dimanche, 17 février 2008

Sarkocentrisme

C'est une triste réalité : presque toute l'actualité tourne autour d'un seul homme, Sarkozy. Ce sarkocentrisme ambiant est le résultat de plusieurs éléments (j'ai pu en oublier) :

1 - Nicolas Sarkozy espère que cette stratégie sera payante. En attirant toute l'attention médiatique sur lui, il porte personnellement toute les réformes menées actuellement et espère qu'elles seront mieux vu parce que sarkoziennes. En ce sens, la stratégie réussit car les réformes sont dans l'ensemble bien acceptées par les Français, comme en témoigne la bonne popularité de l'horloger Fillon ;

2 - Nicolas Sarkozy est parfaitement égocentrique et adore qu'on l'observe, qu'on le suive, qu'on le traque. Il fait d'ailleurs tout pour qu'on en sache le plus possible sur son intimité, fait publiquement des allusions à sa vie amoureuse, affrète des avions pour les journalistes lors de ses voyages personnels, etc. Ce penchant là est très mauvais en terme de popularité pour Sarkozy, et le mariage n'a rien arrangé ;

3 - Les Français sont gloutons, ils veulent être dans l'intimité de ce Président, ils aiment le côté people du politique, ça les intéresse, ça les fait rêver, et ils le montrent en achetant la presse politique pipolisée. Les Français font donc tourner cette machine médiatique, et s'en offusquent pourtant en critiquant la surexposition de Sarkozy (les Français sont pleins de contradiction) ;

4 - Les médias y trouvent leur compte : leurs ventes et audiences augmentent, leur travail de journalisme politique recule ce qui leur donne moins de travail et de critiques, ils surfent tranquillement sur la vague du people, comme le montre les exemples récents des bonnes ventes du Point et de l'Express.

Ce sarkocentrisme est observable chaque jour. Il est le fruit de la volonté (consciente et inconsciente) de presque tout le monde, pas seulement de Sarkozy. Quelques exemples :

-Carla Bruni-Sarkozy, pour sa première interview de 1ère dame de France (exclu réservée à l'Express, compte tenu de la grande complicité entre Carla et le directeur de la rédaction Christophe Barbier), fait une sale et ridicule analogie entre la presse française actuelle (qui ferait la chasse à Sarkozy, tels des "charognards" selon les propres mots de Rama Yade) et la presse vichyste et antisémite de la seconde guerre mondiale. Elle s'excuse. Ca ne suffit pas. Le mal est fait. L'incomparable est comparé.

-L'Obs et Airy Routier provoquent un séisme médiatico-politico-déontologique avec le fameux SMS. Sarkozy porte plainte au pénal, une première, peu importe. L'info est-elle vraie ? Et est-elle vérifiable ? Fallait-il la publier ? Si c'est faux, quel gâchis pour l'Obs. Si c'est vrai, qu'en penser ? Sarkozy est-il fou ? Se marie-t-il simplement pour son image ? Est-il doué de sentiments ? Trop de questions dans cette affaire surmédiatisée pour peu de réponses.

-Feuilleton à Neuilly : le chouchou de Cécilia, David Martinon, se fait trahir par ses colistiers (dont le fabuleux Jean Sarkozy) sous prétexte de mauvais sondages. L'UMP investit alors un candidat qui n'est même pas adhérent à l'UMP ! Nicolas Sarkozy, maire pendant 19 ans de la ville la plus riche de France, a évidemment tenu un rôle de décideur. (à voir ce reportage de LaTéléLibre)

-La faute d'orthographe : grand séisme, Sarkozy aurait fait une faute d'orthographe dans une phrase d'un discours qui traitait justement de l'importance de l'orthographe pour les élèves. C'est fun, c'est à voir, mais ca n'est pas très intéressant, d'autant que le plus grave reste quand même sa non-maîtrise de la syntaxe. Enfin passons.

-La mémoire des déportés en CM2 : cette idée stupide appelle évidemment la condamnation et la résistance. D'autres l'ont fait clairement et brillamment (Birenbaum, Fontenelle, Versac, Radical Chic, Vincent Peillon, Simone Veil, Dominique Vidal, Infocrate, etc), donc je n'y reviens pas. Je veux simplement dire que je partage parfaitement l'avis de Daniel Schneidermann : cette annonce est un enfumage stratégique, comme l'était l'annonce de la suppression de la pub sur le service public. Deux annonces faites pour donner de la matière aux médias et aux Français, pour les occuper. Deux annonces qui permettent aussi de combler un vide d'idées.

Face à ce climat ambiant de sarkocentrisme, certains s'organisent, avec retard il est vrai (de nombreux vigilants-résistants sont au travail depuis des années). Ainsi a été lancé par des personnalités de mouvements divers "l'appel à la vigilance républicaine". Rien de menaçant, ni de révolutionnaire, juste un rappel : face à l'exercice du pouvoir de Sarkozy, la République veille.

Cette simple pétition républicaine a pourtant été accueillie par les plus ridicules et sales réactions de la part des sarko-défenseurs.

 

Yves Jego -Ainsi, le député UMP Yves Jégo déclare tranquillement le plus vilain mensonge :"On en revient aux méthodes staliniennes." Heureusement pour lui, le ridicule ne tue pas. La diffamation non plus.

 

 

-Pour Jean-Pierre Raffarin, qui réagit sur son blog, "c'est [...] grave." Bien lancé JP.

  

 

 

Roger Karoutchi -Le sénateur UMP des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi estime quant à lui que cette jolie pétition témoigne d'un "fascisme rampant" et d'un "déni de démocratie". Fascisme rampant ? Déni de démocratie ? Ah bon. Je ne savais pas que le fascisme, c'était le fait de lancer un appel à la vigilance. Et je ne savais pas que la démocratie, c'était "après le vote, tais-toi pendant 5 ans". Enfin, Roger Karoutchi fait de la politique depuis 25 ans, donc il doit s'y connaître en matière de démocratie.

 

Pour finir, un petit billet caustique de Fontenelle où il est question de cet homme qui a été condamné à une amende de 800 euros (+ 1 € pour Sarkozy en personne) parce qu'il avait comparé notre Président à Pétain. Qu'en est-il par exemple d'Yves Jégo qui compare les signataires de l'appel à des "staliniens" ? La diffamation est pourtant du même genre.