jeudi, 14 février 2008
Serve your country
On vit dans une sale époque disent certains, où l'indécence, la violence, la haine deviennent banales. Oui, en effet. J'ajouterai cependant que ce sont toutes les époques qui furent sales, l'histoire des guerres et des barbaries en est le témoin.
Hier et aujourd"hui
Aujourd'hui comme hier, la doctrine la plus barbare, celle de la promotion de la haine et de la guerre, s'attaque aux plus faibles, les enfants.
Hier, on rassemblait les jeunes dans des grandes communautés très encadrées, lesquelles agissaient comme des moules sur eux : c'est le cas des Jeunesses Hitlériennes par exemple.
Aujourd'hui, l'endoctrinement des plus jeunes existe toujours, dans des formes peut-être différentes, mais avec la même volonté de former des individus vides de toute conscience et prêt à faire ce qu'on leur demande. On peut notamment penser à l'exemple de certaines madrasa (les fameuses écoles coraniques), ou à l'utilisation par Al Qaida d'enfants-bombes.
Be a patriot and serve your country
Les Etats-Unis ont eux aussi des moyens (certes moins directs, moins extrêmes) pour attirer les jeunes dans leurs rangs. Il suffit d'aller sur le site de la Maison Blanche pour s'en apercevoir.
La Maison Blanche propose notamment un site spécial pour les enfants : White House Kids. Là sont disponibles des quizs, des jeux, des coloriages, des dessins animés, des sondages... En voici un :

Ce sondage est insupportable. On demande aux jeunes américains leur méthode pour savourer leurs vacances. La dernière proposition : "volunteer", autrement dit s'engager, dans l'armée évidemment.
Je rappelle que ce site est dédié aux "kids", c'est-à-dire aux gamins, aux enfants, même pas aux adolescents.
Ce sondage est indécent. Tenter de faire passer l'engagement militaire pour une manière de passer du bon temps, c'est simplement dégueulasse, surtout quand le public visé est si jeune.
Rubrique Jeux, la Maison Blanche propose aux jeunes internautes des coloriages pour leur faire apprendre l'histoire des Etats-Unis, et notamment les 43 Présidents. Le dernier coloriage de la liste est naturellement celui de George W. Bush.
Au delà du portrait peu ressemblant de Bush, un détail choque : "USA Freedom corps" sur le pull de la jeune fille du milieu. USA Freedom Corps, c'est un peu le bureau de recrutement de l'armée américaine.
Ici encore, on dépasse les limites de la décence. L'utilisation de l'image d'un enfant pour soutenir l'armée et attirer de nouveaux jeunes "volunteers" est scandaleuse. L'armée américaine fait son marché sur le site de la Maison Blanche.
Preuve que ce marketing répond à une demande effective de futurs loyaux soldats, George W. Bush est le seul des 43 Présidents à être représenté avec des enfants, et le seul où figure cette publicité pour le recruteur de l'armée américaine. Cette image a donc un but précis : attirer les jeunes vers l'armée. Susciter en eux un désir. Le désir de "servir son pays", comme le dit la bonne morale. Le désir de se battre pour pour son pays, pour la liberté, pour la démocratie.
Ces méthodes de recrutement assumées sont la preuve d'un esprit malsain, d'une morale belliciste, d'un sentiment de supériorité naturelle.
-Esprit malsain, car attirer des jeunes enfants dans les rangs de l'armée en utilisant leur jeunesse, leur intérêt pour les jeux, les coloriages, c'est malsain.
-Morale belliciste, car inciter par tous les moyens les jeunes à s'engager, et notamment en leur expliquant la bonne morale du "Be a patriot", "Serve your country", cette morale là ne mène qu'à l'exacerbation des identités nationales et des sentiments xénophobes.
-Sentiment de supériorité naturelle, car cette campagne institutionnelle de recrutement témoigne d'une assurance, d'une confiance totale en le bien fondé de la domination états-unienne. C'est la preuve que les Etats-Unis croient à la réalité de leur rôle naturel et inébranlable de "gendarmes du monde", de "libérateurs des peuples opprimés", d'"opposants aux régimes dictatoriaux".
L'actualité irakienne, autant que l'histoire ancienne, nous montre chaque jour qu'il s'agit là de graves erreurs de jugement. Enfin, il ne s'agit pas pour les jeunes "patriots" qui s'engagent de servir leur pays, mais plutôt de servir les intérêts particuliers d'une administration, d'une élite conservatrice, et de lobbies industriels et militaires.
00:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Bush, Etats-Unis, USA, armée, guerre, soldats, GI
dimanche, 11 novembre 2007
"J'irai cracher sur vos tombes"
Boris Vian publia en 1936 ce roman sous un pseudonyme anglophone (Vernon Sullivan) pour tenter de toucher au plus près les américains. Son roman sera interdit en 1949 pour pornographie et immoralisme, mais n’en a pas moins été un best-seller.
Si vous en avez le temps et la force (il en faut beaucoup), lisez ce livre. Pourquoi faut-il le lire ?
Parce que ce roman est dur, horrible, terrible.
Dur. Car il s'attaque avec une incroyable puissance destructrice au puritanisme, à l'intolérance, au racisme. Sont visés ici les puritains américains (du Sud des Etats-Unis, du XIXeme et du début du XXeme), les racistes par nature ou tradition, ceux qui salissent, tuent et détruisent l'autre au nom de sa couleur, noire. Et, dans ce roman, les racistes sont désignés : ils sont les dominants, les riches, les exploiteurs, mais aussi dans une moindre mesure les citoyens, les villageois, les fermiers... Bref, une grande partie des contemporains blancs.
Horrible. Car ce roman est d'une violence sans nom. Les derniers chapitres sont à la limite du "lisible". Et cette violence est sanguinaire, animale, impitoyable, charnelle, savourée, jouissive, démoniaque. Cette violence est animée par un désir fou de vengeance de la part du narrateur, un homme noir de 26 ans qui n'en a pas la couleur, seulement les racines, et dont le jeune frère (lui bien noir) a été tué, pendu, par le père, blanc et raciste, d'une jeune fille qu'il aimait. Le narrateur veut donc prendre sa revanche, en choisissant pour victimes deux soeurs, jeunes, belles, attirantes, issues d'une même famille riche et puritaine, et déjà racistes.
Terrible. Car cette innommable violence est précédée de longs moments d'érotisme, souvent crûs et passionnels, entre le bourreau et ses futures victimes. Le sexe est ici un moyen de séduction, de domination, d'emprisonnement de la future victime. Par le sexe, le bourreau s'assure de la soumission morale, sentimentale, et physique de sa victime : son sort est alors entre ses mains ; il devient le maître et la victime son esclave, son jouet, sur lequel il peut cracher sa haine et son désir de vengeance.
Ce roman est une critique absolument terrible du racisme et de l'intolérance, instaurés en véritable tradition dans le Sud des Etats-Unis à cette époque.
Pour le lire en ebook, cliquez ici. Une garantie : ce livre ne vous laissera pas indifférent.
16:15 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : boris vian, j'irai cracher sur vos tombes, lecture, racisme, intolérance, USA







