mardi, 19 février 2008
Le mystère Rama Yade
Je l'aime bien, Rama Yade, pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, je suis convaincu qu'elle est animée de bons sentiments et qu'elle est libre (je veux dire : idéologiquement libérée d'un quelconque mode de pensée, victimiste par exemple, et de tout dogmatisme).
Je suis convaincu aussi de son envie de bien faire, d'être un exemple, d'incarner un espoir pour tous ceux qui n'en ont plus.
Je pense aussi qu'elle peut apporter beaucoup au débat politique et culturel en France (avec beaucoup, beaucoup d'autres évidemment), et à la nécessaire rétrospection de l'histoire française, et notamment l'histoire que la France partage avec l'Afrique.
Je l'aime aussi pour son esprit, sa jeunesse, sa liberté de ton : je suis heureux de l'entendre critiquer avec force la diplomatie du portefeuille, qui reçoit Khadafi. Je suis heureux aussi quand elle va voir personnellement les squatteurs d'Aubervilliers menacés d'évacuation.

De même, lorsqu'elle qualifie de "charognards" les journalistes français, tels des chasseurs de tête, Rama est évidemment dans l'excès, excès de victimisation, excès de défense de son maître. Cet excès-là, qui est plus le fruit d'une sarkophilie (pleine et assumée) que de malhonnêteté, est dangereux, car il touche à un des fondements de la république, la presse. Accuser la presse de se comporter comme un chasseur de tête quand c'est évidemment faux, ce n'est pas sain quand c'est improvisé, et c'est détestable quand c'est calculé (espérons que ça ne soit pas le cas avec Rama).
Enfin, sa sarkophilie pleine et assumée (le fait qu'elle voue une véritable admiration pour Nicolas Sarkozy qu'elle trouve plein de charisme) me dérange. Déjà car je ne la comprends pas, mais ça, ça n'est pas très grave. Ensuite parce que ce n'est pas souhaitable dans le cadre professionnel, surtout quand on est à un tel niveau de responsabilité. Où est la liberté de ton et d'action de Rama si elle est sous l'influence morale de son supérieur ?
Ensuite, ce sont ses pétages de plomb difficilement admissibles : aujourd'hui par exemple, lors d'une réunion publique à Colombes (Hauts-de-Seine) où elle est candidate sur une liste UMP, elle n'a pas hésité à parler de la gauche locale en ces termes : "cette gauche (...) qui s'en prend à moi parce que je suis noire". Que viennent faire de telles accusations dans une réunion publique ? Cette vicitmisation-là ("ils m'attaquent car je suis noire") est assez dégueulasse et elle cache certainement un tempérament instable, teinté peut-être du refus d'être remise en cause.
Ces deux interrogations font de Rama Yade un mystère pour moi. Inconstante : excessive puis silencieuse, droite et respectueuse puis insultante et victimiste.
Je pense que cette inconstance est la manifestation d'une fragilité qu'elle éprouve à se positionner politquement et psychologiquement dans ce gouvernement, où elle représente à la fois un symbole (de l'intégration réussie) et un alibi (d'une politique qu'elle ne cautionne pas toujours).
Si vous avez un avis, ça se passe en dessous, ou ailleurs.
19:35 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rama Yade, Sarkozy, politique, gouvernement, droits de l'homme
dimanche, 20 janvier 2008
BHL, de gauche ?
Ce qui suit n'est pas un décryptage total ni minutieux de Bernard-Henri Lévy, de son idéologie, de ses écrits, de son narcissisme, ni même de son image. Non, je n'en ai ni le talent, ni les connaissances, et des gens compétents l'ont déjà fait (vous pouvez par exemple lire cette tribune de Serge Halimi dans Le Monde diplo). De plus, ce n'est pas aujourd'hui que je vais me permettre de juger dans sa globalité un écrivain que je n'ai presque pas lu. Ce billet n'est pas non plus une réaction à la lecture de Ce grand cadavre à la renverse, puisque je ne l'ai pas encore lu. Non, je réagis simplement à une de ses tribunes, publié le 17 Janvier dans Le Point, intitulée Le Blairisme, plus que jamais.
