jeudi, 07 mai 2009
Recessions are full of opportunities for companies
Allez, j'optimise mon travail scolaire en le diffusant un peu online.
Ce billet était à l'origine un travail à rendre en cours d'anglais, mais ça serait dommage que ma prof d'anglais (qui ne s'intéresse probablement pas du tout à l'économie) soit la seule personne à lire ce piece of work qui m'a quand même demandé une bonne heure et demi. Le papier est en réaction à un article de l'éditoraliste financier du New Yorker James Surowiecki qui avait un conseil à donner aux entreprises sur la meilleure stratégie à adopter en temps de crise économique. Et oui, il y aura sûrement des fautes et des choses mal dites.
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This paper is a reaction to an article I read a few days ago in The New Yorker, written by the journal's financial columnist James Surowiecki. His column is about the economic downturn and how companies should react in tough times like now. Surowiecki's thesis doesn't sound very orthodox: in his opinion, companies should run aggressive, expansive strategies in hard times, investing money on advertising, research and development, acquisitions...
In the current economy, many signals infer that Surowiecki's message is not taken seriously by managers and decision-makers. Indeed, many companies are now laying off (that's what we all can see in the newspapers, on TV, every day, all around the world and especially in modern economies such as ours) and cutting spending. It's clear for instance that many companies are now cutting their ad expenses (as we know, TV channels and newspapers suffer from it for a few months).
In his paper, Surowiecki suggests that companies are wrong and that the current recession actually is a great opportunity for many companies. The columnist gives several examples of companies (Kellogg, Hyundai, and many others) which got stronger in periods of recession, getting larger market shares and making more money by taking risks and keeping investing when the others adopted defensive strategies (typically cutting spending).
Even though failures happen, these aggressive strategies in hard times usually pay because investments are cheaper and make a big difference. With the same amount of advertising expenses, an ad campaign in a recession will touch a lot more clients and raise a lot more money than in a normal economy (where everyone is aggressive), because it won't face any competition and ad prices will be lower. The mechanism also works for R&D and acquisitions of other companies, real estate, financial assets, etc. To broaden what the author says, everyone who can should make good investments right now, not only companies. With stocks, bonds, houses at low prices, people have interesting investment opportunities to seize without taking too much risk: that's the message, since the beginning of the financial collapse, of the famous American investor Warren Buffet who made his great fortune by buying low (when everybody is afraid) and selling high, making huge benefits thanks to shy markets.
Political leaders usually see the consequences of economic downturn on R&D spending, for example. That's why, French government and others have decided to lend money at low interest rates to push companies to do some research and to innovate. Another political response to the crisis should be to help entrepreneurs with good ideas, innovative projects, to create new companies, by giving them financial and technical support for example.
However, aggressive strategies are a solution for only a limited number of companies and they won't save the entire economy. In fact, Surowiecki's advice can't really apply to small companies because they don't have any fund, they don't have the “deep pockets” that big companies have, to invest in any way. Moreover, it's very difficult for these small companies to get loans from banks (or from the financial markets) at this time, because banks also face huge financial problems (and costly banking system bailouts put in place by governments in the last months didn't succeed for now to restore credit, so that the current situation can be described as a 'credit crunch'). More generally, small companies can't really impose their own strategy because of their limited reserves, their tiny market share and the pressure they face on prices.
To conclude, I think James Surowiecki makes an interesting point in this column : in the current crisis where uncertainty is everywhere, companies should not apply too shy, pessimistic, defensive strategies; if they are financially able to, they should make bets on future and keep investing while their competitors hesitate. Unfortunately, we can't expect too much from this new kind of risky-capitalism or intuitive-management. The upturn of the world economy we need won't come from it and will demand a lot more efforts.
23:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, stratégie, crise, etats-unis, new-yorker, surowiecki
samedi, 25 avril 2009
Des revenus inégalement répartis
L'économiste français Emmanuel Saez, professeur à l'université de Berkeley, vient de se voir attribuer la prestigieuse John Bates Clark Medal qui récompense (chaque année désormais) l'économiste de moins de 40 ans ayant apporté la contribution la plus significative à la science économique. Ses travaux, qui ont beaucoup porté sur la distribution des revenus dans le temps (en collaboration avec Thomas Piketty) et le taux d'imposition optimal (plus d'infos sur ses apports disponibles dans ce pdf), représentent aujourd'hui des matériaux importants pour la compréhension des inégalités dans le monde (Paul Krugman avoue s'en servir beaucoup). Pour voir le genre d'informations/commentaires qu'on peut tirer des travaux de Saez sur les revenus, reportez-vous par exemple à ce billet des Econoclastes.
Je ne connais pas assez ses travaux pour en faire un résumé complet. Cependant, un des points particulièrement intéressants de ses recherches porte sur un sujet qui m'intéresse : les inégalités de revenu, ou l'inégale répartition des richesses. Ci-dessous, quelques graphes et tableaux intéressants, issus des travaux de Saez et Piketty (2003), Piketty et Landais, et du rapport mondial sur le développement humain du PNUD (2005). (cliquez sur les images pour agrandir)
Lecture : En 2000, les 0,1% d'Américains les plus riches captent plus de 7% des revenus totaux des Etats-Unis, contre environ 2% des années 1950 à la fin des années 1970.
