dimanche, 31 août 2008

Quel Parti Socialiste pour gagner en 2012?

parti-socialiste-rose-logo.jpgLong billet sur l'état actuel du Parti Socialiste, les enjeux du congrès de Reims, et le PS que j'attends pour 2012, un parti de gauche ouvert et lucide. (Je précise que je ne fais que dire ici ce que j'espère pour ce parti : je n'ai pas ma carte, donc pas le moindre moyen d'influer sur le choix du prochain Premier secrétaire ou sur la ligne politique du parti.)

Quelques semaines avant un congrès de Reims qui s'annonce important, le Parti Socialiste, de l'avis des spécialistes et de l'aveu même de ses dirigeants, va mal : il n'est plus le théatre du débat et de la créativité politiques mais celui des égotismes et des complots ; il ne joue plus son rôle d'opposant et n'incarne pas une alternative crédible au gouvernement ; il manque de visibilité et de clarté médiatiques du fait de son hétéroclisme, supposé.

Un parti divisé par les personnes plus que par les idées

En vérité, je ne crois pas que le PS soit aussi divisé qu'on le dit : pour moi, les discours de chacun des ténors ne traduisent pas de divisions fondamentales au sein du PS mais plutôt l'envie, pour chacun, de se différencier des autres pour tenter d'incarner un courant nouveau, qui n'est en fait qu'une vague au sein du courant socialiste. Qu'est-ce qui différencie sur le fond Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, François Hollande ? En quoi Moscovici, du point de vue des idées, est-il plus proche de Martine Aubry que d'un autre ? Je dirais : rien.

Hormis peut-être le bord mélenchoniste du parti qui réfléchit à l'exil communiste, je ne vois pas de grandes divisions idéelles au sein du PS : font consensus l'acceptation du marché et du capitalisme, la volonté réformiste et non révolutionnaire, la recherche de la justice sociale sans trop entamer les libertés, la recherche de l'efficacité à travers l'investissement dans la recherche scientifique et l'éducation, etc.

868f5f68-5444-11dd-8ef0-cc5315f110ed.jpgLes frontières entre socialistes sont plutôt de l'ordre des personnes, des caractères, des postures politiques : Ségo la catho rigide, Bertrand le charmeur cassant, François le gentil mou (pas candidat à sa propre succession), Martine la prolo du Nord, Mosco le jeune-strauss-kahnien montant, Colomb et Guérini les barons locaux calculateurs, Fabuis le papy-aigri-qui-fait-de-la-résistance, Montebourg le beau-parleur, Valls le sarko-compatible, Drey l'éléphanteau ex-rouge, Hamon l'européano-gauchisant culloté, etc, etc.

Les pourparlers, les rencontres privées, et les alliances entre ces socialistes sont inévitables tant le vote des militants semble partagé. Regrettons seulement que ces alliances de personnes ne soient que des complots politiciens et non des amitiés profondes.

Un congrès pour choisir entre deux tactiques

A mon avis, l'enjeu du congrès de Reims ne se situe pas sur le terrain des idées (on a vu que les socialistes s'accordaient sur l'essentiel) mais sur la machinerie pré-présidentielle : le congrès décidera du Premier secrétaire donc de l'opposant le plus audible, le plus légitime, à Nicolas Sarkozy.

Par le vote au congrès, il est à mon avis demandé aux militants de choisir entre un opposant-candidat (une figure emblématique capable de mener la lutte contre Sarkozy tout en incarnant, dès aujourd'hui, l'alternative à ce pouvoir : seuls en sont capables Ségolène Royal et Bertrand Delanoë à mon avis) ou un opposant-intérimaire (figure moins emblématique, ayant du charisme et de l'audience médiatique, capable de lutter contre Sarkozy et d'animer les débats internes qui désigneront par la suite le candidat du parti : dans ce cas, Moscovici est je pense le mieux placé, mais d'autres outsiders comme Dray, Cambadélis ou Aubry peuvent l'emporter).

A mon avis, l'élection en Novembre d'une grosse monture à la tête du PS signifierait le verrouillage du débat présidentiel au sein du parti : si Royal ou Delanoë l'emporte, il y a peu de chance pour que d'autres prétendants puissent jouer un rôle dans les primaires de 2010 : cette absence de débats serait certainement dommageable. Personnellement, je pencherais plutôt pour la seconde option : choisir aujourd'hui un socialiste d'envergure moyenne, capable d'incarner le PS aux yeux des Français, mais dont l'ambition s'arrête là. Dans ce cas de figure, j'hésiterais probablement entre Aubry et Mosco qui me paraissent tout deux convenir pour ce rôle. Ils sont capables de s'opposer à Sarkozy, de proposer des alternatives crédibles en concertation avec le parti, et de stimuler les débats entre les prétendants au ticket présidentiel de 2012. Le candidat officiel du PS serait ensuite désigné, en 2010 probablement, par des primaires (ouvertes ou non aux non-adhérents, c'est à méditer) : ce match-là se jouerait probablement entre Royal, Delanoë, Hollande, et peut-être Strauss-Kahn si le FMI le laisse s'échapper quelques mois avant la fin de sa mission washingtonienne. Là, j'hésiterais probablement entre François Hollande (mon favori aujourd'hui mais qui souffre d'une mauvaise image), Bertrand Delanoë (qui a encore beaucoup à prouver au niveau national et qui me semble parfois trop démagogue), et Dominique Strauss-Kahn (qui devra éclaircir son approche sociale-démocrate). Bref, trois candidats d'une gauche assez ouverte, socialiste sans être anti-libérale.

Proposer, et expliquer, des idées pragmatiques

Mais la machinerie du parti, finalement, m'intéresse peu même si elle peut être capitale pour la victoire en 2012. Pour moi, l'essentiel de l'élection se jouera sur les idées et le discours du parti plus que sur celui ou celle qui l'incarnera.

Le Parti Socialiste devra être parfaitement lucide, pragmatique, et non enfermé dans un carcan idéologique anti-libéral et protectionniste. Il faudra aussi en finir avec un discours démagogique trop souvent utilisé, qui consiste par exemple à assimiler les industriels à des patrons-voyous sans coeur : si l'on délocalise dans les secteurs industriels, c'est parce que les pays émergents produisent aussi bien que la France pour moins cher.

Le débat n'est donc plus de tenter de stopper ces délocalisations (logiques quand on voit les différences de salaires et de modèles sociaux entre pays) mais plutôt d'investir massivement dans l'avenir, la formation professionnelle, la réinsertion, l'éducation et la recherche. La clé du programme économique du PS devra être la reconquête de la croissance et donc de l'emploi puisque c'est elle qui financera les déficits et les investissements nouveaux. Il faudra aussi revoir notre fiscalité et rompre avec la politique de rentes et de reproduction sociale de Sarkozy.

Mais pour moi, l'élection de 2012 ne sera brillamment gagnée que si l'on explique, de façon pédagogique, en longueur et dans leur complexité, les orientations, je l'espère nouvelles, qui seront proposées aux Français.

 

Bravo à ceux qui sont arrivés jusque là. Votre cadeau : un conseil, regardez le film « Carnets de voyage » de Coppola, adaptation du livre qu'écrivit Ernesto Che Guevara (et dont je vous parlais dans ce billet) quand il traversa l'Amérique Latine en 1952.