mardi, 26 mai 2009

Européennes : pourquoi voter ? pour qui ?

Billet assez long sur les élections Européennes, un sujet que médias, citoyens et politiques ignorent alors qu'il est décisif et bien plus crucial que de nombreux pans de la politique nationale.

Le 7 juin, nous élirons 72 députés européens, qui nous représenteront au Parlement de Bruxelles et de Strasbourg pendant 5 ans. Cette élection ne passionne qu'une petite partie de la population, personne ou presque ne parle du fond, les médias ne s'intéressent qu'à l'abstention attendue (cette prophétie ne manquera pas de s'auto-réaliser si on ne parle que de ça). Mais ce n'est pas une raison pour ne pas parler de cette élection, ne serait-ce que le temps d'un billet expliquant pourquoi il faut voter et quel sera mon choix.

Il faut voter

L'élection de députés européens peut paraître inutile compte tenu de la complexité du système français (territoire divisé en 8 régions) et de la part réduite des députés français au sein du Parlement Européen (72 députés sur 736, soit moins de 10%). Cependant, 72 députés français, c'est en fait beaucoup comparé aux 5 députés de Malte ou aux 7 députés de Slovénie. Les députés européens français ont donc finalement un vrai poids sur les décisions votées par le PE.

Il est d'autant plus important d'élire nos représentants européens que le PE est la seule institution européenne démocratiquement élue, contrairement à la Commission Européenne et au Conseil. Si on peut faire un procès à l'Europe pour son manque de démocratie (notamment dans sa négation des votes français, néerlandais et maintenant irlandais sur le TCE ou mini-traité), ce procès s'applique aux Etats, au Conseil, et non au Parlement Européen.

Au sujet de la démocratie et de la représentativité, le PE, en plus de voter les lois qui s'appliqueront ensuite dans les 27 pays de l'Union, décide du Président de la Commission Européenne. Or, le mandat du portugais José Manuel Barroso arrive à échéance dans quelques mois : l'élection de nos députés européens est donc cruciale dans l'avenir européen du très contesté Barroso (très faiblard face à la crise, très libéral, pro-Bush et pro-guerre en Irak, etc.). Quand on sait que toutes les droites européennes, et notamment l'UMP en France, soutiennent Barroso pour sa réélection, les électeurs voient leurs choix possibles se réduire à l'alternative centre ou gauche, à condition bien sûr d'être opposé à la politique actuelle de la Commission qui détient seule, rappelons-le, le pouvoir d'initiative.

Enfin, le vote aux Européennes est important dans le sens où nous avons besoin d'une politique supra-nationale dans de plus en plus de domaines. En effet, la seule autorité des Etats nationaux n'est plus suffisante en matière de politique étrangère, de politique environnementale, de politique économique, de lutte contre le terrorisme ou contre l'immigration clandestine (quelle que soit l'opinion que l'on a sur les décisions de l'Europe sur ces points).

Mon vote
Le vote aux Européennes n'est pas évident puisqu'on peut voter selon différentes logiques : voter pour soutenir un parti national, voter pour des idées plus larges sur l'Europe, voter contre un parti national, voter contre l'Europe telle qu'elle est... Personnellement, je ne vote contre personne, je vote pour quelque chose. Je n'aime pas trop l'idée d'un vote sanction car il va contre le principe du vote (on vote toujours pour un candidat, jamais contre, le seul vrai vote sanction était le vote blanc).

Je ne voterai pas pour la droite : les partis souverainistes ne me font pas plus rire que ceux d'extrême-droite ; quant à l'UMP, ce parti n'a aucune raison d'obtenir mon vote, aussi bien sur ses idées européennes que sur la politique intérieure menée par son chef Nicolas Sarkozy.

Je ne voterai pas pour la gauche noniste : LO, NPA, Front de Gauche sont des partis nonistes qui sont plus dans la dénonciation perpétuelle de l'Europe que dans la construction d'une autre Europe. De plus, je ne partage pas leurs idées et leurs analyses de la situation actuelle (la crise actuelle vue comme une crise du capitalisme appelant à son effondrement, par exemple).

Je ne voterai pas pour le MoDem : outre les messages souvent populistes et pas toujours très sincères de François Bayrou sur le plan national (c'est un ressenti personnel, je verrai s'il se confirme en lisant "Abus de pouvoir"), le MoDem siège dans le groupe ALDE des libéraux-démocrates au PE, un groupe dont les positions ne sont pas les miennes et que le MoDem lui-même n'assume pas bien.

