samedi, 29 novembre 2008
Ce que nous dit la crise : l'Europe est encore inaccomplie
Retour rapide sur ce blog après une bonne période de travail intensif.
La crise (financière puis économique) nous dit beaucoup de choses sur le système financier international et sur ses travers. Mais elle nous dit aussi beaucoup sur le nouvel ordre mondial et sur la place de l'Europe dans la monde.
Toutes les grandes puissances, en suivant les conseils formulés au sommet du G20 de Washington, ont réagi à la crise par de vastes plans de relance. Les Etats-Unis consacreront ainsi 700 milliards (et ce n'est sûrement qu'un début) au sauvetage de l'économie américaine, soit 5% du PIB. Le Japon investira 200 milliards de dollars, soit 4,5% du PIB. La Chine fait encore plus fort avec un plan exceptionnel d'environ 500 milliards, soit 7% du PIB.
Et l'Europe ? Le plan de relance européen, présenté par José-Manuel Barroso mercredi, s'élève à 200 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB seulement. C'est un petit plan puisqu'il ne fait que regrouper les plans nationaux de l'ensemble des pays membres (qui représentent 1,2% du PIB européen) et ajoute un petit effort de la part de la Commission à hauteur de 0,3% (quelques 40 milliards d'euros). Ainsi, la réponse européenne est d'abord une réponse des Etats européens qui, de façon isolée, décident des sommes à engager (certains comme la France sont volontaristes, d'autres comme l'Allemagne sont moins dépensiers) et dans quelles directions (la baisse de la TVA pour Gordon Brown, l'investissement pour Angela Merkel, les énergies vertes pour Nicolas Sarkozy, etc.). L'Europe n'a donc pas de position unique, claire et cohérente contrairement aux autres grandes puissances.
La crise nous montre ainsi les limites de l'Europe actuelle, une Europe inaccomplie puisqu'elle est plus une "union d'Etats souverains" qu'une fédération d'"Etats unis", une Europe qui n'a que peu de moyens (notamment financiers) et dans laquelle les Etats gardent finalement une très forte souveraineté dans leurs choix de réformes et dans leur gestion budgétaire.
Ce moment exceptionnel nous fait voir que l'Europe ne sera jamais l'égal des autres grandes puissances tant qu'elle ne gagnera pas en cohérence, et donc en profondeur, en harmonisation et en indépendance vis-à-vis des Etats membres. Il revient donc aux Etats nationaux de s'effacer, pour que l'Europe s'impose vraiment comme décideur législatif et exécutif et qu'elle trouve ainsi tout son intérêt.
Mais, et c'est la petite note de pessimisme du billet, les Etats nationaux ne sont probablement pas prêts à abandonner une part croissante de leur pouvoir. Ni les exécutifs, ni les Parlements, ni même les peuples qui aiment encore trop l'idée d'un pouvoir national fort et qui n'ont ni "conscience européenne" ni sentiment d'appartenance au "peuple européen" comme on en verrait dans les véritables unions d'Etats, les Etats fédéraux.
11:03 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, crise, etats-unis d'europe