Lecture : En France et au Japon, environ 2% des revenus sont captés par les 0,1% les plus riches, part quasi-constante depuis 1945.
Lecture : en 2000 aux Etats-Unis, la moitié de la richesse nationale est captée par les 10% les plus riches, contre environ un tiers des années 1940 à la fin des années 1970.
Lecture : En France en 2004, 33% des revenus sont captés par les 10% les plus riches.
Lecture : les revenus de la Suède sont relativement bien repartis dans la population (coefficient de Gini faible) tandis qu'ils sont très inégalement répartis en Afrique subsaharienne (coefficient de Gini très fort).
De quoi donner envie aux amoureux de l'égalité de s'expatrier en Suède.
(Note : un coefficient de Gini de 0 implique que la droite de distribution des revenus suit parfaitement la droite de distribution parfaite (10% de la population capte 10% des revenus ; 20% de la population capte 20% des revenus ; etc.) tandis qu'un coefficient de Gini de 1 implique que tous les revenus sont captés par une infime partie de la population.)
17:56 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, économie, france, etats-unis, impôts
lundi, 13 avril 2009
L'adolescence, la littérature, Salinger et tout
Agé de 90 ans aujourd'hui, l'américain J.D. Salinger est l'auteur de nombreuses nouvelles (souvent parues dans le New-Yorker) et d'un merveilleux livre sur l'adolescence, ayant marqué de nombreuses générations : The Catcher in The Rye (L'attrape-coeurs dans sa traduction française). Après le succès mondial de son roman dès les années 1950 (60 millions d'exemplaires vendus dans le monde jusqu'à aujourd'hui), Salinger quitta le monde de la foule, de la gloire et des médias, et vit aujourd'hui caché dans les bois du New Hampshire, entretenant ainsi le mystère.
Le roman de l'adolescence
"Si vous avez réellement envie d'entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir c'est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie et ce que faisaient mes parents et tout avant de m'avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça."
Comme il l'explique dès la première page, J.D. Salinger ne donnera pas à son lecteur ce qu'il attend. Il écrit ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. C'est-à-dire qu'il raconte, à la première personne et dans un style oral et familier, trois jours de la vie de Holden Caulfield, un adolescent américain de 16 ans qui se fait virer de son école (Pencey, en Pennsylvanie) et part pour New-York où il doit retrouver ses parents quelques jours plus tard pour les vacances de Noël.
Durant ces deux ou trois jours d'errance, Holden fait la pleine expérience de ce que sont l'adolescence, la liberté, la solitude, le bonheur. Holden coupe les ponts avec son école (qu'il n'aime pas comme toutes les autres écoles qu'il a pu faire, viré à chaque fois) et quitte sa chambre sans prévenir quiconque (ni ses profs, ni son colocataire Stradlater, ni son con de voisin de couloir, Akley, que personne n'aime et qui n'aime personne). Il prend le train pour New-York, où vivent ses parents et sa petite soeur Phoebe, mais ne veut pas aller directement à leur appartement pour éviter qu'ils ne comprennent tout de suite qu'il s'est encore fait virer de l'école. Holden décide donc d'errer seul dans New-York, aux quatres coins de Manhattan, et de dormir les soirs dans un hôtel minable (le Edmont Hotel).
Jours et nuits, Holden fait un peu ce qui lui plaît : il va dans des bars pour boire un coup, il rencontre des filles, en appelle d'autres ; il pense à son amie d'enfance Jane Gallagher et veut lui téléphoner ; il va à la patinoire de Central Park avec sa copine Sally Hayes et lui propose de partir très loin, pour toujours, après quoi il l'insulte et la jette ; il se fait tabasser par Maurice, un proxénète amateur, pour ne pas avoir payer une passe ; il pense à sa soeur Phoebé qu'il aime tant et à ses deux frères, D.B. scénariste à Hollywood et Allie qui lui manque depuis sa mort à cause d'une leucémie ; il rend visite à un prof qu'il aime beaucoup, Mr Antolini, et se barre de chez lui en courant dans la nuit après une caresse bizarre ; il va à Central Park et se demande où vont les canards quand le lac gèle l'hiver ; il se faufile dans l'appartement de ses parents un soir et va voir Phoebé sans se faire remarquer, parce qu'il a envie de la voir ; il rêve d'une vie solitaire dans une cabane dans la forêt, loin de tout, et se décide à partir après avoir dit adieu et rendu son argent à Phoebé...
