dimanche, 20 janvier 2008

BHL, de gauche ?

Ce qui suit n'est pas un décryptage total ni minutieux de Bernard-Henri Lévy, de son idéologie, de ses écrits, de son narcissisme, ni même de son image. Non, je n'en ai ni le talent, ni les connaissances, et des gens compétents l'ont déjà fait (vous pouvez par exemple lire cette tribune de Serge Halimi dans Le Monde diplo). De plus, ce n'est pas aujourd'hui que je vais me permettre de juger dans sa globalité un écrivain que je n'ai presque pas lu. Ce billet n'est pas non plus une réaction à la lecture de Ce grand cadavre à la renverse, puisque je ne l'ai pas encore lu. Non, je réagis simplement à une de ses tribunes, publié le 17 Janvier dans Le Point, intitulée Le Blairisme, plus que jamais.

Ce qui me dérange chez BHL, c'est qu'il se proclame, sur tous les plateaux télé, homme "de gauche". Évidemment, tout citoyen à le droit de dire qu'il est de gauche si ça lui fait plaisir, je n'irai pas vérifier si c'est bien le cas. Mais la différence entre BHL et le citoyen lambda, c'est que le premier est écouté, lu, massivement, et qu'il est perçu par l'opinion publique comme une sorte de porte-voix de la gauche française. Ainsi, il a une influence, son message est entendu, et tout ce qu'il dit est, et doit être, conforme à un message de gauche. Or, rien qu'en lisant sa courte tribune du Point, j'ai des doutes sur son enracinement politique/idéologique à gauche.

Que dit-il dans cette tribune ?

"Il faut, en d'autres termes, qu'elle [la gauche française] fasse enfin clairement, à visage et à mots découverts, cette conversion à l'économie de marché, au libéralisme, à l'Europe, à la mondialisation, aux droits de l'homme, qu'elle n'a opérée, pour l'instant, qu'en catimini, presque en fraude, se condamnant ainsi à l'hypocrisie et à la schizophrénie.

La conversion ou la mort.

La clarté ou, de défaite en défaite, la chronique d'une disparition programmée.

Sous ce nom ou sous un autre, le blairisme est, plus que jamais, la seule issue possible pour une gauche qui aura tiré toutes les leçons, toutes, de l'égarement totalitaire."

Voilà qui serait bien parlé si l'auteur de ces lignes était un anti-socialiste aveugle. Or, ce n'est pas le cas: l'auteur de ces lignes est BHL, homme de gauche et soutien officiel du PS.

Je suis en désaccord avec ce que nous dit BHL sur de nombreux points :

1/ La gauche et la mondialisation

"Il faut que la gauche fasse cette conversion à l'économie de marché, à la mondialisation", nous dit BHL: d'accord. Mais il est important de rappeler que les socialistes ont fait cette conversion. Les socialistes d'aujourd'hui ne refusent pas le marché, ils tentent simplement de garder une influence sur celui-ci dans certains domaines (santé, éducation,...) et d'en limiter les dérives. Et ils ne considèrent pas la mondialisation comme une tragédie pour la France. Au contraire, les socialistes sont parfaitement conscients des nouveaux enjeux nés avec la mondialisation, et ont largement adapté leurs idées à cette réalité.

2/ La gauche et le libéralisme

-"Il faut se convertir au libéralisme": ce discours n'a pas grand chose à voir avec un discours de gauche. Le libéralisme est un système où les intérêts individuels dominent sur l'intérêt collectif. C'est le jeu du chacun pour soi, où les solidarités reculent dangereusement, où le lien social se casse (on en voit chaque jour les manifestations, dans nos rues, nos écoles, nos banlieues... je ne dis pas pour autant que le libéralisme est la cause de tous nos maux), où les précarités explosent, où la société perd une partie de ses repères au nom de la seule réussite économique. Donc pas vraiment une idée de gauche.

3/ La gauche et l'Europe

-"Il faut se convertir à l'Europe": allons, les socialistes sont parfaitement européens, et le sont évidemment plus que la droite. Simplement, la gauche ne veut pas que l'Europe se limite à une zone de libre-échange sauvage où interviennent dumpings social et fiscal. Elle veut une Europe politique, une Europe qui fait converger des pays différents vers des standards européens (sur la législation, le Code du Travail, la fiscalité...) sans pour autant vouloir un mixage forcé des cultures, des identités, de chaque pays de l'Union.

4/ La gauche et les droits de l'homme

-"Il faut se convertir aux droits de l'homme": on croit rêver. N'est-ce pas la gauche, et les progressistes, qui ont inventé les droits de l'homme? N'est-ce pas la droite qui a le plus lourd héritage en matière de non-respect des droits de l'homme? Oui, la gauche est aussi responsable. Mais on ne peut pas dire que la gauche française ne s'est pas convertie aux droits de l'homme. BHL fait là un fabuleux renversement de l'histoire de la gauche, à mon sens.

