jeudi, 11 décembre 2008
Si c'est un homme, de Primo Levi
Parmi les lectures incontournables, il y a Si c'est un homme,de Primo Levi.
Primo Levi (1919-1987) était un jeune chimiste juif italien. Déporté en janvier 1944 et emprisonné à la Buna, le camp de travail d'Auschwitz, il fut liberé par l'Armée rouge quelques mois plus tard, le 27 janvier 1945, alors que les nazis avaient abandonné le camp sous la pression soviétique, forçant de nombreux prisonniers à les suivre à pied ("les marches de la mort").
Durant les deux années qui suivirent sa libération, Primo Levi écrivit son expérience des camps, témoignage qui fut publié en Italie en 1947 mais qui tarda à se faire remarquer (le livre ne sera traduit en français qu'en 1987).
En 180 pages, Levi raconte l'horreur des camps depuis son arrivée en train (et les premières séléction entre hommes, femmes et enfants) jusqu'à sa libération un an plus tard. Son écriture correspond plus à une description sociologique, neutre et dépassionnée des camps qu'au témoignage-type de survivant, narration subjective laissant libre cours aux émotions. Il raconte le fonctionnement et l'organisation du camp, sa rationalité déshumanisante, son modèle hiérarchique très abouti, l'extrême dureté du travail, le froid terrible en hiver, le manque permanent de nourriture et la nécessité pour les prisonniers de commercer entre eux ou avec les travailleurs civils libres pour obtenir de meilleures conditions d'existence. Levi explique que le camp supprime une grand part de l'humanité et de la dignité des prisonniers, soumis à d'insoutenables scènes de violence, d'asservissement et de honte (pour le régime nazi, les prisonniers ne sont qu'un facteur de production, identifiés par un simple numéro : 174517 pour Primo Levi) et n'ayant que peu d'occasions de tisser des liens entre eux, notamment à cause de la barrière des langues.
Alors qu'en seulement quelques mois 70 des 96 compagnons juifs italiens de son convoi sont déjà morts (du froid, de la maladie, des exécutions, des chambres à gaz), Levi a la chance d'être retenu pour travailler dans un laboratoire de chimie, un travail moins rude qu'à l'extérieur qui l'épargnera notamment des séléctions au cours desquelles les prisonniers les plus faibles, et donc les moins utiles économiquement, étaient identifiés et envoyés aux chambres à gaz. Son autre chance au camp fut de tomber malade et d'aller à l'infirmerie au moment où la situation empirait pour les nazis. Quand le camp fut vidé, les malades qui ne pouvaient pas marcher restèrent au camp, abandonnés à eux-mêmes. Pendant quelques jours, en attendant le secours des soviétiques, Levi et quelques autres vécurent en totale autarcie dans le camp, devant par exemple trouver de quoi se nourrir et se chauffer.
Si c'est un homme doit être lu car il témoigne, dans un style neutre, de l'horreur des camps, de la violence et de l'ordre inébranlable qui y régnaient. Levi conclut que ces camps n'étaient pas inhumains mais plutôt anti-humains car tout y était organisé pour nier l'humanité de chacun des prisonniers, des hommes n'ayant plus d'espoir et dont le seul horizon était la mort assurée : cette caractéristique très particulière au fascisme nazi le différencie, selon Levi, du totalitarisme soviétique incarné par les goulags et raconté, de l'intérieur aussi, par Alexandre Soljenitsyne.
12:25 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lectures, primo levi, si c'est un homme, littérature, nazisme, auschwitz