L'attrape-coeurs raconte tous ces moments, ces évènements, ces expériences, dans un langage très familier, presque injurieux. A chaque page, on peut lire des "ça me tue", des "et tout" qui donnent une vraie crédibilité au discours. En racontant son histoire, Holden s'adresse souvent à quelqu'un, lui disant "vous". Ce quelqu'un peut être compris comme le lecteur, mais les dernières pages nous révèlent que c'est aussi quelqu'un d'autre, ce qui donne une portée nouvelle au texte.
Au-delà du parcours de ce jeune Holden, L'attrape-coeurs raconte la vie complexe des adolescents, leurs problèmes, leurs envies, leurs sentiments. L'incroyable, c'est que ce roman date de 1951 et qu'il est toujours aussi actuel, aussi moderne, aussi juste ce qui donne une sacrée leçon aussi bien aux nostalgiques qu'aux adeptes du jeunisme.
La légende Salinger
Par ce roman monumental écrit quand il avait 30 ans, J.D. Salinger a touché des générations entières de jeunes mal compris par les adultes, ce qui a suscité une incroyable passion autour de sa personne. A cette attente, à la célébrité, Salinger a préféré l'exil et le silence, dans sa cabane de bois du New Hampshire. Il n'a plus donné d'interview ou publié de texte depuis environ 40 ans. Il semblerait qu'il écrive encore et qu'il ait même écrit des livres complets sans vouloir les publier malgré l'incroyable attente de lecteurs amoureux.
Sa fille Margaret Ann a écrit un livre à son sujet L'attrape-Rêves mais son témoignage paraît plus cruel qu'intéressant. Par passion plus que par voyeurisme, de nombreux fans ont tenté d'aller le rencontrer à Cornish, New Hampshire, où il vit. Récemment, c'est Frédéric Beigbeder qui a voulu aller voir son auteur favori. Cette aventure a donné un documentaire intéressant intitulé L'attrape-Salinger (bande-annonce), qui se finit sur des images de Beigbeder dans les bois de Cornish, sur un chemin qui doit mener à la maison de Monsieur Salinger. Le film ne dit pas s'il a pu le rencontrer ne serait-ce qu'un instant ; après tout, c'est probablement pour le mieux tant Salinger mérite d'être respecté dans son intimité.
C'est d'ailleurs ce respect qui faisait dire à Nicolas Sirkis d'Indochine, dans la chanson "Des fleurs pour Salinger" qu'il consacre à l'écrivain américain :
Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Le rencontrer / Me serait-il possible de pouvoir lui parler / Sans le contrarier
Mais laissez-lui un peu ses secrets à garder / Son intimité / C’est pour se protéger, il est fatigué / De toutes vos stupidités.
19:43 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : the catcher in the rye, l'attrape-coeurs, salinger, etats-unis, lecture, littérature, livres
vendredi, 05 septembre 2008
Wal-mart, un géant qui vous veut du bien
Attention ! Ce qui suit est un billet marketé faisant la promotion du géant américain de la distribution Wal-mart, une entreprise qui a su imposer au monde entier son modèle juste, progressiste, philanthrope et humaniste. (sic) En fait, il s'agit plutôt d'un long billet qui décrypte le détestable modèle de cette entreprise.
L'entreprise Wal-mart est née en 1962 dans l'Arkansas sous l'impulsion du regreté Sam Walton, un commerçant qui eut l'idée géniale d'exposer ses produits sur le trottoir et d'offrir des cadeaux aux enfants de ses clients, et notamment « des promenades à dos d’âne sur le parking ».
Aujourd'hui, Wal-mart est la plus grande entreprise du monde. Elle employe plus de deux millions de salariés à travers le monde, dont 1,2 millions aux Etats-Unis, ce qui en fait le premier employeur du pays. L'entreprise, leader national et mondial de la grande distribution (son dauphin s'appelle Carrefour), participe à 2,5% du PNB américain grâce à son chiffre d'affaires de plus de 310 000 milliards de dollars (deux fois plus que notre géant français Total). Ses magasins compteraient 100 millions de clients américains, mais la firme réalise cependant 40% de son chiffre d'affaires à l'étranger grâce à ses filiales dans 13 autres pays comme le Canada, le Brésil, le Mexique, la Chine, le Japon, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne.
Le secret de cette réussite ? Les prix, imbattables. Ils seraient, en moyenne, de 14% inférieurs à ceux de la concurrence. Alors, l'entreprise affiche un slogan auquel les consommateurs ne peuvent rester insensibles : « Save money, live better ». L'entreprise, grâce à ses bas prix, se targue même de faire augmenter le pouvoir d'achat des ménages américains de plus de 400 dollars par an, et de créer, directement et indirectement, 200 000 emplois sur le sol américain. En page d'accueil de son site, Wal-mart affiche fiérement un compteur représentant les économies réalisées par les familles américaines grâce à la chaîne.
Mais derrière les prix imbattables se cache un modèle Wal-mart très particulier alliant très bas-salaires, pressions sur les salariés, compression maximale des assurances maladie et des retraites, refus de tout syndicat, violations du droit du travail, pressions sur les fournisseurs et ingérences dans leurs affaires, pressions sur les municipalités et lobbying auprès des représentants politiques.