Ce qui me dérange chez BHL, c'est qu'il se proclame, sur tous les plateaux télé, homme "de gauche". Évidemment, tout citoyen à le droit de dire qu'il est de gauche si ça lui fait plaisir, je n'irai pas vérifier si c'est bien le cas. Mais la différence entre BHL et le citoyen lambda, c'est que le premier est écouté, lu, massivement, et qu'il est perçu par l'opinion publique comme une sorte de porte-voix de la gauche française. Ainsi, il a une influence, son message est entendu, et tout ce qu'il dit est, et doit être, conforme à un message de gauche. Or, rien qu'en lisant sa courte tribune du Point, j'ai des doutes sur son enracinement politique/idéologique à gauche.
Que dit-il dans cette tribune ?
"Il faut, en d'autres termes, qu'elle [la gauche française] fasse enfin clairement, à visage et à mots découverts, cette conversion à l'économie de marché, au libéralisme, à l'Europe, à la mondialisation, aux droits de l'homme, qu'elle n'a opérée, pour l'instant, qu'en catimini, presque en fraude, se condamnant ainsi à l'hypocrisie et à la schizophrénie.
La conversion ou la mort.
La clarté ou, de défaite en défaite, la chronique d'une disparition programmée.
Sous ce nom ou sous un autre, le blairisme est, plus que jamais, la seule issue possible pour une gauche qui aura tiré toutes les leçons, toutes, de l'égarement totalitaire."
Voilà qui serait bien parlé si l'auteur de ces lignes était un anti-socialiste aveugle. Or, ce n'est pas le cas: l'auteur de ces lignes est BHL, homme de gauche et soutien officiel du PS.
Je suis en désaccord avec ce que nous dit BHL sur de nombreux points :
1/ La gauche et la mondialisation
"Il faut que la gauche fasse cette conversion à l'économie de marché, à la mondialisation", nous dit BHL: d'accord. Mais il est important de rappeler que les socialistes ont fait cette conversion. Les socialistes d'aujourd'hui ne refusent pas le marché, ils tentent simplement de garder une influence sur celui-ci dans certains domaines (santé, éducation,...) et d'en limiter les dérives. Et ils ne considèrent pas la mondialisation comme une tragédie pour la France. Au contraire, les socialistes sont parfaitement conscients des nouveaux enjeux nés avec la mondialisation, et ont largement adapté leurs idées à cette réalité.
2/ La gauche et le libéralisme
-"Il faut se convertir au libéralisme": ce discours n'a pas grand chose à voir avec un discours de gauche. Le libéralisme est un système où les intérêts individuels dominent sur l'intérêt collectif. C'est le jeu du chacun pour soi, où les solidarités reculent dangereusement, où le lien social se casse (on en voit chaque jour les manifestations, dans nos rues, nos écoles, nos banlieues... je ne dis pas pour autant que le libéralisme est la cause de tous nos maux), où les précarités explosent, où la société perd une partie de ses repères au nom de la seule réussite économique. Donc pas vraiment une idée de gauche.
3/ La gauche et l'Europe
-"Il faut se convertir à l'Europe": allons, les socialistes sont parfaitement européens, et le sont évidemment plus que la droite. Simplement, la gauche ne veut pas que l'Europe se limite à une zone de libre-échange sauvage où interviennent dumpings social et fiscal. Elle veut une Europe politique, une Europe qui fait converger des pays différents vers des standards européens (sur la législation, le Code du Travail, la fiscalité...) sans pour autant vouloir un mixage forcé des cultures, des identités, de chaque pays de l'Union.
