samedi, 17 janvier 2009

Chronique cinéma

Par manque de temps ou manque d'envie, toujours pas de billet politique malgré une actualité riche... Je partage ici rapidement mes impressions cinéma des dernières semaines : deux coups de coeur, deux déceptions.

Deux déceptions : Tropic Thunder et Burn After Reading

Vu le concept de Tropic Thunder (filmer le tournage d'un film de guerre sur le Vietnam) et son casting à haut potentiel humoristique (Ben Stiller et Jack Black pour mes préférés), on pouvait s'attendre à une des meilleures comédies de l'année. Et c'est ce qu'ont confirmé les chiffres. Mais pour moi, c'est plutôt un flop : pas beaucoup ri même si ça reste un moment plaisant. 

Burn After Reading, le dernier des frères Cohen, laisse une impression d'incompréhension. Qu'ai-je manqué? Quel est le sens du film? Aucune idée. Disons que le film mêle un casting de rêve (Brad Pitt, George Clooney, John Malkovich) à une histoire tordue où deux idiots travaillant dans un club de gym pensent avoir découvert des documents top-secret d'un ex-agent de la CIA, et tentent de le faire chanter. Un film hallucinant, avec des personnages complétement fous,  et une question : WTF? 

Deux coups de coeur : Vicky Cristina Barcelona et Slumdog Millionaire

Le dernier Woody Allen se penche encore une fois sur l'amour et la passion, dans le décor chaud et envoutant de Barcelone. Casting de luxe (Scarlett Johansson, Javier Bardem, Penelope Cruz, Rebecca Hall), prédominance de l'art, beaux dialogues et questionnements profonds sur des choses essentielles : du beau cinéma comme je l'aime.

Danny Boyle (Trainspotting, Sunshine, La Plage) propose un film sur la vie de Jamal Malik, un orphelin indien né dans les bidonvilles de Bombay. Le film est un magnifique enchaînement de flash-backs : Jamal participe au jeu télé planétaire "Qui Veut Gagner Des Millions?" et chaque question lui rappelle des souvenirs de son enfance. Cet orphelin qui sait à peine lire enchaîne les bonnes réponses grâce aux difficiles expériences de sa vie, alors que le pays entier le soutient à travers les écrans. Un beau moment que Les Inrocks n'ont pas du tout apprécié.

samedi, 27 septembre 2008

Entre les murs, là où tout se joue

Soirée cinéma, pour voir le film dont tout le monde parle, Entre les murs, Palme d'Or sacrée à Cannes par le jury de Sean Penn. Mon avis sur le film, ma vision de l'école.

18957750.jpgLe film, réalisé par Laurent Cantet, est adapté du livre éponyme de François Bégaudeau, un ancien professeur. Bégaudeau joue justement le rôle principal du prof dans le film.

Nul besoin de faire une présentation plus complète du film, tout le monde sait de quoi il s'agit. Alors passons à ce que j'en pense.

Entre les murs se situe entre cinéma et reportage : cinéma parce que les plans sont soignés, les acteurs (des amateurs, de vrais élèves du collège Dolto) jouent très bien, le récit avance avec le film et des messages ressortent ; reportage parce que la caméra nous montre cette classe comme la verrait un spectateur, dans sa réalité brute, en se concentrant principalement sur le professeur face à sa classe, sa manière de faire avancer les élèves, sa façon de gérer les différends, ses moments de doute et d'abattement...

entrelesmursposter.jpgPour dire les choses clairement, ce film nous montre ce qu'est aujourd'hui une classe dans un collège français, un collège multiculturel parisien classé en ZEP mais qui ne semble pas particulièrement difficile contrairement à ce qui en est dit. Elèves, profs et travailleurs du milieu éducatif n'apprendront rien dans ce film, ils y verront seulement leur réalité quotidienne : celle faite de satisfactions et de déceptions (quand on voit un élève progresser, tandis qu'un autre devient irrécupérable), d'instants de dialogue et d'affrontement (quand les élèves se livrent un jour à la classe et au professeur, puis le lendemain reprennent leur attitude indisciplinée et insolente), de questions difficiles et de débats animés (comment faire comprendre la sanction aux élèves, la rendre utile ; comment leur transmettre des savoirs d'une façon souple, sous une forme moins stricte et verticale, etc).

Le film laisse finalement beaucoup de questions sans réponse, probablement parce que l'école n'y a pas répondu. L'école française doute, ne sait pas dans quelle voie aller pour transmettre des connaissances aux élèves. Et avant de savoir quelles connaissances transmettre, l'école doit s'interroger sur la manière de les transmettre : comment capter l'attention d'une classe, comment faire un cours dans l'ordre, le calme, le respect sans instaurer un climat autoritaire qui, on le sait très bien, ne marche pas face à des élèves en difficultés scolaires, économiques, culturelles et sociales.

Cette grande question, dont l'enjeu est la réussite même de l'école dans sa mission sociale, est aujourd'hui sans réponse officielle : chaque professeur fait selon ses moyens, sa force, son courage, sa ténacité, ses convictions. Devant la difficulté de leur métier, certains s'accrochent, d'autres lâchent. L'école doit apporter des réponses aux errements pédagogiques du système actuel. Je pense personnellement que le modèle autoritaire, vertical, patriarchal n'est pas le bon. Les élèves, surtout dans les quartiers à problèmes, sont en demande permanente de respect et de reconnaissance de la part du prof et de la classe en général.

9782070342907.jpgA mon avis, c'est le climat de la salle de la classe que l'on doit changer, pour en faire un lieu d'échange à double sens et non la traditionnelle leçon à sens unique. On doit briser la barrière invisible des statuts : le prof ne doit pas être l'incarnation d'un ordre distant, légal, policier, mais celui d'un intermédiaire légitime entre l'élève et le savoir. Le prof doit donc descendre de sa tribune, s'éloigner de son bureau et du tableau, aller dans les allées, et faire tomber la barrière de l'autorité, de la distance. Et l'élève est l'égal du professeur en ce qu'il a le droit de s'exprimer, d'intervenir, de répondre. Quant aux sanctions, plus que punir le fautif, elles doivent profiter à toute la classe ou au moins faire avancer l'élève en question.

Vision naïve ou pédagogiste diront certains. Il n'empêche, je pense que le problème principal de l'école française est la trop grande rigidité de son système : trop de distance entre profs et élèves, trop d'autorité formelle, trop de verticalité, trop de « guerres de tranchées », et pas assez d'interactions, pas assez de dialogue, pas assez de liberté et d'audace dans la manière de transmettre. Pas assez de démocratie peut-être finalement.