5/ La gauche et le blairisme

-"Le blairisme est la seule issue possible pour la gauche": bon, je ne savais pas que BHL était omniscient. Comment sait-il que le blairisme est la seule, l'unique, issue pour la gauche? Il y a de nombreux contre-exemples en Europe et dans le monde (notamment en Amérique du Sud) qui nous disent que le socialisme a encore toute son actualité, et sa pleine capacité à répondre aux enjeux actuels. Je ne dis pas là que le blairisme est à jeter, je suis loin de connaître suffisamment ce qu'a fait Blair en Grande-Bretagne. Mais je sais qu'il n'y a pas que du bon, loin de là. L'heure n'est pas venue pour la gauche française de faire du blairisme son idéal politique.

6/ La gauche et le totalitarisme

-"une gauche qui aura tiré toutes les leçons, toutes, de l'égarement totalitaire": le totalitarisme n'est pas seulement un égarement, c'est un totalitarisme, donc quelque chose à combattre avec fermeté et sans la moindre compassion. BHL veut nous dire que la gauche actuelle n'a pas tiré toutes les leçons du totalitarisme, stalinien probablement. Ah bon? Que reste-t-il de totalitaire dans les idées actuelles de la gauche? Je ne sais pas, et BHL ne juge pas utile de nous le dire. C'est dommage. Si BHL cherche à nous dire que la gauche socialiste (ou même communiste) contient en elle les dérives totalitaires, et que c'est pour cela qu'elle doit évoluer (vers le blairisme), c'est osé. C'est faire de tristes événements (qui ne représentent en rien la gauche, ses fondements, ses valeurs : le stalinisme par exemple) la preuve de la tendance naturelle de la gauche vers le despotisme. C'est absurde, simpliste, caricatural.

 

Voilà le flot de remarques et de critiques que m'inspirent ces quelques lignes de BHL.

BHL n'a pas peur des mots dès lors qu'il les cache dans des juxtapositions. Ainsi, il n'hésite pas, au milieu d'une énumération, à dire que la gauche française actuelle n'est pas convertie à l'Europe, à la mondialisation, aux droits de l'homme, et qu'elle tarde à tirer les leçons du totalitarisme. Rien que ça!

Tant d'aberrations et de contre-vérités ne peuvent, à mes yeux, pas venir d'un homme de gauche.

lundi, 14 janvier 2008

It's a free world, isn't it ?

Entre deux séances de révisions

"Ken Loach, le dernier réalisateur communiste du monde"! Voilà ce qu'on entend parfois au sujet du célèbre réalisateur britannique, soutien d' Olivier Besancenot durant la campagne présidentielle de 2007. Personnellement, je ne connais vraiment ni le personnage, ni son oeuvre.

dc00ccd666efa1646eafd47fea5e14ae.jpgMais je peux tenter de vous parler de son dernier film It's a free world, sorti le 2 janvier et que j'ai regardé hier. Avant de commencer une incompétente critique, what is this movie about?

C'est l'histoire d' une femme, blonde, mère d'un gamin plutôt turbulent dont ses parents s'occupent, qui se fait virer de son job de recruteur dans une agence d'intérim britannique parce qu'elle refusait les avances de son patron. Aidée de sa colocataire, elle décide de lancer sa propre agence d' intérim, en partant de rien. L'affaire se développe très vite compte tenu du grand nombre des demandeurs d'emploi, notamment les étrangers d'Europe de l'Est, main d'oeuvre docile et prête à travailler dans n'importe quelles conditions. Contre l'avis de son associée, elle décide de proposer du travail à des travailleurs clandestins, pour éviter de s'encombrer du paiement des taxes. Plus le film avance, plus ses méthodes deviennent immorales et égoïstes: elle n'hésite par exemple pas à dénoncer aux flics un camp de sans-papiers pour libérer quelques logements insalubres d'un camping urbain... Mais ses méthodes crapuleuses se retournent contre elle, et elle et son fils sont très vite menacés.

Ce film montre le renversement d'une femme, qui, pour se faire du fric, n'hésite pas à oublier les valeurs et les principes moraux de base, comme le respect de la loi, le respect de ses engagements, et le respect dû aux étrangers, hommes ou femmes, légaux ou clandestins.

Au-delà du parcours de cette femme, le film a pour but de dénoncer le modèle britannique, et presque le modèle mondial, qui consiste à faire de l'homme un moyen de production jetable, qui instaure une concurrence totale entre les hommes et les États, qui créé des conflits et des dominations, qui stigmatise l'autre et fait de la société une somme d' individualités : le système libéral.

Cette critique du système, certains la valideront, d'autres pas, certains diront que le libéralisme est indéfendable, d'autres diront qu'il est le meilleur moteur de la croissance. Mais ce qui est frappant, et que l'on voit bien dans le film, c'est que ce modèle repose sur la domination de certains et l'exploitation d' autres. Ce modèle exacerbe les inégalités, les précarités, la pauvreté. Il fait l'apologie de la liberté, et prépare la mort de l' égalité. Enfin, il tire vers le bas tout ce qui lie la société (les solidarités, les valeurs)... et à force de descendre, on pourrait bien tomber dans de sombres profondeurs jamais explorées.