4/ La gauche et les droits de l'homme
-"Il faut se convertir aux droits de l'homme": on croit rêver. N'est-ce pas la gauche, et les progressistes, qui ont inventé les droits de l'homme? N'est-ce pas la droite qui a le plus lourd héritage en matière de non-respect des droits de l'homme? Oui, la gauche est aussi responsable. Mais on ne peut pas dire que la gauche française ne s'est pas convertie aux droits de l'homme. BHL fait là un fabuleux renversement de l'histoire de la gauche, à mon sens.
5/ La gauche et le blairisme
-"Le blairisme est la seule issue possible pour la gauche": bon, je ne savais pas que BHL était omniscient. Comment sait-il que le blairisme est la seule, l'unique, issue pour la gauche? Il y a de nombreux contre-exemples en Europe et dans le monde (notamment en Amérique du Sud) qui nous disent que le socialisme a encore toute son actualité, et sa pleine capacité à répondre aux enjeux actuels. Je ne dis pas là que le blairisme est à jeter, je suis loin de connaître suffisamment ce qu'a fait Blair en Grande-Bretagne. Mais je sais qu'il n'y a pas que du bon, loin de là. L'heure n'est pas venue pour la gauche française de faire du blairisme son idéal politique.
6/ La gauche et le totalitarisme
-"une gauche qui aura tiré toutes les leçons, toutes, de l'égarement totalitaire": le totalitarisme n'est pas seulement un égarement, c'est un totalitarisme, donc quelque chose à combattre avec fermeté et sans la moindre compassion. BHL veut nous dire que la gauche actuelle n'a pas tiré toutes les leçons du totalitarisme, stalinien probablement. Ah bon? Que reste-t-il de totalitaire dans les idées actuelles de la gauche? Je ne sais pas, et BHL ne juge pas utile de nous le dire. C'est dommage. Si BHL cherche à nous dire que la gauche socialiste (ou même communiste) contient en elle les dérives totalitaires, et que c'est pour cela qu'elle doit évoluer (vers le blairisme), c'est osé. C'est faire de tristes événements (qui ne représentent en rien la gauche, ses fondements, ses valeurs : le stalinisme par exemple) la preuve de la tendance naturelle de la gauche vers le despotisme. C'est absurde, simpliste, caricatural.
Voilà le flot de remarques et de critiques que m'inspirent ces quelques lignes de BHL.
BHL n'a pas peur des mots dès lors qu'il les cache dans des juxtapositions. Ainsi, il n'hésite pas, au milieu d'une énumération, à dire que la gauche française actuelle n'est pas convertie à l'Europe, à la mondialisation, aux droits de l'homme, et qu'elle tarde à tirer les leçons du totalitarisme. Rien que ça!
Tant d'aberrations et de contre-vérités ne peuvent, à mes yeux, pas venir d'un homme de gauche.
21:55 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : BHL, politique, gauche, libéralisme, mondialisation, droits de l'homme, totalitarisme
mardi, 11 décembre 2007
Kadhafi comme en Lybie
Oui, le dictateur Mouammar Kadhafi doit se sentir presque comme chez lui, en Lybie, depuis son arrivée à Paris.
Il demande qu'une femme, et non Brice Hortefeux, l'accueille à sa descente d'avion : Michèle Alliot-Marie s'y colle, avec bonheur apparemment! (photo).
Il demande qu'une tente lui soit installée dans les jardins de la capitale pour recevoir ses invités, c'est fait! Et la tente est même "chauffée", comme l'explique David Martinon. (Malheureusement, on n'a pas de photo de cette tente!)
Il demande que son "entourage" (400 personnes) le suive partout où il va: ce sont donc 100 voitures qui le suivront dans tous ses déplacements.
Il veut se rendre au Palais Bourbon : il ira bien (c'était ce matin!).
Mais Kadhafi n'est pas complétement comme chez lui. Exemple : Il a demandé à s'exprimer à la tribune de l'Assemblée Nationale, probablement pour réaffirmer la légitimité des faibles à commettre des attentats terroristes. Eh bien non, il n'a pas eu le droit de parler devant nos chers députés.