Fonte des salaires et des garanties sociales
Les salaires Wal-mart sont 20% à 30% inférieurs à ceux proposés par la concurrence, si bien que partout où Wal-mart s'installe, les autres commerces ferment et le salaire local moyen diminue de 3% à 5%. L'implantation de magasins Wal-mart détériore finalement l'ensemble du marché du travail du bassin d'emplois concerné et instaure dans la région un logique de moins-disant salarial et social. LA porte-parole du groupe, Mme Mona Williams, explique cette politique des bas-salaires : « Est-il vraiment réaliste de payer quelqu’un 15 ou 17 dollars de l’heure pour remplir des rayons ? »
Récemment, la filiale de Wal-mart au Mexique payait une partie des salaires de ses employés en bons d'achat, à utiliser uniquement dans le réseau Wal-mart. Comme l'explique le journal mexicain LaJornada, relayé par LeMonde, la justice mexicaine vient de déclarer cette pratique illégale car inconstitutionnelle.
L'entreprise fait aussi une chasse aux syndicats. Tout service qui tente d'implanter un syndicat se voit fermer, pratique illégale mais courante et justifiée comme suit : « Notre philosophie est que seuls des associés malheureux voudraient adhérer à un syndicat. Or Wal-Mart fait tout ce qui est en son pouvoir pour leur offrir ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin. » Puisque tout va bien, nul besoin de syndicats.
En 2006, l'entreprise a été condamné à une amende de 172 millions de dollars pour avoir refuser des pauses déjeuner à ses salariés.
Wal-mart, un puissant lobby local et national
Les pratiques de l'entreprise étant connues, certaines municipalités s'opposent à l'implantation de magasins Wal-mart dans leur zone. L'entreprise n'a qu'à montrer son jeu : si une commune refuse l'implantation d'un magasin, Wal-mart s'installera dans une commune voisine, ce qui plombera les commerces de la première commune, fera baisser les salaires de toute la zone sans créer le moindre emploi pour les habitants de la première commune. Un système perdant-gagnant qui oblige les communes résistantes à revoir leur position.
Au niveau national, Wal-mart n'hésite pas à jouer publiquement une forte influence auprès des représentants politiques et à arroser les parties de donations : «Après avoir longtemps gâté les républicains, allouant 85% de ses donations aux candidats fédéraux du parti de George Bush, le roi des hypermarchands sent le vent tourner et décide, à partir de février 2004, de chouchouter le parti démocrate. En janvier 2008, les versements de Wal-Mart aux parlementaires démocrates représentaient 43% de leurs donations totales un bel exemple de realpolitik.» (John R. McArthur in «Une caste américaine», Les Arènes, 2008)
L'entreprise influence aussi ses salariés sur leur vote et défie officieusement ses cadres de voter Obama en Novembre : comme l'explique Le Figaro, les cadres de l'entreprise suivent en effet des réunions obligatoires afin de les mettre en garde contre les dangers d'une victoire du candidat démocrate.
Au-delà des salariés, c'est toute la clientèle qui semble formatée à l'idéologie conservatrice Wal-mart. En effet, plus de 70% des clients sondés voteraient républicain.
Pour en savoir plus sur cette belle entreprise, n'hésitez pas à lire cet article de Serge Halimi sur Le Monde Diplo, d'où viennent nombre des infos citées plus haut.
17:55 Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wal-mart, etats-unis
samedi, 26 juillet 2008
Côte Est - Prélude

Ce vol sera le point de départ d'un voyage autonome de deux semaines aux Etats-Unis, côte est, avec mes parents et trois amis rennais. L'intérêt principal de ce voyage tient en quelques mots : aller goûter la société américaine, la découvrir dans sa diversité et dans sa complexité, et en prendre le poul avant les prochaines échéances éléctorales... bref, mieux la connaître pour mieux la comprendre.
Car les Américains sont difficiles à comprendre et plein de paradoxes. Nation progressiste et libérale, elle est aussi celle de tous les archaïsmes et de tous les conservatismes. Empétrée dans la morale puritaine, elle est à l'avant-garde de nombreuses révolutions, technologiques, estéthiques, culturelles, philosophiques, et bientôt peut-être politiques. Bourrée de racisme et de rivalités ethniques, elle est sur le point d'élire un noir, fils d'immigré africain, à sa présidence.
Le tableau d'une nation ne sera jamais tout blanc ou tout noir, les Etats- Unis en sont l'exemple parfait. Ce voyage, de Boston à Washington, en passant par New-York, Philadephie et Baltimore, sera un bon moyen d'approfondir et de nuancer ce bref portrait de l'Amérique et de son peuple, un tableau parfois noir, parfois blanc, souvent gris. J'essaierais de vous parler le plus souvent possible de mes impressions et découvertes tout au long de ce voyage.