Le choix restant est le suivant : Europe écologie ou Parti socialiste ? Ce sera Parti socialiste, mais après quelques hésitations qui s'expliquent par deux choses : les Verts sont un parti véritablement européen, très intégré et travailleur au PE (dans l'absolu, le PS l'est aussi, mais relativement moins) ; la tête de liste socialiste de la région Sud-Est (où je vote) s'appelle Vincent Peillon. C'est un socialiste que j'apprécie, notamment parce que c'est un universitaire (philosophe) en léger retrait de la petite vie politicienne (ça a peut-être changé depuis Reims) qui s'intéresse avant tout au débat d'idées (en témoignent ses livres peu vendeurs sur la révolution française ou l'histoire du socialisme français). Son problème, c'est qu'il est député européen sortant et qu'il n'a visiblement pas fait un bon travail dans son mandat précédent (ses statistiques de prise de parole ne sont pas bonnes du tout). De plus, son intérêt pour la chose européenne ne semble pas phénomènal, comme en atteste sa candidature aux législatives en 2007 alors qu'il était encore député européen, ce qui n'est pas très joli. Malgré ces deux points, je voterai socialiste le 7 juin, parce que ce parti a besoin de voix à un moment où il hésite, où il doute, parce qu'il a toujours été très lié à la construction européenne et parce qu'il peut vraiment peser au PE au sein du groupe PSE, deuxième plus gros acteur du Parlement après le parti conservateur PPE.

Quelques liens intéressants au sujet des Européennes :
-la liste des principaux candidats de chaque parti pour les 8 régions
-le nombre de députés européens pour chacune des 8 régions (13 pour le Sud-Est)
-un billet pro-Europe-Ecologie sur le blog d'un élu socialiste lyonnais qui hésite
-un billet sur les choix qui se présentent à un socialiste français qui vote en Grande-Bretagne
-une charge d'utilité publique contre Barroso

samedi, 29 novembre 2008

Ce que nous dit la crise : l'Europe est encore inaccomplie

Retour rapide sur ce blog après une bonne période de travail intensif.

La crise (financière puis économique) nous dit beaucoup de choses sur le système financier international et sur ses travers. Mais elle nous dit aussi beaucoup sur le nouvel ordre mondial et sur la place de l'Europe dans la monde.

Toutes les grandes puissances, en suivant les conseils formulés au sommet du G20 de Washington, ont réagi à la crise par de vastes plans de relance. Les Etats-Unis consacreront ainsi 700 milliards (et ce n'est sûrement qu'un début) au sauvetage de l'économie américaine, soit 5% du PIB. Le Japon investira 200 milliards de dollars, soit 4,5% du PIB. La Chine fait encore plus fort avec un plan exceptionnel d'environ 500 milliards, soit 7% du PIB.

Et l'Europe ? Le plan de relance européen, présenté par José-Manuel Barroso mercredi, s'élève à 200 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB seulement. C'est un petit plan puisqu'il ne fait que regrouper les plans nationaux de l'ensemble des pays membres (qui représentent 1,2% du PIB européen) et ajoute un petit effort de la part de la Commission à hauteur de 0,3% (quelques 40 milliards d'euros). Ainsi, la réponse européenne est d'abord une réponse des Etats européens qui, de façon isolée, décident des sommes à engager (certains comme la France sont volontaristes, d'autres comme l'Allemagne sont moins dépensiers) et dans quelles directions (la baisse de la TVA pour Gordon Brown, l'investissement pour Angela Merkel, les énergies vertes pour Nicolas Sarkozy, etc.). L'Europe n'a donc pas de position unique, claire et cohérente contrairement aux autres grandes puissances.

La crise nous montre ainsi les limites de l'Europe actuelle, une Europe inaccomplie puisqu'elle est plus une "union d'Etats souverains" qu'une fédération d'"Etats unis", une Europe qui n'a que peu de moyens (notamment financiers) et dans laquelle les Etats gardent finalement une très forte souveraineté dans leurs choix de réformes et dans leur gestion budgétaire.

Ce moment exceptionnel nous fait voir que l'Europe ne sera jamais l'égal des autres grandes puissances tant qu'elle ne gagnera pas en cohérence, et donc en profondeur, en harmonisation et en indépendance vis-à-vis des Etats membres. Il revient donc aux Etats nationaux de s'effacer, pour que l'Europe s'impose vraiment comme décideur législatif et exécutif et qu'elle trouve ainsi tout son intérêt.

