mercredi, 25 juin 2008
Le duel Turquie - Sénat contre Allemagne - Assemblée
La Turquie doit affronter deux adversaires coriaces : la Mannschaft, la sélection allemande, et l’Assemblée Nationale française. Elle dispose heureusement d'un soutien, celui du peuple turc... et du Sénat!
Le premier duel est sportif et symbolique : c’est pour une place en finale de l’Euro 2008, contre l'Allemagne, nation fondatrice de l’Europe. Et ça sera difficile (match en cours).
Le deuxième duel est véritablement politique : c’est contre l’Assemblée Nationale, dont la majorité veut ralentir, voire empêcher, l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.
Si on laisse de côté les fiertés nationales et les passions sportives, le deuxième duel est bien le plus important, puisqu’il concerne directement l’avenir du pays.
Reprenons ce duel du début :
-Le 29 mai, l’Assemblée Nationale adoptait, sous les hourras des députés UMP et des souverainistes, un amendement rendant le référendum obligatoire pour l’entrée dans l’Union européenne de pays représentant plus de 5% de sa population, ce qui concerne tout particulièrement la Turquie (mais aussi l’Ukraine, la Russie, etc.). Majorité UMP 1 - Turquie 0
-Le gouvernement turc avait alors vite réagi, « irrité » par cet amendement français visant la Turquie et compromettant sérieusement les chances pour ce pays d’entrer dans l’Union Européenne, les citoyens français y semblant assez opposés.
-Lundi soir, 23 Juin, la Turquie recevait un soutien de taille : le Sénat, majoritairement à droite, rejetait massivement cet amendement (297 voix contre 7) jugé « discriminatoire » et « offensant » pour nos amis turcs. Majorité UMP 1 - Turquie 1
1-1, balle au centre :
Le Sénat s’étant opposé à cet amendement, le texte de loi devra repasser devant les députés, puis devant les sénateurs. Autant dire que ce n’est pas fini.
On peut espérer que les députés abandonneront prochainement cette idée d’amendement. Dans ce cas, et si la Turquie devenait candidate officielle à l’UE, ce serait Nicolas Sarkozy qui choisirait le décideur final en France: les français (via un référendum) ou les députés.
Les leçons du vote :
-les députés UMP et souverainistes, emmenés notamment par Patrick Devedjian, ont montré, par le vote de cet amendement, qu’ils étaient majoritairement opposés à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. On s’en doutait.
-les députés UMP et souverainistes ont aussi montré qu’ils n’assumaient pas pleinement cette position, et qu’ils préféraient voir le peuple décider à leur place, via référendum. (Tout le monde sait qu’un référendum sur ce sujet serait synonyme de victoire du non.)
-le Sénat a prouvé son indépendance, malgré son vieil ancrage à droite. Il est allé à l’encontre de l’Assemblée et du gouvernement, plutôt favorable à l’amendement.
-le Sénat a aussi montré qu’il était bien une instance de modération des ardeurs des députés, comme le disait récemment Raffarin. Les sénateurs, de droite comme de gauche, ont clairement dit que cet amendement était mauvais, car discriminatoire, et l’ont donc repoussé.
Conclusion :
En fait, on peut dire que la Turquie a été sauvée par le Sénat français car, si l’amendement avait été voté comme prévu, l’adhésion de la Turquie aurait été soumise à un référendum, ingagnable à moyen terme.
Voilà donc pourquoi les Turcs, peuple massivement attaché à l’Europe, devront remercier nos vieux sénateurs, après avoir félicité la sélection nationale pour son beau parcours dans l’Euro.
21:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : turquie, europe, sénat, assemblée nationale, euro