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M'accompagneront durant ces deux semaines quelques livres : Du côté de chez Swann, parce que Proust est certainement l'auteur français le plus apprécié outre-atlantique ; les Regards sur le monde actuel de Paul Valéry, car je suis certain que certains passages mettront le doigt sur ce que je ne saurai voir ; Sur la route, de Jack Kerouac, que je viens de lire mais qui me rappellera un peu le goût, l'odeur et l'esprit de l'Amérique que je cherche, celle des libertés, des grandes lignes droites et des destins qui se croisent ; enfin, j'emporte avec moi le Manuel du guerrier de la lumière, de Paulo Coelho, pour voir si ma déception avec L'Alchimiste n'était qu'un accident.PS littéraire : pour revoir mes bases d'anglais, rien de mieux qu'une lecture anglosaxone en VO. J'ai choisi Alice's Adventures in Wonderland, de Lewis Caroll. Plutôt facile à traduire, et terriblement dépaysant, ce livre est un voyage à lui tout seul.
23:21 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, etats-unis, côté-est, amérique
jeudi, 14 février 2008
Serve your country
On vit dans une sale époque disent certains, où l'indécence, la violence, la haine deviennent banales. Oui, en effet. J'ajouterai cependant que ce sont toutes les époques qui furent sales, l'histoire des guerres et des barbaries en est le témoin.
Hier et aujourd"hui
Aujourd'hui comme hier, la doctrine la plus barbare, celle de la promotion de la haine et de la guerre, s'attaque aux plus faibles, les enfants.
Hier, on rassemblait les jeunes dans des grandes communautés très encadrées, lesquelles agissaient comme des moules sur eux : c'est le cas des Jeunesses Hitlériennes par exemple.
Aujourd'hui, l'endoctrinement des plus jeunes existe toujours, dans des formes peut-être différentes, mais avec la même volonté de former des individus vides de toute conscience et prêt à faire ce qu'on leur demande. On peut notamment penser à l'exemple de certaines madrasa (les fameuses écoles coraniques), ou à l'utilisation par Al Qaida d'enfants-bombes.
Be a patriot and serve your country
Les Etats-Unis ont eux aussi des moyens (certes moins directs, moins extrêmes) pour attirer les jeunes dans leurs rangs. Il suffit d'aller sur le site de la Maison Blanche pour s'en apercevoir.
La Maison Blanche propose notamment un site spécial pour les enfants : White House Kids. Là sont disponibles des quizs, des jeux, des coloriages, des dessins animés, des sondages... En voici un :

Ce sondage est insupportable. On demande aux jeunes américains leur méthode pour savourer leurs vacances. La dernière proposition : "volunteer", autrement dit s'engager, dans l'armée évidemment.
Je rappelle que ce site est dédié aux "kids", c'est-à-dire aux gamins, aux enfants, même pas aux adolescents.
Ce sondage est indécent. Tenter de faire passer l'engagement militaire pour une manière de passer du bon temps, c'est simplement dégueulasse, surtout quand le public visé est si jeune.
Rubrique Jeux, la Maison Blanche propose aux jeunes internautes des coloriages pour leur faire apprendre l'histoire des Etats-Unis, et notamment les 43 Présidents. Le dernier coloriage de la liste est naturellement celui de George W. Bush.
Au delà du portrait peu ressemblant de Bush, un détail choque : "USA Freedom corps" sur le pull de la jeune fille du milieu. USA Freedom Corps, c'est un peu le bureau de recrutement de l'armée américaine.
Ici encore, on dépasse les limites de la décence. L'utilisation de l'image d'un enfant pour soutenir l'armée et attirer de nouveaux jeunes "volunteers" est scandaleuse. L'armée américaine fait son marché sur le site de la Maison Blanche.
Preuve que ce marketing répond à une demande effective de futurs loyaux soldats, George W. Bush est le seul des 43 Présidents à être représenté avec des enfants, et le seul où figure cette publicité pour le recruteur de l'armée américaine. Cette image a donc un but précis : attirer les jeunes vers l'armée. Susciter en eux un désir. Le désir de "servir son pays", comme le dit la bonne morale. Le désir de se battre pour pour son pays, pour la liberté, pour la démocratie.
Ces méthodes de recrutement assumées sont la preuve d'un esprit malsain, d'une morale belliciste, d'un sentiment de supériorité naturelle.
-Esprit malsain, car attirer des jeunes enfants dans les rangs de l'armée en utilisant leur jeunesse, leur intérêt pour les jeux, les coloriages, c'est malsain.
-Morale belliciste, car inciter par tous les moyens les jeunes à s'engager, et notamment en leur expliquant la bonne morale du "Be a patriot", "Serve your country", cette morale là ne mène qu'à l'exacerbation des identités nationales et des sentiments xénophobes.
-Sentiment de supériorité naturelle, car cette campagne institutionnelle de recrutement témoigne d'une assurance, d'une confiance totale en le bien fondé de la domination états-unienne. C'est la preuve que les Etats-Unis croient à la réalité de leur rôle naturel et inébranlable de "gendarmes du monde", de "libérateurs des peuples opprimés", d'"opposants aux régimes dictatoriaux".
