mardi, 20 novembre 2007

La gauche et l'argent

Bonjour à tous.

Jeudi dernier, Danielle Mitterrand (oui, la veuve de François) déclarait dans le Parisien que les dirigeants actuels du PS "n'ont pas l'esprit socialiste", et qu'"ils ont un regard trop attendri pour l'argent". J'aurai aimé savoir ce qu'elle entend précisément par "l'argent", mais bon, ce n'est pas grave.

Dans le même temps, et ça, ça dure depuis des mois, l'extrême gauche accuse le PS d'être un UMP Light (on parle même d'UMPS), d'être trop complaisant à l'égard de "l'argent" et du grand capital... bref, d'être de droite en matière d'économie.

A croire qu'ils ont oublié les propos de François Hollande, n°1 du PS, qui disait pendant la campagne qu'il n'"aime pas les riches"! Si ça c'est être "trop attendri pour l'argent"... (Je cite cette phrase de Hollande, ça ne veut pas dire que je partage son point de vue sur la question, enfin passons).

Je comprends l'origine de ces critiques, bien que je ne sois pas du même avis. Je pense que ces critiques viennent d'un sophisme qui est fait à la gauche du PS et qui consiste à dire, "le PS accepte le marché, accepte le fait même de la concurrence, accepte parfois de privatiser en partie certaines entreprises, le PS cherche l'efficacité économique, donc le PS est économiquement de droite, est libéral". Je crois que c'est foncièrement faux.

Faux parce que le PS n'a rien de commun à la droite quant à son projet de société, quant à la place de l'économie, quant aux réformes à mener : il existe des milliers d'exemples, prenons celui de la fiscalité (le PS aurait-il alléger les impôts des plus riches ? Aurait-il supprimer l'effet de l'ISF ?), mais on pourrait aussi parler du rôle de l'Etat (l'Etat doit-il contrôler et réguler, ou laisser faire ?), du soutien à la recherche et à l'éducation... Tant de points qui montrent que le PS est très loin de la droite en matière d'économie.

Mais cette critique de la part de l'extrême gauche marque une profonde division (je le crois malheureusement) entre le PS (tout au moins une partie du PS) et la gauche de la gauche. Et cette division réside, à mes yeux, dans le classement d'importance que l'on fait entre création et répartition des richesses:

-ceux qui considèrent que le plus important en économie est la répartition des richesses sont à la gauche du PS. Pour eux, il est plus important de mieux répartir les richesses que d'en créer plus. Cela signifie que les premières mesures seront en matière de fiscalité (un impôt sur le revenu élevé pour les salaires élevés, un impôt plus élevé sur les bénéfices, ou encore des taxes sur les stock-options et autres profits financiers, etc...), et non en matière de création de richesses (aide publique aux PME innovantes, soutien à l'investissement en capital physique et humain...)

-ceux qui considèrent que plus on aura de richesses, plus il sera aisé de bien les répartir à l'ensemble des Français, appartiennent au camp majoritaire du PS. Ce discours un peu plus centriste je l'admets n'en reste pas moins de gauche. Il ne s'agit pas comme l'UMP ou le MoDem de créer soi-même sa propre richesse, dans son coin, à la seule sueur de son front! Il s'agit de créer plus de richesses collectivement (donc de travailler plus efficacement, et pas plus longtemps comme le propose la droite) pour pouvoir distribuer plus de richesses à chacun des Français. C'est donc un combat qui vise avant tout l'efficacité économique, avec comme indice de performance le PIB et le PIB/hab.

C'est à mon avis ici que se joue la division entre le PS et la gauche de la gauche, disons-le, la gauche communiste. Et c'est à mon avis cette division que mettent en lumière les propos de Danielle Mitterrand sur le PS, "trop attendri pour l'argent". En réalité, je pense que le socialisme d'aujourd'hui, ce n'est pas la lutte contre l'argent ou contre le capital en général, c'est plutôt la lutte pour une plus grande création de richesse, avec pour objectif final une meilleure répartition de celle-ci.

 

Pour finir, voilà ce qui pourrait être la réponse socialiste au "Travailler plus pour gagner plus" des libéraux, et au "Taxer plus pour redistribuer plus" des communistes : "Travailler mieux pour vivre mieux".

(ce n'est pas de moi, ce slogan a émergé pendant la campagne, malheureusement, Ségo ne l'a jamais repris... du coup, on l'a accusé de ne pas avoir de réponse au slogan choc de Sarko)