Mais, et c'est la petite note de pessimisme du billet, les Etats nationaux ne sont probablement pas prêts à abandonner une part croissante de leur pouvoir. Ni les exécutifs, ni les Parlements, ni même les peuples qui aiment encore trop l'idée d'un pouvoir national fort et qui n'ont ni  "conscience européenne" ni sentiment d'appartenance au "peuple européen" comme on en verrait dans les véritables unions d'Etats, les Etats fédéraux.

mercredi, 25 juin 2008

Le duel Turquie - Sénat contre Allemagne - Assemblée

La Turquie doit affronter deux adversaires coriaces : la Mannschaft, la sélection allemande, et l’Assemblée Nationale française. Elle dispose heureusement d'un soutien, celui du peuple turc... et du Sénat!

lst_34598_77.pngLe premier duel est sportif et symbolique : c’est pour une place en finale de l’Euro 2008, contre l'Allemagne, nation fondatrice de l’Europe. Et ça sera difficile (match en cours).

Le deuxième duel est véritablement politique : c’est contre l’Assemblée Nationale, dont la majorité veut ralentir, voire empêcher, l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

Si on laisse de côté les fiertés nationales et les passions sportives, le deuxième duel est bien le plus important, puisqu’il concerne directement l’avenir du pays.

Reprenons ce duel du début :

1%2520antwerpen%2520-%2520turquie%252016-12-04.JPG-Le 29 mai, l’Assemblée Nationale adoptait, sous les hourras des députés UMP et des souverainistes, un amendement rendant le référendum obligatoire pour l’entrée dans l’Union européenne de pays représentant plus de 5% de sa population, ce qui concerne tout particulièrement la Turquie (mais aussi l’Ukraine, la Russie, etc.). Majorité UMP 1 - Turquie 0

-Le gouvernement turc avait alors vite réagi, « irrité » par cet amendement français visant la Turquie et compromettant sérieusement les chances pour ce pays d’entrer dans l’Union Européenne, les citoyens français y semblant assez opposés.

-Lundi soir, 23 Juin, la Turquie recevait un soutien de taille : le Sénat, majoritairement à droite, rejetait massivement cet amendement (297 voix contre 7) jugé « discriminatoire » et « offensant » pour nos amis turcs. Majorité UMP 1 - Turquie 1

1-1, balle au centre :

Le Sénat s’étant opposé à cet amendement, le texte de loi devra repasser devant les députés, puis devant les sénateurs. Autant dire que ce n’est pas fini.

On peut espérer que les députés abandonneront prochainement cette idée d’amendement. Dans ce cas, et si la Turquie devenait candidate officielle à l’UE, ce serait Nicolas Sarkozy qui choisirait le décideur final en France: les français (via un référendum) ou les députés.

Les leçons du vote :

-les députés UMP et souverainistes, emmenés notamment par Patrick Devedjian, ont montré, par le vote de cet amendement, qu’ils étaient majoritairement opposés à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. On s’en doutait.

-les députés UMP et souverainistes ont aussi montré qu’ils n’assumaient pas pleinement cette position, et qu’ils préféraient voir le peuple décider à leur place, via référendum. (Tout le monde sait qu’un référendum sur ce sujet serait synonyme de victoire du non.)

senat-interieur.jpg-le Sénat a prouvé son indépendance, malgré son vieil ancrage à droite. Il est allé à l’encontre de l’Assemblée et du gouvernement, plutôt favorable à l’amendement.

-le Sénat a aussi montré qu’il était bien une instance de modération des ardeurs des députés, comme le disait récemment Raffarin. Les sénateurs, de droite comme de gauche, ont clairement dit que cet amendement était mauvais, car discriminatoire, et l’ont donc repoussé.


Conclusion :

En fait, on peut dire que la Turquie a été sauvée par le Sénat français car, si l’amendement avait été voté comme prévu, l’adhésion de la Turquie aurait été soumise à un référendum, ingagnable à moyen terme.

Voilà donc pourquoi les Turcs, peuple massivement attaché à l’Europe, devront remercier nos vieux sénateurs, après avoir félicité la sélection nationale pour son beau parcours dans l’Euro.

La Turquie est toujours dans l’Euro grâce à ses joueurs ; et elle conserve ses espoirs d’adhésion à l’UE grâce au Sénat !

 

samedi, 02 février 2008

Tour d'horizon de l'actualité

En ce moment, l'actualité est très chargée, aussi bien en France qu'à l'étranger. Petit tour d'horizon.