L'actualité irakienne, autant que l'histoire ancienne, nous montre chaque jour qu'il s'agit là de graves erreurs de jugement. Enfin, il ne s'agit pas pour les jeunes "patriots" qui s'engagent de servir leur pays, mais plutôt de servir les intérêts particuliers d'une administration, d'une élite conservatrice, et de lobbies industriels et militaires.
00:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Bush, Etats-Unis, USA, armée, guerre, soldats, GI
vendredi, 08 février 2008
De la xénophobie en Amérique
Les Etats-Unis ont un problème, commun à peu d'autres pays, c'est leur démesure.
Démesure dans la super-puissance de leur armée, démesure dans le gigantisme de leur économie, démesure dans le patriotisme de son peuple, démesure dans son amour du show, démesure dans sa volonté de fabriquer l'Histoire,... et démesure dans certaines idéologies.
John Mc Cain, prochain candidat répulicain à la Maison Blanche si tout se passe comme prévu, vétéran de la guerre du Viet-nam et héros national, tient ici un discours qui symbolise bien une des démesures de ce pays et d'une partie de son peuple.
"To secure our borders first" martèle-t-il avec passion sous les acclamations des militants républicains.
Voilà le thème où s'exprime selon moi le plus la radicalité des Républicains : l'immigration, et l'étranger en général. Leur vision est manichéenne : d'un côté des étrangers qui tentent d'entrer clandestinement sur le territoire américain, et de l'autre un pouvoir qui doit tout faire pour contrer cette immigration. Quite à tout surveiller, chasser, cloisonner. Quite à construire un mur de 1500 km sur la frontière avec le Mexique. Quite à faire parler la poudre dans le désert.
Mais John Mc Cain tient là un discours sage, qui n'a rien d'extrême aux yeux des Républicains les plus durs. En réalité, les conservateurs le considèrent même comme un gauchiste qui serait arriver par hasard au Parti Républicain! Certains disent même qu'il a été "rendu fou" par les tortures qu'il a subi au Viet-nam.
Ce sont donc les conservateurs qui symbolisent le mieux l'extrême xénophobie outre-atlantique, xénophobie au sens propre : rejet de l'étranger, par méconnaissance, par méfiance, par peur.
Ce qui suit provient principalement d'un excellent article de Johann Hari pour le Monde Diplomatique de ce mois. Le journaliste a infiltré un grand rassemblement d'une semaine de la droite conservatrice américaine, sur un paquebot spécial, 6000 euros la semaine, où les participants échangent leurs idées, leurs points de vue, et leurs peurs.
Les conservateurs ont viscéralement peur des musulmans : "Ils sont partout, rien ne pourra les arrêter" disent-ils. "Cette fois, les Français n'ont pas intérêt à compter sur nous pour leur sauver la mise." Ils expliquent que l'Europe, et notamment la France et l'Angleterre, est en passe de devenir un grand "califat", où les idéologies islamistes finiront par triompher. D'ailleurs, ils prévoient "une évacuation à grande échelle vers 2015" des Européens blancs vers les Etats-Unis, lorsque Al-Quaida aura pris le contrôle de l'Europe. Aussi, "les races européennes [les Blancs] sont devenus trop narcissiques pour procréer en quantités suffisantes", quantités suffisantes pour garder la supériorité numérique sur les musulmans! Les conservateurs sont là en plein dans le mythe ténébreux de Samuel Huntington, la guerre des civilisations, religions contre religions, races contre races.
Quant à la guerre en Irak, c'est pour eux une guerre sainte, une guerre contre le Mal, et un total succès : "On veut donner l'image d'un pays plongé dans le chaos, mais c'est faux. C'est un triomphe, ça n'aurait pas pu se passer mieux." Une participante affirme qu'elle "prie tous les jours pour remercier Dieu d'avoir créé Fox News", la chaîne conservatrice et pro-Bush par excellence. Mais d'autres critiquent la chaine au sujet de l'Irak, dont ce juge connu aux Etats-Unis, Robert Bork : "La manière dont les médias traitent de cette guerre est scandaleuse. Même Fox News en parle de manière scandaleuse. A les entendre, il n'y a que nous qui mourons là-bas. Ils ne disent jamais rien des pertes ennemies, alors que nous en tuons des quantités tous les jours".
Qu'importe leurs crimes reconnus, les dictateurs libéraux et anti-communistes sont adulés : "Pinochet est un héros, il a sauvé le Chili." "Et il a privatisé les retraites". Le dogmatisme ultra-libéral est ici plus fort que toute considération rationnelle et objective de ce qu'a été la barbarie de la dictature de Pinochet. Il était pro-américain, libéral, donc héros. Bush lui aussi est un "héros", d'autant que "personne n'a été torturé à Abou Ghraib et à Guantanamo".
Enfin, la xénophobie se révèle science, puisqu'un participant, le célèbre auteur Dinesh D'Souza, a inventé une loi, un théorème : "la qualité d'un immigrant est proportionnelle à la distance parcourue pour arriver jusqu'aux Etats-Unis". Manière de gerber sa haine et son dégout des nombreux immigrants mexicains.
