lundi, 23 mars 2009
En attendant quelque chose, avec Samuel Beckett
Il est toujours plaisant pour nous français de voir des artistes étrangers choisir de s'exprimer dans notre langue. C'est le cas de nombreux écrivains, parmi lesquels l'irakien Atiq Rahimi (Goncourt 2008), l'américain Elie Wiesel (prix Nobel de la Paix 1986) ou l'irlandais Samuel Beckett, prix Nobel de littérature en 1969.Beckett (1906-1989) est connu dans le monde entier pour sa pièce En attendant Godot (1948), jouée pour la première fois en 1953, illustration du "théâtre de l'absurde".
Une intrigue mystérieuse
Cette pièce en deux actes est assez courte dans sa version écrite (120 pages). Elle raconte, dans un décor composé d'une route et d'un arbre seulement, l'attente de deux hommes, Vladimir et Estragon, deux amis vagabonds d'une cinquantaine d'années. A plusieurs reprises, à la tombée de la nuit, ils attendent Godot, un personnage mystérieux qu'ils ne connaissent pas mais qui pourrait semble-t-il les aider. Les deux amis s'ennuient dans cette attente malgré leurs longs dialogues absurdes, si bien qu'ils envisagent tantôt de partir de ce lieu de rendez-vous, tantôt de se pendre à l'arbre. Mais comme le dit Estragon, "Ne faisons rien. C'est plus prudent." Au cours de leur attente, Vladimir et Estragon font la rencontre d'un homme étrange et autoritaire, Pozzo, toujours accompagné par son esclave Lucky, un homme qui parait simple et soumis, attaché au cou par une corde, qui marquera la pièce par un long monologue incompréhensible et sans ponctuation lorsque son maître lui ordonne de "penser". La pièce est également marquée par des répétitions, comme si aucun des personnages n'avait conscience du temps qui passe et des situations qui se répétent : ainsi, l'acte II est une répétition courte et altérée de l'acte I.
Un sens à chacun
En attendant Godot fit scandale lors des premières représentations dans les années 1950, le public partant massivement avant la fin du premier acte, les derniers restants huant les acteurs jusqu'au bout.En effet, il est difficile de dégager un sens clair de cette histoire et ses dialogues équivoques. Difficile aussi de comprendre l'identité de ce mystérieux Godot qu'on ne verra jamais, ou ce qu'il représente (certains y virent l'incarnation de Dieu, God, mais Beckett démentit). L'auteur lui même ne proposait pas d'interprêtation particulière à cette pièce, comme il le dit dans une lettre au journaliste littéraire Michel Polac, en 1952 : "Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais cela doit être possible." Trouver un sens serait sans intérêt : c'est peut-être ça le théâtre de l'absurde.
Finalement, chacun verra son sens dans cette pièce, ou n'en verra pas. Cette pièce laisse le spectateur très libre de ses interprêtations et de la façon dont il reçoit les évènements. Peut-être peut-on voir dans l'absurdité de la pièce un commentaire de l'absurdité de la vie ou de l'éternelle déception, de la monotonie d'une vie qui ne change jamais vraiment. Comme ces deux vagabonds qui, en conclusion des deux actes, décident de s'en aller, mais ne s'en vont pas : "- Allons-y. (Ils ne bougent pas)".
Lecture conseillée, à tout âge.
21:42 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : beckett, théâtre, en attendant godot, lectures