Politique étrangère

-Kenya: les deux anciens candidats à la présidentielle se contestent toujours le pouvoir (article du Figaro)et les violences politico-ethniques continuent (dépêche Reuters).

-Tchad: c'est le chaos. Hervé Morin nous informe que les rebelles sont aux portes du palais présidentiel d'Idriss Déby (article du Monde) et on envisage une évacuation.

-Europe : le traité de Lisbonne est en cours de ratification dans de nombreux pays. Ainsi, Jean Quatremer, le journaliste spécialiste de l'Europe, nous explique sur son blog que la Hongrie, Malte et la Slovénie l'ont déjà ratifié.

-Etats-Unis : cette campagne est passionnante, d'autant qu'approche le Super-Tuesday. Côté démocrates, il ne reste plus qu'Hillary et Barack (mon préféré, John Edwards, s'étant retiré dans la semaine) et c'est très serré. Chez  les Républicains, c'est certainement le vieillissant John McCain (72 ans!) qui devrait l'emporter, fort des soutiens de Rudy Giuliani,Arnold Schwarzenegger et Sylverster Stallone. Pour suivre cette campagne sur le net, c'est ici.

-Russie: les élections présidentielles russes qui se tiendront dans un mois sont des plus inintéressantes, puisqu'elles ne seront qu'une formalité pour le jeune pantin de Poutine: Dmitri Medvedev. Affligeante démocratie. Pour en savoir un peu plus, cet article du Nouvel Obs.

Politique française

-Les municipales : à quelques semaines du 1er tour, la gauche semble sur la bonne voie, et l'UMP est très pessimiste. A Paris et à Lyon, la victoire semble assurée aux candidats socialistes: à Paris, Delanoë raflerait 44% des suffrages dès le premier tour,  et à Lyon, Collomb serait élu dès le premier tour. A suivre sur Le Monde.

-Congrès de Versailles : il faudra la majorité des 3/5 pour que la Constitution soit réformée, et qu'ainsi le Parlement puisse ratifier le Traité de Lisbonne sans passer par la voie référendaire. Selon les savants calculs du noniste Jean-Luc Mélenchon, la gauche peut bloquer le vote, en votant massivement non. Mais la ligne Hollande-Royal-Ayrault défend une toute autre vision: l'abstention au Congrès, et donc la victoire du oui. A voir ce court reportage de LaTéléLibre.

-Rémunération des profs : le socialiste Michel Rocard a démissionné de la commission Pochard sur l'évolution du métier d'enseignant. Pour lui,il faut "améliorer la prise en compte de la performance dans le déroulement des carrières des enseignants". (article Le Monde)

-L'anglais à l'école primaire: pour améliorer le niveau en anglais des élèves de primaire, Xavier Darcos veut lancer un plan qui encouragerait le développement des visioconférences entre les jeunes élèves français et des intervenants anglais. L'idée est critiquable, notamment en terme de résultats, mais c'est à suivre. (article du Figaro)

Superprésidence 

-Mariage! : ça y est, Nicolas et Carla sont unis par les liens sacrés du mariage. Comique quand on voit le parcours amoureux de cet "homme à femmes" (selon les termes de Cécilia) et de la polyandre Carla. L'info a été révélée en premier par RTL, joli scoop.

-La Légion d'honneur : on connaît désormais la liste (paritaire) des personnes qui se verront gratifiées de la Légion d'honneur. Murielle Robin, Claude Brasseur, Claudia Cardinale, Alain Minc (conseiller spécial de Nicolas), Isabelle Balkany (femme politique et amie intime du couple Sarkozy),Pierre Giacometti (directeur général de l'institut de sondage IPSOS), ou encore Guy Roux. Est-ce ridicule, pathétique ou grave?

Fait divers

-Plus qu'une gifle : les médias et la blogosphère sont captivés par l'affaire de ce professeur qui a giflé un jeune élève qui venait de le traiter de "connard". Plainte déposée par le père de l'enfant, gendarme. Soutien public au professeur de la part du ministre Darcos. Affaire à suivre. La blogosphère, elle, est en effervescence comme le montre ces billets (Maitre-Eolas, Diner's room, Embruns, etc) et ce résumé de Rue89.

Voilà pour ce tour d'horizon de l'actualité. Je n'ai malheureusement pas le temps de donner plus précisément mon avis sur chacun de ces sujets. Et d'ailleurs, je n'ai parfois pas d'avis, comme sur la gifle du professeur. A vous de juger.