Ces fanatiques ultra-conservateurs (xénophobes, racistes, anti-musulmans et ultra-croyants, pro-vie et anti-contraception, ultra-libéraux, pro-Bush et pro-Pinochet, pro-guerre en Irak et en Iran, pro-loi martial, etc) exercent une forte influence historique sur les idées républicaines en général.
Pour obtenir la grâce des militants, tout candidat républicain doit être en conformité avec les grandes idées conservatrices, et doit faire preuve d'excellence en matière de promotion du conservatisme, du passéisme, et du nauséabond.
Voilà comment marche la moitié droite de la plus grande démocratie du monde.
12:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Etats-Unis, Mc Cain, xénophobie, étrangers, Irak, conservateurs, Bush
samedi, 02 février 2008
Tour d'horizon de l'actualité
En ce moment, l'actualité est très chargée, aussi bien en France qu'à l'étranger. Petit tour d'horizon.
Politique étrangère
-Kenya: les deux anciens candidats à la présidentielle se contestent toujours le pouvoir (article du Figaro)et les violences politico-ethniques continuent (dépêche Reuters).
-Tchad: c'est le chaos. Hervé Morin nous informe que les rebelles sont aux portes du palais présidentiel d'Idriss Déby (article du Monde) et on envisage une évacuation.
-Europe : le traité de Lisbonne est en cours de ratification dans de nombreux pays. Ainsi, Jean Quatremer, le journaliste spécialiste de l'Europe, nous explique sur son blog que la Hongrie, Malte et la Slovénie l'ont déjà ratifié.
-Etats-Unis : cette campagne est passionnante, d'autant qu'approche le Super-Tuesday. Côté démocrates, il ne reste plus qu'Hillary et Barack (mon préféré, John Edwards, s'étant retiré dans la semaine) et c'est très serré. Chez les Républicains, c'est certainement le vieillissant John McCain (72 ans!) qui devrait l'emporter, fort des soutiens de Rudy Giuliani,Arnold Schwarzenegger et Sylverster Stallone. Pour suivre cette campagne sur le net, c'est ici.
-Russie: les élections présidentielles russes qui se tiendront dans un mois sont des plus inintéressantes, puisqu'elles ne seront qu'une formalité pour le jeune pantin de Poutine: Dmitri Medvedev. Affligeante démocratie. Pour en savoir un peu plus, cet article du Nouvel Obs.
Politique française
-Les municipales : à quelques semaines du 1er tour, la gauche semble sur la bonne voie, et l'UMP est très pessimiste. A Paris et à Lyon, la victoire semble assurée aux candidats socialistes: à Paris, Delanoë raflerait 44% des suffrages dès le premier tour, et à Lyon, Collomb serait élu dès le premier tour. A suivre sur Le Monde.
-Congrès de Versailles : il faudra la majorité des 3/5 pour que la Constitution soit réformée, et qu'ainsi le Parlement puisse ratifier le Traité de Lisbonne sans passer par la voie référendaire. Selon les savants calculs du noniste Jean-Luc Mélenchon, la gauche peut bloquer le vote, en votant massivement non. Mais la ligne Hollande-Royal-Ayrault défend une toute autre vision: l'abstention au Congrès, et donc la victoire du oui. A voir ce court reportage de LaTéléLibre.
-Rémunération des profs : le socialiste Michel Rocard a démissionné de la commission Pochard sur l'évolution du métier d'enseignant. Pour lui,il faut "améliorer la prise en compte de la performance dans le déroulement des carrières des enseignants". (article Le Monde)
-L'anglais à l'école primaire: pour améliorer le niveau en anglais des élèves de primaire, Xavier Darcos veut lancer un plan qui encouragerait le développement des visioconférences entre les jeunes élèves français et des intervenants anglais. L'idée est critiquable, notamment en terme de résultats, mais c'est à suivre. (article du Figaro)
Superprésidence
-Mariage! : ça y est, Nicolas et Carla sont unis par les liens sacrés du mariage. Comique quand on voit le parcours amoureux de cet "homme à femmes" (selon les termes de Cécilia) et de la polyandre Carla. L'info a été révélée en premier par RTL, joli scoop.
-La Légion d'honneur : on connaît désormais la liste (paritaire) des personnes qui se verront gratifiées de la Légion d'honneur. Murielle Robin, Claude Brasseur, Claudia Cardinale, Alain Minc (conseiller spécial de Nicolas), Isabelle Balkany (femme politique et amie intime du couple Sarkozy),Pierre Giacometti (directeur général de l'institut de sondage IPSOS), ou encore Guy Roux. Est-ce ridicule, pathétique ou grave?
