samedi, 21 juin 2008

Claude Lévi-Strauss, ou l'histoire du monde expliquée à Nicolas Sarkozy

L'homme, son oeuvre, sa renommée

levi-strauss.jpgClaude Lévi-Strauss, né en novembre 1908, est un ethnographe et philosophe français. C'est un grand nom de l'anthropologie, l'étude des peuples, des cultures et des civilisations.

Il est reconnu mondialement, et ce depuis longtemps, pour ses nombreux travaux : docteur honoris causa d'une quinzaine d'universités partout dans le monde, et notamment celles de Yale et Harvard ; médaillé d'or de nombreux prix scientifiques dont le celui du CNRS en 1967 ; décoré de la Grand-Croix de la Légion d'Honneur ; académicien depuis 1973 ; auteur de nombreux essais, dont le célèbre Tristes Tropiques.

Claude Lévi-Strauss est une légende vivante, et probablement l'un des plus grands penseurs contemporains.

Race et histoire 

Il y a un demi-siècle, en 1952, il écrit un ouvrage, Race et Histoire, alors que l'UNESCO cherche à contrer les thèses racistes de l'époque.

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Le scientifique, encore peu connu à ce moment-là, apporte dans ce livre son savoir et ses analyses à la lutte contre le racisme et la hiérarchisation des races, des peuples et des cultures. Il pose les fondements de l'ethnographie moderne (j'en retiens subjectivement les plus importants) :

-le nombre et la diversité des cultures supposent que les cultures interagissent entre elles, s'influencent, et cherchent à préserver leur singularité propre tout en s'enrichissant des aspects positifs des autres cultures. Les cultures ne se construisent pas en opposition, mais bien de façon liée et interdépendante. Claude Lévi-Strauss montre à la fin de l'ouvrage que, à une même époque, les cultures sont en fait des associés, puisqu'elles ont intérêt à ce que chacune d'elles joue son rôle d'innovation et d'adaption au changement ce qui décuple les opportunités de progrès.

-l'ethnocentrisme est un point de vue à bannir dans l'analyse et la comparaison des cultures, comme le montre l'analogie d'une route : lorsqu'une voiture en double une autre sur une route, les deux conducteurs ont une vision flouée de l'autre. Celui qui double voit l'autre voiture reculer par rapport à lui, comme si elle n'avançait pas. En réalité, les deux voitures, comme les cultures, avancent toujours, mais à des vitesses différentes, sur des chemins différents, et parfois même dans des sens différents. La comparaison entre les cultures la plus pertinente sera donc celle qui sortira du point de vue du passager et préférera celui d'un observateur extérieur posté sur le bord de la route. De là, il verra les mouvements absolus, et non relatifs, de différentes cultures et pourra ainsi les étudier avec justesse.

-chaque culture joue un rôle déterminant dans l'écriture de l'Histoire. Est sophiste ou aveugle celui qui pense que l'Europe a produit plus de progrès et d'Histoire que l'Afrique ou l'Asie. L'auteur rappelle le rôle joué par l'Inde et les Arabes dans le développement des sciences, ainsi que l'exceptionnelle modernité des institutions politiques incas par rapport aux systèmes politiques européens contemporains. Une autre vision de l'esprit que combat Claude Lévi-Strauss, c'est celle selon laquelle les progrès du passé (le feu par exemple) seraient le fruit du hasard tandis que les progrès les plus récents (en médecine notamment) découleraient inévitablement d'une démarche consciente, préparée, et planifiée. C'est évidemment faux, le hasard comme la conscience et le génie jouant un rôle déterminant dans tous les progrès, qu'ils soient anciens ou récents.

Cette lecture est donc à la fois saine, utile, et actuelle, puisqu'elle démonte les thèses racistes et la supériorité supposée de l'Occident sur l'Orient, ou du Nord sur le Sud. 

Nicolas Sarkozy n'a pas lu Lévi-Strauss

Pour faire un parallèle avec notre Présidence actuelle, on peut dire qu'en 1952, alors que Nicolas Sarkozy n'était pas encore né, Claude Lévi-Strauss apportait déjà une réponse parfaite au futur Président de la République qui, cinquante cinq ans plus tard dans son fameux discours de Dakar, verra en l'Afrique un continent en retrait de l'Histoire, plus spectateur qu'acteur du changement.

Vision raciste disent certains : ça reste à prouver. Mais vision ethnocentriste, donc simpliste et ignorante de l'Histoire, ça c'est certain, et c'est Claude Lévi-Strauss qui nous le montre dans ce livre que je vous conseille.

Gallo, Guaino, Sarko, voilà trois jeunes gens qui feraient bien d'aller apprendre auprès de Professeur Lévi-Strauss.