D'ailleurs, s'il en avait eu l'autorisation, il n'aurait pu s'exprimer que devant quelques députés de droite. En effet, l'ensemble de la gauche (PS, PC, radicaux, Verts) ont boycotté la scéance de ce matin.
Le Vert Noel Mamère avait même l'intention de manifester ce matin devant l'Assemblée avec ses collègues.
Rama Yade déclarait aussi dans le Parisien que la France n'était pas "un paillasson", ni une simple "balance commerciale".
Peu de temps après, Bernard Kouchner, absent pour la durée de la visite de Kadhafi, déclarait soutenir Rama Yade dans ses critiques.
Bayrou trouve àa "indigne", Ségo "inacceptable"...
Bref les réactions sont donc nombreuses, aussi bien sur le net (JM Apathie, radical chic, Versac, Sylvain Elies, Guy Birenbaum, Infocrate, Fontenelle, etc etc) que dans les hauts lieus de la République (de très nombreuses parlementaires de gauche, du centre, et même de l'UMP).
J'aimerais juste un petit truc : un bon gros sondage sur l'avis des Français au sujet de cette visite. Allez CSA, IPSOS et autre OpinionWay, faites un effort!
Pour finir, voilà la vanne du jour, signée Nicolas Sarkozy. C'était il y a moins d'un mois!
14:36 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Kadhafi, Sarkozy, Droits de l'Homme
samedi, 08 décembre 2007
La diplomatie de la honte
C'est ainsi que je qualifierais la nouvelle diplomatie française, celle qui soutient de nombreux régimes dictatoriaux africains et asiatiques (notamment ceux de Poutine, Déby, Ben Ali, Hu Jintao, Kadhafi), celle qui ne parle pas des Droits de l'Homme, celle qui se dédouane de son droit (et surtout de son devoir) d'ingérence. La diplomatie de la honte.
Rama Yade est inexistante, hormis sur les plateaux télé.
Bernard Kouchner nie son engagement d'une vie en faveur des Droits de l'Homme et de l'ingérence.
Nicolas Sarkozy déroule le tapis rouge de la République Française pour les pires dictateurs, alors que candidat, il mettait les Droits de l'Homme et la démocratie au coeur de son programme diplomatique.
Ce lundi débarque sur notre sol le sanguinaire et terroriste colonel Kadhafi.

J'attends les médias au tournant.
J'attends leurs réactions.
J'attends leurs enquêtes sur la dictature lybienne.
J'attends des mots forts contre cette diplomatie de la honte.
Outre la démonstration que le pouvoir en place n'a décidemment aucun esprit humaniste et peu d'intérêt pour la république, cet évènement historique grave pour la France sera intéressant. En effet, on pourra :
-voir la réaction des Français (quel est leur avis sur cette visite ? (les instituts de sondage auront du travail) manifestations ou pas ? massives ou pas ?)
-voir la réaction de la gauche, et surtout de la droite (pour l'instant, l'UMP soutient cette visite bien que certains soient génés)
-voir la réaction des médias (publieront-il des tribunes condamnant fermement cette visite ? Feront-ils leur travail d'investigation ?)
-voir ce que feront Kouchner et Yade (Kouchner serrera-t-il la main à Khadafi ? et Yade ? Et que diront-ils au dictateur lybien ?
Tout ceci pour vous dire qu'il faudra être très vigileant en début de semaine prochaine.
Si l'on tend bien l'oreille, si l'on lit les journaux, si l'on regarde les JT, et surtout si l'on regarde par la fenêtre, on pourrait constater (avec bonheur pour ma part) un début de condamnation généralisée du pouvoir en place, un début de tempête politique, un début de grogne unitaire des Français au nom de l'amour de la France et de ses valeurs universelles.
C'est en tout cas ce qu'on est en droit d'attendre de la part du pays qui a inventé les Droits de l'Homme.14:45 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, khadafi, droits de l'homme, dictateurs, diplomatie







