'est faux. C'est un triomphe, ça n'aurait pas pu se passer mieux." Une participante affirme qu'elle "prie tous les jours pour remercier Dieu d'avoir créé Fox News", la chaîne conservatrice et pro-Bush par excellence. Mais d'autres critiquent la chaine au sujet de l'Irak, dont ce juge connu aux Etats-Unis, Robert Bork : "La manière dont les médias traitent de cette guerre est scandaleuse. Même Fox News en parle de manière scandaleuse. A les entendre, il n'y a que nous qui mourons là-bas. Ils ne disent jamais rien des pertes ennemies, alors que nous en tuons des quantités tous les jours".
Qu'importe leurs crimes reconnus, les dictateurs libéraux et anti-communistes sont adulés : "Pinochet est un héros, il a sauvé le Chili." "Et il a privatisé les retraites". Le dogmatisme ultra-libéral est ici plus fort que toute considération rationnelle et objective de ce qu'a été la barbarie de la dictature de Pinochet. Il était pro-américain, libéral, donc héros. Bush lui aussi est un "héros", d'autant que "personne n'a été torturé à Abou Ghraib et à Guantanamo".
Enfin, la xénophobie se révèle science, puisqu'un participant, le célèbre auteur Dinesh D'Souza, a inventé une loi, un théorème : "la qualité d'un immigrant est proportionnelle à la distance parcourue pour arriver jusqu'aux Etats-Unis". Manière de gerber sa haine et son dégout des nombreux immigrants mexicains.
Ces fanatiques ultra-conservateurs (xénophobes, racistes, anti-musulmans et ultra-croyants, pro-vie et anti-contraception, ultra-libéraux, pro-Bush et pro-Pinochet, pro-guerre en Irak et en Iran, pro-loi martial, etc) exercent une forte influence historique sur les idées républicaines en général.
Pour obtenir la grâce des militants, tout candidat républicain doit être en conformité avec les grandes idées conservatrices, et doit faire preuve d'excellence en matière de promotion du conservatisme, du passéisme, et du nauséabond.
Voilà comment marche la moitié droite de la plus grande démocratie du monde.
12:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Etats-Unis, Mc Cain, xénophobie, étrangers, Irak, conservateurs, Bush