Fait divers
-Plus qu'une gifle : les médias et la blogosphère sont captivés par l'affaire de ce professeur qui a giflé un jeune élève qui venait de le traiter de "connard". Plainte déposée par le père de l'enfant, gendarme. Soutien public au professeur de la part du ministre Darcos. Affaire à suivre. La blogosphère, elle, est en effervescence comme le montre ces billets (Maitre-Eolas, Diner's room, Embruns, etc) et ce résumé de Rue89.
Voilà pour ce tour d'horizon de l'actualité. Je n'ai malheureusement pas le temps de donner plus précisément mon avis sur chacun de ces sujets. Et d'ailleurs, je n'ai parfois pas d'avis, comme sur la gifle du professeur. A vous de juger.14:38 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : kenya, tchad, Etats-Unis, Russie, Europe, traité de Lisbonne, Congrès de Versailles
samedi, 19 janvier 2008
Le vieil homme et la mer
La littérature américaine, de ce que j'en sais, est intéressante pour connaître et comprendre l'esprit, la diversité, la beauté, et la force intérieure des Etats-Unis. Or, je connais très peu cette littérature-là: 2008 sera donc pour moi une année de lecture dédiée, en partie, aux grands auteurs américains du début du XXIeme et de la Beat-generation. J'essayerais de lire Faulkner, Miller, Mailer, Melville, London, Scott Fitzgerald, Capote, Kerouac... Je crois que c'est un passage obligé quand on veut découvrir les fondements de la société américaine, chose intéressante compte tenu de notre incompréhension, nous français, devant le spectacle de cette société, devant son immense foi chrétienne et son rejet de l'athéisme, devant ses excès et ses mises en scène, devant son american way of life, devant sa grande ouverture économique qui contraste avec son flagrant autocentrisme; bref, l'American Vertigo.
Donc hier, j'ai commencé par un classique, écrit en 1951 par un amoureux de la mer : Le vieil homme et la mer, d'Ernest Hemingway.
Il s'agit de l'histoire d'un vieux et pauvre pêcheur cubain, qui sort chaque jour en mer, mais ne prend plus rien depuis plusieurs mois. Son seul vrai compagnon est un jeune garçon, pêcheur lui-aussi, dont les parents ne veulent plus qu'il pêche avec le vieillard, car il ne prend plus rien. Un matin, le vieil homme part donc, seul, à la force de ses bras, dans le courant du Gulf stream. Il décide d'aller très loin, là où les autres pêcheurs ne vont jamais. Un gros poisson s'accroche à son hameçon: c'est le début d'un combat de 3 jours, durant lequel le vieil homme et son petit bateau se font tirer par l'énorme poisson, un espadon de 6 mètres. Ce duel se joue sur l'endurance, la ténacité, la force spirituelle aussi. <spoiler à partir de maintenant> Le vieillard arrive à en finir avec ce poisson, exceptionnel par sa force, sa grandeur, sa détermination. Le vieux attache sa prise sur un flanc de son petit bateau. Mais sur la chemin du retour, il est attaqué par des dizaines de requins, attirés par le sang de l'espadon. Malgré son courage, le vieil homme ne peut lutter, et les requins emportent une grande partie de son gros poisson, n'en laissant que le squelette. Le vieux est abattu, le sort s'est encore acharné sur lui. Sa vie ne changera pas, un ordre naturel semble conservé, malgré tous ses efforts et son courage.
L'incroyable de ce roman, c'est sa grande simplicité. Hemingway se concentre sur ce vieillard et son interminable lutte contre le poisson. L'auteur porte sur le vieillard un regard simple et sans apparat, vidé de tout préjugé, tout jugement, toute actualité même. Hemingway va ainsi à l'essentiel de cet homme, son coeur et son courage.
Ce qui est frappant dans ce personnage, c'est qu'il n'en est pas un: c'est seulement un homme qui vit sa vie, dans toute sa simplicité, qui ne joue pas un personnage. Cet homme est désuni du monde, il est seul et ne cherche pas à s'intégrer au monde pour en tirer du positif. En ce sens, il est spectateur du monde, comme le serait un paysan du Moyen-Age, qui sent qu'il n'a aucun moyen de changer le cours des choses, et accepte donc son sort de simple paysan aliéné, soumis aux ordres d'un seigneur, et sans avenir. Désuni du monde, mais très uni lui-même: cet homme ne fait qu'un. Il est au plus proche de sa personne, de ses sentiments. Il vit en harmonie avec lui-même. Son unique but semble être de continuer à vivre comme il le fait depuis toujours, vivre dans l'indifférence, à la marge de la société, en spectateur plutôt qu'en acteur. Se dégage ce ce portrait la sensation que cet homme ne connaît pas grand-chose du monde, mais qu'il connaît tout de lui-même.
Ce livre explore donc la vie humaine, les sentiments, les déceptions, les souffrances, le courage, le coeur et l'espérance. Il nous interroge aussi sur le poids, l'influence que peut avoir une vie sur le monde et notre capacité à changer, même faiblement, l'ordre des choses.
11:40 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hemingway, Le vieil homme et la mer, lecture, littérature, Etats-Unis














